East Of West : Après la fin du monde…

East of West Comic Talk By The Way

Jeffzewanderer Par

On a beaucoup dit récemment à quel point Image avait le vent en poupe et produisait des titres de qualité à un rythme impressionnant. Lazarus de Greg Rucka et Michael Lark, Velvet et Fatale d’Ed Brubaker et respectivement Steve Epting et Sean Phillips, Saga de Brian K. Vaughan et Fiona Staples… Et l’énumération pourrait encore continuer longtemps, ne serait-ce que pour inclure aussi tous les petits bijoux produits par des auteurs moins connus.

Parmi ces perles de la BD made in USA, nous avons décidé de vous en présenter une un peu plus en détail : East Of West. Ecrite par Jonathan Hickman, dessinée par Nick Dragotta, avec Frank Martin aux couleurs, cette série fait partie de ces OVNI du comic, des séries inclassables, et même quasiment indescriptibles. Mais elle n’en est pas moins brillante.

The dream is over

« This is not how the world ends ». C’était la catchphrase récurrente employée par les personnages de Jonathan Hickman dans sa mini-série SHIELD. East Of West ce serait plutôt l’étape suivante : « This is how the world did not end ». Tout commence aux Etats-Unis, pendant la guerre de sécession, tandis que les nations indiennes se mêlent au conflit sous l’égide du chef Red Cloud. C’est alors que l’Apocalypse a lieu. Et rate.

On retrouve là l’un des thèmes récurrents de Jonathan Hickman dans son run sur les séries Avengers de Marvel, à savoir l’univers envisagé comme un système défectueux dont certains personnages clés seraient les agents, les rouages. Mais ici l’idée est poussée dans ses derniers retranchements. Comme si l’auteur était libre de toute contrainte éditoriale, et en profitait pleinement. Il ne s’agit donc pas de sauver l’univers, mais de voir ce qui se passe lorsqu’il ne l’a pas été. Lorsqu’il ne peut plus l’être.

C’est donc dans ce monde littéralement post apocalyptique qu’est délivré un message à trois élus : le prophète Elijah Longstreet (un ancien soldat), Red Cloud (le chef indien) et bien plus tard Mao Zedong (Mao Tse Toung comme on le transcrit chez nous, LE Mao). Message qui doit donner la clé de la suite du déroulement des évènements. Une société secrète se forme alors (un autre des éléments narratifs de prédilection de Jonathan Hickman), réunissant les dirigeants des sept nations d’une Amérique divisée. Leur but ? S’assurer que l’Apocalypse finisse par se dérouler. Une fin du monde fabriquée.

East of West Comic Talk By The Way

Of the third but not of the three

Mais East Of West c’est aussi l’histoire de La Mort, le cavalier de l’Apocalypse. Car c’est lui le responsable de l’échec de la fin du monde. Il a abandonné ses compagnons pour l’amour d’une femme. Une femme qu’il a ensuite perdue. Et il fera payer au monde entier sa douleur.

Et c’est là qu’il deviendrait vain de vous en dire plus sur le scénario ou même le pitch de la série. Car racontée plutôt que lue, East Of West donne l’impression d’être une histoire assez basique. Or c’est on ne peut plus faux. Le cœur d’East Of West est simple, c’est vrai, comme pour beaucoup de grandes histoires. C’est une histoire d’amour et de vengeance. Mais tellement bien racontée et dans un univers si riche.

Car Jonathan Hickman donne sa pleine mesure. On sait que le scénariste adore enchaîner les phrases tantôt mystérieuses, tantôt épiques, avec un ou deux one-liners de temps en temps. Chez un autre ça pourrait faire gratuitement grandiloquent, un vernis clinquant pour cacher la pauvreté du reste. Mais pas ici. Il maîtrise ce style à la perfection, et s’en sert pour conférer une dimension à la fois épique et poétique à toute son œuvre. C’est la même chose avec ses intercalaires blancs ça et là, comme des pauses dramatiques dans sa narration. Il excelle surtout lorsqu’il nous dévoile l’intrigue par le biais d’énigmatiques prophéties qui trouvent immanquablement tout leur sens quelques numéros plus tard. Quelle plaisir pour le lecteur, qui découvre la significations de vers énigmatiques tels que « A cup, of a cup. A chalice, of a chalice ».

East of West Comic Talk By The Way

If you cannot trust your eyes as you look at the world, what good are they ?

Page après page on découvre nombre de concepts énigmatiques et intelligents qui s’assemblent pour construire un monde riche et fascinant, produit d’une imagination inspirée mêlant SF classique, traditions indiennes… Les personnages proprement dits ne sont pas en reste, et débordent de charisme. Leur psychologie paraît simple au départ, mais gagne en profondeur à mesure que le récit progresse. C’est particulièrement vrai pour les sept élus désirant s’assurer du bon déroulement de la fin du monde. Ainsi Bel Solomon et ses regrets, ou Andrew Archibald Chamberlain, l’opportuniste intégral, s’avèrent des plus passionnants. Et d’autres, plus primaires, tels que Wolf et Crow, les acolytes de La Mort, dégagent une telle classe qu’on ne peut que les aimer.

Cela est à n’en pas douter à mettre en grande partie au crédit de Nick Dragotta. L’artiste réussit en effet à donner vie à tous les concepts extravagants de Jonathan Hickman, créant des personnages et des décors aux designs tout simplement à tomber par terre. L’esthétique de la série mêle parfaitement western et science fiction, comme le manga Trigun de Yasuhiro Nightow avait pu le faire en son temps (avec parfois une touche chinoise à certains endroits). Difficile de trouver les mots pour en dire plus, tant cette série est visuellement originale. Je vous invite donc à jeter un œil aux illustrations de cet article, une image valant bien mille mots.

On peut par contre souligner que la narration proprement dite est excellente, classique mais efficace, notamment pour les scènes d’action, qui ont une puissance indiscutable. Et les couleurs de Frank Martin remplissent parfaitement leur office, sachant se faire plus saturées ou plus pâles au gré de l’ambiance du récit.

East of West Comic Talk By The Way

East Of West c’est la quintessence de Jonathan Hickman. Il y développe ses thèmes de prédilection (l’univers comme un système défectueux, les sociétés secrètes…) en toute liberté. Son style d’écriture aisément reconnaissable (phrases donnant dans le cryptique et l’épique, pauses dans la narration…), sublime le récit et confirme qu’il fait bien partie de ces auteurs dotés d’une « patte » aisément reconnaissable. Et il trouve en Nick Dragotta le complice idéal, l’artiste réussissant notamment un travail de design remarquable pour donner vie au monde de la série comme aux personnages. A découvrir en VO chez Image (disponible en singles jusqu’au #8, un volume sorti en tpb contenant les numéros 1 à 5), ou en VF dès le 21 février chez Urban.

3 Responses to East Of West : Après la fin du monde…

  1. Deejay Azer dit :

    Je connais un mec qui a acheté 100 exemplaires du numéro 1 VO en 1st print à Pulp’s.
    Voilà.

  2. Comic Book Avignon dit :

    100 ex à Pulp’s, sans dèc ? ils ont des fondus comme ça à Paris
    Sinon, Review toujours aussi intéressante, ça donne envie ;)

  3. Comic Book Avignon dit :

    J’ai enfin lu le 1er TPB, et ce fut un vrai régal, pour ceux qui aiment les thèmes et l’écriture de Hickman bien sûr, j’ai hâte de lire la suite

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