Jeffzewanderer’s Reviews Express #12

Veil Comic Talk Reviews Express

Jeffzewanderer Par

Au cours des deux semaines concernées par ces Reviews Express (5 et 12 mars, oui je suis un peu à la bourre), on a vu débarquer Lady Rawhide #4, Jupiter’s Legacy #4, et Hawkeye #17 qui était un spécial noël. Trois titres dont on peut dire sans exagérer qu’ils ont su se faire attendre (3 mois pour Lady Rawhide, 6 mois pour Jupiter’s Legacy, et si Hawkeye ne s’est pas interrompu, noël ça commence quand même à dater).

Bref trois magnifiques exemples des retards pharaoniques auquels les lecteurs de comics sont parfois confrontés. Des retards qui m’ont amené à me demander si parfois il ne serait pas mieux de déroger à la règle de la publication mensuelle. En fait c’est surtout Jupiter’s Legacy qui est à l’origine de cette idée. Parce que les autres titres ont soit su plus ou moins gérer ces retards (Hawkeye s’en est tiré au prix de quelques acrobaties comme sortir le #16 avant le #15 et une re-sollicitation, mais n’a pas connu de longue interruption) ; soit parce que pour le coup le retard a semblé vraiment être un accident fortuit (en fait Lady Rawhide #4 n’a que quelques semaines de retard, la série étant bimestrielle, et les trois premiers numéros étaient sortis régulièrement).

Jupiter’s Legacy, par contre, fait partie de ces séries dont on sait dès leur lancement qu’elles ne sortiront jamais à un rythme mensuel, ni même régulier. Parce que ses créateurs, Mark Millar et Frank Quitely, malgré tout leur talent, sont des spécialistes des retards (et je ne me hasarderai pas à accuser l’un plutôt que l’autre, chacun ayant un beau palmarès en la matière). Et parce qu’elle fait partie de ces séries où il est inenvisageable de faire intervenir un artiste fill-in vu que l’équipe créative est tout autant une raison de l’intérêt du titre que ses protagonistes (en plus si c’est Millar qui est à la bourre on peut bien faire venir tous les artistes remplaçant qu’on veut…). Et ça vaut donc tout autant pour le scénariste (voir plus, après tout c’est estampillé MILLARworld). Si on lit Wolverine ou Batman autant pour le héros que pour l’auteur (qui change régulièrement), on lit Jupiter’s Legacy pour avoir du Millar/Quitely.

Si vous me permettez un aparté, il est d’ailleurs intéressant de noter que si la pratique des fill-ins artistiques s’est généralisée (on a même souvent des artistes stars qui viennent faire une pige le temps d’un arc pour lancer une série et laissent ensuite la place à un collègue moins célèbre, ou des équipes artistiques tournantes comme sur Amazing Spider-Man), celles des scénaristes fill-ins a presque totalement disparu. Pratique assez courante dans les années 90, DC s’y est cramponné au début des années 2000 (voir Batman époque Morrison, Detective Comics époque Paul Dini…) mais a fini par l’abandonner aussi. Cette différence est sûrement en partie commandée par la nécessité : dessiner prend plus de temps qu’écrire et en plus certains titres sortent plusieurs fois par mois, d’où l’impossibilité matérielle pour 99% des artistes de tenir ce rythme infernal. Mais elle semble aussi être le symbole de l’importance accrue prise par les scénaristes par rapport aux artistes ces dernières années : c’est le run du scénariste qu’on suit. A moins (et c’est peut-être plus exact) qu’elle ne soit la cause de cette importance accrue, le scénariste devenant la seule constante de la série. C’est donc lui qu’on rend responsable en priorité.

Jupiter's Legacy Comic Talk Reviews Express

Mais revenons-en à nos moutons retardataires. Si on sait déjà qu’on n’aura pas notre dose de Jupiter’s Legacy régulièrement, pourquoi s’obstiner à sortir la série par tranche de 22 pages, et ne pas plutôt opter pour un mode de publication à la franco-belge, en sortant des arcs entiers en un seul volume ? La lecture serait ainsi plus fluide, puisqu’on pourrait lire, sinon toute l’histoire d’une traite, du moins une partie conséquente formant un tout. En plus comme ça on pourrait solliciter directement ce volume unique, une fois le travail des créateurs assez avancé, voire terminé. Du coup pas de risque de retard. Moins en tous cas. Certes il faudrait sans doute attendre un long moment entre deux volumes (comme c’est souvent le cas avec la franco-belge), mais au moins on aurait un vrai bon bout d’histoire à se mettre sous la dent. Alors que là on est condamné à n’avoir que 22 pages, c’est-à-dire pas grand-chose, surtout en cette ère de décompression généralisée de la narration.

Mais ça n’arrivera sans doute jamais. Parce que culturellement la publication en fascicules périodiques fait partie de la l’ADN des comics. Les Graphic Novels sont rares, surtout dans le mainstream. C’est d’autant plus étonnant vu que Marvel s’y est bien essayé récemment avec Avengers Infinite War Time (et des opus similaires à venir pour les X-Men et Spider-Man), et DC l’avait fait aussi avec les « prestige format » (Zatanna Everyday Magic par exemple). Et ça a (ou avait) plutôt bien marché. Du coup on se dit que le modèle est viable. Mais peut-être n’est-il viable que pour le Big Two et sa pléthore de périodiques mensuels.

Parce que le gros problème de ce modèle « à la franco-belge » est qu’il rapporterait sans doute moins d’argent que la sortie en singles puis en en trade paperback. Même en partant du principe à priori évident qu’un même individu n’achètera pas les singles ET le tpb. Parce que sortir des singles périodiquement permet à une série de « vivre » plus longtemps. Une fois que le volume unique serait sorti, il n’aurait plus qu’à dormir sur les étagères des comics shops en attendant la sortie du suivant (qui serait forcément longue à venir, encore plus que pour des singles). Alors qu’en sortant des singles à intervalles moins brefs, on fait à chaque fois renaître l’intérêt des lecteurs potentiels. Et on peut les pousser à acheter les anciens numéros, parfois même en republiant ceux-ci (Jupiter’s Legacy #1 à 3 vont ressortir dans une édition reliée au prix d’un seul numéro) pour inciter les gens à prendre le train en marche. Sans compter que dans l’ensemble, les retards affectent assez peu les ventes. Les lecteurs semblent râler sur le moment mais acheter quand même le titre quand il finit par sortir (voir les séries Cliffhanger comme Danger Girl et Battle Chasers, aux retards légendaires mais aux bons chiffres de vente en leur temps). Et pour les rétifs, il reste toujours le tpb, qui s’apparente au mode franco-belge de publication.

Du coup se priver du cumul singles+tpb n’aurait guère de sens pour les éditeurs. Même Vertigo, qui se reposait énormément sur les ventes de tpb, publiait la plupart de ses séries en singles avant de les réunir en trade. Alors il faudra sans doute continuer à supporter les sorties aléatoires par tranches de 22 pages pour Jupiter’s Legacy et ses consoeurs.

Jupiter's Legacy Comic Talk Reviews Express

Sur ce, passons aux Reviews Express des sorties des 5 et 12 mars (moins les titres All-New Marvel Now, traités à part), que vous avez pu retrouver en avant première sur Twitter @Jeffzewanderer.

Semaine du 05/03

A retenir : She-Hulk #2 de Charles Soule et Javier Pulido  confirme la plutôt bonne impression laissée par le numéro un. Surtout que l’intrigue est un peu plus dynamique et qu’il y a un bel effort pour construire un supporting cast à l’héroïne à la peau de jade (Hellcat ! Et sa secrétaire au singe s’annonce marrante aussi). Mais on sent vraiment beaucoup l’influence de Daredevil. Vu la profession de ces héros (tous deux avocats) et on pouvait s’y attendre un peu, mais pas forcément à ce point. Déjà le style graphique est très similaire, que ce soit pour le style rétro ou pour certaines tentatives de mise en page déjantées (la double page où Shulkie traverse son immeuble). Mais surtout il y a une ambiance très similaire, mélange de légèreté et d’humour, mais sur un fond de mélancolie (Hellcat encore, mais aussi Jen elle-même, un peu paumée). Enfin, il y a pire comme influence.

Veil #1 m’a presque déçu. En bon inconditionnel de Greg Rucka j’étais tout prêt à crier au chef d’œuvre, mais finalement on est face à un #1 bien mené mais très convenu. On y suit une fille, Veil, qui se réveille nue sur un quai de métro et ne s’exprime que par des rimes insensées. Une fois dans la rue elle est assaillie par les inévitables individus mal intentionnés pressés de profiter d’une jeune femme dans son état. Et le tout aussi inévitable bon samaritain vient à son secours et la ramène chez lui. Rien que de très convenu donc. A la fin du numéro on découvre bien un peu de ce qui rend la jeune femme spéciale, quand les importuns repointent le bout de leur nez. Mais même là, on a une impression de déjà-lu, cette scène évoquant le Fatale de Brubaker et Phillips. Et surtout après ces 22 pages on ne sait pas trop quelle histoire le scénariste va nous raconter. Reste le dessin très stylisé de Toni Fejzula, notamment pour ce qui est des couleurs, qui confère une vraie atmosphère, très oppressante, au récit.

Suicide Risk #11 Marque le retour à l’intrigue principale, avec Leo/Requiem qui semble avoir retrouvé tous ses moyens. Mais tout n’est pas si simple, et Mike Carey réussit à entremêler brillamment l’exploitation des révélations du numéro précédent (sur l’origine des super pouvoirs), l’intrigue autour de Leo qui ne veut que retrouver sa famille après s’être trouvé embarqué malgré lui dans le putsch de Prometheus, tout en semant des indices à propos du fameux Requiem et de ses origines, et en introduisant un nouveau super-vilain télépathe bien flippant (notamment par la façon « réaliste » et inventive dont il utilise son pouvoir). Et le subplot autour de la fille de Leo, qui avait aussi manifesté des pouvoirs, connaît aussi un rebondissement. Bref un numéro très dense, haletant, et superbement dessiné par Elena Cassagrande.

Sinon Forever Evil #6  continue la remontée spectaculaire de la qualité de l’event en offrant le grand spectacle et les moments chocs qu’on étaient en droit d’attendre. Sans ce début raté on aurait eu là un bien beau blockbuster. Mais le pire c’est que j’ai passé des mois à raler que ça ne démarrait pas, et maintenant je me demande comment Geoff Johns va tout boucler en un numéro (le sort de Nightwing, l’arrivée du nouveau personnage à la fin de ce numéro, et la résolution du cliffhanger du #5 concernant ce qui avait poussé Ultraman & co à débarquer chez nous).

Enfin Velvet #4 d’Ed Brubaker et Steve Epting confirme son statut de petit bijou sur lequel tous les fans de films à la James Bond ou Jason Bourne devraient se jeter. Et qu’est-ce que c’est beau !

#review Starlight 1 C’est juste le pitch (le héros de l’espace revenu sur terre, vieux et oublié) étalé sur 22 pages un peu convenues 2/5

#review TheBlackCoatTheBlackestDye Aventure facile mais sympa, entre complot et fantastique, de ce justicier pendant la révolution US 3/5

#review LadyRawhide 4 Belle tentative pour introduire un peu d’ambiguïté morale dans le récit tandis que le soulèvement attendu a lieu 3,5/5

#review GreenHornet 10 Le héros sur la piste du saboteur nazi. Intrigue bien menée malgré des facilités, conclue par 1 bon cliffhanger 3,5/5

#review GreenLantern 29 Hal Jordan prend son rôle de leader plus à cœur, et c’est plutôt intéressant à voir dans ce quasi done-in-one 4/5

#review She-Hulk 2 Un peu sous-Daredevil pour le style (dessin, histoire) mais bon équilibre aventure/humour/vie civile de Jen. Plaisant 4/5

#review ForeverEvil 6 Super combat entre héros survivants et vilains, le sort de Nightwing, bon rebondissement final, excellent numéro 4/5

#review Veil 1 Début certes intrigant mais finalement très (trop?) convenu, même le cliffhanger. Mais dessin vraiment remarquable 4/5

#review SuicideRisk 11 L’équilibre entre les mystères, les révélations et l’action autour de Leo/Requiem est parfait dans ce numéro 4,5/5

#review Velvet 4 L’enquête de Velvet continue à Monaco. Tout le glamour et l’action des meilleurs thrillers d’espionnage. Superbe 4,5/5

Veil Comic Talk Reviews Express

Veil #1

Semaine du 12/03

A retenir : En lisant Hawkeye #17, j’ai passé une bonne partie du numéro à me demander si Matt Fraction ne se fichait pas de moi à me refiler un spécial noël en mars. Et surtout en me racontant une histoire débordante de guimauve de chien de cartoon qui veut sauver noël dessinée par Chris Eliopoulos. Parce que la présence de Clint dans ce numéro se limite à le voir s’installer devant sa télé avec ses voisins dont il avait dégommé l’antenne dans le #6 (durant lequel ce numéro se déroule chronologiquement). Puis à mesure que j’avançais j’ai réalisé que chaque élément du cartoon était une clé par rapport à l’histoire. Et je me suis pris au jeu, oubliant la guimauve. Mais autant j’ai aimé, autant ce numéro confirme vraiment le côté hipster de la série, qui pourra en crisper certains.

The Returning #1 lance très bien cette nouvelle mini de Jason Starr (Wolverine Max, allez le lire, c’est même en VF !) et Andrea Mutti. Le pitch est excellent : les personnes victimes de near death experience (expérience de mort imminente) commettent ensuite des crimes horribles, et sont donc mises au ban de la société, qui les affuble du sobriquet de « changers ». Et l’héroïne, Beth, va justement vivre une NDE suite à un tragique accident. Toute la narration de ce numéro est impeccable : les évènements qui ont mené au drame, ses conséquences, jusqu’au cliffhanger qui remplit son office en laissant le lecteur sur le popotin. L’ambiance est oppressante à souhait, proche d’un récit d’horreur. L’héroïne, une gentille fille qui se retrouve vue comme un monstre alors qu’elle-même ne ressent aucun changement, est touchante et attachante. Et le dessin est superbe, sobre et élégant (la scène de la NDE est particulièrement réussie). On découvre avec stupeur chaque rebondissement, et il y a assez de mystère pour donner envie de revenir au numéro suivant. Un vrai bon titre très prometteur.

Beasts Of Burden, la série d’Evan Dorkin et Jill Thompson sur une bande de chiens et chats qui sont les protecteurs mystiques de la ville de Burden Hill est toujours aussi belle et plaisante à lire. Le plus appréciable est que même si les animaux parlent, ils ne sont pas trop anthropomorphisés. Seul micro bémol : ce one-shot Hunters & Gatherers ressemble plus au #1 d’une mini. La neutralisation de la menace mystique se fait d’un coup, sans réel rebondissement, comme si ce n’était que le début de l’intrigue au lieu d’en être l’essentiel. Et surtout ça se termine quand même sur un sacré cliffhanger (accréditant ainsi l’idée que même si la menace paraît neutralisée, les ennuis ne font que commencer).

Dans Star Wars #15 Brian Wood semble pour la première fois « rater » un personnage majeur en traitant Luke comme un ado turbulent qui fait une crise de jalousie face au futur mariage politique de Leia au point de faire n’importe quoi avec son X-Wing et même de vouloir tout plaquer. Bref un comportement immature qui sonne assez faux pour le personnage, malgré son jeune âge. Dommage parce qu’autrement l’intrigue autour de ce mariage de raison semble intéressante, et semble promettre quelques rebondissements (un rendez-vous mystérieux, des manigances….).

Enfin Batman #29 est spectaculaire et nous raconte enfin une histoire de Batman dans tripatouiller le passé du personnage. Par contre je ne peux m’empêcher de penser qu’il est dommage de choisir le Riddler comme vilain si on ne lui fait pas poser une seule énigme.

#review SonsOfAnarchy 7 Stand-alone sur le Marshall retraité de la S05 jouant les vengeurs par procuration. Pas mal mais et les Sons ? 3/5

#review Batman 29 Du mieux grâce à l’action et son ampleur (Gotham menacée), mais ça manque d’énigmes pour une histoire du Riddler 3,5/5

#review StarWars 15 Entre mariage de raison et jeu politique, bonne intrigue mais Luke a des réactions de sale gosse qui sonnent faux 3,5/5

#review BeastsOfBurdenHunters&Gatherers Univers de la série & dessin toujours aussi bons. Intrigue peut-être juste un peu trop directe 4/5

#review TheReturning 1 Série entre polar, fantastique & horreur (les gens qui ont eu une NDE deviennent des tueurs), #1 très alléchant 4/5

#review Hawkeye 17 Déconcertant. 1 spécial Noël cartoony en retard bourré de clés sur la série. On se prend au jeu à mesure qu’on avance 4/5

The Returning Comic Talk Reviews Express

The Returning #1

One Response to Jeffzewanderer’s Reviews Express #12

  1. Eddyvanleffe dit :

    Le truc qui me tente le plus la dedans, à part She Hulk, c’est The returninig 1. Je pressens une atmosphère à cheval entre Mind the Gap et Revival

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