Huck #1, la review

Huck Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Il y a des comics qui révolutionnent le genre. Il y en a qui proposent une nouvelle manière de considérer une idée bien connue. Et il y en a qui ont simplement du cœur. Huck #1 (Image), par Mark Millar et Rafael Albuquerque, voulait sans doute appartenir à l’une des deux premières catégories vu son pitch. Finalement c’est plutôt la troisième qui le décrit le mieux. Et ce n’est pas plus mal.

What if the person you least expected had an amazing secret ?

Cette phrase, présente sur la couverture, résume bien ledit pitch. Huck est un mécano, orphelin mystérieusement apparu sur le palier de la porte de l’orphelinat d’une petite ville. Mais surtout Huck a des super-pouvoirs : force, vitesse, un panel supermanien classique à première vue, à part le vol. Et il les utilise pour faire le bien, comme on le lui a appris. Une bonne action par jour, tous les jours. Toute la ville le sait, et c’est leur secret.

La variation sur le thème de Superman est devenue tellement répandue qu’elle est presque un sous-genre de comics à part entière. Rien que pour citer quelques œuvres récentes on peut évoquer le Supreme Power de Joe Straczyinski (le gouvernement et la main sur l’alien tombé du ciel au lieu de fermiers aimants) ou encore le récent Strange Fruits de Mark Waid et J.G. Jones (un Superman noir qui tombe en plein sud des USA pendant la ségrégation). Millar lui-même s’était déjà essayé à l’exercice avec Superman : Red Son et son kryptonien tombé en URSS plutôt qu’au pays de la tarte aux pommes.

Du coup qu’est-ce qui rend Huck spécial ? Pas sa variation sur le thème. Même pas son « cliffhanger », finalement si insignifiant que je suis tenté de le dévoiler ici (je ne le fais pas, rassurez-vous si vous êtes allergiques à tout spoil, je vous laisse juger par vous-même). Non, ce qui rend Huck spécial c’est que, comme son héros, c’est un comic qui a du cœur. Un vrai « feel good comic ».

Huck Comic Talk

Please love him.

Récemment, on a beaucoup reproché à Mark Millar de ne pas produire des comics mais plutôt des versions illustrés des scripts qu’il vend aux studios pour qu’ils soient adaptés au cinéma. Huck ne déroge d’ailleurs pas à la règle, les droits ayant déjà été achetés avant même la sortie de ce premier numéro. Mais pour le coup ce comic parvient quand même à être plus qu’un joli pitch destiné à un producteur exécutif.

La structure narrative reste très convenue, et son côté très direct semble taillé pour le grand écran. Ça se voit surtout sur la toute fin de ce numéro, avec le « rebondissement » menant au cliffhanger et annonçant le vrai début de la série. C’est un peu trop brutal, comme si l’auteur décidait subitement que hop, ça y est on va commencer.

Heureusement ça n’enlève pour le coup rien au côté touchant des petits moments que Millar dépeint successivement pour nous présenter son héros et surtout créer rapidement un lien d’empathie avec lui. Huck est un vrai gentil, touchant et attachant, qu’on ne peut s’empêcher d’aimer instantanément.

Mais la vraie clé de cet attachement si rapide tient sans doute plus au dessin de Rafael Albuquerque qu’à l’écriture de Millar. L’artiste, pourtant connu pour son style assez « gritty », sombre (voir American Vampire, ses travaux sur Batman…) change complètement pour l’occasion. Tout est lumière et formes arrondies. Huck lui-même est une merveille de design : colosse à la mâchoire exagérément carrée, il respire la douceur. Son petit nez retroussé vient adoucir son visage. Son regard est magnifique, faisant transparaître toute sa bonté d’âme. Comme son petit sourire, empli de gentillesse mais ne lui donnant jamais l’air benêt. La petite mèche sur le front à la Superman est la touche finale, un hommage aussi discret qu’assumé.

Les couleurs de Dave McGraig, entre lavis et aquarelle, parachèvent cette impression de douceur. Elles donnent au titre un côté « à l’ancienne », voire « cosy », comme si on vivait avec Huck dans cette si belle petite ville qui l’aime et sur laquelle il veille.

Huck Comic Talk

LE BILAN : Il est bien sûr trop tôt pour dire si Huck sera une grande série. Ce premier numéro n’est qu’une introduction, les choses sérieuses commenceront au prochain. Mais finalement, quelque part, Huck #1 se suffit à lui-même. Il est une madeleine qu’on déguste au coin du feu avec son chocolat chaud. Il est une petite manière de se rappeler qu’il reste de la gentillesse et des bonnes choses dans le monde. Il est ce petit geste insignifiant à l’échelle d’une vie mais qui fait tant plaisir quand il arrive. Il est un beau comic, à tous les sens du terme. Et c’est déjà beaucoup.

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One Response to Huck #1, la review

  1. AllStarDK dit :

    Merci belle review! Hâte de découvrir ce titre!

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