Constantine S01E01 à 05, la critique

Constantine Comic Talk Critique

Jeffzewanderer Par

Regarder une adaptation d’une œuvre qu’on connaît est souvent compliqué. On va être tiraillé entre la recherche de la fidélité par rapport à l’œuvre originale, et la conscience que l’idée même d’adaptation implique de prendre quelques libertés par rapport à celle-ci. Mais jusqu’où peut-on aller ? Ce détail en était-il vraiment un ? Ont-ils vraiment saisi l’essence de tel ou tel personnage. Et puis une fois de temps en temps, on va juste rester béat d’admiration en se disant qu’on est face à la transposition parfaite d’une œuvre d’un medium à un autre. C’est exactement ce que j’ai ressenti en regardant le final du quatrième épisode de la série Constantine développée par Daniel Cerone et David S. Goyer pour NBC.

Exorcist, demonologist and master of the dark arts

John Constantine est sans doute l’un des personnages les plus intéressants et les plus difficiles à écrire des comics. Parce qu’il n’est pas qu’un anti-héros. Il est un authentique salopard. Mais pas un mauvais gars dans le fond non plus. Il a parfois de bonnes intentions, de celles dont on pave la route de l’enfer. Mais il est aussi menteur, manipulateur, et dénué de scrupules. Ce qui ne l’empêche pas de porter sa culpabilité comme un fardeau. Moralement il n’est pas qu’ambigu, mais carrément insaisissable. Au final ce n’est pas qu’on l’aime parce qu’il est un salaud, ou bien qu’il en soit un. C’est les deux à la fois.

Bref c’est le genre de personnage qui nécessite un certain brio en tant qu’auteur pour être bien écrit. Et ce n’est sûrement pas un hasard si la liste des scénariste de Hellblazer ressemble à un who’s who de ce qui se fait de mieux en la matière : Garth Ennis, Mike Carey, Warren Ellis, Paul Jenkins, Brian Azzarello, Jason Aaron… Du coup on pouvait avoir des doutes quant à la capacité d’une série TV, en plus diffusée sur une chaîne très grand public (NBC) à faire ressortir cette subtilité.

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Et bien pour une fois ces doutes se sont avérés infondés. Les auteurs de la série ont su parfaitement saisir tout ce qui fait l’essence de John Constantine. Déjà il ne se bat pas. Il ruse, il triche, il entourloupe. Et surtout il n’est jamais un héros. Mais il n’est pas maléfique non plus. Il n’agit jamais juste pour faire quelque chose de bien. Et il arrivera à ses fins quoi qu’il arrive. C’est particulièrement réussi dans le fameux quatrième épisode de la série, A Feast Of Friends, où John doit venir en aide à son vieil ami Gary Lester. Je n’en dirais pas plus, mais si vous avez déjà ouvert ne serait-ce qu’un comic Hellblazer, je vous mets au défi de me dire que la fin de l’épisode n’est pas la plus parfaite représentation de John Constantine qu’on puisse imaginer.

Le personnage est incarné à la perfection par un Matt Ryan qui semble tout droit sorti d’une couverture de Lee Bermejo. Irrévérencieux, cassant, drôle (« witty » dirait-on en anglais), il a ce coté négligé mais si classe, cette arrogance naturelle pour mieux cacher une âme torturée. Il est John Constantine. On pourra juste faire remarquer qu’il force un peu trop sur l’accent british du personnage, mais ça lui donne quand même un sacré cachet.

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The rising dark

Avec un héros aussi fidèle à son alter ego de papier, la série avait une base plus que solide. Et en plus elle construit un édifice admirable sur ladite base. Les histoires sont bien ficelées, évitant de répéter un schéma qui deviendrait trop prévisible. Et elles s’avèrent pour l’instant assez diversifiées (bon en même temps il n’y a eu que cinq épisodes, ok). Le fil rouge de the rising dark est plutôt solide, et donne un contexte satisfaisant pour les divers épisodes sans tout parasiter et donner l’impression de regarder une seule histoire interminable. Et l’incident de Newcastle fait un background intéressant. Le puriste en moi regrette que les épisodes se déroulent aux USA et pas en Angleterre, mais c’est du pinaillage.

La réalisation fait plus que tenir la route. Il n’y a pas un plan, une image qu’on retient forcément mais elle est sobre et efficace. Et surtout elle arrive parfaitement à mettre en avant le fait qu’on est face à une série d’horreur mais sans non plus essayer de faire peur au spectateur. Parce qu’on ne regarde/lit pas les péripéties de John pour sursauter. Ce n’est pas une horreur qu’on fuit. C’est celle qu’on contemple, qu’on admire, et qu’au final on affronte. Les jeux d’ombres sont là pour créer une atmosphère, et le fait d’être sur NBC ne débouche pas sur une version (trop) édulcorée de la série. On n’arrive pas à ce qu’on pouvait voir dans les pages d’un comic Vertigo, mais on dépasse par contre largement ce que les New 52 nous ont offert.

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Les personnages sont très réussis. Pas besoin de revenir sur le cas de Matt Ryan/John Constantine, brillant. Zed (Angélica Celaya), inéluctable premier rôle féminin, n’est pas mal non plus. Les auteurs réussissent pour l’instant à utiliser assez bien le personnage pour qu’on oublie peu à peu qu’elle est là parce qu’il fallait bien un premier rôle féminin justement. On la voit de plus en plus comme un de ces sidekicks dont John s’entiche parfois le temps de quelques arcs. Ceux qui finissent mal. Et le premier vilain récurrent, le prêtre Vaudou Papa Midnite ne manque pas non plus de charisme. Finissons en évoquant Chas, meilleur ami de John, qui pour le coup réserve une surprise aux fans du comic. Assez classique, il est le sidekick de type « brute » mais remplit bien son office. L’ange Manny n’est pas mal non plus dans son (tout) petit rôle.

On appréciera enfin les multiples clin d’œil aux comics : Jim Corrigan, le fait de s’être souvenu que John avait fait partie d’un groupe punk, Papa Midnite bien sûr mais aussi le First Of The Fallen… Et même les clopes. Parce que John ne peut pas fumer, politiquement correct oblige, mais les réalisateurs jouent avec ça, lui glissant une cigarette entre les doigts le temps d’un plan (voir encore une fois l’épisode 4).

Constantine Comic Talk Critique

Constantine est donc une très agréable surprise. Bien plus aboutie qu’une Gotham qui se cherche encore, elle nous propose une transcription absolument parfaite de John Constantine qui semble sortir tout droit d’Hellblazer. On est peut-être face à l’une des meilleures incarnations d’un personnage de comic sur écran. Et la série arrive à mettre en place son univers tout en nous racontant des histoires d’horreur bien ficelées et bien réalisées. Du coup ça rend encore plus dommage et incompréhensible son arrêt après seulement 13 épisodes, NBC n’en ayant pas commandé de nouveaux. Une pitié, mais qui ne doit pas nous empêcher de nous délecter des huit qui nous reste à l’heure où j’écris ces lignes.

3 Responses to Constantine S01E01 à 05, la critique

  1. Eddyvanleffe dit :

    Que n’ai-je point lu d’horrible sur toutes les séries DC actuelles. Le fan est par essence difficile à contenter. Gotham m’a agréablement surpris mais je suis bon public. Je trouve le sujet (la ville de Gotham) bien incarnée. décadente, corrompue au dernier degré. Bon le sujet est forcément casse-gueule puisqque les persos vont forcément en prendre plein la gueule pour arriver à leur itérations complétement irrécupérables de la bd.
    Constantine, je n’en n’ai jamais lu. c’est un de mes gros « trous » en culture Comics. Je ne sais pas trop par quel bout le prendre à vrai dire. J’aimerais lire les débuts de Hellblazer pour m’imprégner de la vraie essence du perso. Voir des arcs épisodiques récents ne me tente pas un peu comme Judge Dredd d’ailleurs…Mais comme tu en dis du bien je vais faire un essai…

  2. AllStarDK dit :

    Sûrement (à mes yeux et ceux de beaucoup de personne) la meilleur série de DC entre Arrow, The Flash et Gotham et sûrement celle qui sera annulé en première…

  3. Dionysos dit :

    Je trouve surtout très compliqué de comparer Arrow, The Flash, Gotham et Constantine qui partent dans des directions très différentes avec des partis-pris tout aussi opposés. Chacune a ses qualités et ses défauts, soyons déjà heureux d’avoir cette masse d’épisodes à regarder.
    Pour Constantine, ça partait très mal, surtout du point de vue des personnages féminins. J’ai (un peu) plus de plaisir à regarder les épisodes maintenant. À voir aussi comment ils vont gérer le fait de faire seulement une saison réduite…

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