Infinity, le bilan

Infinity Comic Talk Review

Jeffzewanderer Par

Il y a une semaine et un jour s’achevait Infinity, premier méga-event véritablement ancré dans l’ère Marvel Now (Age Of Ultron ayant été en réalité lancé bien avant) et surtout premier grand test pour le nouveau maître des Avengers, Jonathan Hickman.

Infinity c’est au total six numéros de la mini-série éponyme, plus Avengers #18 à 23 et New Avengers #9 à 12. Car lire ces numéros, qui s’intercalent entre les épisodes de la mini principale, est absolument indispensable pour suivre l’intrigue.

Seize chapitres à lire donc, plus une pléthore de tie-ins allant du totalement dispensable même si sympa (Mighty Avengers, Fearless Defenders) au plutôt utile (Guardians Of The Galaxy), voire limite indispensable (Avengers Assemble et/ou Captain Marvel, qui narrent les mêmes évènements de deux points de vue). Le tout superbement dessiné par Jim Cheung (#1 et 6), Jerome Opeña et Dustin Weaver (#2 à 5) sur Infinity, Leinil Yu sur Avengers et Mike Deodato sur New Avengers.

Bref Infinity c’est un méga event qui mérite incontestablement ce qualificatif, mais qui est loin d’être exempt de tout reproche.

Constructing Apocalypse

En premier lieu, il convient de souligner qu’il est quasiment indispensable de lire les deux séries Avengers de Jonathan Hickman pour pouvoir apprécier et surtout comprendre Infinity. Car cet event est le point d’orgue des thématiques développées par le scénariste depuis qu’il a pris les séries en main.

Les Avengers doivent en effet faire face aux Builders, êtres cosmiques qui seraient à l’origine de notre univers. Ils en seraient les concepteurs et auraient élaboré les « systèmes » (qui prennent la forme d’êtres vivants) en assurant le fonctionnement (les Ex Nihili, Abyssi, Engineers, Starbrand…). Autant de concepts ambitieux que les lecteurs d’Avengers et New Avengers connaissent désormais bien, mais qui colleront une migraine carabinée au nouveau venu.

Mais si l’univers est un système, celui-ci est « cassé ». Le symbole de ce dysfonctionnement, ce sont les « incursions » auxquelles on assiste dans New Avengers. Il s’agit d’autres univers entrant en collision avec le notre et menaçant de provoquer la destruction de toute réalité. Et les llluminati (Black Panther, Namor, Iron Man, Mr Fantastic, Black Bolt…) de devoir détruire ces mondes condamnés pour protéger le notre.

Les Builders ont donc constaté cette mort annoncée de l’univers, et ont décidé d’essayer d’y remédier en détruisant le mal à la racine. Et cette racine, c’est la terre. L’humanité.

Infinity Comic Talk Review

Everything dies

On en arrive ainsi au vif du sujet. Une armada invincible de Builders se dirige vers la Terre, annihilant tous les mondes se trouvant sur son passage et forçant les plus grand empires cosmiques (Kree, Shi’ar, Skrull, Spartoi, les Broods et même Annihilus) à s’allier au sein d’un conseil galactique. Dès qu’ils apprennent ça, sachant la terre en danger, une équipe d’Avengers emmenée par Captain America et Thor embarque pour l’espace et vient offrir son aide au conseil.

C’est donc cette gigantesque guerre stellaire que nous dépeindra Jonathan Hickman tout au long de cet event, avec un brio certain. Le scénariste réussit en effet à nous faire ressentir à chaque instant la toute-puissance de l’ennemi, le désespoir des héros et leur courage face à l’adversité. Il nous offre quelques moments à donner le frisson, dont le plus beau a sans doute lieu dans Infinity #4 et montre Thor dans toute sa splendeur. Captain America est lui aussi particulièrement à son avantage, son charisme extraordinaire et ses qualités de tacticiens en faisant le véritable héros de cette saga. Les membres du conseil galactique (Gladiator, le Super-Skrull…) ou encore Ronan ont aussi leurs moments.

Infinity est épique. Il n’y a pas de meilleur mot pour le décrire. Hickman maîtrise parfaitement sa narration et sait alterner les grandes batailles et les vignettes de calme. La tragédie et la gloire. Ses dialogues, toujours sur le fil du rasoir entre grandiose et grandiloquent, font ici merveilles et contribuent à donner de l’impact au récit. Tout cela aurait donc pu être parfait, à deux bémols près.

Le premier est une ellipse gênante dans le récit, qui fait que Captain Universe se retrouve aux mains des Builders sans qu’on sache trop comment.  Le second (et le pire) c’est que l’auteur tombe dans un de ses travers, à savoir le deus ex machina. Car si presque toutes les étapes du conflit contre les Builders échappent à cet écueil, il y en a hélas un gros à la toute fin, mettant encore en scène Captain Universe. C’est d’autant plus dommage qu’à la lecture, on se dit qu’il eut été aisé de l’éviter. Mais c’est aussi ça qui le fait passer.

Infinity Comic Talk Review

The tribute… is mine

Normalement, à ce stade de l’article, un détail devrait vous turlupiner. C’est bien beau les Builders, la mort de l’univers et les batailles épiques, mais et Thanos dans la bagarre ? Parce que c’est bien le visage du Titan fou qui orne la couverture d’Infinity #1. C’était bien lui qui devait être le vilain de cet event. Où est-il donc passé ?

Et bien il est sur Terre. Parce qu’Infinity, c’est surtout deux histoires en même temps. Pendant que Cap & compagnie affrontent les Builders dans l’espace, Thanos profite de leur absence pour débarouler sur Terre à la recherche de son fils. Un fils caché parmi les Inhumains, et qu’il a l’intention de tuer. On assiste donc à l’invasion de la Terre par le Titan et ses alliés, le Cull Obsidian. Une conquête violente, à laquelle les héros restant tenteront tant bien que mal de s’opposer. En vain.

Cette partie d’Infinity ne manque pas de qualité non plus. Les cinq membres du Cull Obsidian, en plus d’avoir des noms géniaux (Corvus Glaive, Proxima Midnight, The Ebony Maw…) sont des vilains extrêmement réussis et plus riches qu’il n’y paraît à priori (Ebony Maw surtout). On a quelques scènes épiques aussi (la défense du Wakanda…). L’intrigue permet des développements remarquables pour la relation entre Namor et Black Panther (n’oublions pas que le Wakanda vient de détruire Atlantis en représailles aux actes de Namor pendant AvX, encore une chose que les lecteurs de New Avengers sauront, mais qui désorientera le nouveau venu).

Mais le point principal, c’est le plan de Black Bolt, qui fait de cette partie d’Infinity un prélude à Inhumanity. Un plan retors à souhait et dont la révélation du dernier élément apporte une nouvelle dimension au monarque inhumain. Mais surtout un plan qui fait de la quête meurtrière de Thanos une intrigue très secondaire. Presque un prétexte.

Et quand on découvre enfin cet enfant mystérieux, c’est au final pour avoir droit à un second deus ex machina afin de régler le cas de Thanos (à la puissance au passage un chouia abusée je trouve). Alors oui, Hickman (ou Marvel en tous cas) semble avoir des plans pour le nouveau venu. Il n’en reste pas moins que la venue de Thanos sur Terre vient un peu parasiter le récit, alors que le confit avec les Builders était largement suffisant (au point que je me demande si cette partie de l’intrigue n’était pas une commande de Marvel pour introduire Inhumanity plus qu’une idée d’Hickman, mais c’est là pure supposition de ma part). Mais en plus elle se termine en queue de poisson.

Infinity Comic Talk Review

LE BILAN : Infinity est ambitieux. Trop peut-être. A vouloir trop en faire l’event se fourvoie quelque peu, juxtaposant sans jamais vraiment les mêler deux intrigues : l’assaut des Builders d’un côté, la quête de Thanos de l’autre. Qui plus est la seconde intrigue paraît moins forte que la première. A cela s’ajoutent quelques faiblesses ponctuelles d’écriture (ellipse, deus ex machina…). Mais Infinity est surtout épique. L’event comporte nombre de moments magnifiques, donne leurs lettres de noblesses (ou d’infamie) à certains héros, et s’avère très dense, utilisant tous les thèmes développés jusque là dans les séries Avengers tout en plantant le décor pour Inhumanity. Bref Infinity est globalement très bon. Mais il aurait pu être grand.

LA NOTE : 4/5

2 Responses to Infinity, le bilan

  1. Zinzolin dit :

    Dans le genre event épique, mais supérieur à Infinity, tu conseillerais quoi du coup ?

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Hello, je conseillerai Annihilation et Annihilation : Conquest si tu aimes le spatial, Messiah Complex si tu aimes les X-Men, tout l’arc PLanet Hulk et son « épilogue » World War Hulk, Siege était assez sympa malgré un côté brut de décoffrage, et celui que je recommanderais le plus même si ce n’est pas un event à proprement parler : L’arc Ultron Unlimited (Avengers vol 3 #19-22, dispo en VF dans l’intégrale vol 2 de Perez et Busiek, tout le run de Busiek est d’ailleurs excellent). Et dans les oldies le premier Secret Wars (pas la mini actuelle hein) a très bien vieilli.

      Et chez la distinguée concurrence Infinite Crisis était excellent.

      Voilà, j’espère que tu trouveras ton bonheur là dedans :-)

Poster un commentaire