Batman et nous

Batman Comic Talk

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Il ne vous aura sans doute pas échappé que cette année marque le 75ème anniversaire de Batman, un des héros les plus emblématiques du comic book. Au sein de Comic Talk, nous nous sommes demandés comment fêter l’occasion, et nous avons décidé d’inaugurer une nouvelle rubrique, où chacun de nous (Jeffzewanderer, Steeve, et moi-même) allons parler un peu de notre rapport avec un personnage : notre premier contact, notre meilleur lecture/souvenir, ce qu’il représente pour nous, et ce qu’il en est aujourd’hui. Pour ce premier numéro, nous allons donc parler de Batman.

  • Premier contact avec Batman

Apteis : Comme beaucoup de personnes de ma génération, il s’agit de Batman The Animated Serie, et les jouets associés. Je n’en avais pas personnellement mais dès que je le pouvais, j’allais chez mon cousin pour jouer avec les figurines et m’amuser pendant des heures à faire des crossovers improbables avec des Power Rangers et les Tortues Ninja. Le générique m’hypnotisait, et le fait encore. Je me souviens également de la séance de cinéma de Batman Forever au cinéma, et du film Batman 66 quand il repassait sur Canal +.  Je ne savais pas ce qu’était un comic book à l’époque et c’est très tardivement (il y a 4-5 ans) que j’ai découvert les comics Batman.

Jeffzewanderer : Mes premiers souvenirs de Batman sont assez confus. C’est sans doute dû au fait que le personnage fait tellement partie de la culture populaire, pour ne pas dire de l’inconscient collectif, qu’on a un peu l’impression de toujours l’avoir connu. En cherchant bien je crois que ma première rencontre avec le Dark Knight a dû se faire par le biais de la série TV des années 90 de Bruce Timm et Paul Dini. Et il me semble que mon premier comic Batman était un très mauvais crossover avec Spider-Man (en VF, chez Semic), dessiné par Mark Bagley, où Batman et Spidey affrontaient le Joker et Carnage. Ah les 90s…

Steeve : A défaut d’être original, le générique du dessin animé des 90′s. Même pas le contenu des épisodes. J’ai acheté l’intégral il y a peu et j’ai eu un mal fou à m’en lancer quelques uns. Juste le générique. J’attendais devant france 3 impatiemment le dimanche soir que ça commence. Et une fois l’épisode lancé, il pouvait m’arriver assez souvent de passer à autre chose avant la fin des 20 minutes.

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  • Notre meilleur lecture/Souvenir sur Batman

Apteis : J’en ai plusieurs qui comptent beaucoup à mes yeux, pour des raisons différentes. Tout d’abord il y a Year One, une de mes premières lectures comic avant d’êter mon premier Batman. La première fois que je l’ai lu, j’ai déjà pris conscience que le comic book n’était pas que des super héros qui se mettent sur la gueule page après page, histoire après histoire. Je pense que je ne pouvais mieux démarrer. Par la suite, des relectures avec un meilleur background du Chevalier Noir, et surtout une meilleure connaissance du comic m’ont vraiment permis de prendre conscience de la qualité et également de l’importance de Year One. Je pourrais également citer le run de Morrison. J’ai commencé à me pencher dessus après plusieurs très bonnes lectures de l’écossais (We3, All Star Superman, Flex Mentallo…) et ce fût vraiment ma première plongée dans un grand run sur le personnage. Tout n’est pas génial, mais en plusieurs années, il a vraiment su construire quelque chose qui correspond à ce que j’attends en prenant mes singles à mon shop. Enfin, je citerais Mad Love car non seulement c’est la Madeleine de Proust parfaite, mais cela reste une super histoire avant tout.

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Jeffzewanderer : Je n’ai pas un mais deux meilleurs souvenirs liés à Batman, impossibles à départager : The Dark Knight Returns et Year One (en VF toutes deux). Bien qu’ayant conscience de manquer totalement d’originalité, je dois admettre que ces deux lectures m’ont toutes deux profondément marqué, mais de manière un peu différente. Dark Knight a été l’un des premiers « classiques incontournables » (ces comics dont tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont des immanquables : Watchmen, La Saga du Phoenix Noir…), et je me souviens encore de l’ébahissement avec lequel j’ai lu ce récit. Pour moi ce Batman vieillissant, sombre, mais reprenant quand même du service (et y prenant du plaisir) est devenu LE Batman, ma référence absolue. Et Dark Knight est aussi devenu mon maître étalon pour apprécier les histoires de futurs dystopiques, que je ne vois que comme des « Dark Knight-likes ». A l’inverse Year One m’avait plu à la première lecture, mais je me suis rendu compte rétrospectivement que ça m’étais quand même un peu passé au dessus. C’est en le relisant, relativement récemment (après avoir vu l’adaptation en dessin animé, qui m’avait déçu), que j’en ai saisi toute la maestria, que j’ai réalisé à quel point ces quelques numéros, en plus d’être des modèles de narration, étaient une pierre angulaire de la légende de Batman, de tout ce qui rend ce personnage mythique. On voit le héros et son univers se construire sous nos yeux, et loin d’enlever à la magie, ce petit tour par les coulisses la rend au contraire encore plus réelle.

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Steeve : Pas simple. C’est pas exactement comme si Batman était le personnage ayant le plus marqué ma vie d’amateur de comics. Loin s’en faut. Mais si je devais choisir, je dirais Hush. Un très bon Jim Lee, quasiment toute la galerie d’alliés et d’ennemis de Batou en 12 numéros. Et cette rouste que se prend le Joker par un Batman à bout ! J’étais jeune, je ne connaissais pas des masses le personnage et son univers. Un putain de blockbuster qui m’a tenu en haleine d’un bout à l’autre. Mais depuis, même si le run de Snyder m’a lassé, l’intrusion du Joker dans le commissariat du GCPD a à elle seule peut-être surclassé tout Hush dans mon top…

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  • Ce que représente Batman pour nous

Apteis : Serait ce original de dire qu’il représente le héros par excellence ? Que ce soit pour arrêter un simple cambriolage ou sauver le monde, Batman est là, suivant ses règles qui ne changent pas. Il combattra une menace extra-terrestre aux côtés de Superman, en étant tout aussi important dans l’affrontement, et on lui suivra dans une autre série à traquer un serial killer, dans une ambiance totalement différente mais dans laquelle il aura tout autant sa place. Confié à la bonne personne, on peut tout écrire avec du Batman dedans. Le code que Batman suit est plus important que tout le reste. Sa vie même n’a que peu d’importance. On ne parle d’ailleurs que très peu de Bruce Wayne. L’homme passe au second plan, le héros passe avant.

Il est également pour moi le personnage de comic qui est le plus intégré à la popculture.

Il représente surtout le héros que j’aurais aimé être si jamais je m’étais lancé dans une carrière de combattant du crime.

Plus que Batman, c’est vraiment Gotham et son univers qui m’intéresse. Gotham est une ville pourrie jusqu’à la moelle, dont tout le monde voudrait partir, mais elle transpire néanmoins la vie et l’espoir. Quand je lis du Batman, je m’attarde énormément sur les décors et sur l’architecture gothamite si particulière.  La première planche de Batman que je me suis acheté ce n’est pas pour le héros, mais pour les bâtiments.

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Jeffzewanderer : Faisant encore une fois preuve d’un déplorable manque d’originalité, je dirais qu’en premier lieu Batman représente pour moi l’archétype du héros sombre (à ne pas confondre avec l’anti-héros), le Chevalier Noir. Il est plus torturé que le « paladin » incarné par Superman, fait appel à des émotions plus sombres (la peur notamment), mais agit tout de même selon un code moral d’une rigueur inflexible (pour moi Batman ne tue pas. JAMAIS !). En ce sens je le vois aussi comme le modèle de tous les autres héros sombres et même anti-héros, tels Wolverine ou même Spawn, que je vois comme des déclinaisons allant plus ou moins loin du modèle originale Gothamite.

Batman représente aussi l’un de ce que j’appellerai ces « personnages absolus ». Le genre de personnages qu’on peut utiliser dans toutes sortes de récit sans que ça ne choque. En effet l’univers « par défaut » de Batman c’est le polar urbain, noir, dans les ruelles de Gotham. Mais le personnage est tout aussi à sa place parmi les quasi-dieux de la Justice League, pour des aventures purement super-héroïques, avec sauvetage du monde et tutti quanti. Et le super-groupe DC n’est pas aussi attirant sans lui. Batman peut aussi fonctionner comme héros d’une histoire d’horreur par exemple. Ou dans du quasi-roman historique comme en témoigne le génial Gotham By Gaslight de Mike Mignola (où Batman affronte Jack The Ripper à l’époque Victorienne). Même la SF lui sied (voir par exemple l’arc de Jeph Loeb et Mike Turner dans Superman-Batman avec l’arrivée de Supergirl. Ou les délires de Grant Morrison avec son run sur Batman ainsi que Final Crisis et Return Of Bruce Wayne.

Enfin, et c’est sans doute lié à ce côté « personnage absolu », Batman est pour moi un personnage plus grands que le comics. Comme je l’ai dit au début, il est une partie intégrante de la culture populaire. Tout le monde connaît Batman, même sans jamais avoir lu un de ses comics ni même vu l’un de ses films. En ce sens il n’est même plus un personnage de comics ni même un super-héros (contrairement à Superman par exemple, qui reste l’archétype du super-héros justement), comme Zorro n’est plus un personnage de roman pulps. Il est un personnage, tout court. Une authentique icône.

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Steeve : Pas grand chose. Aficionado Marvel, rares sont les personnages de la distinguée concurrence qui ont su m’intéresser. J’ai profité des New 52 pour faire le tour de l’univers DC. Je suis progressivement passé d’une vingtaine de titres sur ma liste à plus qu’un seul : Batman & Robin. Sûrement parce que cette série dépeint un Batman à mille lieues de celui qu’on peut voir du personnage dans sa demi-douzaine d’autres séries. Pour ce que j’ai retenu du personnage, le type ne change jamais. Ne s’investit jamais personnellement. C’est une machine à enquêter et à casser des mâchoires. Il a toujours tout prévu. Il a un plan pour tout. MacGyver pourrrait pas le suivre.

Comme Jeff en a déjà parlé, c’est une caractéristique du héros DC, généralement son identité civile importe bien peu, ce n’est qu’un masque. Bruce Wayne n’existe pas. Seul la croisade du chevalier masqué compte. Il va un peu tourner en rond, coincer le méchant et passer à autre chose. Tu manques un chapitre de la vie de Batman ? C’est pas grave, passe au suivant. Le gars ne tire presque jamais de leçons de ses erreurs. Parce qu’il n’en commet presque jamais sur un plan humain et surtout que lorsque ça arrive, ce sont ses proches qui évoluent. Dick, Barbara, Tim… Ils représentent la facette humaine du personnage. S’il fait le con, ILS vont accuser le coup. Lui continuera comme si de rien n’était. Sauf quand on va tuer un de ses acolytes. Il va bader un bon coup, être encore plus violent qu’à l’habitude, et quelques numéros plus tard il reprendra ses enquêtes comme il y a dix numéros de ça. C’est l’antithèse de Spider-Man dont les aventures sont rythmées par ses mésaventures personnelles.

Pour ce que j’en sais, UN auteur a osé faire évoluer Batman en mettant Bruce, ses erreurs et ses états d’âme en avant. Grant Morrison. Sous sa plume, il a appris à être un père, a décidé de sortir de son petit coin de crasse qu’est Gotham et a essayé d’impacter le monde par le biais du symbole qu’il a crée et de la fortune qu’il possède en créant Batman Incorprated. Sa vie ressemblait enfin à autre chose qu’une série sans fin de jeu du chat et la souris à grande échelle avec toujours les mêmes ennemis. Puis Grant a tué Damian et a quitté la série. Retour à la normale. Mis à part une référence à droite ou à gauche au fait que Batman il est tout triste d’avoir perdu son fils, aucune remise en question, rien. Le type se bat contre qui veut bien le défier et voilà. T’as pas lu la mort de Damian ? C’est pas grave, tu peux lire Batman et Detective Comics sans avoir l’impression d’avoir manqué quelque chose de gros. Le gars a juste perdu son fils. Heureusement, il reste Batman & Robin. La lutte d’un père contre la mort. Le récit de Tomasi est touchant, captivant et entraînant depuis le #1. Alors je continue à lire.

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  • Et aujourd’hui ?

Apteis : Mon affection et mon intérêt pour Batman ne fait que grandir, mais quasi uniquement en comics. Les films ne m’intéressent pas. Je ne suis pas un grand cinéphile, cela en se limite pas aux adaptations de comics. Il me faut au minimum une série de Batman en singles par moi. Il fût un temps, c’était toute la Bat-universe que je suivais, mais restrictions budgétaires oblige, et ayant beaucoup moins de temps à consacrer à la lecture, je continue uniquement le Batman de Snyder et Capullo. Même si la qualité a baissé depuis leur début des New 52, cela continue de me plaire. Si je n’ai pas basculer sur une autre série, c’est que je prends quand même une majorité de TPB. C’est le personnage le plus représenté dans ma bibliothèque avec plus de 70 TPB, sans compter les Absolute, la VF, et autres Artbooks. Je suis obligé de réorganiser régulièrement mes boxs de comics puisque mon carton consacré à Batman se remplit trop vite puisque j’achète des vieux singles également. Je possède de nombreux arc en double ou triple  entre les fascicules, les TPB, la VF, les éditions spéciales…

En plus de toute la lecture, Batman fait partie des prodders que j’achète avec une quinzaine de statues, tous les DVD que je peux trouver des dessins animées, et quelques planches et commissions.

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Jeffzewanderer : Aujourd’hui mon affection pour Batman n’a en rien diminué. Depuis le Hush de Jeph Loeb et Jim Lee je lis toujours au moins une série régulière Batman en singles. J’en suis même au point où je ne conçois plus d’avoir une pull-list sans au moins une série Batman, quelle qu’elle soit. J’en suis au point où ce n’est plus un créateur que je vais suivre mais le héros lui-même. C’est ainsi que lorsque le Zero Year de Scott Snyder et Greg Capullo m’a lassé au point que je ne supportais plus de mettre quatre euro par mois dans ce titre, je n’ai pas envisagé d’arrêter de lire du Batman. J’ai cherché quelle série du Dark Knight pourrait remplacer celle que j’abandonnais (et pour l’anecdote j’ai opté pour Detective Comics de Manapul et Buccelato, sans le regretter une seconde).

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Steeve : [NDJeff : Steeve assume à peine de lire Batman & Robin de Peter Tomasi, et prétend qu'il attend juste que Spider-Man apparaisse enfin.]

One Response to Batman et nous

  1. stillWild dit :

    Comme vous je crois ,la série animée des années 90 et « Batman et le fantôme masqué » empreint d’une vraie noirceur,d’une vraie mélancolie ,iconique à souhait,et le tout premier « comics » qui n’en était pas un pour moi à l’époque (çà devait être avant mes huit ans )un hardbook U.S.A ‘Son of the demon’ tout abimé que je chérie encore et toujours que je met au mm rang que les classiques cités ci-dessus,mm si après toute la culture que je me suis faite sur le dude,ce récit ne révolutionne rien,étant mm squizzé par la suite jusqu’à Morrison,au mm moment j’avais les comics inspirés du dessin animé ,quand j’ai réellement commencé les comics ct le début de l’arc under the red hood,acheté en occaz à Nantes ,que j’avais trouvé bien bad ass et réellement après « SILENCE » et tout le run de Morrison hyper riche ,complexe et relisible fo’ life…hello à tous by the way,vous faites vraiment du beau boulot, jvous lit depuis 1an et demi et même si vous publiez peu d’articles par rapport à vos confrères,ceux-ci sont les plus affûtés, merci pour le dévouement

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