Black Panther #1, la review

Black Panther review comic talk

Jeffzewanderer Par

Titre au succès qu’on pourrait qualifier de surprise vu le passé éditorial du personnage, Black Panther fait aujourd’hui partie des fers de lance de Marvel, et le scénariste Ta-Nehisi Coates est en passe de devenir la référence en matière de conteur des aventures du roi du Wakanda. C’est associé à Daniel Acuña qu’il poursuit son œuvre dans le cadre du énième relaunch de la Maison des Idées, et lance son nouvel arc, « the intergalactic empire of Wakanda »

Black Power

Depuis le début, Ta-Nehisi Coates a embrassé la dimension politique de son héro, n’oubliant jamais que le personnage était avant tout un chef d’Etat. Le premier acte de sa saga a vu le Wakanda devenir une démocratie parlementaire, et si le deuxième versait plus dans le mysticisme le thème de l’exercice du pouvoir restait prépondérant. Pour ce troisième acte, le scénariste semble opter pour un contre-pied en passant abruptement à de la science-fiction. Le pitch en en effet de quoi déconcerter, surtout qu’après un bref prologue sous forme de texte, on se retrouve in media res.

Le prologue lui-même se borne à nous donner le minimum d’informations, qui sont sans rapport avec la continuité connue : il y a deux millénaires (oui, oui, tant que ça), des Wakandiens sont partis vers les étoiles, et y ont fondé un empire devenu de plus en plus expansionniste et totalitaire. Totalitaire au point d’avoir recours à des esclaves, au nombre desquels on retrouve un T’Challa amnésique et anonyme.

Inutile de plus dévoiler l’intrigue, pour l’instant attendue (T’Challa se rebelle et est super bad-ass) mais efficace. Le point de départ est abrupt, mais c’est sans doute pour économiser de la mise en place, et on peut légitimement supposer que les détails de l’histoire nous seront révélés dans les mois qui viennent. Ce qui mérite en revanche qu’on s’y attarde dès maintenant, c’est la manière dont Coates met en place son univers et les thèmes qu’il y développe.

Le scénariste s’inscrit en effet dans la grande tradition consistant à faire des histoires de SF qui sont en fait des métaphores servant à parler de notre époque. Jadis, les histoires d’envahisseurs des années 50-60 étaient le reflet de la peur d’une invasion soviétique. Aujourd’hui, dans une Amérique plus divisée que jamais par les tensions raciales, c’est de l’esclavage que Ta-Nehisi Coates a décidé de nous parler.

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Fight the Power

Les parallèles avec cette période sombre de l’histoire des Etats-Unis sont en effet nombreux. Le plus évident est l’emploi d’esclaves, mais surtout le fait que ceux-ci soient privés de leur nom. Les esclaves africains se voyaient ainsi rebaptisés par leurs maîtres américains. Plus largement, une théories très répandue aux USA est que les afro-américains se sont retrouvés coupés de leurs racines et de leur héritage africain, qu’il leur faudrait retrouver et se réapproprier pour s’épanouir pleinement dans ce pays où leurs ancêtres se sont retrouvés expédiés de force. Des mouvements tels que Back-to-Africa ou la Nation Of Islam ont d’ailleurs eu pour but de rétablir le lien avec cet héritage perdu.

Dans Black Panther, ce sont les esclaves de différentes espèces qui se voient privés de leur nom et de leur mémoire, et donc de leur dignité. Mais là aussi une organisation s’est donné pour but de leur rendre cette dignité perdue, en leur faisant découvrir leur héritage oublié : celui du Wakanda, dévoyé par sa version impériale intergalactique. Comme les croyants de la Nation Of Islam qui changeaient de nom, les rebelles reprennent les noms des héros du Wakanda (T’Challa, M’Baku, Nakia…). Même le nom du groupe est une référence à l’esclavage aux Etats-Unis : les Maroons. Il s’agit en effet du nom donné aux esclaves qui fuyaient et allaient vivre parmi les tribus indigènes aux amériques. En français on parlait de « neg’marrons » (ou cimarron, terme espagnol faisant référence au fait qu’ils vivaient souvent sur les cimes dans certaines régions).

Là où Coates opte en revanche vraiment pour le contre-pied, c’est en faisant des Wankandiens des étoiles les oppresseurs. La nation qui est l’exemple comicsien le plus connu d’utopie africaine car elle a échappé aux ravages de la colonisation et de la traite des esclaves est aujourd’hui le colonisateur et l’esclavagiste. Difficile d’y voir pour l’instant plus qu’une cruelle ironie (on n’en est qu’au premier numéro, il y a une aventure à raconter quand même), mais le potentiel scénaristique pour parler de la destinée des empires, peu importe à quel point ils se veulent bienveillants, est bien là.

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Ce relaunch de Black Panther, dont le numéro 1 apposé sur la couverture reste très cosmétique, s’inscrit dans la droite ligne du travail de Ta-Nehisi Coates jusque-là : une bonne aventure, très bien dessinée (Acuña est très en forme, pour la narration comme pour les designs), aux personnages très bien écrit (T’Challa en tête) et surtout un propos ambitieux qu’il prend le temps de développer.

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