Deadpool, la critique

Deadpool Comic Talk

Jeffzewanderer Par

CRITIQUE GARANTIE 100% SANS SPOILER

Deadpool est un film de merde. Désolé pour le manque d’élégance de la formule, mais en même temps, si ça suffit à vous offenser, je vous déconseille fortement d’aller voir ce film où les « fucks » fusent à la vitesse de l’éclair. Deadpool est donc un mauvais film. Mais c’est aussi un magnifique nanar, jouissif à souhait et qui fait se marrer le spectateur pendant toute sa durée. Le long métrage de Tim Miller avec Ryan Reynolds comme tête d’affiche accompagné tout un tas d’autres comédiens franchement oubliables est donc bien un ovni dans le paysage des films de super-héros, et de comics en général. Sûrement pas une révolution, mais quand même un bon délire.

You weren’t supposed to see that !

Si Deadpool est un mauvais film c’est parce que son scénario tient sur un demi quart de ticket de métro (parisien) usagé. Le gentil tombe amoureux de la fille. Il fait un pacte faustien avec le vilain pour protéger la fille. Il rompt ce pacte. Le vilain s’en prend à la fille. Le héros va sauver la fille. Tim Miller a beau camoufler ça derrière une narration très vaguement inspirée de Tarantino, qui entrecoupe l’une des deux grosses scènes d’action du film de multiples flash-back, ça ne fait pas illusion. Il n’y a aucun rebondissement, aucune subtilité, juste de l’action et des vannes.

Les personnages ne sont pas beaucoup mieux lotis. Si on laisse de côté le héros éponyme, on est bien en peine de trouver un seul personnage mémorable. Weasel le barman et Blind Al, la vieille coloc’ aveugle de Deadpool sortent un peu du lot grâce à leurs répliques ou leur côté décalé. Pour le reste ce sont des feuilles de cellophane, à commencer par Colossus, là uniquement pour servir les effets comiques du héros. Negasonic Teenage Warhead a beau avoir un nom cool, elle est tout aussi creuse derrière son côté cliché d’ado gothique. Vanessa (référence à Copycat dans les comics) ne se démarque parfois des potiches « love interest » classiques que par sa vulgarité à l’aune de celle de Deadpool. Quant aux vilains, Ajax et Angel Dust, ils ont un charisme de moule et des motivations qui se limitent à « parce qu’on est vilains ».

Deadpool n’est pas non plus un modèle de profondeur psychologique. Non pas que le personnage des comics soit une référence en la matière, mais certains auteurs avaient essayé d’ajouter un petit quelque chose. Ici on se contentera du cliché du bad ass feignant l’amoralité mais quand même avec un bon fond. Enfin le film n’arrive pas à cacher son faible budget : il y a finalement très peu de péripéties et la présence des X-Men, en plus d’être totalement gratuite et sans réel lien avec l’intrigue, se limite à 2 membres.

Deadpool Comic Talk

I’m touching myself tonight…

Mais alors quel est l’intérêt de ce film ? Tout simplement qu’il est marrant et spectaculaire. Oui, il se résume à 1h45 de blagues de cul, de one-liners sur la pop culture et de money shots à grand coup de ralentis dans les scènes d’action. Mais les blagues et les one-liners sont drôles et les money shots superbes. En fait le film Deadpool, c’est le trailer (non censuré) décliné sur 1h45.

Le générique de début donne le ton, avec des vannes sur tous les participants du film en guise de crédit tandis que la caméra se promène élégamment au milieu d’un carnage arrêté sur image (la scène de l’autoroute). On pourrait croire que tout ça va vite s’essouffler, mais assez étonnamment la magie opère. La longue partie origine est peut-être un tout petit poil lassante, mais elle contient quand même son lot de gags et l’alternance avec la scène de l’autoroute sert de cache-misère.

Le film ne semble en fait pas se prendre au sérieux. Tout est prétexte à blaguer. Même les limites du film, évoquées plus tôt, donnent lieu à des vannes. Des vannes pas fines pour deux sous, potaches à souhait souvent, mais, redisons-le, vraiment marrantes si on est adepte de l’humour trash. Sans parler des incursions récurrentes du héros au-delà du quatrième mur, qui sont sa marque de fabrique. On est en fait presque face à un fan film réalisé par des gars qui s’amusent avec leur personnage préféré. On n’a en effet aucune difficulté à croire que Ryan Reynolds adore ce rôle tant il met du cœur à le jouer. C’est cette bonne humeur décapante, combinée à des scènes d’action vraiment très bien réalisée (ne cherchez pas où est passé le budget, tout est mis là-dedans) sur une bande-son franchement sympa, qui rend ce film si sympathique et lui permet d’être nanar plutôt que navet.

Deadpool Comic Talk

Deadpool fait partie de ces films qu’il serait malvenu de trop analyser. On pourrait déplorer son scénario minimaliste, ses personnages creux, ou essayer de teinter son absurdité de noblesse intellectuelle en soulignant une référence aux Monty Pythons, mais ce serait comme faire l’étude de texte d’une blague carambar. Alors il vaut mieux le prendre pour ce qu’il est : bon gros délire destiné non pas aux fans les plus hardcore de Deadpool mais plutôt aux gens qui ne le connaissent pas ou s’arrêtent à ses caractéristiques les plus basiques. Si la hype qui l’entoure rend difficile le fait de le regarder comme un film sans prétention, c’est pourtant ce qu’il y a de mieux à faire. Sachez juste que vous ne verrez plus jamais les licornes comme avant…

Et en bonus, deux vidéos de la série Super Power Beatdown par Bat In the Sun, dans un esprit très similaire au film Deadpool.

Deadpool & Domino vs Joker & Harley Quinn

Deadpool vs Batman

5 Responses to Deadpool, la critique

  1. Doctor Vin's dit :

    Je partage ton avis. Même si je trouve que le film apporte quand même quelque chose de nouveau dans le paysage des adaptations super-héroïques et révolutionne un peu à sa manière le genre.
    D’ailleurs 2016 entre BvS qui lance DC au cinéma, Civil War qui met fin à la première ère de Marvel, Suicide Squad qui est le premier film de vilains et Doctor Strange qui se veut le renouveau de Marvel Studios (et Apocalypse de la Fox).
    On est face à une année important, à voir si ça passe ou ça casse…

  2. Sanosuke dit :

    L’intrigue du film fonctionne selon un archétype connu et maintes fois utilisé. Oui. Est ce que ça en fait un mauvais film ? Non. Est ce qu’il y a obligatoirement besoin de rebondissements ? Non.
    L’intrigue de Deadpool est simple mais fonctionne totalement. On peut lui reprocher le manque de profondeur, mais pas que ce soit un mauvais film pour autant.

    Quant à la présence des X-men, elle n’est pas totalement gratuite. Elle se justifie d’abord d’un point vu purement technique, pour ancrer Deadpool dans l’univers X-men mais aussi du point de vu de l’intrigue puisque les x-men veulent recruter Deadpool et que lui refuse tout du long. Ca permet de souligner (tout comme ses actions avec Vanessa), que le gars est égoiste, renfermé et avec son propre code moral (douteux). A la fin du film, le personnage a évolué, il envisage de rejoindre les x-men (en tout cas il n’est plus hostile à cette idée). Donc ça donne de la profondeur au personnage.
    On peut toujours discuter de la subtilité de l’écriture ou de sa complexité, mais le film est tout de même bien écrit, et, en dehors du fan trip, ça reste un bon film.
    Toujours mieux écrit que Avengers 2 #trollfacile

  3. Landry dit :

    Donc le film est nul mais il apporte sa contribution au genre super héroïque ? Paradoxe… Le fait est que j’ai pour ma.part lu un nombre incalculable d’épisodes de Deadpool qui tiennent sur une tranche de jambon.

  4. Comic Book Avignon dit :

    Tiens pour une fois je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Ce n’est peut-être pas le meilleur film Marvel, mais c’est certainement un des plus fidèle concernant le personnage.
    Est-ce que j’ai bien vu un film sur Deadpool ? oui
    Le personnage, dans sa forme actuelle, est-il respecté ? oui
    Du fun, des blagues à gogo, de l’absurde, ça c’est Deadpool. Y a-t-il tout ça dans le film ? oui.
    Bref, NON, Deadpool n’est pas un film de merde, c’est un Deadpool, faut pas non plus s’attendre à de la grande philosophie. ^^

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      C’est marrant comme ma première phrase semble avoir occulté le sens global de cette critique, comme quoi je me méfierai de mes tentatives d’humour second degré… Parce qu’en fait, en lisant ton com’ je trouve qu’on est au contraire parfaitement d’accord.

      Par « film de merde » j’entendais « en tant qu’objet cinématographique » au sens où le film repose sur une structure narrative très très convenue, et surtout réduite à sa plus simple expression. Les personnages sont aussi très unidimensionnels, à l’exception du héros bien sûr. Or, même sans en attendre de la grande philosophie, je pense qu’un minimum d’intrigue et des persos un poil travaillé c’est indispensable. Même Jurassic World ou Fast & Furious 7 m’ont semblé avoir un scénar plus travaillé, c’est dire… Quant à la réalisation autant les « money shots » sont nombreux et très beau, autant le reste est très convenu là encore.

      Mais je dis et pense sincèrement aussi que ces lacunes ne m’ont pas empêché de me régaler du « one man show » Deadpool, qui est en effet très fidèle à ce qu’est le personnage. J’ai vraiment aimé ce film, mais comme on aime un nanar, pas comme on aime Casablanca, ou The Dark Knight pour rester dans la référence comics

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