Al Ewing (Mighty Avengers), l’interview exclusive (LCF 2014)

Al Ewing Interview Mighty Avengers Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Scénariste anglais passé par 2000 AD, futur auteur des séries New Avengers et Ultimates dès la fin de Secret Wars, Al Ewing est avant tout un homme charmant et un auteur qui a des choses à dire. Il nous avait accordé cette interview lors de la dernière édition du Lille Comics Festival. Alors certes, ça commence à dater, mais les thèmes qu’il aborde restent d’actualité. Nous vous proposons donc d’enfin découvrir cette interview.

Bonjour Al Ewing

Bonjour

Pour commencer, une question classique, pouvez-vous nous résumer votre carrière ?

J’ai commencé à travailler pour 2000 AD, qui est l’un des… Je pense le seul éditeur assez important qui accepte les propositions d’histoires non sollicitées. Et c’est comme ça que je suis rentré. Je leur ai envoyé une sorte d’histoire de 5 pages, et ils ont aimé. J’en ai fait d’autres. Ils en ont aimé certains, d’autres non, mais au fil du temps j’en suis arrivé au point où ils m’ont demandé de leur faire le pitch d’une série potentielle. Et de là… Ou plutôt on est venu me voir… Zombo était une idée d’Henry Flynn qu’il voulait écrire lui-même et développer. Et Matt Smith, l’éditeur [NdT : boss de 2000 AD] et venu me voir et on a fini par co-écrire ça [avec Flynn]. Et de là ça a consisté en quelques sorte à escalader l’échelle, et j’ai fini par écrire quelques [Judge] Dredd [NdT : le personnage phare de 2000 AD], qui se sont bien passées. J’ai aimé écrire Dredd. J’ai un Dredd qui va sortir, dans le Megazine [NdT : revue consacrée à Dredd, publiée par 2000 AD] qui devrait être bien. C’est Dredd en France alors ça sera intéressant. C’est dans le Megazine de Décembre [NdT : 2014, oui je sais on est à la bourre]. C’est très « noir », très sombre. Le genre de chose que je voulais faire c’était dans une ville européenne qui n’a pas vraiment de système judiciaire, alors c’est toujours des flics et des détectives et des choses très « policières ». Et c’est inhabituel de mettre Dredd dans ce genre de procédure policière, un monde qui est peut-être plus reconnaissable pour nous plutôt que la folie et le modèle juge/jury/bourreau de Mega City One [NdT : théâtre habituel des exploits de Dredd]. Enfin voilà pour ça. Et de là il y a eu certains éditeurs américains à commencer par Dynamite, ce qui m’a donné l’occasion de voir comment on réalisait les comics américains. Puis Marvel a remarqué mon travail. Et Marvel m’a demandé de faire quelques numéros pour un event, juste parce que c’était Avengers Assemble je crois, et l’auteur habituelle, Kelly Sue DeConnick, était en train de mettre en place un gros crossover ; Captain Marvel et Avengers Assemble si je me souviens bien… Et elle n’avait pas vraiment le temps de s’impliquer pour les tie-ins Age Of Ultron. [...] Ce qu’ils m’ont demandé c’était juste quelques trucs, ils m’ont juste fait venir pour ça. Et finalement ils ont aimé ça, et j’ai fini par faire plus de travaux pour Marvel. Ils sont ma principale source de revenu en ce moment. Et ça nous amène au présent.

Al Ewing Interview Mighty Avengers Comic Talk

A ce jour vous écrivez Mighty Avengers, qui a été relancé en tant que Captain America & The Mighty Avengers. Je voudrais me concentrer sur ça. Dans la première version du titre la plupart des personnages étaient noirs ou latinos. Est-ce que c’était un  choix délibéré, dès le départ ?

Tom [Brevoort, l’éditeur] tenait vraiment à trouver un truc dans le genre New Avengers. Je pense qu’il en avait assez des équipes qui étaient composés surtout d’hommes blancs avec genre juste une femme d’un côté et un personnage non-blanc de l’autre. Je pense que leur sentiment était qu’il était temps d’avoir une équipe qui soit le reflet de la démographie aux Etats-Unis. Je pense qu’à partir de maintenant, à mesure qu’on avance, on verra probablement beaucoup plus de diversité. Je pense que Mighty Avengers ne sera pas vu comme quelque chose de spécial. Il y a toujours la place pour plus de diversité dans toutes sortes de choses. J’aime le fait qu’on commence à voir de plus en plus de titres mettant en avant des héroïnes, de représentation des minorités, des LGBT. C’est le début, on a encore beaucoup de chemin à parcourir, on est loin d’avoir fini. On peut dire la même chose de tellement d’aspects de la société. On ne peut pas se reposer sur nos lauriers pour ça, on peut toujours accomplir plus. J’adore le fait que Mighty Avengers soit un pas en avant dans cette direction. A la base c’était genre « tu veux écrire une série Avengers ? On aimerait qu’il représente plus la diversité que d’habitude. Voila une liste de personnages, choisis en quelques-uns, vois ce que tu en penses. ». Et c’était super, je regardais cette liste et je me disais « ouais, ouais, Luke Cage… Et il y a tous ces gens… »… Et je sentais que je pouvais construire une vraiment bonne équipe avec ce genre de personnalités. Je pense que le truc avec une équipe, ou avec tout ensemble de personnages, c’est qu’il faut pouvoir en mettre deux, n’importe lesquels, dans une pièce ensemble, et voilà une histoire. Si deux d’entre eux sont ensemble dans une pièce et qu’ils n’ont rien à se dire, ce n’est pas une bonne histoire. Et donc je suis content, je pense que dans Mighty Avengers c’est une situation où… Enfin oui j’aime beaucoup écrire Mighty Avengers, c’est très fun.

Cette idée de pouvoir mettre deux personnages dans une pièce et qu’ils aient quelque chose à a se dire, ça se traduit notamment au travers de l’importance de l’héritage, et de la famille. Je pense à toute l’histoire à propos de Blue Marvel avec son fils… Luke Cage avec son père…

Blue Marvel en fait je n’ai pas… Comme je l’ai dit j’avais cette sorte de liste de gens et Blue Marvel est quelqu’un que Tom Brevoort m’a désigné spécifiquement en me disant « j’aimerais vraiment que tu envisages de l’utiliser ce mec, parce qu’il n’est pas vraiment utilisé depuis la mini ». Et j’avais manqué la mini-série, je ne savais pas vraiment qui il était. Alors j’ai lu la mini-série et immédiatement je me suis dit il y a toutes ces possibilités, toutes ces histoires qu’on pourrait raconter. En quelque sorte parler de la façon dont les gens voient des sortes de « visage qui vont bien », et les gens qui ne sont pas de hommes blancs hétéros sont souvent en quelque sorte effacés de l’histoire et de la science. Il y a un Tumbler, « medieval POC », qui est consacré à la remise en question de la notion des minorités dans l’histoire. On voit l’histoire médiévale, et même jusqu’à… A travers toute l’histoire, il y a une sorte de « position éducative par défaut » qui est de présenter l’histoire comme un genre de lieu blanc et masculin et « medieval POC » est un tumbler qui remet ça en question. Et ça vaut le temps qu’on y passe, ça vaut d’être lu, j’adore ça, citez-le. Et une des choses qui m’a intéressé avec Blue Marvel, est qu’avec le « temps Marvel », vous avez cette espèce de « ligne temporelle glissante » qui fait que tout ce qui s’est passé dans l’univers Marvel a eu lieu dans les 10 dernières années, ce qui laisse toute cette place pour que des chose se passent tout au long de l’histoire jusqu’à maintenant. Et donc c’était un truc marrant à faire. Et… Je pourrais écrire sur Blue Marvel toute la journée. Mais si je me lâchais il s’occuperait de toutes les urgences de Mighty Avengers tout seul. Alors je passe le temps à lui donner d’autres choses à faire. Parce que le truc c’est que je ne veux pas lui donner une faiblesse traditionnelle genre kryptonite. J’ai un peu joué avec l’idée de lui donner une kryptonite, mais ça n’avait pas vraiment de sens. Mais je me suis dit « et si sa faiblesse c’était qu’il est vraiment, vraiment très occupé ? », tout le temps, il a toujours des choses à faire. Alors c’est ça, sa faiblesse c’est qu’il a un planning incroyablement chargé alors il n’est pas toujours là parce que quelque chose de plus important est arrivé.

Est-ce que ça vous a été inspiré par la série The Sentry… ?

Ils ont eu cette idée pour The Sentry, qu’il soit toujours en mouvement. Mais The Sentry est un personnage très différent. The Sentry est beaucoup plus… C’est une sorte de « non-héros ». Il lui manquait vraiment cette sorte d’humanité. Surtout sous un certain angle… Je pense que quand Brian Bendis l’écrivait, il était un personnage très terrifiant. Il est allé d’un genre de personnage à la Superman à ce genre de personnage. Alors que je pense que Blue Marvel a conservé du cœur. A l’occasion on a fait des choses comme le fait qu’il n’avait pas vraiment besoin de dormir ou manger, ce genre de chose. Mais ça n’avait pas vocation à le rendre effrayant. C’était plutôt pour qu’on compatisse. C’est un personnage assez triste, une personne au destin très tragique. La distance entre lui et l’humanité ajoute une sorte de solitude. Ce n’est pas quelque chose à craindre, mais plutôt qui suscite la compassion. Je suppose que c’est la différence. Et je suis très heureux que les gens aient aimé la façon dont je l’ai traité. Parce que quand vous prenez un personnage qui n’a eu qu’un auteur jusque là, qui était son inventeur, Vous voulez vraiment bien faire. Je voulais faire honneur à Kevin Grevioux. Je veux faire quelque chose de bien. Vous savez à un certain degré, c’est vrai pour tous les personnages, mais surtout pour Blue Marvel parce que pour les autres personnages il y a eu des personnes qui les ont écrits d’une façon, d’autres d’une autre façon… A part White Tiger. White Tiger n’est pas vraiment… Mais à part White Tiger…

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Le nouveau Power Man aussi…

Le nouveau Power Man aussi. Oui, je voulais le garder… Mais quelque part c’est différent pour Blue Marvel. Je pense que c’est probablement parce que j’ai ajouté un peu à son histoire avec ses fils perdus, le truc de l’héritage. Alors vous voulez sentir que vous avez fait quelque chose de bien.

Blue Marvel vous a aussi donné l’opportunité d’aborder les thèmes de la diversité et du racisme. Le moment le plus explicite en la matière est celui où il discute avec Luke Cage du fait d’avoir dû cacher sa couleur de peau…

Ça a été un genre de… Je veux dire, tout ça est directement tiré de sa mini-série originale. Je ne me sens pas totalement confortable, en étant un mec blanc de Grande-Bretagne, pour m’ériger en expert de l’expérience afro-américaine. Ce serait une façon très facile d’être un abruti fini. Mais c’est une chose dont vous ne pouvez pas ne pas parler. Vous avez Blue Marvel qui a vécu cette expérience où il a dû accepter la décision de son Président, à une époque très différente, plus… Et si vous lisez la mini série Kevin Grevioux détaille ses raisons. C’était proche de la crise des missiles de Cuba… Mais le point crucial c’est qu’il [Blue Marvel] ne sait pas s’il a eu raison, et je ne peux pas, de mon point de vue, le britannique blanc qui écrit ça, je ne peux pas choisir un camp, dire il a eu raison ou il a eu tort. Mais c’est juste que je ne peux pas non plus ne pas avoir cette conversation, parce que vous avez Blue Marvel et Luke Cage dans une pièce et ils ne vont pas en parler ? Donc il faut avoir cette conversation. J’aime à penser que j’ai… Je veux dire beaucoup de gens ont vraiment aimé ce moment. Beaucoup de gens ont aimé que… Parce qu’ils en parlent deux fois, puis plus vraiment depuis. Mais je pense que je devais au moins le mentionner. Si quelqu’un reprend ça… Je voulais juste mettre en avant que Luke et Adam était peut-être en désaccord. Ils finissent par se comprendre mais il y a ce désaccord entre eux, sur cette façon de représenter, et d’exister dans les cultures. Mais comme je l’ai dit je ne suis pas très confortable avec le fait d’arriver et dire « Oh oui laissez moi parler de l’expérience noir-américaine » parce que… J’écris juste un comic Avengers. J’écris juste le meilleur comic Avengers que je puisse. Je ne pense pas que je puisse écrire cette série et ne pas parler de race. Mais en même temps… Un de  mes lecteurs a écrit et a dit… Parce qu’il y a un truc où j’ai été un peu limite quand je parlais des cheveux de Monica [Rambeau alias Spectrum, un des personnages de la série], ce qui était une réponse à beaucoup de questions soudaines de lecteurs,  qui disaient « est-ce que vous réalisez que ce qu’elle dit la même chose qu’une célébrité de premier plan ? » et j’ai réalisé que je devais aborder ça, alors je l’ai mentionné, je devais en parler. Et quelqu’un m’a dit « c’est comme si vous n’aviez pas abordé ça de la bonne manière, je ne pense pas que vous ayez traité ça correctement ». On a eu une discussion et le gars me disait en gros c’est comme si vous jetiez un coup d’œil à travers une fenêtre. Et je ne veux pas… Parce que en ce moment, clairement s’il y a une chose que les six derniers mois nous ont appris [interview réalisée en novembre, Al Ewing fait donc référence aux émeutes de Ferguson et à la mort de Michael Brown, ainsi qu’à celle d’Eric Garner à New York] c’est que nous, depuis nos fauteuils confortables, n’avons aucune idée, on ne peut pas… On peut imaginer ce que c’est de marcher dans la peau de quelqu’un qui est victime de racisme en Amérique. Mais on ne peut pas savoir, depuis notre confortable fauteuil de blanc européen, comment c’est. Alors c’est très… Je tiens, d’une part, à écrire le comics, et l’écrire du mieux que je peux, ce qui signifie reconnaître l’existence de tout ça, et en même temps à ne pas vivre en jetant un coup d’œil par la fenêtre, et ne pas donner dans le genre « regardez comme je suis en colère à propos de vos problèmes ». Alors c’est délicat, c’est un peu casse-gueule. Et ça se résume à vouloir bien faire, mais on ne peut pas toujours bien faire. Je vais faire des erreurs. Et l’important c’est que quand les gens disent « oui, là tu as un peu foiré », ne pas répondre « la ferme, je sais ce que je fais ! » parce que je n’ai pas la science infuse. Tout ce que je fais c’est… Je ne sais même pas. Franchement, je ne suis même pas la meilleure personne pour écrire ce comic. Qui sait ? J’en doute. Mais c’est moi qui l’écris, et tant que je l’écris, je l’écrirai du mieux que je peux. C’est mon truc.

Pour parler de choses plus légères…

[En riant] Oui je suis désolé, c’est devenu très sombre !

Al Ewing Interview Mighty Avengers Comic Talk

Vous avez utilisé Blade dans la série, qui n’est pas un personnage qu’on s’attend à croiser dans un comic Avengers. Pourquoi lui ?

Blade a été très fun… C’était parce que [l’éditeur] Tom Brevoort a eu l’idée qu’on introduise un nouveau Ronin, qui est ce genre de personnage mystérieux, c’est toujours quelqu’un de différent sous le masque, et il a dit « ça pourrait être Blade ». Et j’ai réfléchi à pourquoi Blade voudrait que personne ne sache qui il est, et une chose en a amené une autre… Et Ronin/Blade a été très fun parce que c’est juste écrire quelqu’un de très très cool, qui fait beaucoup d’art martiaux, combat beaucoup de monstres. Les fans de Blade ont eu l’air d’apprécier ce que je faisais avec le personnage, au point je pense qu’ils ont été un peu déçus… Evidemment les éditions françaises n’en sont pas là [NdJeff : maintenant si, désolé pour le retard], mais il quitte la série après le premier arc, et je pense que beaucoup de gens en ont été déçus. Mais j’avais raconté mon histoire de Blade, parce qu’autant j’aime écrire Blade, autant si je l’avais gardé dans les parages il aurait fini par traîner à l’arrière-plan… Je pense que Blade a toujours besoin d’être sur la route, il doit toujours voyager, il ne peut pas… S’il reste à un endroit trop longtemps et s’installe… En même temps je dis ça mais j’aime beaucoup l’idée qu’il ait son appart à Londres où il s’est installé [NdJeff : au cours de la série Captain Britain & MI-13]. J’aimerais m’occuper encore de lui. J’aime l’idée qu’il soit un personnage différent à Londres qu’en Amérique. En Amérique il est ce vagabond qui arrive en ville et tue des vampires, et à Londres il est cet homme suave, sophistiqué, qui ne vagabonde pas pour tuer des vampires, avec ce super appartement. Il est très différent dans ces deux contextes et j’aimerais explorer plus ça si j’en ai l’opportunité. J’ai raconté mon histoire de Blade en Amérique, donc si je raconte une histoire de Blade à Londres ce sera très différent, je le traiterais d’une façon très différente.

Vous avez lu la série MI-13 de Paul Cornell ?

Oui je l’ai lue et j’ai beaucoup aimé ça.

Parce que Blade était incorporé à l’équipe, était avec Spitfire…

Oui je tenais à préserver cette relation, ne pas faire ce truc où « oh Blade doit être un mec solitaire qui erre… ». Non, j’aime que Blade soit impliqué dans une relation, qu’il ait cette relation intéressante avec quelqu’un. Et il y avait beaucoup de MI-13 dans l’un de mes tie-ins Age Of Ultron aussi. J’ai fait une histoire qui se passe au Royaume-Uni avec le MI-13… Captain Britain y est très présent. C’était un autre petit clin d’œil à ça. Parce que cette série était très très bonne. Et je déteste la voir discrètement disparaître de la continuité et je pense que beaucoup de gens ressentent la même chose, on a voit beaucoup de références [à la série] apparaître, surtout de la part des auteurs britanniques. On était très content quand elle existait.

Al Ewing Interview Mighty Avengers Comic Talk

Est-ce que c’était une idée de Marvel d’appeler la série Avengers ? Parce que ça fait plus Heroes For Hire qu’Avengers…

Vous savez vous n’êtes pas la première personne à me dire ça aujourd’hui. En fait le « Heroes For Hire » [NdJeff : « Héros à louer » littéralement, qu’on paye pour leurs services] ne fonctionne pas parce qu’ils ne sont pas « à louer », ils font les choses gratuitement. Et peut-être… Si ça ne s’était pas appelé Avengers ça se serait appelé Defenders.

Ce qui est un porte-poisse pour tout comic…

D’un côté le nom Defenders [NdJeff : « défenseurs », oui ok c’était pas très dur à comprendre...] colle bien à l’équipe : ils défendent les gens, ils défendent le monde quand ils se rassemblent la première fois [NdJeff : durant Infinity]. Mais historiquement, tu mets « Defenders » sur un comic, il meurt. Tu mets Avengers sur un comic, il se vend. Donc, vous voyez, de ce point de vue je peux comprendre pourquoi il s’est appelé Mighty Avengers. Même si le pense que maintenant Defenders va avoir… Je ne serais pas surpris si dans le futur je reçois un email disant « hey on va changer le nom de cette équipe » parce que maintenant on va avoir cette série Defenders sur Netflix. J’espère que ça donnera un peu plus de pêche au nom Defenders et ça ne sera plus autant vu comme le baiser de la mort que c’est actuellement. J’aime le nom Defenders. Avengers ça fait un peu, qui veut se venger [NdJeff : exactement Al Ewing dit « vengeful »]. Parce que j’ai beaucoup essayé de redéfinir ce que recherchent les Avengers. Si vous prenez juste le mot Avengers, ça fait plus vengeur [NdJeff : « vengeful » encore], « maintenant on va taper ». Alors que Defenders ça fait « on est là pour les gens » alors si ça devient Defenders dans le futur, j’en serai content. Et puis ça fera pas de mal, il y a la série Netflix qui arrive vous savez…

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En parlant du futur, à quel point Axis a influencé vos plans pour l’avenir de la série ? Est-ce que c’est quelque chose que vous aviez inclus dès le départ ?

Je vais vous raconter comment ça s’est passé. A l’origine Captain America & The Mighty Avengers #1 allait être Mighty Avengers #15 et ça allait être une histoire centrée sur Falcon et j’ai eu un mail me disant que Falcon allait être le nouveau Captain America et j’ai dit super, je vais faire une histoire l’installant en tant que Captain America, et ce sera sur ce que les gens pensent de lui. Et vous avez encore un peu de ça dans le premier numéro avec la vox populi et le micro-trottoir. Et puis j’ai appris qu’il allait devenir maléfique, à cause d’Axis, et je me suis dit « ok, c’est bien, c’est intéressant, excitant, je peux faire une histoire sur Captain America où il devient doucement de plus en plus flippant » et lecteur se dirait « c’est bizarre, qu’est-ce qui se passe ? ». Et j’ai appris que ça allait être un genre de numéro un ce qui Le planning était très verrouillé autour d’une histoire très centrée sur Captain America où Captain America allait être maléfique, et si c’est un numéro un c’est assez bizarre pour un numéro un et ça a affecté la direction qu’on allait prendre pour l’année à venir parce que ça vire plutôt à l’horreur. Il y a beaucoup de ténèbres à venir. J’ai le sentiment que c’était la saison un et la saison deux. On a eu la saison une qui était un comic très lumineux, plein d’espoir. Et la saison deux est plutôt « ok qu’est-ce que ça veut dire quand on touche le fond ». C’est moins combattre des choses qui vous attaquent et plus partir d’un point très très sombre vous devez vous en sortir. Alors on a commencé la série par quelque chose de très sombre et déprimant et difficile. Et au numéro quatre… Les un à trois sont vraiment des tie-ins Axis. La situation est vraiment bizarre, tout le monde a retourné sa veste, puis une fois qu’on a établi cette tonalité étrange on commence à retrouver son chemin, et il y a tout le truc avec Cortex [NdJeff : une entreprise louche]. A l’arrière-plan on commence à voir des trucs d’horreur très bizarres se produire. Et Cortex est le grand vilain pour l’année à venir. Encore, une fois tout est sombre et un peu bizarre, et un peu de l’horreur. C’est un peu comme si cette nouvelle série était le côté obscur de la série précédente. Et je pense qu’avoir commencé avec Axis et l’inversion… Je pense que si on avait continué la série alors que ça avait juste été une histoire en trois numéros et après on aurait eu un aftermath [NdJeff : un genre d’épilogue] du genre « Wow qu’est ce que ça signifie pour nous maintenant qu’on a traversé tout ça » mais au lieu de ça parce qu’on a commencé de cette manière je pense que ça a influencé toute la série et c’est devenu plus le genre de chose où c’est le premier pas d’un voyage et plutôt que quelque chose de ponctuel c’est une remontée depuis les profondeurs. Et j’ai espoir que les gens apprécient ça. On va voir ce que les gens en pensent. J’espère que je peux faire en sorte que ça fonctionne.

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Et ça va continuer au-delà d’Axis ?

L’inversion s’arrête quand Axis s’arrête, donc tout le monde est de retour à la normale au numéro quatre mais tout le monde sent que les choses ont été sombres, bizarres. Tous ceux qui ont été « inversés » se sentent horrifiés par eux-mêmes, toute cette laideur. L’inversion c’est l’opposée de vous, votre opposée morale qui regarde à travers vos yeux, parle avec votre voix. Si vous y pensez c’est vraiment horrible, presque comme… Presque Lovecraftien… C’est quoi le mot… C’est un genre d’horreur existentielle. J’insiste vraiment sur ça et Captain America est celui qui en a le plus pâti… Parce que Luke Cage aimait toujours sa femme et a fille, ça n’a pas changé, il a juste perdu son empathie et est devenu égoïste et il essaie de faire amende honorable pour ça à sa manière et on va le voir. Mais Captain America… un gros segment du numéro 4 est consacré à Captain America qui essaie de se prendre en main, de retrouver son chemin après cette expérience existentielle horrible qu’il a subie. Parce que quand Axis est terminé on doit s’en occuper, on doit s’occuper des conséquences. Et je pense qu’Axis va influencer, affecter les choses au sens où on a commencé avec ce très mauvais goût dans la bouche et on doit avancer après ça. Alors oui, je pense que si ça avait juste été Mighty Avengers #15, ça aurait été une expérience un peu différente. Mais en l’état actuel des choses, c’est quelque chose qu’on doit traiter de manière appropriée, on ne peut pas juste dire « hey c’est assez dans les tie-ins » (rire). On doit faire ça bien. C’est quelque chose d’énorme, et on doit traiter ça. Mais je pense que les numéros huit, neuf verront le retour de l’espoir. Il y a une lumière au bout du tunnel et on va y arriver.

Propos recueillis par Jeffzewanderer.

Un grand merci à Mathilde Tamae-Bouhon pour sa précieuse aide pour la traduction.

One Response to Al Ewing (Mighty Avengers), l’interview exclusive (LCF 2014)

  1. arnonaud dit :

    Très bonne interview ! J’aime beaucoup ses Mighty Avengers et ses points de vues sur la série sont très intéressants. Notamment tout ce qu’il dit sur Blue Marvel. J’ai vraiment hâte de lire ses deux séries d’équipes à l’automne.

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