I Hate Fairyland : Madly Ever After, la review

I Hate Fairyland Comic Talk

Jeffzewanderer Par

S’il faut bien reconnaître quelque chose au film Deadpool, c’est d’avoir fait découvrir au (très) grand public le fait que les comics pouvaient aussi donner dans l’humour trash. Mais le « merc with a mouth » est loin d’être le seul représentant du genre. I Hate Fairyland (Image) de Skottie Young fait aussi figure d’ambassadeur de choix.

Fuck Fairyland

Le pitch de la série est aussi simple qu’efficace : Gertrude, petite fille de 8ans, se retrouve transportée dans un pays féerique dont elle ne pourra repartir que si elle réussit à trouver une clé magique. Sauf que vingt-sept ans plus tard Gertrude n’a toujours pas trouvé ladite clé et a développé une certaine lassitude de Fairyland. Et par « lassitude » je veux dire « propension à tuer de manière aussi violente que créative tous ceux qui ont le malheur de croiser sa route.

I Hate Fairyland s’amuse donc à détourner tous les codes des jolis contes de fées, et ce dès sa séquence d’ouverture où l’innocente héroïne est plus terrifiée qu’enchantée de tomber dans un trou dans le sol et de se retrouver loin de chez elle. Innocente, elle ne le restera pas, vu que si son corps ne vieillit pas, son esprit si. Sous ses airs de fillette, Gertrude est donc une trentenaire aigrie par ses années d’errance infructueuse, portée sur la violence et la picole,  qui a pour seule idée de se tirer de ce guêpier.

Le reste du casting est à l’avenant, tous les personnages étant des archétypes détournés : Larry la luciole censé servir de guide qui a viré alcoolo et dépressif, la bonne reine des fées est une diva exaspérée par la présence de l’ouragan en jupon qui saccage son beau royaume… Celle-ci va d’ailleurs chercher par tous les moyens à contourner la règle lui interdisant de nuire à un invité de Fairyland. On a aussi une sorcière, des géants, des faunes zombies, des champignons magiques, un seigneur noir, et même des dragons… Bref tout le bestiaire possible et imaginable revu et corrigé à la sauce humour trash digne de Garth Ennis sous acide.

I Hate Fairyland Comic Talk

 What’s up muffin fluffers ?!

Skottie Young se lâche donc et son héroïne massacre gaiement tous les habitants de cet univers dans un déluge de violence cartoonesque digne d’Itchy & Scratchy. Mais mon Dieu que c’est bien fait ! L’humour fonctionne à merveille pourvu qu’on ne soit pas allergique au genre. Les gags sont aussi bien visuels qu’écrits, Young ajoutant notamment des petites touches originales comme le fait de remplacer tous les jurons par des mots similaires tous mignons (relisez donc le titre de cette partie). Il y a aussi le lot d’incursions au-delà du quatrième mur, avec par exemple un running gag autour du narrateur.

Mais surtout l’auteur nous gratifie d’une vraie petite histoire avec des péripéties diverses, quelques rebondissements bienvenus et un petit twist prévisible mais sympa en guise de fin d’arc. Certes tout est prétexte à des gags qui s’enchaînent case après case, mais il y a suffisamment de vernis scénaristique pour que tout ça se fasse naturellement et qu’on ait vraiment envie de savoir dans quelle galère Gertrude et Larry vont se retrouver ensuite.

Enfin, comme on s’y attendait, le dessin est absolument parfait. On n’imagine pas cet univers sous une autre plume que celle de son créateur, qui semble progresser à chaque projet. Si I Hate Fairyland peut évoquer la série de Oz par moment (notamment par les designs), le trait est cependant plus net, plus proche des variantes babies de Marvel ou de Rocket Raccoon. En fait c’est comme si Young avait amalgamé ces deux styles, tempérant le côté mignon de ses babies par un je-ne-sais-quoi un peu plus « brut ». N’oublions pas non plus de mentionner les couleurs de Jean-François Beaulieu, chamarrées, lumineuses, comme il sied à ce monde de conte de fée, si trash qu’il fût.

I Hate Fairyland Comic Talk

LE BILAN : I Hate Fairyland est une excellente comédie. Partant du postulat classique du conte de fées et le détournant d’une manière très efficace à défaut d’être hyper originale, ce premier arc n’oublie pas non plus de lier tous les gags entre eux par une vraie histoire. C’est peut-être ce dernier détail qui rend cet enchaînement de massacres comico-trash si plaisant à lire. Il n’est pas certain que la série puisse conserver cette fraîcheur pour un second arc, le sujet semblant épuisé et le risque de tirer à la ligne pointant à l’horizon. Mais c’est là un souci pour plus tard, et dans l’immédiat il n’y a qu’à se régaler de ce premier arc, bientôt disponible en tpb sous le titre de Madly Ever After (en avril normalement).

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