Jeffzewanderer’s Reviews Express #15 : de l’importance de la « patte » (UPDATE)

Reviews Express Comic Talk

Jeffzewanderer Par

UPDATE : AJOUT DES REVIEWS DES SORTIES DU 30 AVRIL

Et si la différence entre une bonne série et une excellente série c’était la « patte » ? Celle du scénariste, de l’artiste, ou même du titre lui-même ? Mais au fait c’est quoi la « patte » ?

La « patte » c’est ce qui rend un œuvre unique et surtout la marque comme celle de son créateur. C’est un particularisme dans la narration, le dessin… Un gimmick pourrait-on dire. Mais le terme de « patte », ou « cachet », a aussi une connotation positive, qui le distingue des recettes récurrentes qu’un auteur pourrait systématiquement employer au risque de lasser.

Concrètement cela peut revêtir différentes formes. Pour Brian Michael Bendis par exemple on dira que sa « patte » c’est surtout sa façon d’écrire ses dialogues, abondants, dynamiques et naturels. Et il utilise ce procédé quel que soit le récit qu’il écrit : polar comme Alias ou Scarlet, pur super-héros comme Ultimate Spider-Man ou Avengers, SF comme Guardians Of The Galaxy… Le travail de Greg Rucka se caractérise plutôt par une propension à donner une grande place aux personnages féminins et un fort ancrage de ses intrigues dans le monde réel, un traitement réaliste. Grant Morrison, lui, multipliera les idées un peu barrées, entre dimension méta-textuelle du récit, inventions déjantées, références au Silver Age… Et on pourrait multiplier les exemples à loisir, tous les grands scénaristes possédant cette « patte », même si elle est plus ou moins facile à identifier.

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Les dialogues de Brian Michael Bendis dans Avengers.

Quand on parle d’un artiste, elle peut être très facile à discerner si elle réside dans la particularité du trait de celui-ci. Les dessins de Chris Bachalo, Humberto Ramos, Joe Madureira, Scottie Young ou Mike Mignola ne ressemblent à ceux d’aucun autre. Parfois ce sera plus subtil, comme des techniques de mise en page, une gestion des ombres… D’autres fois le dessin va s’inscrire dans une tendance, mais au sein de cette tendance l’artiste se distinguera. Ainsi Steve Epting, Juan Jose Ryp et Brian Hitch appartiennent tous trois à la mouvance réaliste et hyper-détaillée, mais chacun a une particularité qui le rend unique (les petits traits pour donner de la texture aux dessins de Ryp, le foisonnement dans les cases de Hitch, les lignes plus claires chez Epting…).

Parfois on parlera de patte au sein d’un même studio : le style Top Cow, calqué sur celui de Marc Silvestri, qui marqua les comics de l’éditeur pendant les années 90-2000. Le terme de « house style » sera alors employé, et parfois décrié comme aseptisant les styles individuels de chaque artiste. Ce fut par exemple le cas ces dernières années avec DC. Mais parfois un « house style » n’empêche pas les artistes de se l’approprier et de se distinguer. Pour revenir au cas Top Cow, Mike Turner, Eric Basaldua ou Kenneth Rocafort ont une base similaire (contours anguleux pour les personnages notamment), mais sont très différents les uns des autres au final (plus réaliste pour Basaldua, plus exagéré pour Rocafort, plus détaillé pour Turner…).

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En haut (g. à d.): Marc Silvestri, Michael Turner. En bas (g. à d.): Eric Basaldua, Kenneth Rocafort.

Et on pourrait décliner ces observations pour toutes les professions participant à la création d’un comic : les encreurs (Danny Miki n’encre pas comme Scott Williams ni comme Matt Banning), les coloristes (on ne risque pas de confondre des couleurs de Dean White avec celles de Dave Stewart)… Et plus la profession est « en retrait » plus les « pattes » seront délicates à identifier (l’encreur n’est pas censé supplanter le dessinateur, le coloriste non plus…). Mais une chose reste vraie quoi qu’il arrive : les « grands » ont tous leur « patte ».

Mais venons-en au titre qui m’a inspiré cet édito : Batwoman. Lancée en solo par Greg Rucka et J.H. Williams III dans Detective Comics pendant la mort temporaire de Bruce Wayne, Kate Kane avait ensuite eu une série à son nom, réalisée toujours par J.H.Williams III (reconverti en scénariste en plus d’être artiste) cette fois associé à W. Haden Blackman. Et cette nouvelle série avait incontestablement une « patte » à tous les niveaux. S’éloignant du réalisme et de l’influence polar noir de Greg Rucka, cette Batwoman, pourtant toujours Gothamite, lorgnait du côté du fantastique et de l’horreur, avec des vilains inspirés de légendes comme la Lloronna. Une ambiance onirique imprégnait le titre, encore renforcée par les dessins de J.H.Williams III à l’aspect naturellement éthéré. L’artiste multipliait aussi les doubles-pages et les mises en page complexes tirant partie de cette configuration.

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Batwoman par J.H. Williams III et W. Haden Blackman.

Mais depuis le départ du duo, et leur remplacement par Marc Andreyko au scénario et  Jeremy Haun au dessin, la « patte » de Batwoman a disparu pour ne pas être remplacée. Que le style de la série change, on pouvait s’y attendre, justement parce que l’empreinte de Williams et Blackman sur le récit était à la fois très forte et très personnelle. Déjà niveau dessin il était évident que ça changerait, et il n’était pas forcément aisé de trouver un artiste au graphisme à la fois marqué et qui aurait aussi pu correspondre au récit. Le choix d’un dessinateur au style plus « neutre » n’est donc pas une surprise. Et il y a même une certaine continuité au niveau du trait et des couleurs, à défaut des mises en page.

Par contre au niveau du scénario, Marc Andreyko n’a (pour l’instant) pas réussi à imposer une vraie direction au récit. Il nous livre, depuis son arrivée, un récit de super-héros générique, avec une héroïne qui traque un voleur d’art, un secret lié aux objets volés, et des déboires sentimentaux (on en reparle plus bas). En fait cette histoire est loin d’être mauvaise, mais elle est trop générique, et on pourrait la transposer à n’importe quel super-héros urbain. Du coup Batwoman a perdu ce qui en faisait un titre unique. Certes cette « banalisation » du titre pourrait aussi être vue comme une « normalisation », assurant sa pérennité même après le départ de ses auteurs emblématiques. Bref elle pourrait exister simplement parce qu’elle est une série sur Batwoman, pas une série de J.H.Williams III et W. Haden Blackman. Mais le risque pourrait être qu’à ne pas se distinguer des centaines d’autres comics sur les étals des comic shops, il finisse par s’y noyer et disparaître aussi.

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Batwoman par Marc Andreyko et Jeremy Haun.

Sur ce, commençons les Reviews Express des titres sortis les 16 et 23 avril, disponibles en avant première sur mon compte Twitter @Jeffzewanderer.

Semaine du 16/04

A retenir : Au-delà de la perte de sa « patte », un vrai problème commence à nuire à Batwoman #30 : la gestion de la relation entre Kate Kane (Batwoman) et sa compagne Maggie Sawyer.On sait qu’une des raisons officielles du départ de W. Haden Blackman et J.H. Williams III était leur volonté de marier les deux amantes, à laquelle DC s’était opposé. Maintenant Marc Andreyko semble bien décider à les séparer à tout prix, comme en témoigne l’incident entre Kate et la fille de Maggie et ses répercussions (Kate priée d’aller suivre une thérapie…). Et ça continue dans ce numéro. Alors en soi faire capoter la romance entre les deux femmes est un parti-pris scénaristique tout à fait défendable, et qui pourrait même être intéressant (le côté soap-opera a fait recette pour Spider-Man, les X-Men…). Mais là ça fait vraiment forcé et les tensions entre Kate et Maggie, leur réactions, ne sont pas naturelles. En fait on dirait qu’Andreyko n’écrit cette rupture en devenir que pour répondre aux exigences de DC. C’est sans doute injuste (l’auteur doit au moins avoir accepté l’idée), mais ça illustre assez bien la maladresse de l’écriture sur ce point.

Sinon Brian Azzarello nous prend à contre-pied en faisant marquer une pause à son récit dans Wonder Woman #30. Après le final du mois dernier on s’attendait à voir Diana et ses amazones se lancer à l’assaut du Mont Olympe. Et au lieu de ça, les différents protagonistes discutent, reviennent sur les tensions entre eux… Alors c’est très bien fait au final, mais ça a quand même un petit côté « soufflet qui retombe ».

Et Forever Evil n’en finit plus de finir avec Justice League #30, mais du coup ça avance enfin, avec l’affrontement qu’on attendait depuis le début entre Grid et Cyborg 2.0. Par contre la présence des Metal Men est vraiment gratuite, sans doute dans l’optique de rappeler leur existence au public avant de les doter d’une série régulière. Ce n’est pas mal fait, mais le procédé est vraiment transparent.

#review JusticeLeague 29 Metal Men sympas mais inutiles, affrontement Cyborg/Grid un peu prévisible, mais globalement plaisant à lire 3,5/5

#review WonderWoman 30 Moins épique c’est dommage mais plus centré sur les tensions entre les personnages donc ça reste intéressant 3,5/5

#review Batwoman 30 Le manque de profondeur de l’histoire au demeurant efficace commence à se faire sentir. C’est un peu trop convenu 3,5/5

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Wonder Woman #30

Semaine du 23/04

A retenir : Nouvelle série pour Conan avec Conan The Avenger #1 de Fred Van Lente et Brian Ching, faisant directement suite au Conan The Barbarian de Brian Wood. En effet la série commence avec un Conan en dépression suite à la mort de sa bien-aimée Bêlit, et cherchant un nouveau sens à ses errances. La narration est intéressante, entourant le sombre Conan d’un foisonnement qui donne de la densité au récit, et lance des pistes pour la suite de l’intrigue. Le tout sans oublier de traiter le cas du Cimmérien, avec efficacité et même une certaine subtilité. Le trait de Brian Ching surprendra par contre, loin de la « patte » Top Cow qu’on lui connaissait. Trait gritty et surtout silhouettes dégingandées, ce n’est pas ce qu’on attendait, mais finalement ça va bien à cette série.

« Subtilité » ce n’est pas le mot qui vient à l’esprit à la lecture de Danger Girl Mayday #1, excellent popcorn comic écrit par Andy Hartnell et dessiné par un John Royle qui s’évertue à copier Jeff Scott Campbell. Alors oui, ça confine au plagiat, mais ce style est quand même celui qui sied le mieux aux Danger Girls. Danger Girls d’ailleurs absentes du récit pour ce premier numéro qui repose entièrement sur une révélation qui plaira peut-être aux fans (à moi en tous cas), ou les fera hurler. Alors ça se lit vite, et c’est creux au-delà de ladite révélation, mais c’est rigolo, bien dessiné, et maintenant que les bases son posées la suite de l’intrigue pourrait être très sympa.

Et sinon Star Wars Legacy #14 de Corina Bechko et Gabriel Hardman est toujours une aventure efficace, avec une héroïne (Ania Solo) de plus en plus attachante. Mais il y a quand même parfois quelques raccourcis saisissants niveau narration (l’arrivée de la chasseuse de prime à la fin est un peu abrupte j’ai trouvé), qui heureusement ne deviennent jamais gênants. Et Lazarus #8 de Greg Rucka et Michael Lark est toujours un bijou que ce soit en termes de construction de l’univers ou de développement des personnages.

#review LadyRawhide 5 Conclusion efficace, résolution du conflit satisfaisante, du bon Western/Zorro classique mais cool. Dessin moyen 3/5

#review ConanTheAvenger 1 Narration bien construite pour lancer la série et sortir Conan de sa dépression, Nouveau style pour Ching 4/5

#review DangerGirlMayday 1 Un plaisir de retrouver Royle au dessin, se lit très (trop) vite mais les bases d’une histoire cool posées 4/5

#review StarWarsLegacy 14 Le duo Ania-Ramid fonctionne, quelques révélations bienvenues sur leur passé, la traque continue. Très réussi 4/5

#review Lazarus 8 Des petites touches pour humaniser Forever au destin des Barrett, tout est aussi brillant et poignant que subtil 4,5/5

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Conan The Avenger #1

Semaine du 30/04

A retenir : la nouvelle mini-série Star Wars Rebel Heist de Matt Kindt et Marco Castiello, en plus de bénéficier de couvertures splendides d’Adam Hugues, repose sur un parti pris narratif intéressant. Le scénariste a en effet voulu retranscrire l’admiration sans borne qu’il ressent pour les légendaires héros de la saga (Han, Luke, Leia…) en créant un narrateur qui partage son sentiment. Et ça marche assez bien. En voyant Han Solo « de l’extérieur », et même si le bleu qui l’admire en fait beaucoup, on a bien l’impression d’être face à une légende vivante. Et c’est aussi le prétexte à une étude de personnage plutôt réussie de la part du scénariste. Seul petit bémol : cet exercice de style occulte un peu le reste de l’intrigue. Solo et les rebelles ont clairement un plan qu’ils sont en train de mettre en œuvre, mais cela passe un peu au second plan du récit. C’est voulu (le narrateur lui-même ne sait pas trop dans quoi il s’est embarqué), c’est une bonne idée, mais il faudrait peut-être peaufiner le dosage.

Et sinon l’annual de Batwoman par Marc Andreyko, Trevor McCarthy et Moritat vient conclure l’intrigue laissée en plan lors du départ de J.H. Williams III et W. Haden Blackman. Batwoman était forcée d’affronter et de démasquer Batman pour le compte du Directeur Bones, qui retenait sa sœur Elisabeth (Alice). Et Batwoman de s’exécuter tout en montant en cachette une opération de sauvetage avec l’aide de sa cousine Bette aka Hawkfire et de son père (et de quelques anciens collègues de celui-ci). Le résultat, comme on pouvait si attendre vu la genèse chaotique de cette intrigue dont Andreyko n’a écrit que cet ultime chapitre, est assez médiocre. Le scénariste met les points sur les « i » et les barres sur les « t » mais le fait trop mécaniquement. Le double twist autour de Bones fait artificiel, et le reste est efficace mais sans génie. Et surtout Batman vole littéralement la vedette à l’héroïne, s’avérant beaucoup plus efficace et charismatique qu’elle. C’est sans doute en partie voulu, mais c’est un peu dommage, Kate Kane méritant mieux que ça. En plus le dessin est inégal, McCarthy s’en tirant globalement bien, mais Moritat beaucoup moins. Mais on appréciera quand même que DC ait pris la peine de finir cette histoire (et en laissant quand même un peu de temps aux auteurs), même comme ça.

Et à part ça Mercy Sparx de Josh Blaylock et Matt Merhoff a tout de la série culte : bourrine, barrée, un brin provocatrice mais surtout très fun.

#review BatwomanAnnual 1 Une fin bricolée à l’arc des auteurs précédents et ça se voit. Pas honteux, loin d’être brillant. Batman star 2.5/5

#review MercySparx 5 L’évasion de Mercy, prisonnière d’une maison close très spéciale, est fun. Un comic bas du front mais cool  3,5/5

#review KingConanThe Conqueror 3 Beau, violent, épique, la quête de Conan continue et les prêtres Stygiens en paient le prix 4/5

#review StarWarsRebelHeist 1 Le procédé (voir Solo à travers les yeux d’un bleu) est intéressant, mais peut-être un poil trop appuyé 4/5

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Star Wars : Rebel Heist #1

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