Hellboy : The Midnight Circus, la review

Hellboy The Midnight Circus Comic Talk Review

Jeffzewanderer Par

Tandis que la ballade en Enfer d’Hellboy connaît quelque retard, Mike Mignola nous invite à faire un petit détour à l’époque de l’enfance du gros démon rouge avec Hellboy : The Midnight Circus. Un graphic novel de la collection Dark Horse Books qui marque surtout le retour de Duncan Fegredo au dessin, un des meilleurs artistes (autre que Mignola) à avoir jamais travaillé sur le personnage.

Sooner or later every boy runs away to see the circus.

Hellboy : The Midnight Circus est à classer parmi ces histoires où Hellboy est plus spectateur qu’acteur. Comprenez qu’il n’a pas d’antagoniste à combattre, et qu’il se retrouve plutôt baladé dans un monde qu’il ne contrôle pas.

Ici ce monde est celui d’un cirque infernal, un spectacle fantasmagorique suscitant émerveillement et effroi, sous la houlette d’un mystérieux Monsieur Loyal et d’une démone aux charmes vénéneux. Mais c’est surtout celui de Pinocchio, dont ce récit est une magnifique adaptation, avec Hellboy dans le rôle de la marionnette qui voulait être un vrai petit garçon.

Le parallèle est évident et l’adaptation inspirée, Mike Mignola réussissant à intégrer tous les éléments bien connus de l’histoire originale sans que l’hommage ne se fasse jamais plagiat ni même facile. La figure paternelle, la métamorphose honteuse du héros, le tentateur, les deux vagabonds, le monstre marin et même la découverte de la cigarette, tout y est. Et tout est souligné avec assez de finesse pour que le lecteur le remarque sans qu’il n’ait jamais l’impression qu’on le prenne pour plus sot qu’il est.

Ajoutez à cela la prose élégante de Mike Mignola pour les dialogues, et ses indispensables citations issues de la poésie du XIXème (cette fois c’est Byron qui est à l’honneur) qui donne une solennité magnifique à l’ensemble. Bref, en termes d’écriture, Hellboy : The Midnight Circus est une réussite en tout point.

Hellboy The Midnight Circus Comic Talk Review

And there are some lovely illustrations there.

Mais un comic, c’est aussi une œuvre visuelle. Et c’est peut-être encore plus vrai pour Hellboy, une série à l’identité visuelle extrêmement marquée, à tel point qu’on a longtemps eu du mal à l’imaginer sous le crayon d’un autre artiste que son créateur, Mike Mignola. Néanmoins, depuis maintenant quelques années, on s’est habitué à voir d’autres artistes tenter de s’approprier le personnage le temps d’un récit.

Parmi ceux-ci, Richard Corben s’est particulièrement distingué (The Crooked Man, Makoma, House Of The Living Dead…). Mais la palme devrait sans doute revenir à Duncan Fegredo, adoubé par Mignola lui-même et qui a réalisé les derniers chapitres de la vie d’Hellboy avant son voyage en Enfer (Darkness Calls, The Great Hunt, The Storm, The Fury).

Fegredo, c’est un style qui évoque irrésistiblement celui de Mignola au départ, avec ses formes irrégulières et ses noirs très denses omniprésents. C’est aussi un artiste qui a su au fil des récits s’affranchir de la tutelle bienveillante du maître et trouver sa propre voix, notamment en termes de mise en page. On ne retrouve plus, par exemple, ces gros plans si caractéristiques sur des éléments du décor, intercalés entre deux cases. La narration, si elle reste empreinte de la patte Mignola (il écrit le script après tout), n’en est pas moins plus dynamique. Ou plus exactement moins contemplative. Peut-être plus classique aussi.

Hellboy The Midnight Circus Comic Talk Review

Mais la plus belle trouvaille visuelle de cet ouvrage est à mettre au crédit du coloriste Dave Stewart, dont l’association avec Duncan Fegredo fonctionne particulièrement bien. Il a en effet eu l’idée brillante de colorer différemment les séquences ou Hellboy se trouve dans le monde du cirque, leur donnant un aspect peint qui évoque la patte graphique de The Goon d’Eric Powell, qui tranche avec les couleurs volontairement plus « plates » et vives des autres séquences. Cette juxtaposition de styles, parfois sur une même page, souligne magnifiquement le passage de la réalité à la fantasmagorie, et sert subtilement la narration.

Hellboy The Midnight Circus Comic Talk Review

LE BILAN : Hellboy : The Midnight Circus est une histoire d’Hellboy comme on ne se lasse jamais d’en lire. Elle ne fait pas avancer la saga du sympathique démon, mais elle nous entraîne dans un voyage onirique entre fantaisie et horreur, nous berçant de beau langage et nous hypnotisant par de superbes illustrations. La référence à Pinocchio est de plus superbement exploitée, apportant de la profondeur au récit. Bref, ce graphic novel est un pur chef-d’œuvre.

LA NOTE : 5/5

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