Qu’est-il arrivé à l’univers Ultimate ? (1ère partie)

Marvel Ultimate By The Way Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Il y a quelques semaines, une sollicitation équivoque sur le Previews ouvrait la porte à une supposition un peu folle : et si Marvel mettait fin à sa ligne Ultimate ? Alors non, rien n’est sûr pour le moment. Mais serait-ce si fou ? Et surtout, serait-ce vraiment une mauvaise chose ?

Car je l’avoue, à la lecture de l’information précitée, ma première réflexion a été que c’était bien triste, mais qu’il était peut-être temps d’achever la bête, pour son bien. L’univers Ultimate était jadis le fleuron de laMaison des Idées, symbole de son renouveau, de son audace et de sa créativité retrouvée. Aujourd’hui il n’en reste plus grand-chose (à part Ultimate Spider-Man, on y reviendra). Et on peut légitimement se demander comment on en est arrivé là. Voici quelques éléments de réponse.

Marvel Ultimate By The Way Comic Talk

Il était une fois…

Le pitch pour le lancement de la ligne Ultimate, à l’initiative de Joe Quesada et Bill Jemas (le big boss de Marvel à l’époque) était simple : elle devait être tout ce que les titres Marvel classiques n’étaient plus. C’est-à-dire accessible et moderne, voire avant-gardiste, débarrassée des scories de quarante années de continuité.

Plus concrètement, cela consista à recréer certains héros (et vilains bien sûr) Marvel comme s’ils étaient apparus aujourd’hui. Aux manettes, deux scénaristes qui avaient le vent en poupe, pas vraiment des stars mais des talents émergents : Brian Michael Bendis (qui faisait parler de lui avec Powers et le début de son Daredevil) et Mark Millar (qui avait cartonné avec The Authority).

Pour le roster, Marvel a fait simple et choisi ses deux plus grosses vaches à lait : Spider-Man et les X-Men. Quitte à repartir de zéro, autant le faire avec tous les atouts de son côté.

Puis le grand jour est arrivé. Critique et public étaient dubitatifs, échaudés par les tentatives passées de création d’univers parallèles (2099MC2…). Ultimate Spider-Man #1 a mis tout le monde d’accord. Même engouement quelques mois après pour Ultimate X-Men #1. Et la cerise sur le gâteau fut The Ultimates #1, soit le filmAvengers avec dix ans d’avance et en encore mieux.

Le triomphe était complet. Il dura longtemps. Plus qu’on ne l’aurait cru possible. Mais le déclin finit par arriver. Il continue encore aujourd’hui. Quatre raisons principales semblent pouvoir l’expliquer…

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Tempus fugit

La première raison tient à ce qui est à la fois le plus grand rêve et le pire cauchemar de tout éditeur : l’enrichissement de son univers. En plus d’une décennie d’existence, l’univers Ultimate s’est développé, de plus en plus de personnages sont apparus, une Histoire (grand H intentionnel) de l’univers s’est mise en place. Bref une continuité s’est créée.

Or se débarrasser de la continuité accumulée était justement l’une des vocations premières de la ligne Ultimate. Mais plus cette ligne durait dans le temps, plus l’univers devenait inaccessible aux nouveaux lecteurs. Et en même temps, Marvel ne pouvait qu’espérer que sa ligne serait pérenne. Oh le beau cercle vicieux.

Cependant cet écueil fut sans doute celui dont la Maison des Idées s’est le mieux accommodé. Pas en relançant sans cesse des numéros un (même s’ils ont eu de plus en plus recours à cette astuce de plus en plus souvent au fil du temps). Plutôt en s’en tenant à une de ces idées de base : faire que la ligne Ultimate reste peu conséquente en termes de nombre de titres publiés. Trois séries régulières (Spider-ManX-Men puis Fantastic Four), auxquelles on peut ajouter les divers volumes des Ultimates, et quelques mini-séries. Du coup il était toujours très facile de s’y retrouver et même de tout lire si on le souhaitait.

Et surtout Marvel a développé une politique d’édition de trade paperbacks redoutablement efficace. Tous les arcs de toutes les séries étaient rapidement disponibles et très faciles à se procurer. Alors oui, au dixième ou quinzième volume relié d’un titre ça faisait toujours beaucoup. Mais au moins on pouvait toujours prendre le train en marche.

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Les premiers ratés

Ça aussi c’était inévitable avec le temps. A force de publier des histoires, il est fatal que certaines soient moins bonnes que d’autres, voire franchement mauvaises. Et soyons justes, la ligne Ultimate s’en est là encore plutôt bien tirée et a longtemps préservé son aura de label cinq étoiles pour les comics de super-héros.

Cette aura résista à Ultimate Team-Up, une tentative un peu bancale de construire très vite un univers étendu en introduisant chaque mois ou presque de nouveaux héros « ultimisés ». En effet la pléthore de créateurs indépendants prestigieux qui voulut travailler sur ce titre lui évita le naufrage.

Le premier vrai raté fut plutôt Ultimate Fantastic Four, qui ne trouva jamais son public malgré des ventes décentes. En fait le principal défaut de cette série était sans doute de chercher à concilier l’inconciliable. L’essence des FF c’est la famille qu’ils forment. Mais dans l’univers Ultimate le quatuor était adolescent, rendant la restitution de la dynamique originale difficile ou peu crédible. Et Doom était raté, disons-le franchement.

Plus généralement la qualité globale finit par baisser, notamment sur Ultimate X-Men où la succession de Mark Millar fut difficile. Bendis en était à son premier essai sur une série mettant en scène une équipe (et tricha en partie avec un premier arc consacré exclusivement au duo Wolverine/Spider-Man). Brian Vaughan s’en tira mieux, mais Robert Kirkman s’avéra beaucoup moins inspiré par la suite (en même temps Ultimate Onslaught….). Et les diverses mini-séries ne remportèrent pas toutes l’adhésion (Ultimate Daredevil/Elektra…), malgré la qualité de certaines (la trilogie Ultimate Galactus…).

Bref l’aura de la ligne en prit un coup, et aux yeux du public le label Ultimate ne fut plus systématiquement synonyme de qualité indiscutable. Mais là encore c’était quasiment inévitable.

A suivre…

 

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