Guardians Of The Galaxy : du papier à l’écran

Guardians Of The Galaxy Comic Talk Gardiens de la galaxie

Jeffzewanderer Par

On se doutait bien qu’une fois toutes les grosses licences adaptées au cinéma, on se retrouverait avec des films consacrés à des super-héros bien plus obscurs, pour ne pas dire improbable. Pourtant, Marvel a quand même frappé fort en choisissant, pour sa Phase II de porter les Guardians Of The Galaxy sur grand écran. Une équipe totalement inconnue du grand public, qui n’apparaissait dans aucune série régulière au moment des premières annonces, et dont le personnage le plus marquant était un raton laveur parlant adepte de gros flingues, le pari était osé. A tel point que les premières rumeurs ont été accueillies avec une certaine incrédulité, même par les fans de ces héros. Et pourtant, nous voici désormais à quelques jours de la sortie française de ce fameux film, qui a déjà cartonné aux Etats-Unis (meilleur démarrage pour un film sorti en août). Comic Talk vous propose donc de retracer l’improbable odyssée des autoproclamés Gardiens De La Galaxie depuis leur création sur papier jusqu’à leur triomphe annoncé sur grand écran…

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Des origines lointaines, très lointaines…

La première équipe à porter le nom de Guardians Of The Galaxy n’a en réalité pas grand-chose à voir avec celle qu’on va découvrir au cinéma. En effet, les premiers Guardians Of The Galaxy furent créés en 1969 par le scénariste Arnold Drake (qui a contribué aux créations de la Doom Patrol ou de Deadman chez DC) et le légendaire dessinateur Gene Colan (co-créateur du Falcon ou encore Blade). Ils apparurent pour la première fois dans Marvel Super-Heroes #18.

La particularité de cette équipe de super-héros cosmiques, composée entre autres du Major Vance Astro, Martinex T’Naga, Charlie 27 ou encore Starhawk, est que ses aventures se déroulent au 31ème siècle dans une réalité alternative qui plus est (la Terre 691, la notre étant la 616). Ces Guardians luttent contre les Badoons, des aliens belliqueux bien décidés à conquérir notre système solaire, et contre le redoutable Korvac, qui affronta notamment les Avengers dans la fameuse Korvac Saga (Avengers #159, 167, 168, 170 – 177)

Cette équipe fit surtout des apparitions sporadiques au cours des années 70 et 80, rencontrant parfois les super-héros de notre époque au gré de voyages à travers le temps et l’espace. Elle eut surtout son heure de gloire au début des années 90 grâce à la série Guardians Of The Galaxy écrite et dessinée par la star de l’époque Jim Valentino. Une fois Valentino parti fonder Image Comics avec Jim Lee, Marc Silvestri, Todd McFarlane, Rob Liefeld, Whilce Portacio et Erik Larsen, la série lui survécut quand même jusqu’à son 69ème numéro, avant de tomber dans l’oubli.

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Les premiers Guardians Of The Galaxy, ici dessinés par Jim Valentino dans les années 90 (de gauche à droite : Martinek, Nikki, Charlie 27, Aleta, Yondu, Major Vance Astro et Starhawk).

Le renouveau cosmique de Marvel

L’oubli fut d’ailleurs le sort réservé à à peu près tous les personnages et licences cosmiques de Marvel au fil des années, le public se passionnant de moins en moins pour ce pan de l’univers de la Maison Des Idées. En dehors que quelques personnages très forts comme Galactus ou le Silver Surfer, on avait remisé tout ce petit monde au placard et oublié la clé. Cela jusqu’à ce que le vétéran Keith Giffen et le duo d’auteurs britanniques, Dan Abnett et Andy Lanning, férus de SF et de ces héros oubliés, ne se lancent dans une grande entreprise de remise au goût du jour de ce petit monde.

La première étape de ce grand plan fut Annihilation en 2006, un eventAnnihilus, maître de la zone négative, lançait une attaque dévastatrice sur l’univers cosmique Marvel. Keith Giffen écrivit la mini-série principale, autour de laquelle d’autres minis mettant en scène plusieurs personnages cosmiques (Nova par Abnett et Lanning, le Silver Surfer, le Super-Skrull, Drax The Destroyer…) gravitèrent. Et parmi les héros résistant tant bien que mal à Annihilus, on trouvait un certain Peter Quill, jadis connu sous le nom de Star-Lord.

Le succès critique et commercial fut au rendez-vous pour ce revival cosmique et une suite arriva dès 2007 : Annihilation : Conquest. Cette fois ce sont Dan Abnett et Andy Lanning (DnA) qui sont aux commandes pour tout chapeauter. Les Phalanx et Ultron succèdent à Annihilus comme grands vilains, et surtout Peter Quill se retrouve malgré lui lié au déclenchement de ce second conflit.

C’est pour cette raison qu’il se retrouvera, dans la mini-série Star-Lord (écrite par Keith Giffen), propulsé leader d’une équipe de détenus pour une mission suicide mais essentielle. Parmi lesdits détenus on retrouve notamment Rocket Raccoon et Groot. Cette version cosmique des Douze Salopards jettera les bases d’une nouvelle version des Guardians Of The Galaxy, et semble d’ailleurs avoir servi d’inspiration pour le film.

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Star-Lord (Peter Quill) et son équipe d’ex-prisonniers dans la mini-série Star-Lord (Annnihilation : Conquest) : Groot, Rocket Raccoon, Deathcry, Captain Universe, Tik et Mantis.

Guardians Of The Galaxy 2.0

Au sortir d’Annihilation : Conquest, second succès critique et commercial de rang, DnA décident de lancer en 2008 une série régulière Guardians of The Galaxy en plus de Nova, qu’ils écrivaient déjà depuis le premier event Annihilation. Le pitch de cette série est le suivant : Star-Lord considère que la galaxie ne pourra plus encaisser beaucoup de calamités de type Annihilation et que la structure même de la réalité est en danger. Il décide donc de mettre une équipe sur pied pour empêcher que de telles catastrophes se reproduisent. Pour ce faire il recrute des survivants des précédents conflits : Rocket et Groot, ses compères de la mission suicide, mais aussi Drax The Destroyer, Gamora, Adam Warlock ou encore Phyla-Vell (alors connu sous le nom de Quasar après avoir emprunté celui de Captain Marvel). C’est cette équipe qui inspirera celle du film.

Cette nouvelle série Guardians Of The Galaxy dura 25 numéros (jusqu’en 2010) pendant lesquels elle fut l’un des deux piliers de l’univers cosmique Marvel (Nova étant le second), jouant un rôle central lors de l’event War Of Kings et débouchant sur la mini-série qui mit fin à l’ère DnA du cosmique Marvel : The Thanos Imperative.

Les deux scénaristes restèrent fidèles à leur pitch et à leur patte tout au long de la série, écrivant un pur space-opera parfois teinté d’une pointe d’humour mais comptant surtout nombre de moments dramatiques, entre guerre pour la domination de la galaxie, manigance des fanatique de l’Eglise Universelle de la Vérité, résurrection de vieux ennemis (dont Thanos) et effondrement de la réalité. Le roster varia au gré des mésaventures de l’équipe, des décès et des résurrections. Les Guardians originaux firent aussi une apparition le temps de quelques numéros, inspirant à l’équipe de Star-Lord, jusque-là anonyme, l’idée de reprendre leur nom. Et tout se termina donc par le sacrifice héroïque de la majeure partie de l’équipe dans la mini-série The Thanos Imperative (après les annulations de Guardians Of The Galaxy et Nova).

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Les nouveaus Guardians Of The Galaxy (de gauche à droite) : Gamora, Rocket Raccoon, Star-Lord, Adam Warlock, Drax, Phyla-Vell (auxquels il faut ajouter Groot et Mantis).

Dans les limbes

Il y eut bien ensuite deux mini-séries Annihilators, toujours écrites par la paire DnA, où les poids lourds cosmiques de Marvel (Ronan The Accuser, Gladiator, le Silver Surfer, Beta Ray Bill…) décidaient de reprendre la mission que Peter Quill et ses Guardians s’étaient donnée (avec à chaque fois une back-up consacrée à Rocket Raccoon) mais pas plus. Il fallait se rendre à l’évidence : cette ère du cosmique Marvel avait fait son temps.

En effet, malgré une critique unanimement positive et un lectorat dévoué, ni Nova ni Guardians Of The Galaxy ne se vendirent assez pour durer. Les tie-ins liés à Secret Invasion ou les events comme War Of Kings n’y firent rien. Les Guardians Of The Galaxy 2.0 suivirent donc leurs aînés dans l’obscurité, ayant seulement pour d’être considéré par beaucoup comme un de ces titres cultes qu’on regrette après coup.

Mais c’est peut-être ce dernier point qui fut aussi leur salut, et qui explique en grande partie pourquoi, après le succès phénoménal (critique et commercial) du film Avengers, on entendit les premières rumeurs concernant un film Guardians Of The Galaxy. Celles-ci avaient pourtant tout pour surprendre. Pourquoi en effet faire un film sur une série annulée depuis deux ans (on était en 2012) qui en plus s’était mal vendue, et avec un casting improbable incluant un raton laveur, un arbre et un chien télépathe russe ? Mais en fait ce n’était pas si illogique.

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Nova et Star-Lord, annulés mais pas oubliés.

Par défaut…

Il y avait tout d’abord l’engouement hollywoodien du moment pour les films de Science-fiction, qui se multipliaient déjà, et se multiplient encore aujourd’hui, sur les écrans (La Stratégie Ender, Oblivion, After Earth, Edge Of Tomorrow, Star Trek Into Darkness…). Quoi de plus logique pour Marvel que d’essayer de prendre ce lucratif train en marche ? Surtout qu’ils l’avaient déjà un peu fait en optant pour un ennemi d’origine extra-terrestre dans Avengers justement (les Chitauri). Le cameo de Thanos dans la scène post-générique sonnait comme une confirmation de cette volonté. Mais si Marvel possède en effet nombre de personnages pouvant évoluer dans un univers de SF, en trouver un assez fort et accessible pour porter un film, c’est une autre paire de manches.

Le Silver Surfer aurait pu faire l’affaire (même si pour le côté accessible ce n’est pas forcément ça…) mais de toute façon la Fox était déjà passé par là avec son second film Fantastic Four. Galactus, Ronan et autre Gladiator sont plutôt des vilains. Adam Warlock, Quasar ou Captain Marvel trop inconnus, leurs heures de gloire en solo remontant à trop longtemps. En plus Captain Marvel risquait de susciter la confusion avec l’hypothétique développement d’un film Ms. Marvel (Carol Danvers).

Nova aurait pu faire l’affaire, que ce soit l’original (Richard Rider) avec son côté bad-ass hérité d’Annihilation, ou le nouveau (Sam Alexander) pour quelque chose plus teenage façon Spidey dans l’espace (il est d’ailleurs dans le dessin animé Ultimate Spider-Man). Mais ne nous leurrons pas, Nova c’est la version Marvel de Green Lantern et du Green Lantern Corps (le groupe de flics de l’espace protégeant la galaxie, avec un humain sympathique et marrant en héros principal), avec l’adaptation desquels DC venait de prendre un bouillon. Alors entre les potentielles accusations de plagiat et le côté dissuasif dudit bouillon, on comprend que Nova ait été écarté. En plus il n’avait pas (ou du moins pas autant) acquis la dimension culte des Guardians Of The Galaxy mentionnée plus tôt.

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Le SIlver Surfer, Captain Marvel, Nova… des potentiels fers de lance du cosmique made in Marvel ?

… et comme une évidence

Ce statut culte des Guardians Of The Galaxy garantissait un certain enthousiasme chez les fans regrettant leur série bien aimée (et encore relativement récente). Enthousiasme que lesdits fans s’empresseraient de communiquer sur les divers réseaux sociaux garantissant un bouche à oreille favorable du simple fait de l’annonce du film.

S’ajoutait à cela la compatibilité naturelle de la série avec la patte Marvel Studios, à savoir un mélange d’action sérieuse et d’humour bien présent dans le run de DnA, avec un héros charismatique et drôle (Star-Lord) à mettre en avant (le « modèle Iron Man/Downey Jr » dirons-nous). Sans parler des liens de la série avec Thanos, présents dans l’esprit des lecteurs (voir The Thanos Imperative). Finalement le choix des Guardians Of The Galaxy pour lancer un volet cosmique du Marvel Cinematic Universe s’imposait de lui-même.

Le côté improbable du casting pouvait quant à lui autant être un inconvénient qu’un incroyable atout. Un personnage comme Rocket Raccoon constitue en effet un quitte ou double pour un auteur. Si le public ne rentre pas dans le délire, ce sera un bide absolu, s’effondrant sous le poids de son propre ridicule. Mais s’il accroche, le succès n’en est que plus grand. C’était aussi comme ça que le comic était justement devenu culte. Et c’est aussi le genre de personnage qui retient instantanément l’attention (combien de gens autour de vous ont retenu que Guardians Of The Galaxy c’était « le film avec le raton laveur » où ont tiqué en voyant la bébête dans la bande-annonce). Marvel s’est donc fait un devoir de tout mettre en œuvre pour que tout le monde marche dans la blague.

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Deuxième tournée pour Star-Lord et Rocket Raccoon !

Guardian-mania

Ainsi, dès l’annonce officielle du film, le rouleau compresseur marketing de la Maison des Idées s’est mis en marche pour nous faire bouffer du raton laveur. Rocket a eu droit à son apparition dans le jeu vidéo Marvel Vs Capcom 3 (dès la première version, alors que Daredevil ou les Fantastic Four attendent encore d’être invités). Les Guardians Of The Galaxy au complets sont eux apparus dans le dessin animé Avengers Earth’s Mightiest Heroes (Saison 2 épisode 6 : Michael Korvac, on appréciera le clin d’œil).

Et il y a eu les comics évidemment. Brian Bendis, vache à lait loyale de Marvel a été prié de ressusciter illico les Guardians dans sa série Avengers Assemble (elle-même calibrée pour être refilée aux spectateurs tout juste sortis du ciné et curieux de découvrir cette étrange chose qu’on appelle un comic). Le roster est exactement celui qu’on nous promet sur grand écran (Star-Lord, Rocket, Groot, Gamora et Drax), les morts sont donc revenus à la vie sans aucune explication (on nous la promet encore aujourd’hui) mais qu’importe. Il fallait surtout exposer ce petit monde aux yeux du public.

Une série régulière suivit rapidement, toujours écrite par Brian Bendis, censée ravir les fans du volume précédent (de ce côté c’est mitigé) mais surtout continuer la grande entreprise de promotion pendant qu’on s’occupe de faire le film, pour lequel tout est allé très vite. On insiste sur l’humour, on retouche un peu les personnages pour mieux coller au partis pris du film (le côté hors-la-loi de l’équipe n’était pas du tout présent dans la série de DnA par exemple), et on multiplie les artiste prestigieux. Et à côté on réédite quelques vieilleries (la mini Rocket Raccoon dessinée par Mike Mignola…).

En parallèle le film se dévoile justement au compte-goutte. On a les annonces de casting, les sempiternelles photos de tournage. Rocket, toujours lui, focalise l’attention. Il est dans le premier trailer mais ne parle pas. La bande son marque les esprits (avouez qu’en entendant le « Hooked On A Feeling » de Blue Swede, vous avez tout de suite pensé à la version de David Hasselhoff et son clip magique…). On parle assez peu des divergences entre les versions papiers et ce qu’on devine des versions ciné des personnages.

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Les Guardians Of The Galaxy par Steve McNiven et Brian Bendis : Rocket Raccoon, Drax, Star-Lord, Groot, Gamora et Tony Stark (qui n’a fait que passer le temps du premier arc).

L’heure du jugement

Puis arrive la dernière ligne droite, les tonnes de trailers et clips TV, les comics qu’on espère vendre à l’occasion du film : Rocket Raccoon de Skottie Young, Legendary Star-Lord de Sam Humphries et Paco Medina, les one-shots… (je vous renvoie au Focus consacré à ces titres pour une critique plus détaillée). Même les Guardians Of The Galaxy originaux profitent de cet engouement avec une nouvelle série à venir écrite par Dan Abnett. Abnett qui est aussi l’auteur d’un roman inédit consacré à Rocket Raccoon et Groot (Guardians Of The Galaxy : Steal The Galaxy) très drôle où les deux compères se retrouvent traqués par tous les puissants de la galaxie alors qu’ils essaient seulement d’aider un robot alien (un enregistreur Rigellien, pensez à une version robot du Watcher).

La France n’échappe pas à la déferlante. Après les principaux events cosmiques (Annihilation, Annihilation : Conquest et War Of Kings), Panini se décide à rééditer en Marvel Deluxe le début de la série Guardians Of The Galaxy de Dan Abnett et Andy Lanning (jusque-là seulement disponible en périodique). Jetez-vous dessus si vous ne la connaissez pas. La nouvelle série de Brian Bendis a aussi eu droit à son édition hardcover (sympa aussi si vous voulez découvrir la série actuelle, et l’équipe en général) en plus de la publication mensuelle en kiosque dans Iron Man. Et encore une fois même l’équipe originale profite de cet engouement avec son propre hardcover rééditant ses premières aventures. Sans parler de la déferlante de numéros spéciaux.

Quel que soit le résultat, Marvel n’aura en tous cas rien à se reprocher en terme d’efforts. Tout a été mis en œuvre pour préparer en grandes pompes l’arrivée de Star-Lord et ses Guardians Of The Galaxy dans la cour des grands. Reste à voir le film lui-même…

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Rendez-vous au cinéma !

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