Jeffzewanderer’s Reviews Express #18, de l’utilisation répétée des bonnes idées

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Jeffzewanderer Par

Les bonnes idées sont-elles des fusils à un coup ? On peut se poser la question (enfin moi je me la suis posée en tous cas) à la lecture de Superman #32. Comme je l’ai évoqué dans la review de ce numéro, Geoff Johns semble vouloir y lancer un arc développant le thème de la rencontre de Superman avec un « autre Superman ». Pas une version issue d’une réalité alternative, mais plutôt un individu dont le parcours rappelle celui du Kryptonien.

Big Blue rencontre en effet Ulysses, un jeune homme doté de super-pouvoirs, qui a été exilé vers une autre dimension par ses parents pour échapper à la destruction de sa planète natale, et qui est devenu le héros protecteur de sa terre d’accueil. Ça vous rappelle quelqu’un ? Petit twist : la « planète natale » en question est la Terre, dont ce héros découvre donc qu’elle n’a pas du tout été détruite.

Idée intéressante, qui peut donner un bon arc. Mais par contre le thème de « Superman rencontre un Superman bis » sent un peu le réchauffé. Parce que Geoff Johns l’avait déjà utilisé en 2006 lors de son run sur Action Comics avec l’arc Last Son. Cette fois Superman rencontrait un jeune enfant qui avait apparemment lui aussi été envoyé à travers l’espace depuis Krypton pour échapper à la destruction de la planète. Là encore vous remarquerez la similitude avec le parcours de Big Blue. Et ce bon Clark Kent de vouloir adopter le jeune enfant, sorte de Superman bis donc, pour lui prodiguer l’amour que lui-même avait eu la chance de recevoir de la famille Kent.

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Superman Last Son (Geoff Johns & Adam Kubert)

De même, dans le Superman Unchained de Scott Snyder et Jim Lee, Superman est confronté à Wraith, un alien surpuissant débarqué par accident sur Terre qui a pour mission de la protéger. Là encore la ressemblance saute aux yeux. Et là encore il y a une différence majeure avec Superman (qui est au cœur de l’arc) puisque plutôt que d’opérer en freelance, selon sa conscience, Wraith a plutôt choisi d’obéir aux ordres de l’armée US.

Ces trois histoires (Superman #32, Last Son et Superman Unchained) ont donc tout de la variation sur un thème. Et c’est pour cela que l’histoire de Superman #32, dernière arrivée, a pu susciter quelques critiques : manque d’originalité de Johns, y compris vis-à-vis de son propre travail… Mais si après tout le mot important était « variation » plutôt que « thème » ? Bien qu’ayant moi-même relevé et critiqué ce bégaiement thématique, je vais maintenant me faire l’avocat du diable et souligner le fait que les trois histoires sus-évoquées sont bien différentes. Chaque « Superman bis », au-delà des similitudes avec l’original, a un parcours bien différent, et représente quelque chose de bien spécifique par rapport audit original (son enfance, ce qu’il aurait pu devenir, ce qu’il est devenu). Et la confrontation de Superman face à chacun de ces « autres-lui » permet à chaque fois d’explorer une facette différente du héros.

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Superman Unchained (Scott Snyder & Jim Lee)

Le thème de « Superman rencontre Superman » pouvait donc bien être traité de plusieurs façons différentes. Dès lors, n’aurait-il pas été dommage de n’aborder qu’une des ces façons parce que c’était la première choisie, et de se priver des autres ? Je ne pense pas. En fait le problème lié à cet arc de Johns vient plus du timing, mais aussi de l’identité d’auteur.

De timing parce que Superman Unchained n’est même pas fini qu’on nous ressort déjà la même prémisse. Si quelques années avaient passé, il n’y aurait eu que les lecteurs les plus pointilleux pour remarquer la similitude. Voyez ce qui s’est produit avec le Wolverine de Paul Cornell lorqu’il priva Logan de son pouvoir guérissant et en tira les conséquences avec Killable et 3 Months To Die. En fait Logan avait déjà perdu son précieux pouvoir, en 1993-94, sous la plume de Larry Hama, en même temps que son adamantium. Et il s’était d’ailleurs aussi embarqué dans un long périple sous le poids de ce traumatisme. Mais même le thème est identique et si les similitudes entre les deux histoires sont pour le coup un peu plus prononcées, elles restent assez différentes pour qu’on ne crie pas au plagiat. Et seule une poignée de fans ont au final souligné cette similitude thématique puisque 20 ans séparaient les deux histoires. Superman n’a pas eu tout ce temps.

Autre point qui a pu jouer pour Superman #32 : l’identité de l’auteur. Comme je l’ai dit, Geoff Johns avait déjà exploré le thème « Superman rencontre Superman » (avec Last Son). Mais comme il l’avait fait d’une manière a priori très différente, et pour le coup assez longtemps avant, peut-on lui en tenir rigueur ? Après tout on n’a rien dit à Snyder quand lui l’a fait avec Unchained. Donc pourquoi Johns ne pourrait-il pas explorer derechef un thème sur lequel il a encore des choses à dire ? On tique peut-être parce qu’il est rare justement qu’un auteur ait deux choses différentes à dire sur le même thème. Mais si c’est le cas au nom de quoi devrait-il se brider ?

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Superman #32 (Geoff Johns & John Romita Jr)

Finalement, ce qui a porté préjudice à Superman #32, c’est la conjonction de ces deux éléments (timing inopportun et identité d’auteur). Mais en fait aucun des deux ne justifierait à lui-seul de condamner le titre a priori. Et c’est bien là le plus important. Leur addition n’est quant à elle qu’un concours de circonstances qu’on peut souligner, mais qui ne justifie pas non plus, je pense, une sentence trop sévère. En résumé, on peut donc dire que non, les bonnes idées ne sont pas des fusils à un coup, à condition qu’on vise bien une cible différente à chaque tir.

Sur ce passons à quelques Reviews Express des sortie DC et indés allant du 4juin au 2 juillet. Pour Marvel il faudra attendre Aout, avec quand même quelques titres sélectionnés (les séries Guardians Of The Galaxy…) dont on vous parlera en attendant. Désolé pour ce planning chaotique, dû à des problèmes d’arrivage de comics et à un emploi du temps chargé de votre serviteur. Comme toujours vous pouvez découvrir ces Reviews Express en avant première sur twitter @Jeffzewanderer.

Semaine des 04 et 11/06

A retenir : Retour gagnant pour Ron Marz qui conclut son arc sur Witchblade. Il achève de poser les bases du nouveau statu quo de Sara Pezzini, désormais sheriff d’une petite ville de l’Etat de New York, et surtout à nouveau en possession de la Witchblade. En plus les histories bonus de ce #175 sont toutes de qualité, avec une mention spéciale à celle mettant en scène la Witchblade du Japon féodale. Et il convient enfin de souligner la qualité du dessin de Laura Braga, qui est allé s’améliorant au fil des numéros et est ici irréprochable. A noter que l’artiste réalise à la fois l’histoire principale et la back-up susmentionnée.

#review DarknessCloseYourEyes Un Estacado violent, une famille pourrie au début du XXème. Pas nul mais si convenu que c’est ennuyeux 2/5

#review Legenderry 4 The Phantom s’en mêle. Twist téléphoné à venir sur Magna, mais les enjeux sont enfin + clairs & l’action est fun 3,5/5

#review Witchblade 175 Tête à tête Sara/Witchblade réussi, back-up au japon féodal géniale, autre back-up avec Gleason sympa 4,5/5

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Witchblade #175

Semaine du 18/06

A retenir : Gail Simone a entrepris un grand travail de rénovation du personnage de Red Sonja depuis qu’elle a relacé la série, cherchant à capture l’essence du personnage tout en la modernisant. La sexualité de l’héroïne, désormais libérée de son vœu de chasteté, fait partie de grands chantiers de la scénariste qui en remet une couche à ce sujet avec ce Red Sonja #10, ironisant notamment sur ledit vœu avec beaucoup d’humour. Mais au-delà de ça l’arc en cours, où Sonja doit réunir plusieurs artistes et artisans d’élite pour satisfaire un tyran et sauver la vie de ses esclaves, est à la fois une aventure légère et enlevée, mais aussi une vraie exploration de la psychologie de l’héroïne. On peut même parler de création de ladite psychologie. Simone fait de la diablesse à l’épée un personnage féminin complexe et intéressant, digne de Wonder Woman.

Turtles In Time #1 a un pitch génial, le même que le jeu culte : les Tortues se retrouvent à voyager d’époque en époque, en commençant ici par la préhistoire. C’est aussi fun (et sans prétention) qu’on peut l’espérer mais il est dommage que Ross Campbell tombe dans ses pires travers au dessin, avec un trait trop enfantin, et des personnages bien trop « mignons-tout-plein-choupinous » pour le récit malgré sa légèreté. Par contre la série régulière TMNT, marquant le retour à New-York des héros est impeccable et fait la part belle au développement des seconds rôles dont Angel.

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Turtles In Time #1

Dans Batwoman #32, comme depuis le début de son run, Marc Andreyko se concentre beaucoup sur les déboires sentimentaux de l’héroïne. Ce mois-ci c’est très réussi, et la rupture annoncée entre Kate et Maggie ressemble enfin moins à une commande de l’éditeur. Mais attention à ne pas non plus transformer la série en soap-opera.

Enfin Lone Ranger #25 marque la fin d’une série qui avait fait son temps mais qui sait tirer sa révérence avec grâce. Cet ultime stand-alone retrouve en effet le souffle épique des grandes heures de la série, s’avérant poignant et faisant bien ressentir la dimension iconique du Ranger qui avait fait le succès du premier volume.

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Batwoman #32

#review RedSonjaSanctuary Suite de « Raven ». Etude de personnage convenue. Sonja trouve la paix dans une communauté & la perd. Dessin bof 2/5

#review TurtlesInTime 1 Tortues vs Dinosaures et Utroms c’est bien fun mais le dessin de Ross Campbell est trop simpliste hélas 3/5

#review Fatale 23 Numéro à la narration façon trip haluciné, ça déconcerte mais au final la tension monte bien avant le dénouement 3,5/5

#review Batwoman 32 Déboires sentimentaux de Kate bien écrits (retour d’une ex). Nouvel arc, nouveaux ennemis, à voir ce que ça donnera 4/5

#review WonderWoman 32 Fin des préparatifs et début du combat vs le 1st born et ses alliés. L’intensité est bien là 4/5

#reviews TMNT 34-35 Honneur aux seconds rôles (Hob, Slash) & retours de persos connus des fans (Metalhead, Nobody). Denses & réussis 4/5

#review LoneRanger 25 Un dernier stand-alone pour la route, sur la chasse au bison et le sort des indiens. Simple & superbement efficace 4/5

#review RedSonja 10 Sonja vs l’escrimeur intouchable. L’étude de personnage continue, toujours aussi juste, intelligente & drôle 4,5/5

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Red Sonja #10

Semaine du 25/06

A retenir : The Goon One For The Road marque aussi le retour de l’anti-héros d’Eric Powell en attendant la mini-série à venir. Mais contrairement à Ron Marz la semaine précédente difficile de parler ici de retour gagnant. C’est toujours beau mais le pétage de plomb complet du numéro au 2/3 avec le débarquement d’une horde de caricatures puis d’un singe furieux et enfin d’avions de chasse ne rime à rien. Je sais que dit comme ça ça a l’air génialement loufoque et totalement culte mais en pratique c’est juste du n’importe quoi sans queue ni tête.

Justice League #31 de Geoff Johns et Ivan Reis continue de poser le nouveau statu quo post-Forever Evil et le travail des auteurs sur Lex Luthor est tout à fait remarquable, gardant tout ce qui rend ce vilain si intéressant tout en créant une réelle empathie pour lui chez le lecteur. Et son duo avec Batman devrait nous réserver pas mal de scènes mémorables pour l’avenir.

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The Goon : One For The Road

Mark Waid termine parfaitement sa série Green Hornet, petite perle à découvrir pour tous les fans de son Daredevil. C’est aussi subtil et intelligent que la série mettant en scène tête à cornes. Et surtout, redisons-le, pour la première fois dans une adaptation moderne du Hornet, le scénario prend vraiment en compte le fait que le personnage se fait passer pour un criminel et en tire toutes les conséquences que ce soit au niveau de ses actes ou de sa psychologie.

Et dans Star Wars Rebel Heist #3 c’est Chewbacca qui est à l’honneur, mais le vrai problème de ce numéro est que Matt Kindt abuse de son gimmick de montrer le héros à travers les yeux d’un second couteau. De plus, et c’est là le plus gênant, ledit gimmick est ici mal utilisé en plus, avec un ex-impérial qui méprise Chewie tout le long du numéro (racisme des impériaux oblige, jusque-là ça va) mais change d’avis d’un coup sans qu’on sente vraiment ce qui a motivé ce revirement qui paraît du coup très artificiel (ok Chewie réalise un acte courageux, mais il fait ça depuis le début du numéro donc…).

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Star Wars Rebel Heist #3

#review TombRaider 5 Retour à Yamatai. Persos bien, aventure pas mal mais qui fait trop DLC bonus du jeu, dessin trop vide et raide 2,5/5

#review GoonOneForTheRoad Un marin cherche son pote. Part comme du Goon classique & efficace, bascule en grand n’importe quoi d’un coup 3/5

#review StarWarsRebelHeist 3 Le gimmick de voir le héros (Chewie ici) par les yeux d’un tiers commence à trouver ses limites 3/5

#review MercySparx 6 L’histoire de possession est moyenne, Mercy dans la maison hanté par contre c’est très marrant 3,5/5

#review GreenHornet 13 Britt Reid vs le Hornet, Waid finit parfaitement son exploration du personnage & des conséquences de ses actes 4/5

#review ConanTheAvenger 3 Le deuil de Conan continue au milieu des jeux de pouvoir à Kush. Les 2 sont parfaitement gérés 4/5

#review KingConanTheConqueror 5 Conan prêt à reprendre son trône; Peu d’action mais un vrai souffle épique malgré ça. Dessin superbe 4/5

#review StarWarsLegacy 16 L’origine de Darth Wredd révélée, et l’impératrice Fel vue sous un nouveau jour. Ania toujours cool 4/5

#review JusticeLeague 31 La confrontation Luthor/Wayne vaut le détour. Globalement la mise en place du nouveau statu quo est impec’ 4,5/5

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Justice League #31

Semaine du 02/07

A retenir : J’avais déjà chanté les louanges de la série East Of West de Jonathan Hickman et Nick Dragotta, excellente œuvre de SF post-apocalyptique à l’univers génial et à l’écriture si élégante. Archétype du comic Hickmanien, ce titre est vraiment à découvrir, que vous aimiez le travail du scénariste sur Avengers ou pas. Si vous l’aimez vous retrouverez ses thèmes de prédilection poussés encore plus loin. Si vous trouvez que les séries Avengers avancent trop lentement, vous découvrirez ici un récit au rythme bien plus soutenu, qui sait proposer d’excellentes scènes d’action (comme dans ce numéro) sans rien sacrifier par ailleurs.

#review Witchblade 176 Stand-alone dans 1 fête foraine hantée. Dessin Jae-Lee-esque, scénar sympa mettant un peu l’accent sur Rooney 4/5

#review EastOfWest 13 Death vs le Marshall, et Wolf et Crow vs les démons avec lesquels Cheveyo a pactisé. Action brutale, super fin 4/5

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East Of West #13

One Response to Jeffzewanderer’s Reviews Express #18, de l’utilisation répétée des bonnes idées

  1. Eddyvanleffe dit :

    La redondance des thèmes sont assez courantes et effectivement, tout dépend du délai entre les deux sagas. Le Daredevil de Bendis et son identité fuitée dans les tabloïdes, c’était déjà arrivé dans le run de Chichester et Mac Daniel (Fall from grace). De même que cette histoire de Cour des Hiboux possède de forte réminicences de Batman: The Cult par Starlin et Wrightson (Enfer blanc chez Comic USA). Le faire remarquer d’ailleurs nous met parfois dans une position bizarre de « trop vieux lecteur » un peu comme si le fait de pointer ces similitudes nous faisait devenir « génants ». A un moment où Bendis ou Snyder marchaient sur l’eau (ce qui est déjà beaucoup moins le cas aujourd’hui), pointer le fait que TOUT n’était pas novateur chez eux nous faisait un peu passer pour de vieux aigris attachés à des reliques un peu comme ce bon vieux SMAUG assis sur son tas de comics.
    A chaque génération, ses auteurs, ses classiques,ses relaucnhs (Crisis/New 52)

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