All New All Different Marvel, premier bilan : X-Men

X-Men All New All Different Marvel

Jeffzewanderer Par

Alors que Secret Wars se termine en VF, aux USA l’event est déjà vieux de plusieurs mois et l’univers Marvel en est ressorti tout beau tout neuf. Au menu : plein de numéros un, certains authentiques, d’autres consistant en de simples renumérotations, et des nouveaux statu quo à la pelle.

Comic Talk a donc décidé de vous proposer toute une série de bilans des différentes lignes mises en place par la Maison des Idées. Après les Avengers, on passe cette fois aux anciens enfants chéris de la Maison des Idées : les X-Men.

X marks the spot (again)

Si les Avengers ont le vent en poupe au cinéma comme sur papier, ce n’est plus vraiment le cas des X-Men depuis un moment. Le run de Brian Bendis qui vient de s’achever n’a jamais vraiment concrétisé les promesses intéressantes de son début, et Secret Wars a achevé de lui ôter tout impact. Les séries en marge du duo All-New X-Men/Uncanny X-Men sont quant à elles devenues anecdotiques : Amazing n’a pas vraiment résisté au départ de Jason Aaron, pas plus que Wolverine and the X-Men, plombée en plus par la mort de son héros éponyme. Et le X-Men 100% féminin de Brian Wood n’a jamais décollé. Sans parler des échecs d’X-Force et All-New X-Factor.

Exit les auteurs en place donc, et bienvenue au transfuge DC Jeff Lemire ainsi qu’aux habitués de Marvel que sont Denis Hopeless, Cullen Bunn et Tom Taylor. La ligne est aussi resserrée avec seulement trois ongoing X-Men et deux solos pour compléter : All New Wolverine et Old Man Logan. Mais surtout est face à un juste équilibre entre volonté de retour aux bases pour certains titres, et continuité par rapport aux séries récentes pour d’autres. Le résultat est une certaine diversité d’ambiances au sein de la ligne, et surtout la présence de véritables fers de lance.

EXTRAORDINARY X-MEN

par Jeff Lemire et Humberto Ramos

10 numéros chroniqués

La nouvelle série phare de la ligne opte pour un adjectif rarement utilisé par les séries mutantes, mis on ne peut plus mérité. Jeff Lemire parvient en effet dès son premier numéro à redonner le plaisir de la lecture d’une série X-Men. La première raison est le roster de personnages qu’il utilise, plus resserré et surtout composé de gros noms : Storm, Colossus, Nightcrawler, Iceman, Magik, Jean Grey et Logan. Que les fans des seconds couteaux devenus récurrents comme Anole ou Rockslide se rassurent, ils sont toujours là, mais on sent une vraie hiérarchie entre eux et les cadors susmentionnés. Les héros sont tous parfaitement écrits, Lemire parvenant aisément à saisir l’essence de leur personnalité tout en tenant compte de leurs évolutions récentes (l’homosexualité révélée d’Iceman par exemple). On retrouve ainsi des dynamiques familières pour les fans de longue date, comme la tendresse et la tension entre Colossus et sa sœur Magik, la noblesse de Storm sous une pression qu’elle a parfois du mal à gérer, l’émotivité de Nightcrawler… On oubliera juste la tension sexuelle entre Logan et Jean Grey, remplacée par une volonté de protection paternelle de l’Old Man envers la teenager.

Mais la qualité du run de Jeff Lemire ne s’arrête pas là. Car avoir de bons personnages c’est une chose, savoir quoi en faire en est un autre. Et il sait. Le scénariste prend le parti d’opposer ses héros à de véritables vilains comme Mr Sinister ou Apocalypse, nous offrant chaque mois une dose d’action bienvenue, et résolvant ses arcs assez rapidement. L’assemblage de l’équipe s’étale dans le temps, mais ça ne plombe pas le rythme. Finalement, la partie de ce début de run qui a suscité le plus de critiques, pas forcément à tort, concerne plutôt son background.

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En effet, suite à l’explosion de la T-Bomb qui a libéré le nuage de brume terrigen révélant les nombreux nouveaux inhumains est aussi un poison pour les mutants, les tuant à petit feu et les rendant stériles (on appréciera la potentielle métaphore méta textuelle…). A cela s’ajoute évidemment une bonne paranoïa des humains envers ce « cancer mutant » surnommé M-pox, et on retrouve le bon vieux statu quo des mutants craints et haïs par ceux qu’ils protègent. La M-pox ressemble même diablement au virus legacy, qui avait les mêmes caractéristiques. On a en plus X-Men obligés de vivre en reclus (la révélation du lieu de leur exil fait même l’objet d’un petit suspens). Bref c’est bienvenu dans les 90s (une tendance récurrente pour ces héros ?). Bref l’originalité en prend un coup. Le seul subplot inédit est le mystère autour de la disparition de Cyclops, qui tranche avec le final du run de Bendis.

Au dessin Humberto Ramos est parfaitement impeccable dans son registre Il faut juste aimer ledit registre, à savoir un graphisme cartoony où tout est exagéré (qui a parlé de Joe Madureira ?). Affaire de goût donc. Les nouveaux costumes devraient par contre faire l’unanimité. Et les fill-ins sont de qualité jusque-là.

LE BILAN : L’adjectif du titre est (presque) inédit, mais Extraordinary X-Men n’en demeure pas moins une série X-Men authentiquement classique. Comprenez qu’elle est jusque là la quintessence de ce genre de titre. Le prix est un certain manque d’originalité, voire des réminiscences du passé flirtant avec le déjà vu (M-pox/virus Legacy). Mais la contrepartie est un roster de poids lourds fidèles à eux-mêmes et des histoires punchy avec de vrais vilains reconnaissables. Bref un vrai renouveau pour des X-Men qui est paradoxalement passé par un retour aux sources.

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UNCANNY X-MEN

par Cullen Bunn et Greg Land puis Ken Lashley

7 numéros chroniqués

Titre historique qui finit toujours par faire partie de la ligne, Uncanny X-Men connaît donc un nouveau volume, mais s’avère trompeur. Comprenez que la série écrite par Cullen Bunn a bien plus des airs d’Uncanny X-Force. L’équipe décide en effet d’affirmer avec force leur statut de puissants mutants et protègent les leurs avec férocité. Une version hardcore du rêve de Charles Xavier, défendu par une équipe emmenée par un vétéran endurci par une vie de conflits, ça vous dit quelque chose ?

Sauf que là c’est Magneto qui est dans le rôle de Cable, et ce ne sont pas des jouvenceaux qu’il a avec lui mais plutôt un roster rappelant celui de Rick Rmender sur le titre : Psylocke, Archangel, Fantomex… S’y ajoutent M, Sabertooth (toujours en mode « gentil » depuis Axis) et Mystique. La série est efficace, proposant une grosse dose d’action, et ressuscitant (elle aussi) quelques concepts tout droit sortis des 90s tels que les Dark Riders, des disciples d’Apocalypse et les vilains les plus marquants du run jusque là (peut-être la petite faiblesse du titre).

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Cullen Bunn met aussi bien en scène ses personnages principaux, jouant énormément sur les tensions entre eux. Il faut dire qu’on n’est pas face à des enfants de cœur. Mais il ne manque pas de les humaniser assez pour créer de l’empathie pour ces durs à cuirs à l’éthique discutable. Paradoxalement Sabertooth fait presque figure de compas moral, un rôle qu’il partage avec Psylocke, elle-même toujours tourmentée par sa relation avec un Archangel privé de son humanité. Là encore, comme dans Extraordinary, il n’est pas fait table rase du passé récent, au contraire.

Au dessin Greg Land est dans ses normes. C’est propre, très propre, voire parfois trop propre et un peu figé. Il y va cependant mollo sur les sourires colgate, et globalement c’est même surprenant à quel point son style si léché ne contraste pas trop avec le ton plus sombre de la série.
LE BILAN : Uncanny X-Men a des airs d’X-Force, que ce soit par son casting, son pitch de défense agressive des mutants, et même des thèmes développés dans la continuité d’Uncanny X-Force (Archangel, Apocalypse…). La série offre de l’action, et ses personnages fonctionnent plutôt bien ensemble, même si c’est essentiellement pour se bouffer le nez. Il manque peut-être juste au titre un petit quelque chose d’épique, l’ébahissement étant assez rare malgré des scènes incontestablement spectaculaires. Sans doute manque-t-il juste des antagonistes à la hauteur des héros de la série. Mais la série reste très plaisante à lire.

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ALL-NEW X-MEN

par Dennis Hopeless et Mark Bagley

10 numéros chroniqués

Si le titre d’Uncanny X-Men est trompeur, celui de ce second volume d’All-New X-Men est en revanche on ne peut plus honnête. On y suit les péripéties internationales des jeunes versions de Cyclops, Iceman, Angel et Beast. Jean Grey est occupée avec les Extraordinary X-Men, mais Wolverine (ex X-23), Idie et Evan (aka Apocalypse Jr) ont rejoint la bande. Le pitch est simple et, disons le franchement, aurait dû être celui du second acte du run de Brian Bendis. Les jeunes X-Men ont décidé que quitte à être coincés ici, autant changer le monde actuel. Et pour ça ils vont embarquer dans un van Volkswagen, utiliser un bamf nommé Pickles pour se téléporter et aller jouer les héros à travers le monde.

Leurs aventures restent cependant très character driven, entre un Cyclops qui a peur de devenir l’extrémiste que tout le monde craint qu’est son alter ego du présent, un Hank McCoy qui doute de son génie, dépassé qu’il est par la technologie, Angel et X-23 qui vivent une relation houleuse, ou encore Evan qui a du mal à accepter sa nature… La plupart des affrontements sont fortuits, que ce soit contre de jeunes idiots autoproclamés disciples de Cyclops ou le Blob.

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Il n’en demeure pas moins que Dennis Hopeless alterne avec talent moment de développement de ses personnages et action. La série, bien que fun et enlevée, n’est pas épique, mais elle n’a pas à l’être. Elle est par contre portée par sa galerie de héros. On sent notamment la maîtrise de l’auteur d’Avengers Arena quand il s’agit d’écrire de jeunes héros et de mettre en scène leurs émotions. Il leur confère une véritable âme et une certaine profondeur. Si le développement de leur psychologie est respectueux du travail récent des auteurs précédents, Hopeless sait aussi traiter ces sujets de manière vraiment intéressante. On est loin de la redite.

Au dessin le trait lumineux du métronome Mark Bagley sied bien au ton du titre, plutôt lumineux, et ce qu’il s’agisse de mettre en scène l’action ou les moments plus posés. Le vétéran n’a rien à prouver. On pourra avoir quelques réserves sur les costumes, mais c’est un problème récurrent pour le groupe, et globalement ça reste une amélioration.

LE BILAN : Ce volume d’All-New X-Men est plus que la continuation du run de Brian Bendis, il est ce que ce dernier aurait dû être. C’est une série fun, qui n’oublie pas les moments d’émotion ni de donner de la profondeur à ses personnages. C’est dans ce dernier domaine qu’elle excelle. Mais surtout c’est la réponse tant attendue à la question de savoir ce que les versions teenage des X-Men vont bien pouvoir faire maintenant qu’ils sont coincés à notre époque. Cette réponse est aussi simple qu’efficace : se chercher comme tous les ados, et chercher à être des héros comme tous les X-Men.

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ALL-NEW WOLVERINE

par Tom Taylor et David Lopez

8 numéros chroniqués

Encore une série affublée du nouvel adjectif fétiche de la Maison des Idées, mais cette fois c’est justifié, car c’est bien une toute nouvelle Wolverine qu’on suit : Laura Kinney, jadis X-23. Le changement d’identité de la jeune clone de feu le mutant griffu est la conséquence du décès de Logan, et plus directement de la maxi série Wolverines. Alors autant le dire tout de suite, malgré l’ombre omniprésente de Logan, la série n’a de Wolverine que le titre. Il s’agit plutôt du volume suivant d’X-23.

Le thème qui sous-tend toute la série jusque là est en effet le besoin de la jeune mutante d’être à la hauteur de l’héritage de son défunt mentor et père de substitution. Mais justement être « le Wolverine » n’a jamais réellement été le souci de Logan, il l’était et c’était tout. Laura, elle, essaie en permanence. Mais si elle échoue, ça ne donne pas moins des histoires très agréables à lire et intéressantes, où l’héroïne continue de se construire sous nos yeux. Par rapport à la précédente série X-23, on retrouve aussi le soucis d’intégrer Laura dans l’univers Marvel, en lui faisant rencontrer d’autres héros (comme par hasard ceux à la mode : Dr Strange, Squirrel Girl…).

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Le principal reproche à adresser au titre concerne surtout son premier acte, qui tourne autour d’une énième tentative de refaire de Laura une arme, mais cette fois en la clonant. Le clone du clone ce n’est pas forcément l’idée du siècle, et le thème est éculé, mais il en sort quand même un personnage secondaire assez attachant. Et la qualité de l’écriture de l’héroïne, ainsi qu’une action bien dosée, font passer la pilule. Et les arcs suivants sont plus prometteurs.

Au dessin Le trait très lumineux, presque Disney-esque, de David Lopez ne serait sûrement pas le plus indiqué pour une série Wolverine, mais il est par contre plutôt adapté à cette série X-23. L’action est notamment très bien mise en scène. Et dans les moments plus noirs, la qualité du story-telling de l’artiste compense bien la légèreté de son trait.

LE BILAN : Si vous voulez du Wolverine, passez votre chemin. Par contre si vous êtes nostalgiques de la dernière série X-23, ou simplement si les difficultés d’une jeune héroïne pour s’affranchir de son destin et se montrer digne d’un héritage qu’elle idéalise vous intéressent, cette série est faite pour vous. Tom Taylor écrit en effet une Laura Kinney très juste, et si certaines des ses idées de scénarii ne sont pas géniales, il réussit quand même à les transformer en aventures plaisantes à lire.

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OLD MAN LOGAN

par Jeff Lemire et Andrea Sorrentino

7 numéros chroniqués

Second titre écrit par le transfuge DC Jeff Lemire, qui retrouve cette fois son compère de Green Arrow, le talentueux italien Andrea Sorrentino, et nouvelle réussite éclatante pour le duo. Old Man Logan est en effet la meilleure série Wolverine qu’on ait vue depuis longtemps (disons, le début du run de Jason Aaron sur le personnage). Si Logan est en version Old Man, récupéré de l’arc de Mark Millar et Steve McNiven via Secret Wars pour ressusciter le griffu sans le dire, c’est bien le personnage qui fut le plus populaire de la Maison des Idées qu’on retrouve. Solitaire, torturé, violent, honorables malgré ses failles, et surtout un pur bad ass qui ne recule devant rien ni personne. Le canadien Lemire a parfaitement saisi tout ce qui fait le charisme de son compatriote de papier.

Il n’en oublie pas pour autant d’explorer ce qui fait l’originalité du pitch de cette série, à savoir le fait que Logan se retrouve dans ce qui est pour lui le passé, et il a pour objectif d’empêcher son futur de se réaliser. Par tous les moyens. Ce thème est celui développé dans les deux premiers arcs, chaque fois de manière un peu différente. C’est aussi l’occasion pour le griffu grisonnant de rencontrer quelques personnages phares comme Steve Rogers ou le nouveau Hulk (Amadeus Cho). Ces rencontres ont d’ailleurs un véritable rôle à jouer dans l’installation du personnage à notre époque. La récurrence du thème de la lutte contre le destin de Logan est peut-être la seule inquiétude à avoir concernant la série : ne risque-t-elle pas de devenir un eu répétitive à force de tout lier au futur/passé de Logan ? Et si elle ne le fait plus, qu’est-ce qui va remplacer ce thème de fond ?

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Mais en attendant d’avoir la réponse à ces questions (qui se dessine peut-être à la fin du second arc d’ailleurs), autant profiter de cet excellent comic qui offre régulièrement au lecteur des scènes superbes. Andrea Sorrentino (et son coloriste fétiche, Marcelo Maiolo) y est pour beaucoup de ce côté-là. L’artiste use et abuse de son gimmick consistant à représenter la violence par ces encarts rouges, mais le résultat est souvent excellent. Et surtout ses compositions gagnent en dynamisme, les poses des ses personnages se faisant plus naturelles au fil des numéros. Pour le reste, son usage des ombres à la Jae Lee fait merveille sur une série aussi sombre et mélancolique que celle-ci.

LE BILAN : Old Man Logan est la seconde grande réussite du relaunch de la ligne X-Men, encore grâce à Lemire. C’est la série Wolverine parfaite : sombre, violente, mettant en scène un héros qui réunit toutes les caractéristiques qui nous ont fait l’aduler. A l’instar d’Extraordinary X-Men, elle représente un magnifique retour aux sources pour un personnage qui s’était parfois perdu sous la plume des auteurs successifs. Et, disons le sans hésiter, Bordertown, le second arc, fait sans doute partie des meilleurs histoires mettant en scène Wolverine. C’est peut-être l’enthousiasme qui parle, mais je pense, à titre personnel (notez les caveat de rigueur), que c’est un bijou du niveau de Blood Debt (Steve Skroce), Not Dead Yet (Warren Ellis & Leinil Yu) ou The Adamantium Men (Jason Aaron & Ron Garney). Un classique, le mot est lâché.

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