Jeffzewanderer’s Reviews Express #13

Comic Talk Reviews Express

Jeffzewanderer Par

ATTENTION CET EDITO CONTIENT DES SPOILERS A PROPOS D’HAWKEYE  #18

L’avantage de la série Hawkeye, outre que c’est un super comic par Matt Fraction, David Aja et Annie Wu, c’est qu’entre son ambiance et ses numéros improbables sur un chien ou un dessin animé de Noël, il y a souvent des choses à dire dessus. Mais pour le coup ce n’est pas de péripéties canines ou de fêtes de fin d’année que Hawkeye #18 m’a donné envie de parler, c’est de continuité.

Et plus  précisément de gestion de continuité. La continuité, rappelons-le, c’est tout simplement l’ensemble des évènements qui sont jusque là arrivés à un personnage. Son passé, son histoire. Et la gestion de celle-ci, c’est la prise en compte de ces évènements passés lorsqu’on raconte une nouvelle histoire. Notez qu’on parlera de continuité dans la durée, au fil des changements d’auteurs ou des séries. Parce que le fait pour un même auteur de ne pas se contredire au sein de son propre run, plus que de la continuité, c’est surtout une affaire de cohérence interne au récit.

L’intérêt de la continuité c’est de donner un vécu à un personnage, qui va lui permettre d’acquérir de l’expérience, de développer des relations, de vivre des évènements vraiment marquants, etc.… Bref  d’évoluer et de gagner de l’épaisseur. En ce sens elle est un outil narratif précieux, et les comics ne seraient pas ce qu’ils sont sans elle.

Mais la continuité peut aussi être source de confusion. Pour le nouveau lecteur bien sûr, qui risque d’avoir l’impression de prendre le train en marche. C’est inéluctable, à part à prendre une série au numéro un (et bon courage pour faire ça avec des héros vieux de plus d’un demi-siècle), mais ça peut être frustrant. Commencer Avengers en se faisant à l’idée que le groupe existe depuis un moment et que l’histoire en cours n’est pas leur premier rodéo, ça se fait bien. Lire un duel Sabretooth/Wolverine sans rien savoir du passif qu’il y a entre les personnages alors qu’ils y font moult références, ça passe nettement moins bien.

Du coup, la continuité devient vite source de maux de tête pour des éditeurs voulant conquérir ces nouveaux lecteurs (et donc ne pas les perturber), sans s’aliéner les anciens qui voudront eux voir la continuité respectée. Sans compter qu’auteurs comme éditeurs veulent aussi préserver la richesse de leur univers, ne l’oublions pas. D’où un numéro d’équilibriste permanent entre récapitulatifs, mémoire sélective (par exemple vous croyez que la période Cap-Wolf de Captain America est souvent mentionnée ?), versions re-racontées des origines (en ajoutant un petit secret en plus) pour mettre tout le monde à la page, et entorses pures et simples.

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Ah… Cap-Wolf…

C’est évidemment cette dernière méthode qui fait le plus débat, car elle consiste à dire au lecteur que ce qu’il lit ne compte que si les tout-puissants décideurs le veulent bien. Il serait difficile voire impossible de déceler la première fois que cela s’est produit. En revanche, on se souviendra qu’au début des années 2000, quand Bill Jemas, alors président de Marvel (celui qui a nommé Joe Quesada éditeur en chef), avait adopté une posture très clairement favorable à ces entorses (voire fractures ouvertes) pour le bien des histoires. Son idée directrice était que la continuité pouvait être un outil, mais ne devait jamais devenir un obstacle. Et le provocant personnage de brandir la mini-série Elektra/Wolverine : The Redeemer (Greg Rucka-Yoshitaka Amano) en arguant que certes, selon la continuité Elektra et Wolvie se connaissaient, mais que l’histoire était beaucoup plus forte en admettant que c’était là leur première rencontre.

Un argumentaire qui n’a pas totalement convaincu, puisqu’il faut admettre qu’il se limitait finalement en pratique à dire « la continuité on en fait ce qu’on veut et on vous emm**** ». Mais l’idée a quand même ses mérites, même si elle doit être appliquée avec parcimonie, comme en témoigne Hawkeye #18 justement.

Dans ce numéro, centré sur Kate Bishop, la jeune héroïne apprend la vérité sur le triste sort de « l’homme de l’allée des croquettes pour chat » qui lui avait fait un speech l’incitant à rester à LA, et qui maintenant veut quitter la ville. Sauf qu’il ne peut pas parce que des années auparavant, il a découvert le secret qu’il ne fallait pas à propos des criminels régnant sur la ville. Et ceux-ci ont décidé qu’il ne quitterait donc jamais LA vivant.

Une histoire excellente, tout à fait dans le style polar noir adoptée par la série, puissante et poignante. Et qui exploite bien l’univers du titre (cohérence interne du récit) puisque le duo de vilains en question n’est autre que le comte Nefaria et sa fille Madame Masque, qui a elle-même un sérieux contentieux à régler avec Kate Bishop. Cela depuis l’affaire du vol de la cassette sensée montrer un meurtre par Hawkeye.

Mais une histoire qui fait fi de la continuité jusque là établie. Parce si Madame Masque est bien la fille du comte Nefaria, qui l’a formée, et qu’elle a bien un temps dirigé son organisation criminelle (la Maggia), celle-ci était active sur la côte est, pas ouest. Madame Masque et son père n’ont donc pas pu être les boss du crime à LA. Et même en admettant que ça se passe pendant une période inconnue du passé du duo, il y a un autre obstacle. En effet, dans la série Runaways, Brian Vaughan nous avait révélé qu’une organisation secrète de super-vilains appelée The Pride régnait sur LA et contrôlait tout ce qui se passait là-bas en matière de criminalité et super-criminalité. Et ce jusqu’à ce que leurs enfants causent leur perte dans Runaways justement. Ainsi, à l’époque des malheurs du journaliste, Nefaria et sa fille ne risquaient pas de régner sur LA puisque le trône était déjà pris par The Pride, qui n’aurait pas toléré ce genre de concurrence. Et bim, prends ça la continuité !

Mais est-ce si grave ? Fallait-il sacrifier l’excellente histoire que Matt Fraction est en train de créer pour respecter ces éléments de continuité ? Histoire qui n’aurait pas fonctionné avec The Pride, parce que le scénariste n’aurait pas pu établir l’équivalent contentieux actuel qui existe entre Madame Masque et Kate Bishop (vu que les membres de The Pride sont morts), et qui est une pierre angulaire du récit (cohérence interne encore). Alors oui, il aurait pu choisir une autre ville, mais là encore le récit en aurait pâti, LA et son atmosphère étant vraiment exploitée par le scénariste. Et puis on aurait sans doute pu trouver d’autres incohérences (par exemple il fallait de toute façon une ville de la côte est…).

Mais surtout quel intérêt de contraindre un scénariste à ce genre d’acrobaties ? Ne vaut-il pas mieux le laisser œuvrer en paix, et s’accommoder de ces petites entorses ? Ce n’est pas une règle absolue bien sûr (on peut sûrement trouver pleins d’exemples de non respect gênant de la continuité). Mais c’est quand même un bon argument, je trouve, pour appuyer l’idée que le respect de la continuité peut ne pas, et même ne doit pas, être absolu lui non plus.

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Verdict ?

Sur ce, on passe aux Reviews Express des sorties des 19 et 26 mars, à découvrir en avance sur Twitter @Jeffzewanderer.

Semaine du 19/03

A retenir : Peut-être pour la première fois depuis le début de son run (par ailleurs pas dénué de qualités) Brian Azzarello donne un vrai souffle épique à sa série Wonder Woman et s’éloigne de son ambiance plus « noir » sur les jeux de pouvoirs Olympiens avec Wonder Woman #29.

Sinon vous vous souvenez de l’époque où Superman Unchained était la grosse annonce de DC par ses deux méga-stars Jim Lee et Scott Snyder ? Et bien Superman Unchained #6 va vous rafraîchir la mémoire. Un numéro très réussi, où l’histoire avance bien. Mais pas exempt de défauts non plus, soyons honnête. Le coup du super cristal pour contrôler la technologie pue le deus ex machina (en même temps c’était déjà le cas au numéro précédent). Et Lois est encore une fois réduite au rang de simple utilité scénaristique (elle explique un chose, mais qu’elle n’a pas découverte par elle-même donc…). Mais que c’est beau !

« Que c’est beau » c’est aussi ce qu’on a envie de dire à propos de Rocket Girl #4Amy Reeder est impériale. C’est juste dommage que le scénario, pas inintéressant, manque singulièrement de punch niveau narration. On ne sait pas trop où l’histoire va, ni surtout comment elle y va. Et les New Yorkais de 1986 sont quand même très peu préoccupés par la vision d’une gamine en jetpack ou des histoires de voyage dans le temps, au point que ça finit par en devenir gênant.

Et sinon Lazarus #7 par Greg Rucka et Michael Lark confirme le statut de super série d’anticipation du titre et la maestria du scénariste pour créer un univers et le peupler de personnages profonds (Forever Carlyle) et attachants (la famille Barrett) sans jamais tomber dans le pathos.

#review Batwoman 29 Toujours bon équilibre entre traque du vilain et vie perso de Kate, mais ça ronronne un peu quand même 3,5/5

#review RocketGirl 4 Hyper beau, belle poursuite dans le métro, et il semble que l’histoire avance même si elle reste un peu floue 3,5/5

#review SupermanUnchained 6 Blockbuster si beau et spectaculaire qu’on pardonne le petit deus ex machina. Wraith est intéressant 4/5

#review WonderWoman 29 WW et ses alliés s’apprête à faire face au First Born triomphant : un vrai souffle épique et un super final 4,5/5

#review Lazarus 7 L’enquête de Forever comme le périple des Barrett sont passionnants & touchants. Persos complexes, monde fascinant 4,5/5

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Superman Unchained #6

Semaine du 26/03

A retenir : Real Heroes #1 de Brian Hitch est un excellent premier numéro. Il pose parfaitement les enjeux de la série : les acteurs d’un film de super-héros se retrouvent balancés dans un monde où cet univers cinématographique est bien réel, et où ils doivent être des héros pour de vrai. Mais surtout il est assez dense et bien écrit pour que cette mise en place ne soit pas fastidieuse et qu’on n’ait pas l’impression de lire la déclinaison en 22 pages sans grand intérêt de qui aurait pu tenir en une phrase (n’est ce pas Starlight #1 ?). On découvre avec joie les divers personnages (j’ai déjà mon chouchou) et on appréciera les multiples clés sur les super-héros bien connus, et même les acteurs qui les incarnent à l’écran. Sans parler du fait que Brian Hitch est vraiment en grande forme au dessin.

Sinon King Conan The Conqueror #1 (que j’ai eu en retard) et #2 prennent la suite de la mini série King Conan précédente (Hour Of The Dragon) et préserve sa dimension épique. Mais surtout, on appréciera la référence au passé de pirate de Conan dont le récit vient de s’achever dans la série Conan The Barbarian de Brian Wood. Niveau éditorial, le timing est juste parfait pour le coup.

Et Star Wars Legacy #12-13 (encore un retard pour moi) s’avèrent encore une fois être des récits d’aventure très agréables, et nous en apprennent un peu plus sur l’héroïne, Ania Solo, et ses amis. Et la nouvelle vilaine a un design super.

#review Critter 19 Le combat contre Iron Butterfly est bien sympa mais l’intrigue bien trop décousue pour s’en contenter 3/5

#review PennyForYourSoulDeath 6 100% baston contre Anubis. Scénar en option, mais spectacle au rendez-vous et cliff’ alléchant 3/5

#review LegendsOfRedSonja 5 Une histoire sérieuse une un peu plus déjantée mais les deux sont sympas et le récit cadre se termine bien 3,5/5

#review RealHeroes 1 Hitch très inspiré, un très bon numéro de mise en place,  classique mais efficace, posant bien enjeux et persos 4/5

#review KingConanTheConqueror 1-2 Encore du super Conan, beau, épique, et avec une référence au passé de pirate du cimmérien géniale 4/5

#review StarWarsLegacy 12-13 La traque d’Ania est haletante, son nouvel adversaire cool, et ses alliés de + en + attachants. Beau dessin 4/5

#review Hawkeye 18 Mésaventures de Kate toujours aussi cools, héroïne pétillante et un twist brillant à double détente sur les vilains 4,5/5

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Real Heroes #1

3 Responses to Jeffzewanderer’s Reviews Express #13

  1. Arnonaud dit :

    Je me trompe peut être, mais le comte nefaria n’était pas déjà établi à L.A. lors du Moon Knight de Bendis en 2012 ? Fraction fait peut être référence à ça ?

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Pour Nefaria à LA dans le MK de Bendis peut-être, j’avoue que je n’ai pas lu cette série et le fait de ne pas être tombé sur ce détail dans la bio du perso n’est pas vraiment probant j’avoue, donc je te crois sur parole. Mais clairement dans Hawkeye Fraction fait référence à une implantation bien plus ancienne du Comte et de Madame Masque, qui semblent bien avoir pignon sur rue depuis des décennies, comme en témoigne l’histoire du journaliste, jeune homme quand ça lui arrive, et bien plus âgé aujourd’hui.. Donc non, je ne pense pas que Fraction ait fait référence à cette histoire à priori.

  2. Eddyvanleffe dit :

    La continuité est un vaste domaine de débats…
    En tant que lecteur je ne vois qu’une chose qui me gène la dedans. Seul le lecteur fidèle ayant une mémoire est pénalisé…
    J’ai lu cette semaine que Logan avait aussi connu Shingen lors de l’invasion japonaise de la Chine… L’agenda du père Logan durant la seconde guerre mondiale est hallucinant…et ridicule, mais en se raccrochant aux branches on n’a pas de « contradictions ». Mais dès lors que deux récits se contredisent, il y a là une « erreur », et l’image d’ensemble en pâtit… Je suis un partisan de la continuité pour le simple respect du lecteur et une solution pourrait être d’arrêter de se regarder le nombril et de faire vivre de « nouvelles » aventures aux personnages pas de perpetuels flashbacks.

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