Où sont les femmes ? (la quête d’une égérie pour Marvel)

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Jeffzewanderer Par

It’s A Man’s World…

Comme l’Eglise, DC a sa trinité : SupermanBatmanWonder Woman. Trois icones, connues du grand public, fermement installées dans l’inconscient collectif, et qui servent d’ancrage au super-groupe de la Distinguée Concurrence, la Justice League.

Chez Marvel, la situation est un peu différente. Déjà les deux vaches à lait… euh pardon, héros phares de l’éditeur, à savoir Spider-Man et Wolverine, ne sont pas aussi intimement liés au super-groupe de la maison, à savoir les Avengers. Alors oui, les lecteurs novices pourront s’étonner de cette affirmation, mais en réalité l’affiliation du tisseur et du mutant à l’adamantium aux vengeurs est récente, surtout par rapport à leur histoire.

L’équivalent Marvel de la trinité DC, ces trois icones indissociables de tout projet impliquant les Avengers, sont plutôt Captain AmericaIron Man et Thor. Et là, si vous êtes un peu observateur, un détail doit vous sauter aux yeux : il n’y a pas de femme.

Il est en effet de notoriété publique qu’à l’instar de leur public et de leurs créateurs, les comics sentent majoritairement la testostérone. Ne vous méprenez pas : il y a des légions d’héroïnes extrêmement intéressantes  (comme il y a d’ailleurs dans l’absolu beaucoup de lectrices et de femmes travaillant dans l’industrie, même si ce n’est pas toujours aux postes les plus visibles). Mais peu arrivent à s’imposer comme des personnages réellement majeurs aux yeux du grand public, en tous cas dans la durée.

Une petite anecdote illustre très bien cet état de fait : l’héroïne dont la série compte le plus grand nombre de numéros consécutifs (sans interruption de publication donc), après l’inévitable Wonder Woman, est laWitchblade avec 160 et quelques numéros. Superman, Batman et même Spidey doivent bien rigoler du haut de leurs 900 ou 700 numéros (d’ailleurs Wondie elle-même ne dépasse pas les 329 numéros consécutifs).

Wonder Woman échappe donc à la règle, peut-être parce qu’elle fut la première, surement aussi grâce à la série TV avec Linda Carter dans le rôle principal. Mais l’Amazone n’a pas d’équivalent chez Marvel. Et ça se sent terriblement quand on voit les tentatives désespérées de l’éditeur pour mettre en avant ses personnages féminins en parallèle avec la sortie de l’un ou l’autre film. Bref, ses efforts pour se trouver une égérie.

Wonder Woman By The Way Comic Talk

Looking For [insert name here]

La question ne s’est pas vraiment posée pour les films de héros solitaires, où le premier rôle féminin est en générale celui de l’amoureuse du héros (Spider-Man,HulkThor…), ou d’une sidekick occasionnelle (Blade). Pour les groupes c’est encore plus simple : chez les X-Men aucun personnage à part Wolverine (et Gambit mais à un degré bien moindre), peu importe son sexe, n’a jamais réussi à s’imposer comme étant capable de porter une série ni même un film en solo. Il y a bien eu un petit frémissement autour de Mystique, à l’époque où Brian K. Vaughan lançait avec un certain succès une série régulière qui lui était consacrée et vu que le personnage était déjà apparu dans le premier film X-Men, antérieur à ladite série. Mais ça n’est pas allé plus loin.

En fait il n’y a réellement eu que deux exceptions notables : Elektra et Black Widow. La première est apparue dans Daredevil (incarnée parJennifer Garner), la seconde (incarnée par Scarlett Johansson) dans Iron Man 2et surtout Avengers. Dans les deux cas Marvel a essayé de les mettre en avant, bref de se trouver une « Wonder Woman ». On passera vite sur l’omniprésence desdites donzelles sur les affichages promotionnels (même si c’est déjà assez révélateur), et on retiendra plutôt que chacune a eu droit à une nouvelle série solo aux alentours de leur apparition cinématographique. Elektra a même carrément eu droit à son spin-off sur grand écran, et on en a sérieusement parlé pour Black Widow.

Elektra By The Way Comic Talk

In The Shadows…

Pourtant aucune n’a réussi à s’imposer comme la première dame de la Maison des Idées, pour des raisons diverses. Certaines étaient conjoncturelles (le film Elektra était un nanar innommable, n’en déplaise aux trois personnes, là dans le fond, qui ont aimé). D’autres, les plus déterminantes, sont liées aux personnages mêmes.

Déjà toutes les deux n’ont pas de pouvoirs. Ça a l’air bête dit comme ça (surtout que ça n’a pas tellement gênéBatman…) mais ça a sans doute joué contre elles dans l’esprit du public, vu qu’elles étaient moins en mesure de lui en mettre plein la vue lors de scènes d’action hyper spectaculaires. Ou d’avoir l’air à même de sauver le monde.

Mais surtout Elektra est un assassin et Black Widow une espionne (qui donne dans les opérations noires et autres combines louches, pas le genre James Bond). Pas vraiment le genre chevalier blanc, et encore moins héroïne au cœur pur qu’un éditeur a envie de présenter comme son égérie. Et renier ces aspects de chaque personnage revient à leur enlever tout intérêt. Elektra en « gentille » ça n’a jamais marché, elle doit au moins être moralement ambigüe. Et Black Widow doit une grande partie de son aura à son côté « femme fatale ». A noter que ces observations valent aussi pour Mystique, dont le cas a été évoqué plus haut.

Bref, si toutes deux sont des personnages magnifiques (et dont les séries n’ont pas eu la reconnaissance qu’elles méritaient, na, je l’ai dit !), ni l’une ni l’autre n’avait réellement de chance de devenir la figure de proue de Marvel. Et à n’en pas douter il en sera de même de Scarlet Witch, qui semble être la suivante sur la liste à en juger par l’annonce de sa participation à Avengers 2. Wanda Maximoff est loin d’être un mauvais personnage, surtout comme membre des Vengeurs, mais il lui manque une motivation vraiment personnelle pour qu’elle « tienne » une série et même un film en solo.

Mais en jetant un œil sur la dernière série d’annonces cinématographiques de Marvel, j’ai réalisé que la Maison des Idées avait dans ses cartons exactement le personnage qu’il lui fallait, et qu’il semblait enfin s’en être rendu compte : Ms Marvel.

Scarlet Witch By The Way Comic Talk

Make Mine (Ms) Marvel !

Ms Marvelaka Carol Danversaka actuellement Captain Marvel, et jadis connue sous le nom de Warbird ou encore Binary. Carol Danvers était officier de l’Air Force, pilote, et acquit ses pouvoirs suite à un accident impliquant de la technologie Kree, une des races extra-terrestres de l’univers Marvel. Le personnage a eu droit à deux séries sous le nom Ms Marvel, qui ont duré respectivement 23 et 50 numéros. Elle a eu droit à une troisième, en cours actuellement, mais cette fois appelée Captain Marvel, en raison du changement d’alias de l’héroïne qui voulait rendre hommage au défunt héros qui portait ce nom avant elle et qui fut une inspiration pour elle (et lié à l’accident qui lui valut ses pouvoirs). Pour plus de détails je vous renvoie à la page wiki du personnage.

Ce qui compte c’est que Carol Danvers a tout ce qu’il faut pour être l’héroïne que cherche Marvel. Déjà c’est une blonde superbe aux jambes interminables et aux courbes voluptueuses. Oui, je sais, c’est hyper misogyne comme premier argument, mais faisons preuve d’un peu de cynisme : osez me dire que ça n’entrera pas en considération dans les bureaux à Hollywood. En plus son costume rend bien « en vrai », en témoignent les nombreux cosplays de l’héroïne. Et si Marvel Studio décidait de ne pas jouer la carte du sexy (j’y crois modérément mais bon) son costume actuel est aussi assez facile à adapter.

Plus sérieusement, Ms Marvel a des pouvoirs qui permettent des scènes d’action hyper-spectaculaires et en font un « big gun » de l’univers Marvel. Elle vole, est très résistante et très forte, absorbe l’énergie, projette des rayons. La panoplie complète pour aller se frotter aux pires super-vilains, et surtout être à sa place aux côtés d’un dieu Asgardien, d’un Iron Man high-tech ou même de Hulk.

Elle a aussi des liens avec l’univers cosmique Marvel, puisque ses pouvoirs lui viennent de la technologie Kree. Et comme les films Marvel semblent se tourner vers les étoiles (Avengers et surtout le futur Guardians Of The Galaxy) elle s’insèrerait bien dans le paysage. Surtout que du temps où elle était Binary elle a même frayé avec les Starjammers (une bande de pirates interstellaires) et s’est promenée dans l’espace. Il n’y aurait qu’à retoucher éventuellement les détails de son origine (les Kree ne sont pas encore apparus au cinéma, mais d’un autre côté ça pourrait être une occasion), et sa place serait toute trouvée.

Et dans les comics elle a aussi un contentieux avec Rogue (qui lui avait volé ses pouvoirs et ses souvenirs lors d’un combat). Le lien avec les X-Men est donc faisable (elle a aussi collaboré avec Wolverine au cours de sa carrière militaire), et il m’est d’avis que ces derniers temps Marvel verrait d’un bon œil tout ce qui peut faire ch*** la  Fox…

Ms Marvel By The Way Comic Talk

Pretty Woman

Le personnage lui-même ne manque pas d’attrait, en témoigne le succès très correct de ses diverses séries. Déjà Carol Danvers est cool. Courageuse, pilote de son état, tête de mule, elle a quelque chose d’Hal Jordan en elle. Elle a aussi un sacré caractère, étant loin d’être du genre timide et effacée, et n’a rien contre quelques one-liners bien sentis lors d’un combat. En tous cas elle est intéressante même sans ses pouvoirs.

Sa motivation est suffisamment simple pour à la fois lui permettre de « tenir » un film seule et justifier qu’elle fasse partie des Avengers. Carol veut en effet rendre hommage au héros qu’elle admire (Captain Marvel) en se montrant digne de lui par ses propres actes héroïques. Elle se rapproche en ce sens de Superman, à travers cette idée d’un héroïsme purement altruiste, juste parce que c’est « the right thing to do ».

Sa deuxième série, écrite par Brian Reed, ajoutait un élément très intéressant à cela (inspiré par House Of Md’ailleurs) : Carol se rendait compte que jusque là elle n’avait pas tiré le maximum de son potentiel, et décidait de tout mettre en œuvre pour devenir la meilleure héroïne possible, et même la meilleure tout court. On sent là son ambition voire même une pointe d’arrogance.

Un trait de caractère qui nous rappelle que comme tout bon personnage Marvel, Carol a aussi ses failles. Elle doute souvent d’elle-même, et à tendance à être sa pire ennemie. Elle a même eu un problème d’alcoolisme, à l’instar de Tony Stark. La lutte contre ses tendances autodestructrices a fait partie des éléments majeurs du personnage. Une fragilité qui contribue à l’épaisseur psychologique du personnage. Elle est troublée, mais sans non plus présenter l’ambigüité morale d’Elektra ou Black Widow.

use 5

Trying Not To Love You

Cependant l’objectivité me contraint à reconnaître que le personnage de Ms/Captain Marvel a aussi des défauts, surtout dans l’optique d’en faire laFirst Lady de Marvel. Déjà elle n’a pas vraiment de vie hors du costume. Ce n’est pas toujours rédhibitoire (voir Captain America, Thor…) mais ça peut jouer. On peut néanmoins souligner les efforts de Brian Reed puis Kelly Sue DeConnick pour lui créer un supporting cast et une « vraie » vie loin d’Avengers Tower/Mansion.

Plus ponctuellement Carol n’a pas « d’amoureux attitré », et on sait à quel point les auteurs aiment ajouter à tout prix une romance à leur histoire, surtout au cinéma (voir Thor, où c’est assez flagrant je trouve). Mais bon, là encore c’est facile à contourner : on peut créer le personnage ou récupérer un des ex de Carol (qui en a quelques-uns dans ses bagages).

En fait le point le plus problématique pourrait être l’absence d’une Némésis pour l’héroïne. Elle n’a pas une galerie d’ennemis vraiment digne de ce nom, et il n’y en a même pas un qui se détacherait du lot. Cependant c’est encore une fois possible à contourner. Dans les comics ça n’a pas empêché la belle d’avoir des aventures intéressantes (et ça incite les scénaristes à être créatifs, au lieu de nous faire l’équivalent du 300ème round de Wolvie/Sabertooth). Au cinéma, il n’y a qu’à utiliser l’angle Kree et récupérer Ronan The Accuser. Et hop, ennemi instantané !

Une autre difficulté sérieuse, mais uniquement dans l’optique de l’adaptation cinématographique, réside aussi dans le rôle déterminant de Captain Marvel premier du nom dans l’origine et la motivation de l’héroïne, le personnage n’existant pas dans l’univers cinématographique. Une réécriture partielle de l’origine serait donc nécessaire, sous peine que Carol ne devienne la guest-star de son propre film (s’il fallait y inclure Captain Marvel). Mais là encore rien d’insurmontable.

Ms Marvel semble donc au final tout avoir pour devenir l’héroïne dont Marvel a besoin : l’ancrage en tant que personnage capable de porter une série en comics, la motivation, les pouvoirs, le look, la personnalité, les failles psychologiques, et le background pour s’intégrer naturellement au Marvel Cinematic Universe. Il ne reste plus qu’à espérer que le film se fera et ne rejoindra pas Luke Cage, Dr Strange et autre Black Panther dans les limbes hollywoodiennes…

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