Jeffzewanderer’s Reviews Express #10

Reviews Express Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Quand on est fan, c’est toujours marrant de s’adonner au jeu des oppositions : Lakers contre Celtics, Playstation contre X-Box, Star Wars contre Star Trek… Mais parfois, on perd un peu de vue que ces oppositions n’ont pas forcément de raison d’être au-delà de nos obsessions personnelles.

Parmi ces fausses oppositions, l’une des plus importantes est celle que certains veulent faire entre travail « creator-owned » et le « work for hire ». C’est-à-dire entre le fait de travailler respectivement sur des personnages/comics qui appartiennent à leurs créateurs (Hellboy, Savage Dragon, Spawn…) et ceux qui appartiennent aux éditeurs (Superman, Batman, Spider-Man…).

En témoignent certaines des réactions à l’annonce de la future série solo Cyclops écrite par Greg Rucka. On a (enfin, j’ai en tous cas) pu lire ici où là que Rucka revenait au « work for hire » alors qu’il avait juré de ne plus travailler pour le Big Two Marvel/DC. Comme si la décision de l’auteur, quelques mois plus tôt, de se concentrer sur le « creator-owned » ne pouvait signifier qu’une hostilité de principe audit « work for hire » auquel il n’aurait plus jamais voulu revenir (alors que ce n’était pas ce qu’il avait dit, comme il le précise dans cette récente interview).

Pourtant l’image des vilaines majors qui exploitent les pauvres petits créateurs a fait son temps. On est certes moins libre chez Marvel ou DC (contrôle des éditeurs sur la destinée des personnages notamment…), mais les deux géants ont quand même globalement fait de gros progrès au niveau du traitement des créateurs (grâce à l’action de créateurs engagés comme Neal Adams et bien d’autres). Ils arrivent même qu’ils les intéressent aux ventes des titres qu’ils produisent. Et soyons aussi honnêtes, aujourd’hui les auteurs savent dans quoi ils s’engagent (au niveau des droits notamment) quand ils travaillent pour Marvel ou DC : même s’ils créent un personnage original celui-ci appartiendra à l’éditeur. C’est posé, c’est comme ça.

Et le « creator-owned » n’est pas non plus un monde de bisounours, en témoignent les litiges qui existent entre les créateurs. Comment ne pas penser à la longue bataille juridique entre Todd McFarlane et Neil Gaiman autour de la question de la propriété du personnage d’Angela (créé par Gaiman, dans Spawn) ? Ou à ce qui s’est passé entre Tony Moore et Robert Kirkman à propos de The Walking Dead (une affaire de droits) ? Enfin comme l’a très justement signalé Mark Millar dans un post (repris par David Lafuente, et qui m’a été signalé par Paul Renaud, merci à lui) dans certains cas en matière de creator-owned parfois l’artiste est le grand perdant. En effet il arrive que le scénariste soit le seul détenteur des droits, et que le dessinateur, considéré comme faisant du « work for hire », n’ait droit à aucun intéressement sur les ventes. Alors qu’il est co-créateur. Il arrive aussi que le partage des droits soit inégal (encore une fois en défaveur de l’artiste le plus souvent). Bref, on est loin de l’utopie d’un côté comme de l’autre.

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Mais venons-en à ce qui compte le plus : la qualité des comics produits. En « creator-owned » les auteurs sont presque totalement libres. Il ont bien un éditeur avec lequel ils travaillent, mais celui-ci a un rôle plus « administratif », ou de « facilitateur », que de réel contrôle créatif. Ils nos livrent donc réellement LEUR création, leur vision, pure, non édulcorée. Et ils n’ont d’autres limites que celles qu’ils choisissent de s’imposer. Quel meilleur moyen pour nous, lecteurs, d’apprécier toute l’étendue de leurs talent ? C’est ainsi que Greg Rucka, pour en revenir à celui dont le cas m’a inspiré cette réflexion, a pu nous offrir des série brillantes comme Queen & Country, Stumptown (avec Matthew Clark) ou sa petite dernière, Lazarus (avec Michael Lark). Et comment ne penser aux chef-d’œuvres de Garth Ennis (The Boys…), Warren Ellis (Transmetropolitan…), et bien d’autres auteurs dont certaines des meilleures œuvres sont « creator-owned » ? Des œuvres dont on se dit même qu’elles n’auraient pu voir le jour autrement (vous voyez The Boys chez Marvel ou DC ?). Finalement, on se dit qu’on ne peut que souhaiter voir tous les auteurs pratiquer le « creator-owned », pour déployer tout leur potentiel créatif. Et c’est vrai. Mais ce n’est pas tout.

Car dans le cadre du « work for hire », ce fameux potentiel créatif n’est pas forcément bridé. Il trouve simplement à s’exprimer différemment. S’il est fascinant de voir l’œuvre toute personnelle d’un créateur, il est tout aussi intéressant de le voir travailler dans un cadre donné, appliquer son talent à une création déjà existante. Surtout aujourd’hui que les gros éditeurs ont bien compris que l’intérêt d’engager un scénariste ou un dessinateur est de lui laisser faire son travail, pas de trop l’encadrer et d’en faire un simple exécutant (contrairement à ce qui se faisait notamment sur les séries X-Men dans les années 90s, ce qui a fait fuir bien des auteurs). Ainsi le créateur va pouvoir s’approprier le personnage, le façonner, et ainsi apporter sa pierre à un édifice qu’il embellira aussi. C’est comme jouer un rôle dans une pièce classique pour un comédien. Le Cid reste le Le Cid, mais chaque grand acteur pourra en créer une version inoubliable. Wolverine est resté Wolverine, mais celui de Rucka n’était pas celui de Millar, ni celui d’Aaron. Sans parler du plaisir qu’un auteur va éprouver à travailler sur ces monuments des comics (voir à nouveau l’interview de Rucka en ce sens par exemple).

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Bref « creator-owned » et « work for hire » ne sont en rien opposés, mais plutôt les deux faces d’une même pièce. Deux manières pour les créateurs d’exprimer leur talent, qui ont toutes deux leur mérite.

Sur ce passons aux Reviews Express des sorties deux premières semaines de février, à retrouver en avant-première sur mon compte Twitter @Jeffzewanderer.

Semaine du 05/02

A retenir : Forever Evil #5 confirme le potentiel de cet event, qui comportait nombre bons éléments mais qui a été gâché par un rythme très mal géré. Dans ce numéro le combat entre Batman, la « bande à Luthor » et divers sbires du Crime Syndicate est non seulement une scène d’action punchy et très bien venue, mais elle nous rappelle surtout à quel point Geoff Johns est doué pour écrire certains personnages. Entre un Batman intransigeant dès qu’il s’agit de ses principes, un Luthor magouilleur qui préfère passer un marché plutôt que combattre et un Deathstroke magnifiquement cynique, le scénariste nous montre qu’il a tout compris à ces personnages. Et le cliffhanger de la dernière page ouvre de bien belles possibilités pour le final en nous rappelant qu’Ultraman et ses acolytes ne sont pas venu chez nous juste pour le plaisir. Quel dommage qu’il ait fallu tant de temps pour en arriver là…

Dans Suicide Risk #10 Mike Carey continue son travail de construction d’univers en ajoutant encore un élément à son cocktail : le voyage dans le temps. Et ça s’intègre bien avec ce qu’on avait déjà compris, nous apportant quelques réponses et ajoutant tout un subplot du même coup (qui sont les étranges être qui traquent les deux dealers de pouvoirs ?). Et le scénariste n’oublie pas non plus de soigner la psychologie de ses personnages.

Dans le genre construction d’univers Lazarus #6 se pose là lui aussi. On commence en effet à mieux cerner à quoi ressemble le monde de la série en le voyant à travers les yeux des « wastes », le peuple. Et soyons juste, c’est limite flippant, le titre tenant plus de l’anticipation que de la pure SF. On suit notamment la petite famille découverte au numéro précédent, que l’auteur sait rendre attachante. Forever n’est pas oubliée pour autant et on continue d’avoir des aperçus de la psychologie de l’héroïne.

Enfin signalons l’initiative marrante de DC qui publie Green Lantern #28 et Red Lanterns #28 ensemble, pour le prix d’un seul numéro. Bon ce diptyque concerne plus l’univers des Red Lanterns (entre l’arrivée d’un nouveau membre et leur décision de se choisir un secteur à protéger) mais comme ce n’est pas plus cher les lecteurs de Green Lantern auraient tort de se priver. Par contre la moustache de Guy ça ne va vraiment pas être possible…

#review Damsels 12 Entre le retour de l’Argos, les plans des sorcières & une attaque de singes volants c’est un peu confus mais plaisant 3/5

#review GreenLantern/RedLantern 28 Sympa pour les relations entre Hal et Guy, l’intrigue concerne surtout Red Lanterns (Supergirl?) 3,5/5

#review AphroditeIX 8 Le plan des Aphrodite pour obtenir des infos est très convenu mais narration efficace & dessin de + en + beau 3,5/5

#review GreenHornet 9 Le cas tragique du policier trop honnête Ed Dugan, très bien géré pour une intrigue étonnamment noire 4/5

#review ForeverEvil 5 Une belle baston entre Batman (juste parfait) la bande à Luthor et les sbires du Crime Syndicate. Numéro percutant 4/5

#review SuicideRisk 10 Ajout de voyage dans le temps, mais on continue de mieux saisir d’où viennent les superpouvoirs via les dealers 4/5

#review Lazarus 6 On continue de voir le monde par les yeux des « wastes ». Excellente construction d’univers, personnages attachants 4,5/5

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Forever Evil #5

Semaine du 12/02

A retenir : Star Wars #14 (et le numéro précédent, formant un diptyque), ou le comic Darth Vader parfait. Le sombre seigneur Sith, en quête de vengeance après la trahison qui a causé la défaite de l’Empire dans l’arc précédent y est inquiétant, violent, tourmenté, ambitieux… Un condensé de tout ce qui en a fait le personnage culte qu’on connaît. Et la technique éprouvée consistant à nous faire assister aux actes du personnages à travers les yeux d’un témoin/narrateur est particulièrement bien employée par Brian Wood. Et les dessins de Facundo Percio ne gâtent rien.

Batman #28 est un numéro troublant. Pas pour son contenu en lui-même. Au contraire cette pause dans Zero Year est bienvenue, et on retrouve le Batman « actuel » avec plaisir. L’aperçu de la future série hebdo Batman Eternal qui nous est offert est très alléchant. Bon peut-être pas au point de me convaincre d’acheter quatre comics Batman en plus par mois, mais quand même… L’univers très sombre qu’on découvre est intrigant (et oui, Gotham pouvait bien devenir encore pire), et les destinées des personnages secondaires sont parfois prévisibles (Harper Row), parfois surprenantes (Catwoman) mais sonnent toujours juste. Et la scène d’action est efficace. Seul gros bémol : ce numéro n’est pas un prologue à Eternal, mais se situe chronologiquement en plein pendant la série. On est donc largués en plein milieu d’une intrigue dont on ne connaît rien, et il faudra des mois avant qu’on sache comment on en est arrivé là. Un peu comme si pour commencer une série TV on vous diffusait le sixième épisode avant d’enchaîner sur le premier et de suivre ensuite l’ordre normal. Etrange parti pris éditorial.

She-Hulk #1 est un début un peu décevant. Ce numéro a le mérite d’être un done-in-one qui plante le décor pour la suite de l’aventure. Le problème c’est que toute l’aventure tourne autour de la résolution d’un litige à propos d’un problème de propriété intellectuelle. Litige qui se règle entre avocats. Et autant il est très bien qu’on n’oublie pas cet aspect de She-Hulk, autant tout un numéro exclusivement autour d’un procès, ça peut être moyen. Mais surtout en fait il n’y a même pas de vrai litige, Tony Stark (qui a le rôle de l’accusé, ou du défendeur si vous voulez être rigoureux) n’étant même pas vraiment opposé aux revendications de Shulkie. Le tout prend donc des airs de malentendus et l’embryon de tension dramatique tombe à l’eau. Et les blagues (pas mauvaises quand même soyons honnête) ne suffisent pas à compenser. Mais bon, il est évidemment trop tôt pour condamner la série. Insister sur la profession de Shulkie reste une bonne idée, et gageons que les intrigues suivantes seront plus prenantes.

The Mercenary Sea #1 par Kel Symons (déjà auteur du génial I Love Trouble) et Mathew Reynolds pourrait bien être un bijou de plus à mettre au crédit d’Image. La série se présente comme une pure aventure avec des contrebandiers, la quête d’une île mystérieuse, sûrement un peu d’espionnage par la suite… Les personnages sont juste typés comme il faut, jouant efficacement sur les archétypes propres à ce type de récit (le capitaine courageux, le français dragueur, la fille bad-ass…). Il y a ce qu’il faut d’humour. Mais surtout le dessin est magnifique. C’est élégant, digne d’un dessin animé, les couleurs sont superbes… Mais admirez plutôt l’image à la fin de l’article, elle vaut bien mille mots.

Et Vampirella Southern Gothic #5 ne doit d’avoir la moyenne qu’à la lucidité du scénariste, qui écrit presque littéralement qu’il a recours à un deus ex machina moisi pour boucler son intrigue. Mais du coup grâce cette petite brèche du quatrième mur, ça en devient cocasse.

#review RedSonjaBerserker Schéma trop classique du héros qui fait ami-ami avec un animal qui le lui rend. Mignon mais déjà vu hélas 2,5/5

#review VampirellaSouthernGothic 5 Fin loupée (baston & deus ex machina) mais c’est drôle de voir l’auteur en être conscient & en rire 2,5/5

#review She-Hulk 1 Done-in-one sur Shulkie avocate sympa mais trop convenu et sans doute pas assez drôle malgré ses tentatives 3/5

#review Batman 28 Une aventure cool de Batman (univers sombre intrigant, action) mais c’est le milieu d’un arc pas encore commencé WTF ? 3/5

#review Sharazad 3 On commence à y voir plus clair, le vilain Janus est cool et l’héroïne charismatique. De la bonne aventure 3,5/5

#review SonsOfAnarchy 6 Fin efficace à la course poursuite lancé au numéro précédent. Tig est très réussi. Un bon épisode jusqu’au bout 4/5

#review StarWars 14 Fin du diptyque sur Vader peignant un portrait terrifiant du Sith, avec une narratrice attachante. Très juste 4,5/5

#review MercenarySea 1 Dessin magnifique, casting attachant de contrebandiers dans le pacifique en 38, entre pulp, aventure, espionnage 4,5/5

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The Mercenary Sea #1

One Response to Jeffzewanderer’s Reviews Express #10

  1. Eddyvanleffe dit :

    Il faut bien dire que la dichotomie entre le « creator owned » et le « work for hire » est typiquement américain. Une certaine frange du public, d’autant plus français, encourage le premier parce que ça fait plaisir de voir des auteurs écrire leurs propres oeuvres parce que justement on sait que cela peut donner des Transmetropolitan, des Y le dernier homme, des Fallen Angel, des preacher, j’en passe et des Walking Dead alors qu’une infime frange de ce que produisent acutellement Marvel/DC ne sortent du lot. Hawkman,DD,Wonder Woman le reste n’est que sympa sans plus. Malheureusement les rayons comics contiennent 90% de super-héros étouffant comme un lichen une production hyper riche, avec des artistes incroyables et des auteurs hyper talentueux. J’en viens à ce constat qui m’attriste personnellement, moi qui ne suit plus que de la VF, J’attend toujours une éventuelle traduction d’un chef d’oeuvre comme Lords of Misrule (Dark Horse), je fais doucement mon deuil des Morning Glories de Nick spencer tandis que s’ébattent joyeusement divers bouquins à propos d’un énième rassemblement de surhommes qui se battent entre eux une nouvelle fois sur fond de conflit cosmique et cela dupliqué en volumes, hors série, monster etc… Les chiffres de ventes sont les véritables arbitres injustes de ce qu’a envie de lire le lecteur. les auteurs se plient aussi à cette réalité économique. Warren Ellis n’a jamais caché par exemple (Dans son bouquin Come in alone notamment)le grand mépris qu’il avait pour les univers en collant. Mais bon, faut bien manger.Certains auteurs s’y trouvent comme des poissons dans l’eau, il est manifeste que Geoff Johns ou Brian Bendis Dan Slott, Mark Waid ou Peter David s’éclatent comme des bêtes dans leurs truc. C’est évidemment communicatifs. Mais vous ne m’enleverez pas de la tête que certains ne font ça que pour vivre comme d’autres vont à l’usine. Greg Rucka arrive à faire une série Punisher presque sans son héros (il aurait du aller plus loin en en faisant le « Alfred » de Rachel Cole-Alves). Je ne suis pas persuadé que c’était le boulot de ses rêves… De même lire du David Lapham sur du X-men, lui le spécialiste du polar bien tordu, c’est pas bien jojo… Puis j’ai pas encore parlé de Frank Cho (Au fait Liberty Meadows, c’est fini?)

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