EDITO : Dis Marvel, est-ce que je suis devenu un vieux c** ?

Marvel Avengers Spider-Man Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Ce n’est pas le genre de question qu’il est agréable de se poser après sa petite lecture de comics en retard. Et c’est pourtant celle qui m’est venue une fois que j’ai découvert certains des titres du All New All Different Marvel (ANADM pour les intimes, tu parles d’un acronyme moisi…). Tous les titres que j’ai lus ne m’ont pas fait cet effet, heureusement. En fait la plupart m’ont bien plu (Invincible Iron Man, Guardians Of The Galaxy, Dr Strange), j’ai même eu quelques bonnes surprises (Hercules, Howard The Duck) et certaines déceptions ne m’ont au moins pas plongé dans les affres du doute (Captain America, Deadpool). En fait trois titres sont à incriminer : Amazing Spider-Man, New Avengers, et Uncanny Avengers.

Ces trois titres ont en commun que je n’y reconnais pas les héros que j’aime d’habitude tant. Spider-Man est sans doute le cas le plus parlant : Peter Parker y est désormais un chef d’entreprise, costard cravate et siège social à Hong-Kong compris. Spidey conduit quant à lui une Spider-Mobile qui n’a pas grand-chose à envier à la Batmobile, ses lance toiles abritent  de nombreux gadgets et Mockingbird est son agent de liaison avec le SHIELD. On est loin de l’étudiant fauché du Queens qui galérait pour battre un super vilain et arriver à temps à son rencard ou chez sa tante.

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Spider-Mobile, SHIELD et même autotune : Spider-Kanye ?

Chez les Avengers le problème est plus subtil. C’est surtout le roster qui m’a gêné. Deadpool chez les Uncanny ou Squirrel Girl chez les New, ça me fait grincer des dents. Voir des personnages inattendus dans l’équipe je m’y suis fait, notamment depuis le run de Brian Bendis. Ça fait même partie du plaisir quelque part. Mais là il n’y a pour ainsi dire QUE des personnages inattendus dans les deux équipes, entre seconds couteaux et personnages loin des univers Avengers. Et que dire des antagonistes, Ultimate Reed Richards et le Shredded Man, qui manquent franchement de charisme et envoient des sbires génériques affronter nos héros.

De plus, là encore, je n’ai pas reconnu certains personnages. Steve Rogers notamment, qui alterne entre une vieille baderne en permanence de mauvaise humeur à faire passer Clint Eastwood pour un joyeux luron, et un communiquant avec une commode ikéa en guise de langue et un sourire Colgate. Ou Rogue, trop agressive pour mon goût, cette fois envers les Inhumains. Ce traitement du personnage avait certes déjà été tenté par Rick Remender dans son premier volume d’Uncanny Avengers. Cette fois là c’était à la Sorcière Rouge que Rogue en voulait, et à l’époque son humeur de pitbull permanente m’avait déconcerté et déçu. C’est encore le cas aujourd’hui.

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Les rosters des New et Uncanny Avengers : de quoi laisser perplexe…

Bref, ces trois séries m’ont déçu, parce qu’elles ne m’ont pas donné ce qu’elles m’avaient promis. D’où ma question : étais-je en droit d’attendre cela ? L’évolution des personnages est aussi naturelle qu’inéluctable. J’ai déjà essayé de vous livrer mon sentiment sur le sujet dans un ancien article : « jusqu’où un personnage peut-il changer ? ». Je vais donc essayer d’éviter les redites (notamment en ce qui concerne le traitement de Steve Rogers ou Rogue, qui sont plutôt des maladresses de l’auteur je pense) et plutôt me concentrer sur ce qui m’a fait douter : ces trois titres m’ont semblé être le reflet de leur époque.

Spider-Man me paraît plus super-héroïque que jamais, avec sa kyrielle de gadgets et son lien avec le SHIELD. C’est le Spider-Man de la série TV Ultimate Spider-Man. Celui que j’imagine être le fantasme d’un fan plus jeune bien plus intéressé par les prouesses de Spidey en costume que de Peter Parker. Le côté « terre à terre » des aventures de Spidey ne fait plus rêver, il faut du super-héros pur jus, pas de l’« everyman ». Peter Parker en patron de multinationale c’est peut-être paradoxalement le dernier vestige de cette approche « terre à terre », ou disons « réaliste », car c’est ce qui permet de justifier l’existence de ses gadgets et le fait qu’il passe le plus de temps possible en costume sans avoir de soucis « du quotidien. Bref c’est la remise en cause totale de ce qui faisait la particularité de Spider-Man. Une remise en cause pas totalement assumée parce qu’on nous montre bien un Peter qui Préfère les costumes JC Penney (pensez Célio) aux Armani, et qui limite son salaire de patron. Comme s’il restait un « homme du peuple ». Mais n’est-ce pas là un hochet pour contenter les vieux fans ? Un symbole presque démago ?

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Regardez, il a une super montre de SF mais son costume est cheap et il oublie sa braguette, c’est toujours Peter hein ? Hein ?

Quant aux Avengers, qu’ils soient Uncanny ou New, ils font naître en moi le même doute. Pour moi les comics Avengers sont des histoires où les héros s’assemblent pour combattre des super vilains surpuissants. Je sais bien qu’Ultron ou les Masters Of Evil ne débarquent pas tous les mois en fait, mais ça reste la norme pour ce genre de série. Le run de Kurt Busiek sur le titre, de 1998 à 2002 en est le parfait exemple à mes yeux, et constitue la référence moderne en matière de série Avengers. Celui de Geoff Johns, qui lui succéda entre 2002 et 2004 fut globalement dans la même veine. Mais tout ça remonte à plus de 10 ans. Par la suite Brian Bendis et Jonathan Hickman sont passés par là. Sans compter tous les auteurs qui ont écrit des séries estampillées Avengers qui se sont multipliées avec le succès croissant de la licence (Dan Slott, Rick Remender, Al Ewing, Ed Brubaker, Ales Kot…). Si on s’en tient aux séries principales (Avengers et New Avengers essentiellement), la donne a changé au cours des dix dernières années. Le premier volume de Mighty Avengers de Brian Bendis, en 2007 fut déjà présenté comme un retour aux sources avec une équipe de héros puissants combattant des vilains d’envergure. Comme un aveu que ce n’était déjà plus le cas dans les New Avengers lancés en 2005. On était passé à une ambiance plus feutrée, plus portée sur les complots, ce n’était plus les mêmes vilains (Norman Osborn a notamment été un antagoniste essentiel) ni les mêmes héros (Luke Cage, Dr Strange, Iron Fist…). Un effet renforcé par la multiplication des séries et donc des équipes, qui ouvraient la porte à un recrutement de plus en plus large. Attention, on retrouvait aussi de l’épique, chez Bendis comme Hickman, mais plus habituellement et surtout dans les events : Secret Invasion, Siege, Infinity…. Idem les grands noms étaient quand même souvent de la partie (Captain America, Iron Man, Thor…) mais pas seuls. Uncanny Avengers de Rick Remender fut l’exception, avec un vilain d’envergure (le Red Skull, Kang…), un roster prestigieux et beaucoup d’action.

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Where have all the bad guys gone ?

Ces nouveaux volumes de New Avengers et Uncanny Avengers ont au moins le mérite de proposer de l’action, ou au moins un vilain à affronter au lieu de complots et conflits internes. Mais ces vilains manquent de panache, ils ont une armée de sbires génériques. Où sont les cadors qui tenaient tête aux Avengers en direct ? Ou plutôt, là encore, est-ce que je dois les attendre encore ? Les gros vilains ont droit à leur event, mais le temps où ils affrontaient les héros dans les ongoings semble révolu. Et surtout les vilains « habituels » des Avengers  (Kang, les Masters of Evil, le Wrecking Crew, les divers aliens et organisations terroristes…) semblent avoir fait leur temps. Ils sont has-been et relégués au fin fond des cartons. Et peut-être que je me raccroche au passé en espérant les revoir. Idem pour les rosters composés des grandes gloires de l’équipe, qui ne sont plus les références absolues. Maintenant on peut imaginer plusieurs équipes d’Avengers sans aucun de ces grands noms, ou tout au plus un, comme pour se raccrocher au souvenir des temps jadis.

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Wish you were here…

J’aurais envie de dire que les recettes que je regrette, pour Spidey comme pour les Avengers, sont essentielles, marchent encore et sont d’ailleurs parfois encore appliquées. En témoignent les films (Age Of Ultron, Amazing Spider-Man…) comme les séries animées récentes (Avengers Earth Mightiest Heroes, Avengers Assemble… pas le dessin animé Ultimate Spider-Man, d’accord). Mais ce ne sont plus les seules recettes, et peut-être serait-il temps que je le reconnaisse. Sauf que ces nouvelles recettes ne sont pas à mon goût. Alors vieux c**, j’espère que non. D’ailleurs j’aime pas mal de ces séries modernes, je l’ai dit en introduction. Mais peut-être aussi parce que soit elles sont plus fidèles à ce que j’attends des personnages (Hercules, Iron Man…) ou quand elles les réinventent ce n’est pas un personnage auquel je suis déjà attaché, alors je ne m’en formalise pas (Karnak, un peu Dr Strange avec sa grosse épée). Par contre nostalgique oui, je le suis et je l’assume. Au présent de me convaincre que j’ai tort.

5 Responses to EDITO : Dis Marvel, est-ce que je suis devenu un vieux c** ?

  1. AllStarDK dit :

    Edito intéressant. Je partage ton avis, j’ai toujours prôné le changement dans les comics, l’évolution parce que je trouvais qu’ils avaient tendance à stagner, à avoir toujours le même statu quo. Pourtant je n’aime pas du tout ce nouvel univers Marvel…
    Mais derrière ces apparent changement créatif on y voit quand même une influence grandissante Marvel Studios (qui nous fait « oublier » nos personnages principaux en les remplaçant ou en les virant des grandes équipes comme pour préparer à leurs disparitions sur grand écran) et on retrouve des recettes déjà-vu (Extraordinary X-Men).
    Je crois que je vais lâcher Marvel et DC et leurs univers réguliers

  2. arnonaud dit :

    Pour les vilains, je pense qu’il faut voir ça comme une volonté de renouveler le stock d’ennemis en proposant des choses nouvelles, à l’instar de la nouvelle galerie de vilains de Spidey durant Brand New Day.

    Ceci dit, je suis bien d’accord, ils manquent clairement d’envergure et de charisme pour le moment. Je les voit mal devenir les nouveaux Kang/Fatalis/Apocalypse/Ultron de demain. Et c’est vrai qu’on peut se poser la question de la nécessité de telles équipes pour combattre des ennemis comme ceux ci.

    D’ailleurs, Kang n’est pas porté disparu puisqu’il est l’antagoniste des Uncanny Inhumans (mais le combat face au vilain s’annonce moins épique que dans les Uncanny Avengers de Remender).

    Je pense que les vilains habituels reviendront (d’ailleurs Slott passe son temps à les annoncer dans Spider-Man), mais peut-on vraiment reprocher à Marvel de vouloir introduire de nouveaux ennemis en plus de ceux traditionnels des années 60 ? Je préfère les voir en train de tenter de nouvelles choses, qui a en faire un peu trop, plutôt que de retourner tout le temps à un éternel statut quo qui n’a pas vraiment de sens si ce n’est pour le marketing…

    Les points notés sur le nouveau Spider-Man sont en tout cas très intéressants. J’ai beau aimer ce nouveau volume, qui reste une bonne série super-héroïque à défaut d’être véritablement du Spider-Man, c’est vrai que ça pose des questions sur ce qu’on offre à lire au public. L’absence de la partie vie quotidienne proche du lecteur qui faisait tout le sel de l’original et la mise en avant d’un personnage qui devient héroïque par sa fortune plus que par son mérite sont des éléments dérangeants (surtout que Batman et Iron Man suffisaient dans le genre, et Spider-Man était déjà assez populaire sans ça).

    Quand à la question de qui peut-être Avengers ou non… Personnellement, en tant que fan des seconds couteaux et des personnages Marvel de l’ombre, la situation actuelle me fait plutôt plaisir. Et il ne faut pas oublier que les Uncanny Avengers sont l’équipe d’unité des différents pôles de l’univers Marvel plutôt qu’une véritable équipe de vengeur (qui sera celle de Waid et où l’on retrouvera Cap-Thor-Iron Man et Spider-Man dans une même équipe, certes dans pas mal de nouvelles versions, mais ça reste les grands héros de l’éditeur) et les New Avengers sont une sorte de tremplin pour des jeunes héros vers le statut de héros de premier plan.

    En tout cas, article très intéressant.

  3. Ramior dit :

    Pour les villains il faudrait que Marvel fasse comme DC et créer sa propre « société sécrètes » des super vilains, avec les méchants de tout mes bords (Vengeurs,X-men, Fantastiques, ect,ect.)

    Ptet que si Illuminati fonctionne, c’est ce qu’il feront.

  4. Landry dit :

    Tout change, la vie change, les attentes d’un public plus jeune change (et ce sont eux l’avenir et pas les nostalgiques de leur lecture de quand ils avaient 13 ans). Les univers des comics Marvel comme DC ont pris des chemins similaires, plus techno/ SF que par le passé. Sans doute le public s’y retrouve… Mois après moi je retrouve plein de bonnes histoires et ça me suffit pleinement à mon bonheur.

  5. [...] Quelques « scandales » sont cités pendant le podcast, voici les articles qui en parlent : Les critiques des fans pousse Cullen Bunn à quitter Aquaman, Le scandale de la couverture de Spider-Woman par Manara, L’édito de Comic Talk « Dis MArvel, est-ce que je suis devenu un vieux c** &r… [...]

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