Green Lantern par Geoff Johns

Green Lantern By The Way Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Numéros concernés : Green Lantern Rebirth #1-6 ; Green Lantern vol. 3 #1-67 ; Green Lantern vol. 4 #1-20 ; Blackest Night #1-9

Le run de Geoff Johns sur Green Lantern commence en 2004 avec la mini-série Rebirth. Le scénariste est alors déjà très côté, notamment grâce à ses passages remarqués sur Avengers chez Marvel, et Flash chez DC. Son plan consiste à rendre l’anneau émeraude et le le nom de Green Lantern à Hal Jordan, personnage tombé en disgrâce, tué, puis ressuscité  dans le rôle du Spectre. Ce fut le début d’un run de 9 ans qui a redéfini le personnage et son univers.

Ce sont d’ailleurs ces deux points qui sont les plus essentiels, et qui montrent le mieux l’ampleur du travail effectué par Geoff Johns.

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I’m Hal Jordan. Man. Pilot. Green Lantern.

La première chose que Johns a faite a donc été d’écrire une déclaration d’amour en six numéros au personnage qu’il adorait : Hal Jordan. Mais surtout, il a voulu ramener le personnage à ses qualités essentielles : il est un authentique héros, sans peur, confiant, même un brin arrogant, peu importe qu’il porte un anneau ou non. Bref, le héros américain à la mâchoire carrée typique.

Cette hyper-simplification du héros a été une des constantes de tout le run du scénariste, qui était clairement plus « event-driven » que « character-driven ». Tout juste Johns a-t-il ajouté chez son héros une certaine peur de l’engagement et un traumatisme récurrent lié à la mort de son père, histoire qu’il ait quand même une ou deux faiblesses, mais c’est tout. Hal est resté tout au long du run un personnage primaire, diablement efficace, mais qui tenait plus de l’icône que de l’humain. Il était la lumière face aux ténèbres (une idée sur laquelle Johns a beaucoup insisté, notamment en opposant Hal à Batman).

D’ailleurs toutes les mésaventures « personnelles » d’Hal Jordan ont tourné court. Son flirt avec sa collègue pilote Cowgirl n’a jamais débouché sur rien. La relation entre Hal et son frère Jim n’a été qu’un gimmickscénaristique, d’abord pour mettre en lumière les avantages du côté tête brûlée d’Hal, puis pour introduire de la tension dramatique en lui donnant quelque chose à protéger. On n’entend d’ailleurs plus parler de Jim et sa petite famille passé l’arc Sinestro Corps War.

Même la relation entre Hal et Carol Ferris, sa dulcinée, ne dépasse pas le stade du « je t’aime mais je n’ose pas m’engager ». Les New 52 n’y ont rien changé. Dépossédé de son anneau, Hal a bien essayé de se construire une vie normale sur Terre auprès de sa belle au début du rebaunch. Mais aussitôt que Sinestro lui a rendu un anneau et l’a embarqué dans l’espace, tout ce subplot est allègrement passé à la trappe.

Ainsi, des trois qualificatifs qu’il utilise pour se décrire, « man » est sans doute celui qui sied le moins à Hal Jordan. Mais Geoff Johns a parfaitement su utiliser cela, et en faire une force du personnage, en en faisant l’archétype du chevalier des temps moderne. Il suscitait l’intérêt des lecteurs non pas en jouant sur l’empathie face aux malheurs et tourments du héros, mais plutôt sur le côté épique de ses exploits.

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I am Sinestro. Green Lantern of sector 1417. And I am the greatest Green Lantern.

Cependant, si Geoff Johns est allé au plus simple pour traiter Hal Jordan, il a pris le chemin inverse en ce qui concerne sa Némésis, Sinestro. Dès Rebirth le vilain était établi comme l’antagoniste principal du personnage. Un choix qui n’avait rien de révolutionnaire en soi, reconnaissons-le. Mais le scénariste a immédiatement insisté sur la relation très personnelle qui semblait exister entre les deux personnages. On se souviendra notamment qu’au moment de sa défaite dans Rebirth, Sinestro gratifiait Hal d’un « Welcome back ».

Mais c’est surtout par la suite qu’il a développé le personnage, en insistant sur son ambiguïté morale. Pas tant à travers le but qu’il poursuivait apparemment, à savoir imposer l’ordre par la tyrannie et la terreur, qui restait une motivation qu’on peut qualifier de négative (même si l’intention de départ paraît honorable, elle ne saurait justifier autant de crimes. Et puis bon, l’ordre absolu ce n’est pas non plus le paradis hein…). Non, Johns a préféré nous dévoiler Sinestro tel qu’il était lorsqu’il portait encore l’anneau des Green Lantern, essentiellement dans l’arcSecret Origins. On découvrait ainsi le korugarien sous un nouveau jour, et d’un personnage qui se repaissait de sa propre vilenie (il faut voir ses tirades dans Rebirth) il devenait une sorte de pendant déchu d’Hal Jordan. On peut ainsi remarquer que les deux personnages ont pour point commun la peur de perdre ce qui leur est cher. Ainsi Sinestro se fait tyran dans le but de protéger sa planète, Korugar. Et c’était la perte de la ville de Coast Cityqui avait poussé Hal Du « côté obscur ». Il est aussi obsédé par la perte de son père (voir plus haut).

A noter que l’adjectif « déchu » a son importance, et jusqu’à la fin Sinestro reste le vilain, n’en étant jamais à un coup fourré près. Johns n’écrit pas l’histoire de sa rédemption, même quand il lui rend un anneau émeraude. Mais il cherche bien à créer un véritable sentiment d’empathie de la part du lecteur pour ce personnage dont l’apparence physique a aussi évolué (ce dernier point est aussi en partie dû à la maladresse d’Ethan Van Sciver, dessinateur de Rebirth qui a lui-même reconnu qu’il avait raté Sinestro sur plusieurs cases, en lui faisant une tête trop grosse et un corps trop décharné).

Mais cette empathie naissait aussi grâce aux adversaires auxquels Sinestro était confronté, qui étaient souvent pires que lui. Black Hand et ses Black Lanterns, Atrocitus et ses Red Lanterns furibonds, et même les Gardiens, tous nous ont bien aidés à éprouver de la sympathie pour Sinestro.

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About the fate of the universe. About cosmic revelations. And About the Blackest Night.

La petite énumération à la fin du paragraphe précédent nous amène naturellement au second aspect majeur durun de Geoff Johns : la richesse de l’univers qu’il a mis en place. Le scénariste a en effet créé le concept des multiples Corps de lanternes, liés chacun à une couleur du spectre visible (selon la division ROYGBIV ou Red, Orange, Yellow, Green, Blue, Indigo, Violet). Il a aussi inventé les Blacks Lanterns, la White Lantern, réécrit l’histoire des gardiens et du Green Lantern Corps (Wrath Of The First Lantern) et réalisé la prophétie de laBlackest Night. Entre autres… Et on ne parle même pas des personnages qu’il a créés (Atrocitus, Saint Walker,Simon Baz…).

Le point le plus marquant de cette immense œuvre créatrice est sans doute sa cohérence. Ou plus précisément son omniprésence dès Rebirth. On y retrouve en effet bien des éléments, à commencer par Black Hand, annonçant de façon subliminale la Blackest Night. On peut aussi apprécier de multiples détails, comme la scène de la première rencontre entre Hal et Sinestro, racontée deux fois (dans Rebirth et Secret Origins) exactement de la même façon. Johns montre ainsi l’attention qu’il porte aux moindres détails de la continuité qu’il a créée.

Le respect de la continuité est d’ailleurs un point auquel le scénariste semble tenir, tel qu’en témoignent ses efforts dans Rebirth pour faire un retcon subtil (mais sans contredire l’original) du passage où Hal était devenuParallax. Il va jusqu’à demander à l’artiste de reprendre une couverture célèbre de cette époque et de la présenter sous un autre angle afin qu’on y voit le véritable Parallax (le parasite, entité incarnant la peur).

C’est d’ailleurs un bon exemple de la façon dont l’auteur a mêlé son respect du passé, ses réinterprétations, et son œuvre créatrice (Parallax n’était pas conçu à l’origine comme une entité autonome, un être distinct d’Hal l’ayant possédé). On pourrait aussi évoquer la façon dont il a expliqué l’impuissance des anneaux des Green Lantern contre le jaune, dont il a créé le Sinestro Corps en partant de la couleur de l’anneau de Sinestro, ou celle  dont les Star Sapphires (déjà un groupe) ont été intégrées à l’arc-en-ciel des Corps.

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Random Observations

Mais si le travail sur les personnages et la création/expansion de l’univers de Green Lantern sont les deux points majeurs du run de Geoff Johns, quelques autres méritent tout de même d’être évoqués.

On peut ainsi souligner que ledit run semble se diviser en deux grandes périodes : avant et après le grosevent/crossover The Sinestro Corps War. Ainsi pré-SCW (les sigles c’est cool) les histoires étaient surtout centrées sur Hal Jordan. On voyait plus souvent Hal sur terre, parfois avec sa famille. Il jonglait même entre ses relations avec Cowgirl et Carol Ferris. Mais surtout le scénariste semblait très occupé à établir son personnage comme un héros de premier plan.

Post-SCW les sagas cosmiques se sont enchaînées à un rythme effréné (Blackest Night, Brightest Day, War Of The Green Lanterns, Rise Of The Third Army, Wrath Of The First Lantern). C’était moins les aventures d’Hal qu’on suivait que celles du Green Lantern Corps dans lesquelles Hal était impliqué. Même Secret Origins était autant les origines de Green Lantern qu’un prélude à la Blackest Night (voir par exemple la présence d’Atrocituset sa prophétie, le lien avec Abin Sur, dont l’anneau revint à Hal…). Comme si Johns considérait qu’après avoir mis en scène une guerre entre deux Corps, rien de moins que des conflits galactiques n’étaient dignes de son cher Hal Jordan. Il fallait faire toujours plus fort. Seuls les New 52 permirent une brève respiration (et encore).

En parlant des New 52, ils furent l’occasion pour Johns de montrer sa ruse. Le scénariste se paya ainsi le luxe d’ignorer superbement l’aspect reboot de la chose, et d’écrire une fin sur mesure à sa série, qui pouvait déboucher naturellement sur une renumérotation, bref un simple relaunch. Il nous offrit même un superbe clin d’œil à travers le quatrième mur via un Hal hagard et privé de son anneau qui s’exclamait « It can’t end like this », juste avant le nouveau numéro 1 avec Sinestro de retour en vert en couverture.

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On peut aussi se demander si Johns n’est pas vaguement anarchiste quand on voit le portrait qu’il dresse desGardiens. Les petits hommes bleus dirigeant le Green Lantern Corps enchainent les crasses et multiplient les sales secrets et autres coups tordus tout au long du run. Ils virent même limite fascistes sur la fin. Le seul qui est un tant soit peu sympathique (Ganthet) est d’ailleurs considéré comme un renégat par ses pairs.

Plus sérieusement, comment ne pas voir dans ce thème récurrent une expression de la méfiance atavique des américains envers les structures de pouvoir, et plus précisément le gouvernement. Je ne vais pas vous infliger un cours d’histoire, mais sachez quand même que ce fantasme est par exemple à l’origine de la forme fédérale du gouvernement américain et des pouvoirs somme toute restreints de l’Etat fédéral par rapport aux Etats Fédérés. L’idée étant que l’indépendance avait été déclarée pour échapper à la tyrannie de la Couronne Britannique, et qu’il ne fallait surtout pas remplacer un oppresseur en en créant un autre. L’Etat est donc plus ou moins un mal nécessaire, mais pas mieux. Comme les Gardiens en quelque sorte. Hal est vraiment le héros américain typique.

Et pour finir sur une note plus légère, on peut supposer que le petit Geoff devait adorer jouer avec des crayons de couleurs étant enfant. Déjà parce qu’il a été assez inspiré pour filer une belle métaphore à partir du spectre ROYGBIV (le vert, soit la volonté, assure l’équilibre entre les émotions et est donc au centre. Le bleu de l’espoir est inutile sans le vert de la volonté, ce qui se traduit par la faculté de booster les anneaux…). Mais surtout le scénariste a semblé adorer affubler le plus de personnages possibles d’anneaux bigarrés. Blackest Nighttourna même parfois (à mon avis, et je me sais assez seul pour le coup) en déluge de fan service : allez Flash en bleu ! Wonder Woman en rose ! Luthor en orange ! Bon War Of The Green Lanterns, où les GL terriens devaient tous se choisir un anneau autre que le vert en fonction de leur personnalité n’était pas mal non plus dans le genre…

Mais le grand gagnant à ce petit jeu fut sans doute Hal Jordan, qui finit au fil du run par porter presque toutes les couleurs d’anneaux, même le blanc et le noir (pour lequel il faut être mort, ça aurait pu paraître rédhibitoire mais non…). Il a juste échappé au rose des Star Sapphires, sans doute à cause du costume…

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