Captain Marvel, la critique

Captain Marvel Comic Talk Critique Review

Jeffzewanderer Par

CRITIQUE GARANTIE 100% SANS SPOILER
(même pas le vrai nom de Nick Fury)

Petit tour dans les coulisses : c’est la troisième accroche que je tente pour ce papier, les deux premières ayant été immédiatement centrées sur la dimension symbolique de Captain Marvel, avec un zeste de référence/comparaison avec Wonder Woman. Premier film MCU avec une héroïne en solo blablabla, réponse de Marvel à Wonder Woman blablabla, symbole féministe blablabla, sourire, controverse, progrès, réac’, blablabla… Mais finalement, le long métrage d’Anna Boden et Ryan Fleck, avec Brie Larson dans le rôle-titre, ainsi que Samuel L. Jackson (Nick Fury), Jude Law (Yon-Rogg) et Ben Mendelsohn (Talos) ne mérite-t-il pas qu’on parle avant tout de ce qu’il est plutôt que de ce qu’il représente ?

War is a universal language.

C’est d’autant plus pertinent que le propos féministe et la dimension symbolique du film très largement mise en avant par la campagne de comm’ et la critique est finalement loin d’être au cœur du film. Comprenez par-là que s’il ne porte pas d’œillère au point de feindre d’ignorer que le seul fait de mettre en scène une héroïne en solo est en soi un évènement, il n’en fait as le cœur de son propos. On peut en cela l’opposer au récent Black Panther, qui faisait de la question du racisme et de l’intolérance son thème principal.

Ici le propos féministe est une incidente, un élément de contexte dans la construction du personnage, inéluctable à cause de l’ancrage dans un monde pseudo-réaliste, mais pas central. Oui, Carol Danvers a galéré par le passé parce qu’elle était une fille, et s’est vue confrontée au bon vieux « c’est pas pour les filles de faire ci ou ça, de devenir pilote de chasse… ». Mais finalement, elle est devenue pilote, et c’est surtout son côté déterminée, pour ne pas dire entêtée, qui est mis en avant dans le film. On ne peut pas totalement dissocier les deux, mais c’est bien plus le résultat final qui est mis en avant que le processus pour y arriver (ledit processus se limitant à des séquences très courtes, éparpillées au gré des flashbacks, et à quelques références éparses au contexte de l’époque). Même le thème du contrôle des émotions semble plus pris sous l’angle de l’opposition entre les aliens froids et les humains, que sous celui du cliché homme/femme.

Captain Marvel est ainsi un film tout à fait character driven (centré sur son personnage plus que sur son intrigue), qui évite quand même certains écueils de l’origin story en nous livrant un personnage qui est déjà un produit fini. Contrairement à la plupart des films du genre, où on voit le héros se construire en dépassant ses failles (d’Iron Man à Dr Strange en passant par… ben à peu près tous les premiers films de chaque franchise du MCU) on est ici directement face à une bad-ass rebelle, confiante, drôle et déterminée. L’amnésie est plus un prétexte permettant au spectateur de découvrir les évènements qu’une vraie occasion de se transformer pour le personnage. Elle est en fait déjà qui elle est au fond d’elle-même, malgré son absence de souvenirs (bien qu’elle affirme en douter, ça fait plus comme si elle le disait juste pour la forme) D’ailleurs le retour de ses souvenirs ne la transforme en rien, ça lui permet juste de savoir quel popotin aller botter.

Captain Marvel Comic Talk Critique Review

I know a renegade soldier when I see one.

Si la énième redite de la formule de l’origin story est ainsi (en partie) évitée, la conséquence est que le film repose ainsi tout entier sur sa capacité à ce qu’on s’attache à son héroïne. De ce côté-là, la mission est admirablement accomplie. Carol Danvers est un personnage hyper-charismatique et attachant, et Brie Larson l’incarne à merveille. Oubliez les controverse misogynes à la c** sur les histoires de sourire, ou les inquiétudes plus légitimes sur son regard un peu vide dans les premières bandes annonces et photos promotionnelles : l’actrice est excellente. Attachante non pas malgré mais plutôt grâce à son côté tête de lard, impressionnante, intelligente, humaine et tous les autres épithètes cités précédemment, elle donne toutes ces dimensions à l’héroïne et bien plus encore. Encore un excellent casting made in Marvel.

Le casting est d’ailleurs un des points forts du film. Sam Jackson est égal à lui-même en Nick Fury, et le duo avec Brie/Carol fonctionne très bien. Jude Law, qui avait un peu l’air de se demander ce qu’il fichait là dans les bandes annonces, est finalement bien à sa place et très juste en Kree dont l’impassibilité (à ne surtout pas confondre avec l’inexpressivité) arracherait un discret hochement de tête approbateur à Mr Spock. Le Talos de Ben Mendelsohn est aussi intéressant, même si l’écriture comporte quelques faiblesses heureusement fort rares (quelques expressions qui font un peu trop « typiquement humaines » notamment). Les autres personnages sont trop secondaires pour qu’on puisse dire autre chose à propos de leur performance que « le job est bien fait ». Qu’il s’agisse de l’escouade Kree menée par Yon-Rogg ou de la scientifique Wendy Lawson (campée par Annette Bening), on est plus face à des « utilités scénaristiques » que des personnages. Même Maria Rambeau, campée par Lashana Lynch, voit son rôle de « meilleure amie » finalement très peu développé, malgré ses cinq minutes de gloire.  On appréciera tout de même quelques apparitions de têtes connus des afficionados du Marvel Cinematic Universe, même si on est, là encore, plus proche du clin d’œil que du second rôle. En fin de compte, le chat, Goose, marquera sûrement plus les esprits, en plus d’offrir un des meilleurs moments du film aux fans de comics avertis.

Captain Marvel Comic Talk Critique Review

You look like someone’s disenfranchised niece. Lose the flannel.

Le film n’est cependant pas exempt de tout reproche. Le principal concerne la réalisation, un peu plate. Le point positif est qu’on évite la recherche racoleuse et souvent lassante du money shot à tout prix et les abus de ralentis qui en découlent. Le revers de la médaille est que le film semble quand même vouloir son money shot, notamment à la fin, et manque le coche (en tous cas à mes yeux) à cause de cette trop grande sobriété qui a fait que je ne me suis jamais senti pris aux tripes, même lors du climax (malgré d’honorables tentatives). Il y a aussi un abus de coupes rapides lors de la plupart des scènes d’action. Attention, ça reste propre, mais peut-être un peu trop justement. Il manque une « patte ». Les effets spéciaux sont globalement irréprochables, à part les Skrulls qui ont quand même un rendu un peu cheap selon les moments. Mais là encore on e tombe jamais dans le ridicule non plus.

Autre bémol, si on évite en grande partie les écueils de l’origin story, le rebondissement de mi-parcours est par contre vraiment trop convenu et commence même à devenir un leitmotiv des films Marvel récents. Ce n’est pas rédhibitoire, mais ça donne l’impression d’une narration qui choisit trop la facilité. Plus globalement, l’héroïne ne rencontre finalement pas assez d’adversité. C’est bien parce que cohérent avec son statut d’héroïne surpuissante (on sent bien qu’elle va être déterminante pour Avengers : Endgame), mais la tension dramatique en pâtit car elle ne semble jamais vraiment en difficulté. Finalement la seule adversité rencontrée par Carol est son amnésie, le reste c’est du menu fretin. Cela contribue sans doute au relatif manque d’intensité du climax.

L’humour est en revanche plutôt bien dosé. Toutes les blagues ne sont pas parfaites, mais la plupart fonctionnent (merci les acteurs, notamment le duo Larson/Jackson susmentionné), et on ne tombe pas dans la recherche de l’éclat de rire toutes les cinq minutes. De même, les références/clin d’œil aux années 90 (le film se déroule en 1995) sont judicieusement distillées, entre nécessité scénaristique et clin d’œil pour le plaisir, sans excès. Le film tombe aussi un peu dans le piège de la prequel qui cherche à expliquer tous les petits détails rencontrés dans les films ultérieurs pour établir un lien avec eux, mais là encore ça ne franchit jamais la limite entre la petite levée d’yeux vers le ciel et le véritable agacement. La bande-son, si elle marquera moins que celles de Guardians Of The Galaxy, Spider-Verse ou Deadpool voire Black Panther, fait quand même son petit effet (même si le « Come as you are » de Nivana est placé un peu facilement…).

Captain Marvel Comic Talk Critique Review

Captain Marvel est donc un bon film, porté par une héroïne extraordinaire incarnée par une actrice impeccable. Avec Sam Jackson et Goose en bonus. Il ne lui manquait pas grand-chose pour être vraiment excellent : un peu de cachet, d’intensité, de prise de risque… C’est donc son côté trop sage plus que ses quelques faux pas qui l’empêche de vraiment marquer les esprits. Il n’en demeure pas moins un divertissement des plus plaisants, et une belle promesse pour l’avenir de Carol Danvers sur grand écran.

2 Responses to Captain Marvel, la critique

  1. Matthieu dit :

    Cool, j’attendais ta critique pour continuer à me faire une idée. Elle est d’ailleurs l’une des plus juste que j’ai pu lire. Comme tu dis, parler du film plutôt que du blabla autour. Ma plus grande crainte, tu l’as pointé du doigt, manque de prise de risque, de caractère, d’intensité et d’émotion… points qui me sape ma motivation de plus en plus.. Ce sera donc sans moi au cinéma. (Rien à voir mais si tu as vu Alita, je serais curieux de ton retour aussi, même rapide ^^)

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Merci de ton comm’ :-) je comprends tes réticences, mais le film est quand même cool hein, et c’est une bonne mise en bouche pour Avengers. Pour Alita, je ne l’ai pas vu. Pas plus tenté que ça, et l’occasion ne s’est pas présentée. Peut-être lors de la sortie dvd.

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