2018 en comics par Jeffzewanderer

2018 Jeffzewanderer comics Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Tel Janus, c’est avec un regard tourné vers l’arrière que Comic Talk vous propose de commencer 2019, en passant en revue les comics les plus marquants de l’année selon votre humble serviteur, en espérant que l’année qui vient nous offrira autant de bonnes lectures (et ça s’annonce plutôt pas mal…)

X-Men, la fin d’une ère mésestimée

En bon Marvel zombie et X-Fan, je ne pouvais que commencer par la fin. La fin d’une énième période de transition des séries X, que Marvel cherche de nouveau à placer sur le devant de la scène (merci le rachat de la Fox…). Mais avant la renaissance d’Uncanny X-Men au format hebdomadaire et le retour de Wolverine, on a donc eu l’ère des X-couleurs, et ça a été plutôt sympa. Les 36 numéros d’X-Men Gold auront été une très belle lettre d’amour à Chris Claremont par un Marc Guggenheim dont l’affection pour le matériau original paraît sincère. Pas vraiment d’arc de référence ou de grand classique, mais une série fun qui a toujours fait le job. X-Men Blue, écrite par Cullen Bunn, a quant à elle eu le mérite de faire vivre des aventures souvent réussies aux jeunes X-Men, leur donnant une place dans l’univers Marvel (et ce malgré quelques crossovers peu inspirés avec Venom). X-Men Red, de Tom Taylor, nous aurait quasiment fait oublier le retour raté de Jean Grey (dans la mini Phoenix Resurrection) grâce à un propos humaniste plutôt intéressant et surtout en donnant une nouvelle dimension à l’héroïne pour la porter à la hauteur de l’image fantasmée qu’on s’était faite d’elle durant sa « pause décès ».

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Astonishing X-Men de Charles Soule puis Matthew Rosenberg aura été un petit pétard mouillé (on l’annonçait comme la série de prestige) mais est restée objectivement plutôt sympa à lire dans ses deux moutures (le dernier arc avec un Havok en loser patenté était moins ambitieux, mais finalement fun). Weapon X de Greg Pak aura aussi eu le mérite d’assumer jusqu’au bout son pitch d’Expendables version mutants (au sens réunion de bourrins) et la transition consistant à mettre Sabertooth en leader n’aura pas nuit.

Enfin, niveau séries solo, Tom Taylor a continué à faire grandir Laura Kinney aka Wolverine aka X-23. La série Mr & Mrs X mettant en scène Rogue et Gambit, si elle a été lancée de la pire des façons (merci le teasing foireux…) est elle aussi finalement très agréable notamment en raison de la passion de la scénariste Kelly Thompson pour son couple de héros. Ed Brisson aura quant à lui parfaitement conclu l’excellente série Old Man Logan, lui donnant un ton plus crépusculaire (avant d’embrayer sur Dead Man Logan) sans priver son héros de sa badassitude.

Bref, la page se tourne, et il y a gros à parier que quand on relancera le débat sur « le plus grand run X de tous les temps » aucun des titres susmentionnées ne sera citée (à part peut-être Old Man Logan, et encore sans doute plus pour la période Lemire/Sorrentino), mais ça ne doit pas occulter le fait que ça faisait bien longtemps que la portion X des séries Marvel n’avait pas été aussi plaisante à lire mois après mois. Tous ces titres auront été agréables à lire chaque mois avec des histoires bien ficelées et bien dessinées malgré une grosse rotation d’artistes. Les personnages ont été respectés, voire ont évolué de manière intéressante (Kitty Pryde). Bref, malgré l’absence d’un classique de référence, il n’en demeure pas moins que 2018 a vu s’achever une excellente période pour les mutants.

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Une année Amazing pour le tisseur

En parlant de fin d’ère, la fin du très long run de Dan Slott à tête d’Amazing Spider-Man aura été l’un des moments marquants de 2018. Célébrant la chose avec un numéro 800 de gala, le scénariste aura bien réussi sa sortie avec un dernier arc très spectaculaire. Pas de quoi convertir ses détracteurs, mais une histoire à l’image de son run, entre fidélité à l’essence de Peter Parker et innovations qui ne font pas toujours l’unanimité mais qui garantissent au moins d’éviter la monotonie. Amazing Spider-Man restera vraisemblablement comme le magnum opus de Slott, et mériterait une longue analyse (si j’ai le temps, un jour…), ne serait-ce que pour la diversité des périodes qui le composent (Big Time, Superior, Peter CEO…). Mais en attendant, disons déjà que l’auteur avait laissé une sacrée tâche à son successeur.

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Un successeur qui arrivait avec pas mal de choses à se faire pardonner puisqu’il s’agissait de Nick Spencer, dont le dernier fait d’arme avait été le très controversé (et franchement moyen, au mieux) Secret Empire, ainsi qu’un double run qui y était lié sur Captain America (Sam Wilson et Steve Rogers). Pourtant, le seul scénariste à ma connaissance capable de se faire traiter à la fois de nazi et de gauchiste par ses détracteurs, a relevé le défi. Bon, il a joué avec le feu en nous proposant un premier arc séparant Spider-Man et Peter Parker (parce qu’avoir deux versions du même personnage ça avait été une idée tellement géniale dans Secret Empire…), mais il a au moins eu le mérite d’expédier la chose assez vite (un arc à cheval sur deux mois et demi, une broutille). Et surtout il a vite rectifié le tir en développant bon nombres d’idées intéressantes (la relation Peter MJ de retour au premier plan, Boomerang en personnage secondaire, le retour de Black Cat…) et n’oubliant pas de proposer une bonne dose d’action et d’humour. Il a été bien aidé en cela par le dynamique Ryan Ottley, fraîchement libéré d’Invincible, et le spider-vétéran Humberto Ramos. Bref il a su s’approprier la série, proposer quelque chose de frais et agréable, tout en posant des jalons pour des éléments à développer dans la durée. Nouveau départ aussi réussi que le final donc.

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Un fantastique retour

En parlant de Dan Slott, justement, il est parti s’amuser avec Iron Man (et lancer des idées très intéressantes sur l’intelligence artificielle version Marvel U, gros potentiel ce run…) et surtout ramener un peu de lumière dans l’univers Marvel en relançant la série par laquelle tout a commencé : Fantastic Four.

Bon, autant être honnête, avec seulement 5 numéros dont un premier qui a réussi l’exploit de na pas nous montrer l’équipe réunie (bonjour le faux espoir…), il est trop tôt pour vraiment se prononcer sur la qualité de la série. Il y a certes des éléments notables (un mariage, le fait que Franklin et Val aient grandi) mais on manque encore de biscuit pour vraiment s’enthousiasmer (enfin en ce qui me concerne). Mais ça n’enlève rien à la portée symbolique du retour des FF. Un univers Marvel sans eux, c’est une terre 616 à laquelle il manque un petit quelque chose. Une lueur d’espoir, un parfum d’aventure… Ou peut-être quelque chose de familier, de rassurant. De familial. Un feu de bois métaphorique devant lequel se blottir. Les Avengers, Deadpool, Spider-Men ou les X-Men sont les locomotives, mais les FF sont le cœur de l’univers Marvel, son âme. Du coup peu importe (pour l’instant) la qualité objective de la série (le premier arc se cherche un peu, le mariage est plus cool, et on verra pour 2019 avec Doom…), le plus important, c’est que les Fantastic Four sont de retour, et ça aura été un des grands moments comics de 2018.

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Chip Zdarsky, rising star

Un grand moment qui a été précédé par un long teasing sous la forme de la série en douze numéros Marvel 2 in 1, mettant en scène la Chose et la Torche à la recherche de la famille Richards (Mr Fantastic, Invisible Woman et Franklin et Valeria donc). Si on peut critiquer la nouvelle mode consistant à faire durer les retours ad nauseam (hein Wolverine…), il convient surtout, en l’occurrence, de saluer une série fun et touchante de bout en bout.

Chip Zdarsky, surtout connu avant cela pour Sex Criminals (avec Matt Fraction) ou son petit run sur une version moderne d’Howard The Duck, est entré de plein pied dans le mainstream avec succès. Son mélange d’humour et d’émotion porte la marque d’un vrai travail d’auteur, une patte qu’on est appelé à reconnaître partout où il passera, et qui garantit un supplément d’âme quand il fait du « work for hire » sur les personnages les plus connus.

Et quel personnage plus connu que Spider-Man, dont le canadien avait lancé la nouvelle série Peter Parker The Spectacular Spider-Man l’an dernier. Il a conclu son travail en trouvant là encore l’équilibre parfait entre l’humour, des idées un brin déjantées ou osées, et des développements réussis des personnages (Jonah Jameson notamment). Alors qu’il s’apprête à offrir une nouvelle jeunesse  aux Invaders et surtout à relancer Daredevil aux côtés du génial Marco Checchetto, Chip Zdarsky pourrait bien exploser sur le devant de la scène en 2019 après une année 2018 déjà bien réussie.

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Jason Aaron se lâche

Vous vous souvenez des Architects, le « supergroupe » d’auteurs mis en avant par Marvel, composé de Brian Bendis, Matt Fraction, Ed Brubaker, Jonathan Hickman et Jason Aaron. Et bien Aujourd’hui Aaron est le seul qui écrive encore pour la Maison des Idées (si on excepte une rapide pige d’Hickman pour boucler SHIELD). Mais loin d’être le dernier vestige d’une ère révolue, il est toujours une force créative majeure de l’univers Marvel, et semble de plus en plus à l’aise, ce qui se traduit par une créativité de plus en plus débridée.

Il a tout d’abord magistralement bouclé le chapitre « Jane Foster » de sa saga épique sur Thor, avant de relancer le fils d’Odin dans la course de manière toujours aussi efficace (bien épaulé par un Mike Del Mundo qui correspond bien plus à ce titre qu’à Avengers). Reprenant sa narration sur trois époque (le présent, le vieux Thor devenu All-Father, et le jeune Thor viking), il n’a pas oublié de nous servir ses idées merveilleusement barrées (dont une trouvaille avec le Phoenix…).

Des idées qu’il décline avec brio dans Avengers, dont il pris les rênes avec Ed McGuinness, et dont il fait le blockbuster ultime que la série doit être. On ne pourra d’ailleurs qu’apprécier que le débarquement des Celestials teasé l’an dernier via le one-shot Legacy ait été le premier arc de la série plutôt qu’un énième event. Comme quoi on peut raconter de grosses histoires avec de réels enjeux dans une ongoing… Le titre est ainsi un vrai plaisir à lire chaque mois, et semble poser les bases de ce qui devrait être une course à l’épique assez phénoménale. Le scénariste semble en effet bien décidé à ce que sa série ait des répercussions sur tout l’univers Marvel à en croire son teasing et les liens tissés avec la série Thor (Loki, Phoenix tout ça tout ça…). Le tout entrecoupé de character moments fort réussis.

Le scénariste barbu semble ainsi avoir trouvé cette année le parfait équilibre entre son amour des idées barrées et le style rentre dedans de son écriture, l’humour et l’épique.

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Tom King, superstar

Vous l’aurez compris, j’ai plus lu du Marvel cette année (et toutes celles avant), et pourtant le meilleur comic que j’ai lu a bien été publié par la Distinguée Concurrence : Batman. J’ai mis du temps avant de donner sa chance au titre de Tom King, préférant privilégier le Detective Comics de Tynion IV, que je connaissais et qui comptait Batwoman dans son roster. Comme quoi le flair, parfois… Bref, j’ai fini par jeter un œil curieux au Batman du « gars de Sheriff of Babylon » (non je n’ai pas lu Vision ni Mr Miracle, mais je vais y remédier). Et j’ai pris une claque. Puis une autre. Et une autre. Chaque deux semaines.

Il est en effet assez exaltant de voir un classique naître sous ses yeux. Car c’est ce que sera le run de Tom King. L’auteur, issu du monde des romans, envisage son passage sur le titre comme une longue histoire, et ça se sent en termes d’envergure, de cohérence. Mais surtout l’écriture est d’une finesse et d’une élégance rare. Aucun numéro ne se ressemble. Aucun effet de style ne fait gratuit ni forcé. De plus, le scénariste maîtrise à merveille l’art du retournement de situation surprise. Il l’a merveilleusement prouvé avec le fameux mariage de Batman et Catwoman au numéro 50, faisant d’un twist qui aurait pu être racoleur ou faiblard le point de pivot de son intrigue. Une mise en perspective renversante des 49 numéros précédents.

Loin de se reposer sur ses lauriers, il a ensuite enchaîné avec des arcs plus intimistes mais toujours aussi percutants, sans oublier d’autres surprises, et des interludes fort touchants. Bref, LA série à lire.

Il est bien trop tôt pour savoir si Heroes In Crisis sera du même acabit, mais les trois numéros publiés jusque-là sont intrigants. Ayant pour thème le syndrome post-traumatique chez les héros et une série de meurtres brutaux, cette mini évoque l’atmosphère de l’ancien mais brillant Identity Crisis par son choix de nous plonger dans l’intimité des héros, de nous montrer l’envers pas toujours reluisant du décor, et ainsi d’humaniser les icônes que son souvent les héros DC. Bref, c’est au moins un parti pris qui vaut d’être exploré. C’est aussi bien écrit que Batman d’un point de vue purement formel, et c’est une preuve de plus que Tom King est déjà un grand et peut-être un futur monstre sacré des comics.

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L’heure du jugement

En parlant de monstres sacrés, Geoff Johns en fait incontestablement partie. Flash, Green Lantern, rien que ça vous pose un CV. Ajoutez du Superman, Aquaman, Batman Earth One, Teen Titans, Justice League pour le blockbuster… l’homme est une pointure, ça ne se discute pas. C’est sans doute pour ça qu’il a voulu s’attaquer à l’œuvre la plus révérée du monde des comics : Watchmen. Lui et son compère Gary Frank nous distillent donc au compte goutte Doomsday Clock, suite directe de l’œuvre d’Alan Moore et Dave Gibbons qui fait se croiser cet univers auto contenu avec l’univers DC que nous connaissons. Ou avec un univers DC au moins, parce qu’honnêtement, il est pour l’instant assez difficile de savoir comment les évènements s’insère dans la continuité « officielle ». Les teasings constitués par le crossover The Button (Flash/Batman, autour du smiley du Comedian retrouvé dans l’univers DC) et avant cela par le one-shot rebirth laissent à penser que tout est canon, mais la série semble tout de même à part.

Elle est d’ailleurs globalement assez insaisissable, commençant comme la continuation directe de Watchmen, avant de sembler changer radicalement de direction à mi-parcours pour se focaliser sur une vaste conspiration propre à l’univers DC. Un parti pris qui peut désorienter, mais surtout assez représentatif de la plus grande qualité et du pire défaut de la série : elle se veut être une grande série. Ce qui signifie que, comme Watchmen (attention, blasphème incoming), elle est très ambitieuse et riche, mais aussi qu’elle essaie parfois un peu trop de nous rappeler à quel point elle est ambitieuse et riche. Comme Moore et Gibbons avant eux, Johns et Frank semblent ainsi à l’occasion nous taper sur l’épaule ou nous adresser un clin d’œil pour s’assurer qu’on a bien remarqué à quel point ils sont brillants et à quel point leur histoire est un classique en devenir. Mais vu la qualité globale de la mini jusque là, on peut leur pardonner ce petit pêcher d’orgueil et se dire que pour l’instant, le pari de donner une suite au graal comicsien est plutôt réussi. Et rien que cela en fait un des évènements de l’année.

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La vraie Snyder cut

Troisième gros scénariste DC, Scott Snyder a lui aussi eu une belle année avec son compère Greg Capullo et leur méga event Metal. Non content de libérer leur créativité dès fin 2017 au travers de cette histoire aussi spectaculaire que barrée où des Batmen cauchemardesque venaient dévaster notre univers, les auteurs ont en plus créé un de ces personnages destinés à devenir culte : le Batman Who Laughs, soit Batman version Joker… Loin de s’arrêter là, ils ont aussi cassé tout l’univers DC et réécrit ses lois cosmiques dans la foulée. Puis Snyder est allé explorer les conséquences de tout cela dans Justice League No Justice puis l’ongoing qui suivit, titres on ne peut plus blockbusterien et cosmique.

Le scénariste devenu star pour son travail sur Batman continue donc de prendre de l’ampleur en présidant désormais à la destinée du DCU. Il a surtout affiné sa maîtrise de l’écriture « pop corn », réussissant à injecter dans se séries le supplément d’âme qui faisait parfois défaut à son travail mainstream.

Petit bonus, il est revenu le temps d’un one shot à sa série creator owned Wytches, toujours avec le brillant Jock au dessin (co-créateur) et toujours avec un réel brio pour susciter l’horreur. On aurait pu craindre que le fait d’avoir dévoilé la menace jusque-là élusive à la fin du premier arc aurait pu tout gâcher, mais les auteurs réussissent au contraire parfaitement à négocier ce virage narratif et à enrichir leur univers sans perdre ce qui fait son attrait. Une belle année pour lui aussi donc.

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Super-Bendis arrive

2018 fut aussi l’année d’un grand bouleversement puisque le pilier narratif de Marvel depuis plus de quinze ans, Brian Michael Bendis, a décidé de passer à la Distinguée Concurrence. Un départ qui a donné lieu à nombre de bouclages réussis de ses séries en cours, notamment Jessica Jones et Miles Morales Spider-Man. Deux touchantes lettres d’adieu aux personnages qu’il avait créé et qui l’ont désormais dépassé puisqu’ils vont pour la première fois voir leur série principale écrite par un autre que leur « papa ». Sachant que s’ils paraissaient moins personnels, ses derniers travaux sur Iron Man et Defenders valaient aussi le détour, comme le final de Spider-Men II qui réservait une belle surprise aux nostalgiques des années 2000.

Mais l’évènement de l’année n’a pas été tant le départ du scribe que son point de chute : les séries Superman. Une arrivée négociée en termes typiquement bendisiens : une histoires courte en teaser dans Action Comics 1000, une mini hebdo avec un who’s who d’artistes pour poser les bases (Man Of Steel), l’écriture de deux séries en parallèle avec chacune son ambiance (Action Comics et Superman), un mystère comme fil rouge (qui est Yon-Rogg et quel est son lien avec la destruction de Krypton ?). Le cycle est devenu familier, tout comme l’écriture de l’auteur, aux dialogues tronqués si caractéristiques, mais la recette fonctionne toujours. Il n’a rien révolutionné dans son approche, mais ce n’était ni ce qu’on lui demandait, ni ce dont Superman avait besoin. Il a en revanche apporté une dose de hype à un super-héros dont la dimension iconique n’a d’égale que sa difficulté à dominer les ventes, et c’est déjà pas mal pour une première année.

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De belles Images

Et si on sortait un peu du Big Two ? Si j’ai moins eu l’occasion de me plonger dans les séries des éditeurs tiers l’année passée (et pas forcément eu la main heureuse quand j’ai tenté ma chance), Image est quand même sorti du lot avec encore une pléthore de séries allant du très sympa au franchement brillant.

Franchement brillant, c’est ainsi qu’on pourrait qualifier Gideon Falls, par Jeff Lemire et Andrea Sorrentino, dont l’exécution est à la hauteur de son titre génial. Cette petite merveille d’horreur gothique conte en parallèle les histoires de Norton, un malheureux qui ramasse de mystérieux débris éparpillés dans la ville, et du père Fred, pasteur chargé de remplacer son défunt prédécesseur dans la petite ville éponyme de Gideon Falls. Leurs destins seront liés au travers d’une mystérieuse grange noire. Entre énigmes passionnantes et sentiment d’horreur distillé avec élégance et parcimonie, le duo Lemire/Sorrentino recrée la magie de ses précédentes collaborations (Green Arrow, Old Man Logan) tout en proposant quelque chose de radicalement différent. Le dessin de l’italien a d’ailleurs bien évolué, moins spectaculaire mais bien plus adapté à l’ambiance du titre et au final toujours aussi splendide. C’est la meilleure série d’horreur depuis Wytches.

Death Or Glory de Rick Remender et le français Bengal n’est peut-être pas autant destiné à devenir un classique, mais c’est un petit comic grindhouse extrêmement jouissif à lire. C’est l’histoire de Glory, conductrice aguerrie élevée au sein d’une communauté de routiers itinérants, obligée de monter un casse pour réunir les fonds pour financer l’opération de son père, malade. Evidemment tout se passe mal, et notre héroïne se trouve embarquée dans une séries de péripéties qui la dépassent, entre criminels déglingués et courses poursuites endiablées. Ce dernier point est l’atout majeur de la série, et l’occasion pour Bengal de se distinguer, en dessinant des scènes hyper spectaculaires.

Dans un registre très différent, Maestros de Steve Skroce nous offre lui aussi des dessins magnifiques. Après s’être échauffé avec We Stand On Guard, l’artiste canadien confirme son retour en grande forme dans l’industrie des comics. L’histoire, d’un jeune homme qui se retrouve bombardé big boss de la magie a le mérite d’être fun, mais elle est surtout le prétexte à un déferlement visuel particulièrement jouissif (notamment grâce à ou malgré, selon les goûts, un petit côté trash provoc’ qu’on ne connaissait pas chez Skroce).

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Toujours dans le registre de la magie, The Magic Order de Mark Millar et Olivier Coipel est un évènement au moins parce que, miracle, Coipel redessine enfin. L’artiste n’a rien perdu de son talent, et le scénariste livre une fois de plus une histoire bien ficelée (et hyper calibrée) dans un univers sympa. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus original (Jupiter’s Legacy ou Huck étaient plus rafraîchissants) mais ça reste une très bonne et surtout très belle série.

Shanghai Red, de Cristopher Sebela, Hassan Otsmane-Elhaou et Joshua Hixson est nettement moins ébouriffant du point de vue visuel (même si le dessin fait très bien le job), mais son scénario prend aux tripes. Red, jeune femme qui se faisait passer pour un homme pour pouvoir travailler et nourrir sa mère et sa sœur, se retrouve « shanghaiée », c’est-à-dire capturée et forcée de servir comme marin en asie. L’histoire débute à la fin de son engagement, et suit sa vengeance sanglante. Histoire sombre et violente, portée par des personnages fouillés, Shanghai Red est une petite perle.

Enfin, Oblivion Song de Robert Kirkman et l’italien Lorenzo de Felici n’aura sans doute pas le succès de Walking Dead (du même Kirkman) mais propose quand même un univers très intéressant, ou une portion de Philadelphie a disparu dans une dimension parallèle. Le héros, Nathan Cole, monte des expéditions pour essayer de sauver les malheureux qui ont disparus avec la ville et vivent aujourd’hui dans ses ruines pourchassés par des monstres. Un bon titre de SF dont l’univers ne demande qu’à dévoiler ses richesses, quelle que soit la dimension.

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Power Rangers dans le grand bain des comics

Si Image s’est distingué, il ne s’agit pas du seul éditeur hors Big Two à avoir marqué l’année. Boom Studios nous offre depuis 2016 d’excellents comics Power Rangers (Mighty Morphin et Go Go), conservant l’essence de l’original (l’action, l’amitié entre les personnages) et le débarrassant de tout le côté kitch.

En 2019, une étape a été franchie avec le premier event de la série, Shattered Grid. Point d’orgue du run de Kyle Higgins, il voit le maléfique Lord Drakon (version alternative maléfique de Tommy Oliver, le ranger vert) se lancer dans une quête de pouvoir qui l’amène à s’en prendre à toutes les versions des Power Rangers. Toutes les versions de la licence (au travers des séries successives, censées se succéder dans la continuité) participent donc à la fête, dans un équivalent rangeresque de Spider-verse qui a le mérite de regorger le clin d’œil pour les aficionados tout en restant accessible pour celui qui s’est arrêté à la première série.

Spectaculaire, avec de vrais enjeux, utilisant astucieusement les deux séries publiées pour tisser son intrigue, l’event aboutit à un nouveau départ pour la série principale et introduit un excellent nouveau personnage en la personne du Ranger Slayer.

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La petite perle tout là-haut

Enfin le trésor caché de 2019 aura pour moi été The Highest House, nouvelle série des auteurs de The Unwritten, Mike Carey et Peter Gross. Le duo se réunit pour raconter une histoire de high fantasy, où l’ont suit le jeune esclave Moth, embarqué de force pour servir la famille Aldercrest. Dans les entrailles de leur demeure, le jeune garçon trouvera un allié aussi mystérieux qu’inattendu, qui l’aidera à naviguer dans ce monde dangereux et lui en révèlera les secrets.

Portée par son héros très attachant et son univers riche que les auteurs nous dévoilent peu à peu, The Highest House a un rythme proche du roman, très posé. La série prend ainsi le temps de se développer, et ne cède pas à la tentation de l’effet de surprise facile. Sa plus belle idée reste toutefois la façon dont la demeure, siège de l’action, est traitée, devenant un personnage à part entière. Le dessin de Peter Gross, alliant simplicité du trait et richesse des décors, sert quant à lui à parfaitement le récit et donne corps au monde et à ses protagonistes.

The Highest House s’impose ainsi comme une excellente série de fantasy, genre finalement peu représenté en comics, surtout dans sa version high fantasy faisant la part belle à la création d’un univers plutôt qu’à l’action. Et quel bel univers que celui d’Highest House.

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