Gotham S01E01, la critique

Gotham Comic Talk Critique review

Jeffzewanderer Par

S’il y a bien une ville dans les comics qui peut être qualifiée de protagoniste à part entière, c’est Gotham. La sombre cité sous la protection de Batman est en effet un des ces lieux imaginaires qu’on croirait presque réels tant ils nous sont familiers. Il n’est donc pas surprenant que cette métropole dystopique ait fini par avoir une série à son nom. Gotham a donc débuté lundi dernier, diffusée sur Fox aux USA, développée par Bruno Heller (Rome, The Mentalist) et tournée à New York (qui a inspiré la création de Gotham). Et le résultat est plutôt convaincant, même si le plaisir pur qu’on prend à regarder un épisode dépend de ce qu’on veut attendre…

Ni Gotham Central, ni Year One, et un peu des deux…

Gotham est une série policière. Elle raconte l’histoire de James Gordon (Ben McKenzie), tout frais arrivé dans la police de Gotham, devenu le partenaire de l’expérimenté Harvey Bullock (Donald Logue). Le jeune Gordon va découvrir toute la corruption qui gangrène la ville, mais tenter quand même de rester honnête et de faire son boulot. Et dès le premier épisode apparaît ce qui devrait être le fil rouge (au moins thématique) de la première saison : le meurtre de Thomas et Martha Wayne sous les yeux de leur jeune fils Bruce.

Vu le pitch, deux références viennent immédiatement à l’esprit du fan de comics. La première est Gotham Central, géniale série d’Ed Brubaker et Greg Rucka (avec Michael Lark au dessin, à ne pas oublier) qui racontait les enquêtes de la police de Gotham du point de vue des flics. Et l’autre c’est Year One, où on découvrait, en parallèle à la première année d’activité de Batman, les débuts de Jim Gordon au sein du GCPD.

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De Gotham Central, Gotham reprend le parti pris, à savoir s’éloigner des super-héros et nous présenter la ville et sa criminalité à l’échelle humaine. Elle pousse même cette idée à l’extrême : pas de costumes ni de super-pouvoirs en vue (alors que dans Gotham Central on voyait les super-héros et vilains, mais du point de vue des flics comme je le disais). Elle reprend aussi certains membre du casting, dont les plus notables sont Renee Montoya (Victoria Cartagena) et Crispus Allen (Andrew Stewart-Jones), ici affectés à la Major Crimes Unit.

De Year One elle reprend le parti pris du point de vue de Jim Gordon pour nous plonger dans le marasme gothamite. Un Gordon sérieusement bad ass et déterminé, comme on avait pu le voir dans le chef d’œuvre de Frank Miller et David Mazzuchelli. Mais aussi affublé d’un partenaire/mentor à la moralité plus que douteuse. Ici Harvey Bullock remplace Flass, et s’avère évidemment plus ambiguë (Fass était une ordure pourrie jusqu’à la moelle, on sent par contre qu’il y a encore quelque chose à sauver chez Bullock). On retrouve aussi Carmine « the Roman » Falcone en parrain de Gotham, une bonne idée pour faire plaisir aux fans en donnant un air familier à cet archétype inévitable du polar (celui du criminel surpuissant qui se voit comme un facteur d’ordre).

Gotham assume totalement ces influences, les revendique même, et surtout s’en montre digne. Mais elle essaie aussi d’exister par elle-même.

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The Good, The Evil, The Beginning…

Car Gotham est aussi une origin story. Pas de Batman, ou alors à très long terme (Bruce Wayne a onze ans), mais de l’univers du Dark Knight. En effet on croise nombre de jeunes versions des ennemis de Batman : le Pingouin (Robin Lord Taylor), Catwoman (Camren Bicondova), Poison Ivy (Clare Foley) … Une idée qui m’avait laissé perplexe a priori je l’avoue, mais qui rend finalement assez bien à l’usage.

Il faut certes se rappeler en permanence que ce ne sont pas les personnages qu’on connaît mais bien ce qu’ils étaient avant de le devenir. Mais si on fait cet effort ça contribue à donner un certain cachet à la série. C’est particulièrement vrai pour Oswald « le Pingouin » Cobblepot dans le premier épisode. En revanche il faudra voir si ça marche à tous les coups, les origines étant systématiquement retouchées (logique me direz-vous) mais pas forcément d’une manière attractive à première vue (Poison Ivy sent le gros plantage, je le crains, à voir cependant…).

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Gotham ajoute aussi ses personnages originaux au mélange. C’est peut-être là qu’elle réussit le moins bien, ceux-ci sentant « l’utilité scénaristique » à plein nez. On passera sur les inévitables gros bras en tous genre pour se concentrer sur Fish Mooney (Jada Pinkett Smith), tenancière de tripot et subordonnée ambitieuse de Don Falcone. Elle est un personnage assez classique pour du polar, pas inintéressante, mais qui sent bon le fusible là pour protéger le grand vilain (Falcone) contre les efforts du héros. En gros on a du mal à vraiment se passionner pour elle car elle n’est pas assez travaillée par elle-même pour ça (et ne semble pas avoir un potentiel énorme, même s’il faut aussi se dire que ce n’est que le premier épisode). Et comme elle ne renvoie pas à un personnage connu, le fan de comic ne peut pas lui donner une espèce d’approbation a priori comme ça peut être par exemple le cas pour Selina « Catwoman » Kyle (qu’on voit à peine dans l’épisode en fait).

Globalement, c’est donc encore un peu de personnalité qui manque à Gotham. Elle nous fait rêver par ce à quoi elle nous renvoie (Gotham Central, Year One, l’univers de Batman en général) mais n’arrive pas encore à se créer vraiment sa propre mystique. Elle doit pour l’instant plus au génie du matériau de base qu’à ce qu’elle en fait.

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Welcome to Gotham

Ce petit manque de « patte » se ressent dans la réalisation notamment. Elle est propre, efficace (sauf cette idée idiote de filmer les gens en train de courir en caméra portée collée près du visage) et n’édulcore pas trop la violence. On n’est pas dans du HBO (ce qui n’est pas plus mal) mais on n’a pas non plus l’impression de voir la version « cartoon du samedi matin ». D’un côté cette sobriété dans la réalisation est de bon aloi, s’accordant bien au parti pris originel de la série. Mais on se dit qu’il manque un petit quelque chose pour rendre cette série « spéciale ». Boardwalk Empire ou True Detective arrivaient par exemple à mettre plus de cachet dans leur forme.

Ainsi je me suis un peu dit que si on changeait les noms des personnages mais qu’on gardait le reste, on était vraiment face à un polar sympa mais très classique. Une impression qui vaut aussi pour les décors. Sans dire qu’il fallait absolument recréer le délire gothique de Tim Burton, les rues de cette Gotham de TV font quand même vachement penser à celles de New York. Cette New York générique qu’on a tous vu sans avoir besoin d’y aller par le biais de toutes les séries (policières et autres) se déroulant à Big Apple. Il y a bien quelques tentatives (le bar de Fish Mooney, sorte de proto-Iceberg Lounge) mais ça ne suffit pas. Même la skyline devrait être plus reconnaissable. Après il ne faut pas non plus tomber dans la critique gratuite : les décors sont bons, je ne dis pas le contraire. Mais il est dommage qu’on voit trop New York sous Gotham alors que cette dernière doit normalement tout éclipser par son aura.

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Au niveau des acteurs on pourra regretter une tendance à la cure minceur pour Bullock et le Pingouin, mais sinon ils sont tous très bons. Jim Gordon est un premier rôle solide, même sans sa moustache. Ben McKenzie lui donne une intensité intéressante, rendant justice au personnage original. Seul le passage en fin d’épisode avec Bruce Wayne fait un peu exagéré, mais il s’agit d’une maladresse d’écriture, pas d’un problème de jeu.

La critique s’est enthousiasmée pour la performance de Donald Logue en Harvey Bullock, et c’est justifié. Il réussit bien à faire passer tous les éléments du personnage, de sa décrépitude morale à cette toute petite lueur, vestige d’intégrité. A noter que par rapport aux comics le personnage est bien plus « du côté obscur », mais l’interprétation de Logue permet quand même justement de retrouver le Harvey qu’on connaît. Robin Lord Taylor commence par être bien énervant en Pingouin, mais au fil de l’épisode j’ai trouvé qu’on décelait chez lui un certain potentiel. Pour le reste on est surtout face à des seconds rôles dans ce premier épisode, mais tous sont convaincants, avec une mention spéciale pour Montoya (Victoria Cartagena) mais là c’est peut-être le fan qui parle.

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LE BILAN : Ce premier épisode de Gotham laisse donc espérer de bonnes choses pour la suite. Les acteurs sont bons, la réalisation solide, et l’histoire aussi a priori. Le seul bémol c’est que la série manque encore un peu de « patte ». Elle se repose beaucoup, voire exclusivement, sur la qualité du matériau de base qui l’a inspirée et n’arrive pas encore à exister par elle-même, à sublimer ce matériau, que ce soit dans la réalisation ou l’écriture. Si on enlève le lien avec Batman, il reste un polar sympa mais assez générique. Mais ce lien est bien là, et c’est ce qui fait toute la différence. On devrait donc dans le pire des cas se retrouver face à une chouette série portant un regard original sur les univers de comics ; Et il y a toujours la possibilité que la série prenne son rythme et trouve sa voix au fil des épisodes.

3 Responses to Gotham S01E01, la critique

  1. stillwild dit :

    Pas aussi catastrophique que çà…de bon acteurs ayant fait leurs preuves par le passé..juste des histoires encore trop manichéennes,tout ne peut pas etre the wire mais quand meme..en attendant Daredevil,peut etre que..

  2. Sanosuke dit :

    Pour l’instant (episode 2 compris), ce n’est qu’une énième série policière qui reprend vaguement les noms des personnages du Batverse. Ca pourrait se passer en Thailande ca serait pareil…

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Assez d’accord avec toi globalement après avoir vu l’épisode 2 (surtout pour Fish Mooney par exemple), même en étant un peu plus indulgent (j’aime bien Gordon et Bullock). Je garde espoir tout de même (pour Selina notamment…)

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