Dis Spidey, tu es canon ?

Spidey Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Lancé dans une pagaille éditoriale totale, de qualité inégale, le dernier relaunch de masse de Marvel, All New All Different Marvel (ANADM, décidément je ne me fais pas à ce sigle) a au moins le mérite de donner matière à discussion. Vieux c** de mon état, je n’avais notamment pas été convaincu par le nouveau statu quo d’Amazing Spider-Man. Peter Parker en Tony Stark du pauvre (his words, not mine) à Shanghai et au volant de sa Bat… euh Spider-Mobile ça me chiffonnait. Alors la nouvelle série Spidey, par Robbie Thompson et Nick Bradshaw, narrant les aventures d’un Peter Parker adolescent, semblait faite pour moi. Mais je suis un vraiment un vieux c**…

All Old All Different

En soi Spidey #1 est un bon comic, et la série s’annonce sympathique. Bien que pas fanatique du dessin de Nick Bradshaw, je dois reconnaître que son style un peu rétro sied bien au titre, et l’écriture est légère sans devenir simpliste. J’ai même droit à la kyrielle de péripéties « parkeriennes » dont je regrettais la disparition dans Amazing. Alors où est le problème ?

En fait ce n’est pas vraiment un problème, plutôt un constat : Spidey est plus qu’une simple série rétro, c’est un retcon. Un retcon c’est changer  rétroactivement tout ou partie de la continuité d’un personnage. C’est par exemple décider que c’est à l’occasion du conflit afghan et plus au Vietnam que Tony Stark a été blessé et a dû se fabriquer sa première armure. Et là c’est exactement ce qui se passe. Spidey #1 nous conte en effet ce qui est clairement la première rencontre entre le tisseur et Doctor Octopus, le tout lors d’une visite des labos d’Oscorp en compagnie de Norman « Green Goblin » Osborn. Gwen Stacy est aussi présente, alors que l’intrigue se passe tout aussi clairement pendant les années lycéennes de Peter Parker (il n’avait rencontré Gwen qu’à la fac selon la continuité établie). Sajani, personnage secondaire créé lors du run actuel de Dan Slott sur Amazing, est aussi présente, censée être du même lycée que Peter.

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En plus de cela, la série affiche une volonté évidente de modernisation du personnage. Ainsi Spidey fait des selfies avec les criminels qu’il neutralise et les post sur les réseaux sociaux, et niveau attitude Gwen ressemble plus à la bad ass punkette qu’elle était dans la série Ultimate Spider-Man de Brian Michael Bendis et Mark Bagley. On passera sur les nouveaux look des personnages, eux aussi bien plus contemporains.

C’est ce mélange qui fait de Spidey une série intéressante en tant qu’objet d’étude car elle illustre bien la volonté actuelle de Marvel de concilier l’ancien et le nouveau. La Maison des Idées semble en effet hostile par principe à un reboot, contrairement à ce qu’avait fait DC avec ses New 52. Et dans le même temps on sent l’éditeur éminemment conscient qu’il faut plaire à un nouveau lectorat qui ne suit pas les personnages depuis 20 ans ou même 10.

Donc on modernise, frénétiquement. Les graphic novel « season one » avaient toutes ce but, en re-racontant les origines des héros pour les rendre plus contemporaines. De même on ne fait presque plus de références au passé, quitte à ce que les grands anciens parmi les fans trouvent que l’histoire bégaie franchement à défaut de vraiment se répéter. Prenez le nouveau statu quo des X-Men, ça ne vous rappelle pas le concept du virus Legacy ? Ou le Hulk intelligent et confiant la partie du run de Peter David avec Dale Keown ?

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Been there, done that… twice.

Mais pour Spidey c’est encore plus flagrant, et représentatif de la tendance actuelle, parce que le personnage a déjà connu plusieurs séries rétro par le passé justement. On a donc des éléments de comparaison. Il y avait en effet eu Untold Tales Of Spider-Man, et Spider-Man Chapter One.

La première présentait des aventures 100% rétro justement, se déroulant à l’époque des débuts de du tisseur. Pareil que l’actuelle série Spidey donc. Mais elle prenait soin de ne jamais contredire la continuité établie. Il y a avait même un effort assumé pour respecter les costumes et technologie de l’époque. C’était le symbole d’une autre décennie, les années 90, où le lectorat était plus pléthorique et l’accessibilité un souci bien moins prégnant. On pourrait avancer qu’à l’époque certains comics Marvel étaient devenus (ou sur le point de devenir) auto référencés au point d’en devenir excluant. Narrativement le milieu se refermait sur lui-même et seuls ceux qui étaient déjà membres du club pouvaient en profiter. Symbole ou au moins illustration de cela : deux des events  les plus emblématiques de la période, Onslaught et la Saga du Clone, trouvaient leur origine dans des évènements vieux de plusieurs années (Xavier lobotomisant Magneto lors de Fatal Attraction) voire datant de la décennie passée (la première apparition du clone de Spider-Man). Dans ce contexte, la révérence pour la continuité établie était la norme. D’ailleurs, à ses débuts en 2000, on reprocha parfois à la ligne Ultimate de ne pas respecter (au sens de « révérer », plutôt de « se conformer à ») la continuité, alors même qu’il s’agissait sans ambiguïté aucune, d’un univers alternatif.

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Spider-Man Chapter One était par contre un retcon, lancé par John Byrne, vivant encore sur la gloire de sa brillante carrière et alors que le tisseur sombrait inexorablement dans un marasme déprimant que ce soit au niveau de la qualité des intrigues ou des ventes. Le concept était séduisant, et Byrne l’avait déjà brillamment réalisé avec son Man Of Steel chez la Distinguée Concurrence. Seulement Spider-Man a un statut à part. C’est peut-être le personnage dont l’origine était, en tous cas à l’époque, considérée comme la plus iconique, la plus parfaite. Simple, directe, poignante, et résumable au culte « with great power comes great responsibility ». Alors modifier cette origine, ajouter notamment Doctor Octopus (déjà lui) dans le mix (il obtenait ses pouvoirs lors du même incident que Peter), était un sacrilège. La série n’était pas exempte d’autres défauts, mais c’est ce point qui focalisa l’attention et les critiques. Spidey évite soigneusement cet écueil. Peut-être ne faut-il rien y voir de plus que la volonté de ne pas re-re-re-raconter l’origine du héros, à laquelle on a eu droit ad nauseam ces dernières années entre les films et comics (Ultimate Spider-Man, Season One sutout). Mais peut-être est-ce aussi un moyen de ne pas répéter les erreurs passées et de ne pas essayer de réparer ce qui n’est pas brisé. Sachant que la révérence pour le passé évoquée au paragraphe précédent a sans doute aussi contribué à ce que Chapter One soit frappé d’anathème. Aujourd’hui c’est devenu la norme, et Spidey aurait peut-être pu toucher à l’intouchable. Il est donc d’autant plus remarquable et intéressant qu’il en l’ait pas fait.

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Spidey apparaît donc comme le symbole de son époque, où le canon n’est plus figé mais évolutif, et où l’accessibilité prime sur tout. On essaie de ne pas s’aliéner les anciens lecteurs, mais on drague surtout le nouveau. Même le retour à un Peter lycéen, semblant à priori fait spécialement pour les vieux c** comme moi, vise plutôt les jeunes. Que ce soit dans les films (surtout les deux derniers Amazing) ou le dernier dessin animé en date (Ultimate Spider-Man), c’est bien un jeune Peter qu’on suit. Alors il faut bien leur donner un comic qui y ressemble.

Finalement ce qui ressemble le plus à du comic à l’ancienne ce serait encore Amazing Spider-Man. Certes pas par son contenu, mais par le fait que Dan Slott, en place depuis des années, tient compte de sa propre continuité à défaut de celles établie avant lui. Le comic mainstream moderne tend, lui, à exister hors du temps comics justement, et préfère se caler sur l’époque réelle et ses modes (l’omniprésence de Gwen Stacy, vous pensez que c’est une coïncidence ?) que sur sa chronologie interne. En ce sens Spidey est non seulement canon, mais plus que ça il est le symbole d’un changement de paradigme.

3 Responses to Dis Spidey, tu es canon ?

  1. AllStarDK dit :

    Bel article, après en ce qui concerne le canon et la continuité chez Marvel en ce moment c’est relativement compliqué je trouve. Cela ne vient que de moi ou ça semble d’ailleurs être le gros bordel chez Marvel?
    Je pense que Spidey est comme Batman un héros dont l’origine n’a pas besoin de subir une retcon tant elle est déjà idéale. Les meilleurs histoire de Batman et Spider-Man ne sont clairement des variations sur leurs origines a contrario de Superman par exemple.

  2. arnonaud dit :

    Totalement en accord avec l’article. Etant fan des premiers épisodes de Spider-Man par Lee, Ditko et Romita, les retcon de ce Spidey ont du mal a passer, surtout qu’elles n’ont aucun intérêt. Et puis, remplacer les excellents épisodes de l’époque par des épisodes moyens comme ce #1, ça n’a aucun intérêt (artistiquement parlant. Commercialement, bien sur, vu que ces connards de nouveaux lecteurs ne voudraient, soit-disant, pas lire des épisodes des 60′s mais que des trucs modernes…).

  3. Eddy Vanleffe dit :

    Chez Marvel, il y a à boire et à manger, et c’est effectivement le gros bordel. Je suis un gars assez classique. j’aime la continuité et je m’y retrouve dans les séries jusqu’au début des années 2000. Quesada a dit très clairement que pourlui la continuité devait s’éffacer devant une bonnehistoire et voilà, Même si je n’aime pas cette idée, je choisis effectivement dans le fatras les séries qui ne rebutent pas ma conception du comics Marvel… Et ça existe:
    certains auteurs font un boulot respectuteux queslques soient les « events et marées »: Mark Waid, Christos Gage, Peter David ou même Gerry Duggan prouvent que c’est possible…
    Ensuite on a des nouveaxu persos frais et sympatique mais qui ont ud mal à coexister avec les anciens, toutefois…
    Parfois, on a affaire à de vrais bijoux comme Silver Surfer ou des trucs graphiques assez jolis (elektra, Iron Fist…)
    Bon moi les redites d’histoires que j’ai déjà lues, rien à foutre perso…

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