La mort vous va si bien (2ème partie)

Phoenix By The Way Comic Talk

Jeffzewanderer Par

La première partie de ce dossier ayant été consacrée au moyen et au mobile de la mort d’un personnages, l’heure est désormais venus de s’intéresser à ce qui se passe après…

Death Is Just A Feeling

On arrive là au point le plus épineux de toute discussion à propos de la faucheuse et des comics : le caractère éminemment transitoire de cet état. Je l’évoquais en introduction, à peu près tous les personnages majeurs ont eu droit à leur mort supposée définitive et à un retour triomphal. Vous ne me croyez pas ? Allons-y pour un petit inventaire.

Superman Death Of Superman, et il s’en est remis. Batman ?Batman RIP puis Return Of Bruce Wayne.Captain America ? Tué par Crossbones dans l’épilogue à Civil War (Captain America #25), revenu dans Captain America RebornCyclops ? Se sacrifie pour vaincre Apocalypse (Uncanny X-Men #378), puis se « dé-sacrifie » grâce à Cable et Jean Grey (Search For Cyclops). Hal Jordan ? Mort pour sauver le monde (Final Night), ressuscité dans Days Of Judgement en tant que SpectreThor Ragnarok (Thor vol 2 #80-85), puis de retour dans sa nouvelle série. Et on pourrait continuer l’énumération ad nauseam (FlashGreen ArrowHawkeyeIron Man, ¾ desFantastic Four…). A noter, détail surprenant, qu’à ma connaissance Wonder Woman a toujours été épargnée. Elle, on se contente d’annuler sa série.

Bref, la mort on s’en remet très bien. Il semble cependant pertinent d’opérer une distinction au sein de cet ensemble de « morts temporaires » (ou « fausses vraies morts »). Certaines avaient clairement vraiment vocation à être définitives (FlashGreen LanternGreen Arrow…). Le retour du héros s’est fait plusieurs années plus tard, et sous la houlette de créateurs et d’équipes éditoriales différentes. Mais dans certains cas, le meurtrier et l’artisan de la résurrection sont une seule et même personne (ou un même groupe de personnes). Ce fut le cas pour Captain America, tué et ramené à la vie par Ed Brubaker. Ou de Batman, avec Grant Morrison aux manettes. Brian Bendis a aussi joué avec la vie d’Hawkeye, tué dans Avengers Disassembled et ressuscité dans House Of M.

Dans ces cas, et malgré le délai parfois important séparant la mort et le retour (plusieurs années parfois), on peut légitimement supposer que le scénariste avait d’emblée dans l’idée de ramener sa victime à la vie. On se situerait donc dans le cadre d’une variante élaborée de la « mort cliffhanger », une version poussée à son paroxysme de cette « ficelle ».

Thor By The Way Comic Talk

No Way Back

La résurrection paraît donc inéluctable pour nos chers défunts. Mais il existe cependant quelques exceptions à cette règle immuable, des morts que nul ne semble décidé à remettre en cause. Les retours de Bucky (sidekickde Cap America revenu en tant que Winter Soldier) et Jason Todd (ex Robin 2 devenu Red Hood), longtemps tabou et finalement survenus, ont mis un sacré coup à cette idée, mais il reste quelques défunts « intouchables ».

On peut les compter sur les doigts d’une main : L’oncle Ben (oncle de Peter Parker aka Spider-Man), Gwen Stacy (feue la petite amie du même Spidey), Thomas et Martha Wayne (parents de Batman),). On peut éventuellement en ajouter un ou deux autres à la marge (la famille Castle (famille du Punisher), les parents de Peter Parker…) mais pas plus.

Premier constat, il ne s’agit pas de héros. Soyons juste, à part Gwen Stacy, ce ne sont même pas des personnages qu’on a vraiment vus dans les séries où ils auraient pu apparaître (on ne voit l’oncle Ben que dansAmazing Fantasy #15, première apparition du tisseur). Mais ce n’est pas là la clé du mystère. Harry Osbornaussi était un second rôle, mais lui a quand même eu droit à sa résurrection. En fait, si ces personnages sont toujours six pieds sous terre, c’est parce que leur mort est un acte fondateur pour le héros qui y est lié.

Sans la mort de ses parents, Batman perd la motivation originelle de sa croisade contre le crime. Son oncle ressuscité, Spidey ne porte plus le poids de la seule fois où il a fui les responsabilités que lui conféraient son grand pouvoir, et c’est l’âme du personnage qu’on perd. La mort de Gwen, c’est la mort de l’innocence (elle prend quasiment une dimension méta-textuelle), le symbole des risques qu’encourent tous ceux qui sont proches de Spidey…

La mort de Captain Marvel premier du nom est quant à elle un cas un peu particulier. Cela car elle fait partie des Classiques non seulement par son côté tragique, mais aussi par sa dimension « réaliste » (il est emporté par un cancer). Une résurrection porterait atteinte à ce dernier point. Mais surtout cette mort est la plus belle heure de gloire du personnage. Il s’agit donc en quelque sorte d’un acte fondateur, sinon du caractère du héros, du moins de son aura, son côté mythique. Bref de ce qui pourrait justifier la tentation de le ressusciter.  Donc « annuler » sa mort, c’est aussi nier ce qui justifie justement l’envie de le ressusciter. Et le serpent se mordit la queue…

A noter que l’indifférence relative suscitée par le personnage et sa mort aux yeux des lecteurs peut aussi être une explication plausible, malgré son cynisme. Thunderbird, défunt X-Man tombé lors de sa première mission ne fut jamais ressuscité sinon le temps de l’un ou l’autre crossover (NecroshaChaos War) et toujours pour retourner à son repas de pissenlits par la racine. Il faut dire que si ce décès a marqué les X-Men, il n’a cependant pas plus émus les lecteurs que ça, qui n’ont pas eu le temps de s’attacher au personnage ni même de le rendre culte. D’où la pérennité de son décès.

Mais pour en revenir aux exemples précédents, il s’agit donc de cas où ressusciter le personnage viendrait porter atteinte au héros, l’abimer en le privant d’un ressort psychologique essentiel (littéralement, qui touche à son essence). C’est aussi pour ça que Jason Todd et surtout Bucky ont pu être ramenés à la vie : leur mort n’était pas (ou plus) à proprement parler un « acte fondateur ».

Captain Marvel By The Way Comic Talk

Comeback Kids

La mort de Bucky a pu être une partie importante de la psychologie de Captain America lors de son « réveil » dans les années 60. Mais depuis elle était devenue un cliché. Cap n’était pas défini par la façon dont il portait son deuil, mais par son héroïsme et sa détermination à toujours faire ce qui est juste. C’est moins vrai pour la mort de Jason Todd, qui se rapprocherait à priori assez de celle de Gwen Stacy pour son côté « symbole des risques encourus ». Mais on pourrait arguer que puisqu’il a repris un sidekick par la suite, Batman a su surmonter cette mort, faire son deuil, et que par conséquent elle avait perdu son caractère d’ « acte fondateur » (alors que Peter Parker continue de garder son identité secrète pour protéger les siens). Ou considérer que Batman a eu bien d’autre raison de réaliser les dangers de son activité pour ses proches (The Killing Joke) et que donc la mort de Jason n’était plus un symbole aussi fort que celle de Gwen.

Ou, de manière plus cynique, on peut aussi dire que tous ces chers défunts (Gwen, oncle Ben, les Waynes…) ne risquent pas d’avoir leur série régulière, et que donc ça ne vaut pas la peine de braver l’ire des fans pour les ressusciter. Ça expliquerait aussi pourquoi certains personnages restent décédés dans l’indifférence générale, n’est-ce pas Blue Beetle (Ted Kord) et Black Goliath ?

Winter Soldier By The Way Comic Talk

What Is It Good For ?

L’ire des fans justement, étonnamment bien plus terrible lorsqu’on parle de ramener un personnage à la vie que quand on l’envie ad patres. Peut-être est-ce dû au fait que justement la mort donne un caractère noble à un récit (voir plus haut) et que la résurrection viendrait appauvrir cela. Finalement le drame n’en serait plus un. Pire, il deviendrait farce. Et si tout le monde revient tout le temps, comment se sentir impliqué dans une mort ? Ce ne serait plus un ressort dramatique, mais une ficelle grossière.

Mais est-ce si grave ? Une résurrection porte-t-elle toujours atteinte à la mort qui l’a précédée ? Pas forcément. Tuer un personnage ne doit pas être une ficelle. Si on le fait, cela doit faire partie intégrante de l’histoire, venir naturellement et avoir un sens. Et dans ces cas qu’en a-t-on à faire si dans six mois ou un an le personnage revient ? La mort de Colossus, se sacrifiant pour éradiquer le virus Legacy en hommage à sa sœur défunte, est-elle une moins bonne histoire depuis que Joss Whedon l’a ramené à la vie ? Ragnarok est-elle devenue une saga moins poignante depuis que Joe Strazscynski à relancé la série Thor ? Assurément pas. Une bonne histoire reste une bonne histoire en elle-même, pas pour ses retombées. Ou alors il faut retirer à The Killing Joke ses galons de classique depuis que Barbara Gordon remarche.

En fait le vrai problème, ce n’est pas la résurrection, c’est quand la mort est mauvaise, voire qu’elle devient une figure imposée. Il semble en effet y avoir chez les scénaristes une propension critiquable à toujours vouloir avoir au moins un mort par gros event histoire d’être pris au sérieux. L’exemple récent le plus infâme fut sans doute la « mort » de Thor à la fin de Fear Itself, des plus gratuites et peu crédibles. A croire qu’on ne peut pas raconter une bonne histoire sans tuer quelqu’un. Et puis une résurrection, même si elle est bancale (Jason Todd, ramené à la vie par une crise de nerfs de Superboy Prime frappant les « murs de la réalité » ou je ne sais plus trop quoi…) ouvre la porte à de bonnes histoires dans l’avenir. Alors que la mort prive les créateurs d’un jouet parfois génial.

Bon ce dernier point est quand même à tempérer. D’une part parce qu’une mort peut donner lieu à de bonnes histoires aussi au-delà du seul numéro où elle se produit (la mort de Cap America par exemple donna lieu auxone-shots Fallen Son, plutôt réussis). Mais surtout, même si je veux bien ne pas être trop regardant sur la façon dont un personnage est ramené à la vie, préférant me focaliser sur l’avenir, il y a des limites.

Tuer et ressusciter des personnages est devenu si commun que maintenant certains auteurs ne prennent même plus la peine de bricoler un prétexte. Ainsi Starlord et une bonne partie des Guardians Of The Galaxyétaient morts dans The Thanos Imperative avant de réapparaître dans Avengers Assemble. Et en guise d’explication  on a un regard narquois de Starlord à travers le quatrième mur. Ce n’est pas que je ne me réjouisse pas de leur retour, mais là on est face à une grosse faiblesse de la narration qui pourrait devenir vraiment gênante si elle devait se généraliser. Que tout ne soit pas vraisemblable soit, mais pas au point que ce soit du n’importe quoi totalement incohérent. Les comics ne doivent pas devenir du mauvais Tex Avery ! Alors messieurs les auteurs et éditeurs, tuez et ressuscitez tant que vous voulez, mais ne nous prenez pas non plus pour des billes au-delà du raisonnable…

Colossus By The Way Comic Talk

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