Avengers : Infinity War, la critique

Avengers Infinity war comic talk

Jeffzewanderer Par

CRITIQUE GARANTIE 100% SANS SPOILERS

(même pas les noms du Cull Obsidian… Que vous ne connaîtrez pas après le film non plus d’ailleurs.)

Dire qu’Avengers : Infinity War était attendu, c’est un peu comme dire qu’Elvis Presley était un chanteur connu. Point d’orgue de la construction d’un univers cinématographique entamée il y a 10 ans avec Iron Man, le troisième volet de la série Avengers se devait de clore avec brio le chapitre le plus conséquent de la belle histoire d’amour entre les super-héros et le 7ème art.

Les frères Russo, déjà aux manettes des deux derniers Captain America (Winter Soldier et Civil War a.k.a. Avengers 2.5), s’acquittent plutôt bien de cette lourde responsabilité en nous livrant un très bon film qui est à la fois tout ce qu’on attend, le contraire, et une surprise.

This, this does bring a smile to my face.

Tout ce qu’on attend parce qu’Avengers : Infinity War est un énorme blockbuster qui déborde d’action hyper spectaculaire et franchement bien réalisée. Vous vouliez voir les Avengers et leurs potes (Guardians Of The Galaxy, Dr Strange, Spider-Man…) se mettre sur la tronche avec Thanos et ses acolytes ? Vous allez être servis ! Et vous en reprendrez bien un peu ? Ça fait plaisir… Le film contient en effet une quantité impressionnante de scènes d’action dont chacune semble essayer de surpasser la précédente en terme de dimension épique. Les héros Marvel auront rarement paru aussi puissants à l’écran, entre un Iron Man qui lâche les chevaux niveau lasers et extensions d’armure, un Thor qui retrouve sa majesté, un Dr Strange qui a sérieusement progressé dans sa maîtrise des arts mystiques… Et ainsi de suite. C’est un feu d’artifice dans le bons sens du terme que nous offre la fratrie Russo, où la surenchère est le maître mot.

En parlant des réalisateurs, outre leur brio en matière de scènes d’action, on notera aussi leur numéro d’équilibristes pour livrer un film plus sérieux que ce à quoi Marvel nous avait habitué a plupart du temps (on est loin de Ragnarok et des Guardians…) tout en laissant une bonne part d’humour. Parfois les blagues font un peu forcées, comme si elles relevaient plus du cahier des charges que de l’inspiration des auteurs, mais la plupart du temps ça fonctionne. Et surtout, dans l’autre sens, les Russo ont réussi à rendre plus dramatiques des personnages devenus comiques (Star-Lord, Gamora…). Le plus bel exemple est Thor, dont on sent bien qu’ils n’ont pas aimé le virage bouffon de Ragnarok. On a donc le sentiment qu’ils l’acceptent par obligation, mais se font un devoir de l’estomper peu à peu pour finalement l’occulter quasi-totalement, n’en déplaise à un Chris Hemsworth clairement friand du registre comique.

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Who the hell are you guys ?

La surenchère en matière d’action laisse en revanche peu de place à des détails comme la mise en place de l’univers et le développement des héros. Plus qu’aucun autre film Marvel Studios, Infinity War compte sur le fait que le spectateur a vu ses prédécesseurs. Et pas seulement les deux Avengers précédents, mais bien tous les opus estampillés Maison des Idées. Les pierres de l’infini, la séparation des Avengers, la place de Spider-Man, les lieux visités (Wakanda, Sanctum Sanctorum…) vous êtes censés connaître. De même, les caractères des différents personnages ne devront avoir aucun secret pour vous si vous souhaitez apprécier les vignettes que constituent les rencontres entre protagonistes qui ne s’étaient jusque là jamais croisés. A titre d’exemple, l’hostilité et le conflit d’ego entre Tony Stark et Dr Strange n’a de saveur que si on connaît les trajectoires parallèles des deux héros dans leurs films respectifs. Tout comme la manière maladroite dont Rocket et Thor interagissent, ou la découverte d’un monde bien changé par Bruce Banner.

Si le film est exigeant de ce point de vue, il récompense toutefois le spectateur assidu en lui proposant des échanges savoureux bien dans l’esprit de chaque personnage. On pourrait néanmoins y voir un défaut, un manque d’accessibilité pour le néophyte. Je préfère, à titre personnel, plutôt saluer le fait de réellement se reposer sur les fondations posées pendant 10 ans, et éviter ainsi les redites. Surtout que les réalisateurs utilisent le temps économisé sur les présentations pour offrir à presque tous les (très nombreux) protagonistes leur quart d’heure de gloire et ainsi jongler efficacement avec un casting XXX(XXX)L.

Et si vous n’avez pas envie de vous faire un marathon Marvel avant de prendre votre billet, rassurez-vous il y a aussi assez de morceaux de bravoure qui n’ont pas besoin de contexte pour être appréciés. Captain America nous en offre d’ailleurs pas mal, chouchouté qu’il est par le duo de réalisateurs qui s’occupaient jusque là de ses aventures solos.

Le seul vrai défaut concerne les sbires, de Thanos. Il est en effet difficile d’imaginer plus unidimensionnel que ces êtres dont la seule raison d’être est de se battre avec les héros en ayant l’air cool. Ils y parviennent, et n’ont certes pas « besoin » de faire plus (les originaux de papier ne sont pas non plus des personnages shakespiriennement fouillés, soyons justes). Mais on aurait quand même bien aimé connaître leur nom sans se référer au générique…

Et allez, dernier bémol pour la route : un chantage au sacrifice qui fait figure de ficelle scénaristique un peu trop récurrente (trois fois dans le film ça fait beaucoup…).

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Thanos is coming

Blockbuster fun mais épique, héros réussis et vilains unidimensionnels… Bref on est face à un Marvel Studios classique. Alors pourquoi qualifier Infinity War de surprise en introduction ? Parce qu’en disant tout ce qui a précédé, on n’a à aucun moment évoqué le cœur du film : Thanos. Et le mot cœur est en effet adéquat.

Thanos est au début cette présence toute puissante qu’on teasait dans la dernière scène bonus d’Avengers, et qu’on révélait à peine en fond de Guardians Of The Galaxy premier du nom. Un vilain à la motivation générique (il veut tuer tout le monde parce que… parce que) qui ne doit son charisme qu’à sa surpuissance, quelques phrases bien tournées et un bon design. Bref un vilain Marvel Studios classique plus. Et les premières minutes du film, qui insistent sur cette puissance, ne font rien pour nous détromper. A l’inverse des deux heures et quelque qui suivent.

Parce que sous couvert de nous faire un film Avengers, les frères Russo nous ont en fait offert un film solo Thanos. Les héros sont pris pour acquis et pas développés au-delà de quelques scénettes ? C’est parce que le développement est consacré à Thanos. De vilain unidimensionnel, il devient scène après scène un personnage bien plus complexe, à la motivation plus travaillée qu’il n’y paraît, jusqu’à acquérir quelque chose d’une figure tragique. Voire une certaine noblesse. Point de rédemption, pas vraiment de recherche d’empathie de la part du spectateur, il reste le vilain. Mais un réel souci de nous faire voir ses actes de son point de vue. Et ça fonctionne ! Josh Brolin, malgré un rôle en image de synthèse, livre une très belle performance, sa voix gutturale contribuant à donner de la présence au personnage, et ses modulations rendant l’émotion crédible.

Après 10 ans de recherche, Marvel tient donc enfin son vrai vilain charismatique, plus impitoyable qu’un Loki (référence en la matière jusque-là) qui commençait à lorgner sur la semi-rédemption. Un Darth Vader sauce comics, aussi maléfique que fascinant. Et il a fallu lui offrir un film entier pour cela.

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Thanos : Inifinity War aurait donc été un titre plus juste pour ce film, qui est bel est bien le prélude à ce qui sera sans doute le réel film Avengers qui sortira l’année prochaine. Il s’agit en effet d’une excellente étude de personnage pour le Titan meurtrier, enrobée de grosses scènes d’actions spectaculaires pour mériter le label blockbuster. Une dichotomie qui flirte avec la schizophrénie, mais évite l’écueil grâce à la qualité de ses diverses composantes. Le résultat est donc, il est vrai, un film qui se tient en tant que tel (et pas une pure « partie 1/2 », point sur lequel la promo insistait beaucoup), mais pas comme un film Avengers. C’est bel et bien Thanos le personnage principal, et la surprise est excellente.

BONUS : Les films à avoir vus pour tout comprendre (ou presque)

Ainsi que cela a été dit, il vaut mieux avoir vu tous les films Marvel Studios pour bien profiter d’Avengers : Infinity War tant il prend pour acquis tout ce qui s’est passé précédemment. Mais si vous avez la flemme de tout voir, il est quand même possible de se concentrer sur quelques opus seulement :

1) AVENGERS : parce que tout est parti de là, et qu’il peut aussi faire office d’introduction rapide pour les héros.

2) AVENGERS : AGE OF ULTRON : pour comprendre qui est Vision.

3) CAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR : pour comprendre où en sont les Avengers (et si on triche WINTER SOLDIER est utile pour comprendre CIVIL WAR, mais pas indispensable pour INFINITY WAR en soi, donc on peut le zapper).

4) GUARDIANS OF THE GALAXY VOL. 1 : pour comprendre les Guardians, la relation Thanos Gamora, et ce que sont les pierres de l’infini.

5) BLACK PANTHER : pour comprendre le Wakanda.

6)  THOR : RAGNAROK : pour comprendre où Thor et Hulk en sont, et parce qu’il fait le lien avec le début d’INFINITY WAR.

BONUS DU BONUS (moins indispensables, mais qui aident quand même bien si vous avez du temps)

7) DR STRANGE : pour comprendre le personnage, vu son rôle dans INFINITY WAR, et surtout celui de l’œil d’Agamotto.

8) SPIDER-MAN : HOMECOMING : pour comprendre la relation Spider-Man/Iron Man

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