Cry Havoc #1-2, la review

Cry Havoc Comic Talk

Jeffzewanderer Par

« It’s not about a lesbian werewolf going to war. Except it kind of is. ». Voilà le genre d’accroche auquel j’ai beaucoup de mal à résister. C’est légèrement absurde, plutôt abscons, et en même temps plein de promesses. C’est ainsi que Cry Havoc #1 et 2 (Image) par Si Spurrier et Ryan Kelly (au titre inspiré par une citation de Shakespeare : « Cry ‘Havoc!’, and let slip the dogs of war » Jules César, Acte 3, Scène 1) se sont retrouvés dans ma pile de comics.

Proudest of beasts

Le problème avec ce genre d’accroche, c’est qu’il faut assurer derrière, ce que les auteurs ne font que partiellement. Comprenez que Cry Havoc est jusque là un comic très plaisant à lire, mais pas plus. C’est bien écrit, c’est bien dessiné, dans un style classique mais très propre, mais finalement ça peine aussi à surprendre et même à réellement captiver.

On suit le parcours d’une jeune femme, Lou (la louve garou lesbienne du pitch, allez savoir si le jeu de mot est intentionnel…), à travers trois époques de sa vie. Elle est tout d’abord musicienne de rue à Londres, puis mercenaire au sein d’une escouade d’humains tous dotés de capacités surnaturelles, et enfin captive après l’échec de sa mission (rassurez-vous ce n’est pas un spoiler, la couleur est annoncée dès la première page). Cette narration non linéaire est sans doute ce qu’il y a de plus audacieux dans l’écriture de la série, ce qui est assez révélateur de son côté un peu convenu. Comprenez que si cet artifice narratif permet aux auteurs d’alterner scène d’action et exposition pour mieux gérer le rythme, le procédé reste très classique. Idem que celui consistant à différencier chaque époque en employant des palettes de couleur différentes.

Pour le reste, on a du mal à percevoir ce qui rend Cry Havoc spécial. Lou est assez attachante, que ce soit quand elle galère avec sa compagne, ou quand elle est un peu perdue entourée de mercenaires avec qui elle n’a pas grand-chose en commun à part le fait de se transformer en bestiole issue de diverses légendes. Mais on ne peut pas non plus dire qu’elle marque particulièrement les esprits. Les mercenaires correspondent eux aussi à des archétypes connus : le leader implacable, le taiseux mystérieux, le marrant, la fille torturée… Une petite blague sur l’onanisme ne suffit pas à cacher ce côté encore une fois assez convenu. Idem pour le fait de faire se dérouler l’histoire en Afghanistan, les représentations de l’armée US en guerre dans ces zones ne manquant pas (The Sheriff Of Babylone (Vertigo), dont l’action se situe en Irak, joue par exemple sur le même registre).

Cry Havoc Comic Talk

The idea is a story, sister.

En fait, paradoxalement, ce n’est pas dans les pages de son histoire que Cry Havoc dévoile son principal intérêt, mais plutôt dans les annotations de Si Spurrier à la fin de chaque numéro. Le scénariste nous propose en effet à chaque fois un véritable director’s commentary, dévoilant page par page ses références, les coulisses du processus créatif… Et c’est là qu’on se rend compte de la densité thématique de la série.

L’utilisation de nombreuses légendes issues de toutes les cultures du monde est par exemple une idée dont l’intérêt est décuplée quand on nous en apprend plus sur lesdites légendes. Surtout que c’est là qu’on s’aperçoit par exemple que Spurrier n’a pas pioché uniquement dans le bestiaire le plus traditionnel. Lou n’est ainsi pas un classique loup-garou, son destin étant en fait lié à une obscure légende londonienne. Idem pour les autres mercenaires. Il est aussi intéressant d’apprendre que la tirade un peu illuminée de la vilaine est en fait inspirée par des conférences que donne le scénariste. Surtout quand l’auteur en profite pour développer un peu son idée, au demeurant très intelligente.

Bref ces annotations nous permettent de mieux apprécier Cry Havoc. Et c’est là la force et paradoxalement la faiblesse de la série. Les annotations font ressortir la richesse de ce comic, mais aussi le fait qu’on n’a pas réussi à percevoir cette richesse à la seule lecture de l’histoire.

Cry Havoc Comic Talk

LE BILAN : Cry Havoc est donc une bonne série, finalement carrément centrée sur son héroïne louve garou qui part à la guerre, et a tous les éléments pour être encore meilleure en dépassant cette prémisse. Le seul problème c’est qu’on ne s’en rend compte que quand on nous l’explique en marge le l’histoire. C’est un peu comme un tour de magie qui ne nous épaterait que quand on nous l’explique. Ça reste bien, mais on est quand même passé à côté de quelque chose. On peut néanmoins espérer que tout cela évolue au fil des numéros, parce que l’histoire passera à la vitesse supérieure (le cliffhanger du numéro 2 entretient cet espoir), ou au moins parce que les auteurs arriveront à nous faire ressentir les choses sans avoir à nous les expliquer.

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