Qu’est-il arrivé à l’univers Ultimate ? (2ème partie)

Marvel Ultimate By The Way Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Dans la précédente édition, nous attribuions le déclin de cet univers parallèle qui fut jadis le fleuron des publications Marvel notamment au développement d’une continuité devenue encombrante, et à quelques ratés qui ternirent sa perfection originelle. Mais ce ne furent pas les seuls facteurs…

Le renouveau du 616

Une autre raison de la perte d’éclat de l’univers Ultimate fut la véritable renaissance de l’univers Marvel « classique » (le 616), sous l’impulsion du duo Jemas/Quesada. Parce que la Maison des Idées n’avait pas l’intention de se contenter de vendre trois ou quatre titres de qualité en masse et de laisser le reste péricliter.

Alors de grands chantiers ont été mis en place sur tous les titres phares : Joe Straczynski sur Amazing Spider-ManGrant Morrison et ses New X-MenGeoff Johns sur Avengers,Greg Rucka sur Wolverine etc… De quoi donner un grand coup de pied aux fesses à la ligne éditoriale. Mais en rendant ces titres classiques à nouveau intéressants, Marvel a aussi coupé l’herbe sous le pied de son univers Ultimate.

Ultimate Spider-Man était excellent, mais a aussi sûrement dû une partie de son succès au fait qu’il fut à un moment le seul titre où on pouvait lire les aventures d’un Spidey qui n’était pas dépressif ni empêtré dans son mariage/veuvage.Ultimate Wolverine était dangereux, mystérieux et vraiment impitoyable, loin du roquet caractériel qu’était devenu l’original, toujours prompt à menacer en grognant pour mieux se raviser après une tape sur la tête de la part de Charles Xavier.

Mais voilà, quand Spidey redevient drôle et affronte des ennemis intéressants (MorlunEzekiel), que Wolvie ne sort plus ses griffes seulement pour couper son cigare et que les X-Men retrouvent leur mission première (protéger les mutants, pas être juste une équipe de héros de plus), ou même que les vengeurs ne sont plus de beaux bibelots poussiéreux, l’univers Ultimate perd un peu de sa raison d’être.

C’est d’autant plus ironique qu’il fut à l’origine de pas mal de ces changements. Cyclops fut ainsi chef de l’institut Xavier d’abord dans l’univers Ultimate par exemple, largement avant de le devenir dans l’univers 616. Pendant un bref moment, le Wolverine classique adopta même la barbichette et le costume noir et jaune de son alter-égo Ultimate. L’arroseur arrosé.

Enfin l’univers Ultimate s’est en parallèle parfois rapproché du 616, perdant ainsi sa spécificité par sa propre faute. Ultimate Daredevil ou Elektra n’étaient pas vraiment différents des versions classiques, Ultimate Cyclops a vite pris un gros coup de vieux, Ultimate Cap est souvent devenu moins conservateur…

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Ultimatum

Mais la dernière et plus colossale erreur de la ligne Ultimate fut de mal négocier son renouveau, son premierrelaunch. En 2010, Marvel a conscience des problèmes qui commencent à s’accumuler pour sa ligne, et tente le tout pour le tout. On casse tout et on recommence. Nom du démolisseur :Jeph Loeb. Son outil : Ultimates 3 et surtout la mini-série Ultimatum.

Le scénario tient en une ligne : Magnéto, furieux de la mort des sa fille, saccage toute la planète, et les héros doivent l’arrêter (oui, ça fait une ligne sur Word). Le résultat est un carnage indescriptible où une pléthore de héros majeurs perdit la vie (WolverineCyclopsCharles XavierMagnetoDr Doom…). Du coup on a un peu l’impression que le concept du « tout est permis » a été poussé trop loin, et que Marvel s’est gaiement tiré une belle dans le pied.

Mais le plus grave, et le plus insidieux pour le coup, fut le changement de ton de l’univers. Pas plus sombre en fait (on avait déjà un bon quota de noirceur), mais plus super-héroïque. Sous le crayon de Joe Mad des costumes plus colorés sont apparus, l’armure d’Iron Man perdit son côté tas de ferraille. Spidey et Venom se bastonnaient en ouverture d’Ultimates 3 sans qu’on sache trop pourquoi. L’encadrement du SHIELD pour lesUltimates était plus symbolique qu’autre chose.

Bref ce qui faisait une grande partie de la qualité des titres Ultimates, à savoir le côté super-héros dans le « vrai » monde (et pas dans un monde où croiser un Dieu Asgardien est aussi commun que se boire un café en terrasse), fut quasiment occulté. Et cette tendance n’a fait que s’accentuer.

Les Ultimates en sont d’ailleurs la plus belle illustration par la suite. Les séries Ultimate Avengers successives de Mark Millar continuèrent dans cette direction (des vampires, vraiment ?). Et l’actuelle série Ultimatesde Sam Humphries le confirme. Finis la subtilité et le réalisme, Cap président des USA règle tout à grands coups de pompes aux fesses, littéralement.

En plus Ultimatum a tellement décimé le roster qu’il devenait compliqué de monter des équipes intéressantes, l’univers Ultimate ayant toujours eu du mal à produire des personnages totalement originaux de qualité. Entre un ersatz de Hulk dans Ultimate Avengers, la 350ème Black Widow ou un Wolvie blondinet qui n’a encore rien montré, ça ne fait pas vraiment rêver.

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Le cas Ultimate Spider-Man

C’est la seule série qui tire encore vraiment son épingle du jeu, tant commercialement qu’en termes de succès critique. Sans doute parce qu’elle fut la plus constante, étant toujours écrite par Brian Bendis, qui n’a pas loupé un seul numéro. On a ainsi évité les problèmes de succession. Elle a aussi l’avantage de se dérouler un peu à l’écart du reste de l’univers Ultimate, lui assurant une autonomie qui la préserve des errements de la ligne.

Ces deux facteurs ont largement contribué à ce que la série garde le même esprit qu’à ses débuts. Ça et le talent de Bendis, dont c’est sûrement le magnum opus. Car je crois aussi qu’il ne faut pas trop chercher plus loin, et plutôt s’émerveiller que le scénariste ait autant d’inspiration.

Il n’a commis que peu d’impairs (quelques fins boiteuses, Geldof) et a toujours su rebondir. Il a même réussi là où Loeb échoua, cassant tout pour reconstruire un nouvel édifice de qualité sur les fondations de l’ancien, en tuant Peter Parker et en créant Miles Morales.

Bref on est là face à un exemple exceptionnel, défiant toute logique et porté par le talent d’un auteur brillant. A noter cependant qu’il semble y avoir un « facteur Spidey » en cause. En effet, à chaque tentative de créer un univers parallèle chez Marvel, c’est le titre Spider-Man qui s’en sort le mieux. Voyez Spider-Man 2099 (2099) ouSpider-Girl (MC2), qui connurent tous deux un beau succès malgré le flop total de leurs lignes respectives. Et les deux personnages bénéficient encore d’un beau capital sympathie.

Peut-être est-ce dû au concept génial du « everyman hero », le mec ordinaire qui se retrouve avec des pouvoirs, à la base de l’identité du tisseur ? Un concept si fort qu’il serait déclinable à l’envie et inspirerait les auteurs ? Ça joue sans doute.

Quoi qu’il en soit l’Ultimate tisseur a su résister à deux relauches, au déclin de son univers et même à la mort. Gageons donc qu’il survivra aussi à la fin de la ligne Ultimate si celle-ci devait survenir. D’ailleurs on a déjà vu ça avec Spider-Girl, alors pourquoi pas ? Miles a encore de beaux jours devant lui.

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