Jeffzewanderer’s Reviews Express #14

Comic Talk Reviews Express

Jeffzewanderer Par

Et si la Maison des Idées était devenue la Maison des Petites Séries ? C’est en tous cas ce qu’on pourrait penser à en croire la quantité de « petites séries » désormais publiées chaque mois par Marvel. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, peut-être faut-il d’abord se demander ce qu’on entend par « petite série ».

Il n’existe pas vraiment de définition de cette catégorie de titres, dont tous les lecteurs de comics s’accorderont à dire qu’elle est pourtant bien réelle. Impossible en effet de dégager un critère unique d’identification. Le premier qui vient à l’esprit serait les ventes. Mais à ce compte là, à The Walking Dead près, « petite série » serait pour ainsi dire synonyme de « série publiée ni par Marvel ni par DC ». Et plus globalement, où fixer le seuil ? De même si une série considérée comme un titre majeur fait un four (le volume précédent de Wolverine de Paul Cornell par exemple) devient-elle une « petite série » ? Sans parler des variations parfois spectaculaires entre les ventes d’un numéro à l’autre (l’effet #1 par exemple).

Un autre critère pourrait être la notoriété du/des héros de la série, mais là encore c’est très subjectif. On s’accordera assez facilement pour dire qu’Iron Fist ou Moon Knight ne font pas partie des personnages les plus connus de chez Marvel. Mais qu’en est-il de She-Hulk ? Black Widow ou Hawkeye depuis leur apparition sur grand écran ? Le fait d’apparaître dans une série régulière (dans l’idéal en solo) avec une certaine constance depuis des années, voire des décennies, pourrait être un bon indice. Mais à ce compte là Magneto ou Punisher par exemple ne pourraient être considérées comme des « petites séries ». Et là encore, à la lecture des titres concernés, on peut difficilement parler de blockbusters.

Comic Talk Reviews Express

Magneto

De même la notoriété des auteurs ne semble pas être un critère suffisant. Déjà parce qu’on se heurte encore une fois au problème de la subjectivité de cette appréciation. Brian Bendis, Geoff Johns ou Joe Madureira font incontestablement partie des stars de l’industrie. Nathan Edmondson, Mitch Gerads, Charles Soule, Cullen Bunn ou Gabriel Hernandez Walta sont pour l’instant loin de pouvoir prétendre à ce statut. Mais qu’en est-il du très rare Kaare Andrews par exemple ? Ou Kelly Sue DeConnick, qui a elle aussi une certaine réputation mais peut-être pas au point de vendre un titre sur son seul nom ? Ces auteurs ne sont ni vraiment des stars ni de ces illustres inconnus que seuls les lecteurs les plus passionnés connaissent bien. Et même si on arrivait à établir un classement, un « gros » auteur peut écrire une « petite série ». Voir le cas de Warren Ellis, indiscutable gros poisson, qui écrit pourtant Moon Knight, qu’on aurait encore du mal à qualifier de blockbuster. Ou de Matt Fraction et David Aja sur Hawkeye, Phil Noto sur Black Widow

Peut-être alors que l’autosuffisance serait un bon critère. La « petite série » se déroulerait à l’écart du reste de l’univers partagé dans lequel elle se situe pourtant. Ce n’est pas tant le fait qu’on puisse en suivre l’intrigue sans lire d’autres titres : c’est le cas d’à peu près toutes les séries en fait, et encore heureux (imaginez si on ne pouvait acheter les comics que par grappes de quatre ou cinq voir plus !). Mais plutôt une sorte de cloisonnement. Dans sa dernière série le Punisher travaille à LA où il ne croise pas d’autres héros. On ne voit pas de trace des autres Avengers dans Black Widow. Mais même ce dernier critère n’est pas parfait. Des tie-ins ayant vocation à booster les ventes peuvent intervenir dans les « petites séries » les reliant à l’univers partagé, et sonnant le glas de leur autosuffisance. Et Uncanny Avengers de Rick Remender par exemple est totalement à part du reste de l’univers Marvel et fait néanmoins partie de grosses séries de Marvel, ne serait-ce que par son ampleur.

Finalement peut-être que le meilleur critère serait l’ambiance. La petite série ne raconte pas des histoires où le monde est en danger. Les péripéties de leurs héros sont souvent plus terre-à-terre. C’est le cas de la traque que mène Magneto dans sa série. Ou des péripéties de Clint Barton dans Hawkeye. Les répercussions des aventures des protagonistes ne touchent qu’eux. Mais d’un autre côté Spider-Man ne sauve pas le monde toutes les semaines non plus.

Comic Talk Reviews Express

Hawkeye

En fait ce sont sûrement différentes combinaisons de ces critères qui font la « petite série ». Mais c’est surtout un sentiment diffus que seul le lecteur peut ressentir. Quoi qu’il en soit Marvel publie en ce moment un nombre impressionnant de titres qui méritent cette appellation et dont la qualité est remarquable. Tandis qu’Avengers ou All-New X-Men, sans être mauvais, ronronnent un peu, les petites perles fleurissent. Ms Marvel de G. Willow Wilson et Adrian Alphona nous permet de découvrir une nouvelle héroïne extraordinairement attachante en la personne de Kamala Khan tout en étant très originale visuellement. Et Captain Marvel de Kelly Sue DeConnick et David Lopez, en plus d’être magnifique visuellement, continue de nous présenter une Carol Danvers à la personnalité superbement riche, et aux aventures haletantes, le tout avec une pointe d’humour. Punisher de Nathan Edmondson et Mitch Gerads est un modèle d’efficacité dans la narration comme dans le dessin, présentant une version très classique de Frank Castle mais qui n’en est pas moins très plaisante à suivre, car elle fait ressortir la « pureté » du concept de cet anti-héros. Black Widow toujours d’Edmondson et Phil Noto est un thriller très efficace reposant sur la volonté de rédemption de Natasha Romanova, et est servi par les meilleurs dessins de Phil Noto depuis longtemps. Le graphisme particulier de l’artiste confère un charme particulier à la série, comme la narration à la première personne très soignée, souvent mélancolique.

Comic Talk Reviews Express

Black Widow

She-Hulk de Charles Soule et Javier Pulido joue la carte de l’originalité en mettant l’accent sur la profession d’avocate de Shulkie et en imaginant des intrigues joyeusement barrées qui s’inscrivent dans la tradition comique des aventures de la géante de jade. Hawkeye de Matt Fraction, David Aja et Annie Wu ou Iron Fist The Living Weapon de Kaare Andrews sont de véritables œuvres d’art, multipliant les trouvailles en termes de narration. Hawkeye a presque inventé un genre en mêlant les codes du polar noir avec un côté branché, presque hipster, et une narration parfois déstructurée. Et le premier numéro d’Iron Fist réinvente le personnage en le dotant d’une part d’ombre. Moon Knight de Warren Ellis et Declan Shalvey nous plonge dans le versant mainstream de l’esprit tortueux de son scénariste entre relecture de la dimension mystique du personnage et traque au serial killer. Magneto de Cullen Bunn et Gabriel Hernandez Walta nous présente une version plus terre-à-terre du maître du magnétisme, qui traque les persécuteurs de son peuple en civil, allant de ville en ville incognito. Le titre n’est pas sans rappeler la séquence d’X-Men First ClassErik Lehnsherr faisait payer leurs crimes à d’anciens nazis. Et on n’a même pas parlé de Mighty Avengers d’Al Ewing et de ses personnages remarquablement écrits.

Comic Talk Reviews Express

Ms Marvel

Bref Marvel fait carton plein avec ces titres, et les Reviews Express des sorties des 2 et 9 avril vont encore une fois nous le confirmer, sachant que les autres éditeurs ne sont pas en reste. Et comme toujours retrouvez ces reviews en avant première sur mon compte Twitter @Jeffzewanderer.

Semaine du 02/04

A retenir : Comme il n’y pas que Marvel dans la vie, commençons par évoquer Detective Comics #30, qui voit l’arrivée du duo Francis Manapul-Steve Buccellato aux manettes. Encensés sur Flash, les deux auteurs réussissent leur nouveau départ. Déjà c’est très beau visuellement. Peut-être un peu lumineux pour du Batman, mais on s’y fait très vite, et on sent quand même qu’on est à Gotham et plus à Keystone. Et le rendu presque aquarelle des couleurs est du plus bel effet. Pour ce qui est du scénario finalement rien de révolutionnaire mais du classique très bien exécuté. Batman se frotte à des trafiquants de drogue tandis que Bruce Wayne conclut une affaire pour le bien de Gotham mais qui tourne au tragique. Pas besoin d’être devin pour deviner que les deux intrigues seront liées. Dis comme ça pas de quoi crier au génie, mais il est difficile de traduire  le plaisir simple ressenti lors de la lecture. Peut-être est-ce aussi dû à mon expérience personnelle : j’étais lassé de Zero Year, de son côté reboot inutile (tout le passage autour de Gordon ripou ou pas…) ou mauvais (Wayne en petit c**), de son intrigue qui va au ralenti et ne m’enthousiasme pas même quand elle s’emballe (où sont les énigmes du Riddler ?). Je ne rêvais que d’une bonne aventure toute simple de Batman, qui ne prétend pas tout révolutionner, mais bien ficelée et pas en hebdo. C’est exactement ce que propose Detective Comics #30, et c’est peut-être aussi pour ça qu’il a eu ce demi-point en plus.

Veil #2 de Greg Rucka et Toni Fejzula nous en apprend un peu plus sur sa mystérieuse héroïne et donne de plus en plus dans l’horreur. Finalement si je devais comparer, je dirais que c’est une version Rucka-esque de Fatale d’Ed Brubaker et Sean Phillips: l’héroïne belle et dangereuse, accablée par son « don » et perdue, le mélange de polar et d’horreur… La grande différence est que Fatale joue beaucoup plus sur les codes du polar noir classique (la Femme Fatale notamment, Rucka n’utilisant pas ce gimmick malgré la beauté de son héroïne). Et Veil limite son « influence polar » à son environnement urbain. L’horreur a aussi un côté plus « terre-à-terre » paradoxalement, comme un trafic de plus. Elle est moins Lovecraftienne que dans Fatale, et plutôt plus « street » façon Hellblazer.

Sinon Red Sonja & Cub de Jim Zub et Jonathan Lau a un titre marrant mais la référence au manga légendaire Lone Wolf & Cub s’arrête là. Sonja escorte certes une jeune fille, mais la relation qu’elle entretient avec celle-ci pendant le voyage n’a rien à voir avec celle entre Ogami Itto et son fils Daigoro. Ce one-shot n’en est pas moins sympa à lire, notamment grâce aux très bons dessins.

Enfin Suicide Risk de Mike Carey et Elena Casagrande est toujours aussi prenant depuis quelques mois, avec ses révélations sur le héros (Leo/Requiem), les super-humains en général, et son écriture toujours aussi intelligente et élégante, mais difficile d’en dire plus sans spoiler.

#review Sharazad 4 Débuts des révélations attendues sur l’héroïne, qui joue toujours les gladiatrices. De la bonne série B plutôt belle 3/5

#review GreenHornet 11 La métamorphose du flic honnête devenu ripou est un poil exagérée mais ça reste très plaisant et intéressant 3/5

#review GreenLantern 30 Empile un peu les clichés (le duel pour éviter la guerre, le respect des adversaires…) mais reste cool à lire 3/5

#review RedSonja&Cub Sonja escorte une jeune princesse à son mariage en Asie. Histoire simple mais bien ficelée et dessinée 3,5/5

#review Veil 2 L’horreur prend le dessus, quelques indices sur Veil, dessin aussi particulier que réussi. Juste encore 1 peu classique 3,5/5

#review Magneto 2 L’ambiance terre-à-terre et sombre donne un vrai cachet à la traque de Magneto et une âme à la série 3,5/5

#review RedSonja 8 Toujours une bonne dose d’humour (parfois grivois), mais bienvenue et équilibrée avec l’action et une chute sympa 4/5

#review She-Hulk 3 L’influence de DD à tous les niveaux est là mais l’histoire du fils de Doom réfugié politique est bien pensée & drôle 4/5

#review MoonKnight 2 Rôle mineur (et Batmanesque) du héros mais narration géniale pour raconter les méfaits d’un sniper 4/5

#review SuicideRisk 12 L’avalanche de révélations se poursuit sans ralentir l’histoire, un héros (Leo) très attachant & des idées cools 4/5

#review DetectiveComics 30 Des gangsters, 1 mystère, de l’action, persos réussis, beau dessin. Génialement simple, parfaitement réussi 4,5/5

Comic Talk Reviews Express

Detective Comics #30

Semaine du 09/04

A retenir : Shutter #1 de Joe Keatinge et Leila Del Lucas est un plutôt bon premier numéro qui pose bien les bases de son univers : Kate Christopher a été élevée pour devenir la plus grande exploratrice du monde et a vu toutes les merveilles du monde pendant son enfance. Mais aujourd’hui elle en a assez, elle est blasée au dernier degré et a perdu tout intérêt pour ces choses extraordinaires. Le tout dans un monde joyeusement barré, ressemblant un peu au notre mais peuplé de créatures fantastiques. Et évidemment de mystérieux adversaires vont s’en prendre à notre héroïne pour des raisons qu’on ignore encore. Un premier numéro sympathique et réussi donc, mais une série dont on ne sait pas si elle pourra fonctionner sur la durée. Ça dépendra de deux choses à mon (pas si) humble avis : la capacité du scénariste à rendre son héroïne attachante (c’est bien parti, mais il faudra voir comment elle se sortira de sa dépression) et à créer un univers qui ne soit pas juste du grand n’importe quoi (le même problème que ce que Brian Vaughan a dû gérer sur Saga). Par contre niveau dessin Leila Del Luca convainc déjà, sauf pour le méchant qu’on découvre à la dernière page (à relier à a question de la gestion de l’univers).

Star Wars #16 de Brian Wood et Stéphane Créty rectifie bien le tir après le Luke Skywalker manqué du mois dernier (trop sale gosse). Toujours perturbé par le futur mariage  politique de Leia (dont il ignore qu’elle est sa sœur), le futur Jedi a une réaction bien plus en accord avec la personnalité qu’on lui connaît, plus mûre mais sans non plus ignorer son trouble. Et Leia est toujours à l’honneur, très digne, comme depuis le début de la série. Wood n’oublie pas non plus de poser les bases de la suite de son intrigue, pour ne pas se limiter à la dimension psychologique de son intrigue.

Et comme on ne va pas se quitter sans reparler de Marvel, Kelly Sue DeConnick et David Lopez continue de faire des merveilles avec Captain Marvel. On a une ellipse un peu radicale par rapport au numéro précédent : Carol est déjà dans l’espace et en mission, alors qu’elle s’envolait juste à la dernière page du dernier numéro. Mais du coup l’intrigue avance, nous rapprochant de la situation entraperçue dans le numéro un (la passagère de Carol fera partie de sa future équipe, aperçue dans le flash-forward du mois dernier). L’apparition des Guardians Of The Galaxy fleure bon le racolage commercial, mais qu’est-ce qu’ils sont drôles et bien écrits (la scène entre Rocket Raccoon et le chat de Carol est juste culte !). et que dire de Carol elle-même, toujours parfaitement écrite, touchante, courageuse, drôle… Peut-être la meilleure héroïne de Marvel, en tous cas sous la plume de DeConnick (et le crayon de Lopez, l’artiste étant toujours aussi inspiré et ayant encore progressé pour rendre ses personnages aussi expressifs que beaux).

The Returning #2  de Jason Starr et Andrea Mutti confirme la bonne impression du premier numéro avec son ambiance oppressante (genre thriller psychologique, presque horreur) et une bonne gestion de son rythme. Le dessin semble par contre bien moins soigné hélas.

Enfin Sons Of Anarchy continue d’explorer les ellipses de la série TV et le fait bien, justifiant ainsi son existence.

#review LoneRanger 23 Encore un done-in-one sur une histoire de vengeance dans l’ouest, mais bien raconté et avec une fin cool 3/5

#review Returning 2 L’héroïne est en cavale et le jeu du « à qui faire confiance? » est bien mené. Le dessin en prend un coup par contre 3,5/5

#review SonsOfAnarchy 8 On découvre l’incarcération des Sons entre les saisons 3 et 4. Bonne idée bien exécutée 4/5

#review StarWars 16 Numéro introspectif pour Luke & Leia qui pose surtout des bases intéressantes pour la suite de l’arc (l’alliance…) 4/5

#review Shutter 1 Une héroïne attachante lassée de l’extraordinaire et un monde déjanté qui sent bon le pulp. Intéressant et accrocheur 4/5

#review CaptainMarvel 2 Guardians en guests fun, intrigue simple mais sympa (Carol transporte 1 mystérieuse blessée), héroïne géniale 4,5/5

Comic Talk Reviews Express

Shutter #1

One Response to Jeffzewanderer’s Reviews Express #14

  1. Eddyvanleffe dit :

    Ce que je retiens: Shutter 1: Ca doit être bien sympatoche.
    La remarque: Francis Manapul sort vraiment de sa chrysalide depuis les New 52. Ses illustrations sont parmi les plus belle que j’ai vues ces derniers temps dans le genre super-héros.je vai speut-être en faire hurler certains mais dansun monde où les couvs sont les premiers arguments de ventes,entre les visuels de detective Comics et ceux de la série mère batman, y’a pas photo. Sur un étal je prends le Manapul direct (et cela sans dénigrer le moins du monde le talent de Capullo)
    Marvel: j’attends vraiment les nouvelles séries Marvel en VF. je suis d’accord avec Jeff, les petits trésors de Marvel sont cachés derrière l’armée de titres Avengers.

Poster un commentaire