Pourquoi Superior Spider-Man est un excellent story arc

Superior Spider-Man By The Way

Jeffzewanderer Par

La racine du mal

Bon, avant toute chose, un bref rappel des faits pour les retardataires et les nouveaux venus. Dans Amazing Spider-Man #698-700 (écrit par Dan Slott), on a appris que Doctor Octopus avait réussi à transférer son esprit dans le corps de Peter Parker (aka Spider-Man) tout en s’appropriant les souvenirs de celui-ci. Et l’esprit de Peter avait fait le chemin inverse, acquisition de souvenirs incluse. Le seul hic, c’est que le corps de Doc Ock (où Peter était désormais coincé donc) était mourant.

Quelques scènes d’action et plans désespérés plus tard Peter dans le corps d’Ock semblait mourir, et Ock dans le corps de Peter avoir enfin gagné. Sauf qu’avant de rendre son dernier soupir, Peter avait fait en sorte que son ennemi ne fasse pas que connaître « intellectuellement » ses souvenirs, mais qu’il les ressente comme s’il les avait vécus

D’où un Dr Octopus transformé par cette expérience, qui décide de se repentir en reprenant tant la vie de Peter que son rôle de Spider-Man. Bref, en devenant un héros. Mais attention, si l’expérience a changé le vilain, elle n’a pas effacé tout ce qu’il était. Sa personnalité subsiste. C’est donc un Doc Ock jouant à Peter Parker mais bien conscient de qui il est réellement, et surtout fort de son ambition, de son intellect, et de sa morale plus « flexible », qui va devenir le Superior Spider-Man.

Superior Spider-Man By The Way

Le scandale

Bon là, si vous êtes un lecteur occasionnel ou un néophyte qui a cliqué ici par curiosité, vous devez être en train de vous dire « c’est vraiment débile les comics » (c’est en tous cas la réaction que j’ai constatée chaque fois que j’ai raconté cette histoire auxdits lecteurs occasionnels ou simples curieux).

Mais si vous êtes un fan de longue date, lecteur régulier du tisseur ou des supers-slips en général, vous avez à peine dû tiquer. Quand on lit des comics depuis assez longtemps, on ne se formalise plus de petites choses comme un échange d’esprit. Gardez ça dans un coin de la tête, ça va resservir.

Mais revenons à notre Superior Spider-Man. Une nouvelle série éponyme est lancée le mettant en scène, toujours écrite par Slott. Et le scandale arrive à la dernière page. Alors qu’Ock/Spidey va tuer un criminel, une main fantomatique le retient : celle d’un Peter Parker spectral qui assiste à la scène tel un Jiminy Cricket géant.

Outrage des fans. Lynchage internetistique. On avait déjà reproché à Slott de n’être pas allé assez loin avec le final d’Amazing #700 (vu que Peter mourrait sans vraiment mourir, son corps étant toujours là). Et voilà Peter qui revient déjà en mode Casper. Non seulement l’auteur semblait s’être ménagé une porte de sortie, mais voilà qu’en plus il l’emprunte son histoire à peine commencée. Mais de qui se moque-t-on ?

Et bien de personne, chers indignés. Et voilà à mon (pas si) humble avis pourquoi.

Superior Spider-Man By The Way

Checklist

Déjà parce que Superior Spider-Man est une série bien écrite, quoi qu’on en dise. On peut détester le pitch, mais force est de reconnaître qu’il est très bien exploité par Dan Slott. Comprenez que le scénariste tire parti de toutes les possibilités narratives offertes à lui.

Voir un Spider-Man plus sombre, plus impitoyable, bien que toujours dans le camp des héros ? Check. On s’en aperçoit à chaque combat, contre les nouveaux Sinister Six, ou contre Le Vautour. Voir un Doc Ock qui, fort de son intellect, fait en effet un meilleur Spider-Man que Peter ? Check. On l’a vu avec son amélioration du système de patrouille du tisseur, pour être efficace tout en se gardant du temps libre. Voir Ock chercher à profiter de cette nouvelle vie de jeune homme et accessoirement des belles femmes qui entourent Peter, Mary Jane en tête ? Check. Et ça a même été drôle (écartant par la même le risque d’un côté malsain quasi-viol, si Ock avait réussi à conclure en faisant croire qu’il était Peter).

Et surtout voir les proches de Peter remarquer son changement d’attitude, voire presque de personnalité, s’en inquiéter, et finir par chercher la petite bête. Oh que check ! A Horizon Lab on ne se doute de rien, mais après tout, Peter n’est pas non plus le gars le plus sociable du monde. MJ fut la première à avoir ses doutes. Mais finalement c’est Carlie Cooper (l’ex de Peter, policière et autre dépositaire de son identité secrète), personnage trop souvent laissé de côté, qui semble avoir découvert le pot aux roses. Oh le beau subplot.

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CDD (Comics à Durée Déterminée)

Cependant c’est là l’autre raison qui a fait hurler les fans. Avant même le début de la série, on voyait comment elle finirait sans doute (avec le retour du vrai Peter). Et en plus, à peine trois numéros plus tard, entre le fantôme de Peter et les soupçons de Carlie, ce serait déjà le début de la fin (teasée apour le #9 ? C’est une possibilité mais j’ai quelques doutes quand même). Et bien oui, et c’est très bien.

C’est très bien parce que, pour bourré de potentiel qu’ait été le pitch de Superior Spider-Man, il n’était pas non plus appelé à durer autant que les impôts. Un peu comme la période où l’identité de Spidey était devenue publique. Ce dernier exemple est sûrement le plus pertinent.

Le changement de statu quo était énorme, mais une fois que Peter, sa famille, ses amis et même son lieu de travail avaient été attaqués par des vilains venant d’apprendre l’information, on avait fait le tour de ce qu’il y avait à dire sur le sujet. Il fallait alors remettre le génie dans sa lampe. Ou alors Peter devenait Tony Stark, vivait dans un penthouse surprotégé, et perdait tout ce qui faisait de lui un héros attachant.

Ici c’est pareil. Une fois que le « nouveau » Spidey à inventé tous les gadgets possibles pour être plus efficace, choqué tous ses anciens amis et alliés super-héroïques (voyez Avenging Spider-Man #16 et Daredevil #22 pour ça), et maltraité toute sa galerie d’ennemi, que reste-t-il à raconter ? Rien.

Ou plutôt si. Le retour de Peter dans une vie chamboulée par ce que les autres perçoivent comme ses actes. Et surtout la prise de conscience par notre héros que sur bien des points son ennemi était un meilleur Spidey, voire un meilleur Peter, que lui-même ne le fut. D’où une nouvelle volonté de se dépasser. Et boum ! Même pas besoin de changer le titre.

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Le changement, pas toujours souhaitable

Mais si ce côté CDD de Superior Spidey est d’autant plus justifié, c’est aussi parce qu’il existe dans l’intérêt deSpider-Man. En effet, Spidey est l’un des (le ?) meilleurs personnage de Marvel, et parmi les plus grands des comics en général. Alors pourquoi vouloir s’en débarrasser ? Si ce n’est pas cassé, ne le répare pas disent les Américains.

Et tuer Peter, ou le changer tant qu’en fait il n’est plus lui-même, c’est tuer Spider-Man. Car les deux sont indissociables. Spider-Man, avec ou sans masque, c’est toujours notre sympathique loser du Queens. Sinon c’est juste un nom apposé sur une couverture pour vendre.

Du coup, pourquoi regretter la survie d’un héros qu’on aime tant ? Surtout que pour le coup on n’est même pas face à un rétropédalage forcené pour rattraper une bourde éditoriale, mais face à un story arc concerté, délibéré. Donc à une narration maîtrisée.

Superior Spider-Man By The Way

Le seul défaut (qui n’en est pas vraiment un)

Voilà, l’expression est lâchée. Story arc. Car c’est ce qu’est vraiment Superior Spider-Man. Pas une nouvelle série. Pas un bouleversement cosmique de l’ordre comicsien du monde. Juste un story arc.

Seulement ce n’est pas comme ça qu’on nous l’a vendu. Ça devait être le changement du siècle, avec nouveau numéro un et tout et tout. Bref on s’est fait prendre pour des jambons.

Mais est-ce si grave ? N’est-ce pas plutôt de bonne guerre de la part de la Maison des Idées ? Après tout, ils sont quand même supposés les vendre leurs comics. Alors enjoliver un peu les choses, faire beaucoup de bruit pour rien (ou pas grand-chose), ça n’a rien de condamnable. Surtout que ça a bien marché vu les chiffres de vente. On les encourage en un sens.

Alors oui, ils se sont fichus de nous. Mais aussi parce qu’on l’a bien voulu. Et là je m’adresse aux lecteurs de longue date, mentionnés plus tôt (et dont je commence à être) : sommes-nous réellement assez naïfs pour croire un éditeur à chaque fois qu’il nous promet la lune, les étoiles et le jouet du Happy Meal en plus par pub interposée ? Ne pouvions-nous pas nous douter que Superior Spider-Man ne serait qu’un tour de passe-passe qui durerait ce que durent les roses ? Et si nous nous sommes fait prendre, ne pouvons–nous pas être beau joueur et simplement profiter de la fin du spectacle ?

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