Jeffzewanderer’s Reviews Express #24

Reviews Express Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Allez, c’est parti pour les avant-dernières Reviews Express de cette année 2014 (ben oui pour les deux semaines de Noël c’est les vacances hein ! Le foie gras ne va pas se manger tout seul et taper avec une tartine à la main c’est moyen). Et une fois n’est pas coutume, le titre de la semaine n’est pas le meilleur, mais sûrement celui qui amène à se poser les questions les plus intéressantes…

Le titre de la semaine :

BITCH PLANET #1 (Image) par Kelly Sue DeConnick et Valentine de Landro

La question qu’on est amené à se poser en lisant ce premier numéro de Bitch Planet c’est « est-ce qu’une satire a besoin d’être subtile pour être bonne ? ». Parce que c’est exactement ce qu’est la nouvelle série de Kelly Sue DeConnick : une satire de notre société dominée par les hommes. Dans un futur indéterminé, la société est devenue totalement patriarcale, et les femmes n’ont que le droit d’obéir à leurs maris et d’être des épouses dévouées. Toutes celles qui essaieront de résister seront estampillées « non compliant » (désobéissantes) et expédiées dans des endroits joliment nommés « auxiliary compliance outposts » situés dans l’espace. Bref la critique du machisme et de la misogynie est évidente, pour ne pas dire caricaturale, et on se la prend dans la gueule à longueur de numéro. Du coup est-ce que ce côté « enfoncez-vous ça dans la tête » n’affaiblit pas un peu le message ? « Tout ce qui est excessif est insignifiant » disait Talleyrand, on peut le balayer d’un revers de main, contrairement à un propos mesuré, bien construit et argumenté.

Mais d’un autre côté Kelly Sue DeConnick ne prétend pas écrire un traité de philosophie mais un comic. Et de ce côté il faut reconnaître qu’elle s’en sort bien. Le message omniprésent n’empêche pas non plus la mise en place d’une histoire qui semble assez fun. L’exposition est minimaliste, la scénariste choisissant de surtout poser son décor et de nous promener dans son monde sans nous dire où on va. On devine qu’on va suivre un groupe de prisonnières, avec des archétypes reconnaissables : la grosse brute, la bad ass mystérieuse… La dernière bulle offre un dernier indice sur ce que pourraient proposer les prochains numéros, mais pas plus. Pourtant on se laisse prendre au jeu, et on apprécie les scènes d’action dans ces 22 pages. On sent la maîtrise technique dans l’écriture de DeConnick. Et les dessins et designs de Valentine de Landro sont très réussis, et donnent un vrai cachet à la série, comme souvent chez Image ces derniers temps.

Alors oui, j’ai trouvé la satire féministe un peu lourde, l’expression maladroite d’idées auxquelles j’adhère pourtant. Mais elle ne m’a pas empêché d’apprécier un bon comic très bien écrit et dessiné qui veut faire passer son message mais n’oublie pas de raconter une histoire, et c’est bien là l’essentiel.

Reviews Express Comic Talk

Les autres sorties :

SPIDER-MAN & THE X-MEN #1 (Marvel) par Elliott Kalan et Marco Failla

Spider-Man, les X-Men et #1. Normalement la combinaison de ces trois éléments équivaut au permis d’imprimer ses propres billets de banque pour Marvel. Du coup il est étonnant de voir deux illustres inconnus aux manettes de ce qui aurait dû être un lancement majeur pour la Maison des Idées. Et c’est d’ailleurs à peu près la seule chose étonnante à propos de ce comic. Parce que pour le reste c’est exactement ce à quoi on peut s’attendre. Honorant une dernière volonté de feu Wolverine, Spidey vient jouer les profs pour les jeunes mutants de l’académie Jean Grey. Mal accueilli par ses collègues mutants qui se demandent ce qu’un humain peut leur apporter, raillé par les élèves à problèmes qu’il se doit d’encadrer, il se montre maladroit et peine à établir le lien avec eux. Mais comme il est un bon gars, malgré les gags et bourdes, il commence à y arriver. Et évidemment il y a un subplot autour de la vraie raison pour laquelle Logan a confié cette mission au tisseur. Bref c’est très convenu de bout en bout, mais ce n’est pas mal fait non plus et ça se lit sans déplaisir, voire en esquissant régulièrementun sourire. Et le dessin est au diapason, jamais transcendant mais toujours bon. Alors si vous avez 4$ en trop, il y a de pires investissements, mais ne sacrifiez pas une série que vous aimez pour lire celle-là non plus.

Reviews Express Comic Talk

SUICIDE RISK #20 (Boom !) par Mike Carey et Elena Casagrande

Mike Carey nous l’avait annoncée, elle est là, la grande bataille entre les forces de Leo/Requiem et les Men Of Gold. Mais surtout le héros retrouve sa femme originale, Aisa, qui n’est pas très heureuse de savoir que pendant son exil son cher et tendre était marié à une autre et que cette autre a aussi élevé leur fille Terza/Tracey. Ce numéro pâtit d’une certaine faiblesse en ce qui concerne le récit de la bataille, surtout sa conclusion qui sent le deus ex machina, les pouvoirs de Terza/Tracey faisant un peu ficelle (même si techniquement il n’y a pas d’incohérence et tout n’est pas résolu d’un claquement de doigt). Mais d’un autre côté on retrouve l’approche réaliste des pouvoirs, et surtout un travail admirable sur les personnages. C’est le cas quand il s’agit de prendre en compte la fusion des personnalités pour Leo/Requiem ou Terza/Tracey. Et c’est encore mieux fait pour ce qui est des répercussions de cette dichotomie sur leur entourage, surtout sur les deux épouses de Leo/Requiem, Aisa et Suni. Mike Carey arrive très bien à ajouter une dimension de tragédie personnelle à son récit épique. Et Elena Casagrande est toujours aussi douée, malgré un encrage inégal en raison de la présence de plusieurs encreurs utilisant des styles assez différents.

Reviews Express Comic Talk

GEORGE PEREZ’S SIRENS #2 (Boom !) par George Perez

Ça doit vraiment être la fin d’une époque quand le nom de George Perez, grand parmi les grands n’est plus gage de qualité. Hélas Sirens est une mini-série qui réussit à mêler action basique et scénario incompréhensible. Des archétypes d’héroïnes (style l’asiatique avec ses sabres, la barbare bourrine ou la super-héroïne…) se bastonnent avec une grande vilaine dans un décor de SF tendance space opera, mais après deux numéros je n’ai toujours pas compris pourquoi ces dames se mettent sur la tronche. Et les histoires de voyage dans le temps que j’ai cru déceler n’aident en rien. Et même niveau dessin le génie de Perez pour réaliser des pages foisonnantes mais toujours impeccables n’est plus là. Ici ça fait juste chargé. Et les couleurs font trop « ordi ». Reste des design réussis, et au moins un flash-back compréhensible sur l’héroïne ninja. On se raccroche à ce qu’on peut.

Reviews Express Comic Talk

SOUTHERN BASTARDS #6 (Image) par Jason Aaron et Jason Latour

Et voilà le meilleur titre de la semaine, comme chaque fois que la série sudiste des deux Jasons sort. Après le final à couper le souffle du premier arc, on découvre maintenant le passé de coach Boss. La technique est classique : on prend un salopard et on révèle qu’il a eu une vie tellement pourrie, à laquelle il a tout fait pour échapper, qu’on ne peut qu’éprouver de la compassion pour lui. Mais justement, prendre une recette aussi basique et faire qu’elle fonctionne nécessite un certain brio, dont les deux auteurs ne manquent pas. Les tribulations du jeune Euless Boss nous touchent, et confèrent une certaine gravité à l’adulte qu’on aperçoit le temps de quelques scènes. Ajoutez une plongée dans l’univers du foot US des plus réussies que les fans apprécieront, des dessins toujours aussi percutants de Latour, et vous avez peut-être la meilleure œuvre de ces deux auteurs. En tous cas ce n’est pas ce numéro qui me donnera envie de dire le contraire.

Reviews Express Comic Talk

COPPERHEAD #4 (Image) par Jay Faerber et Scott Godlewski

L’enquête du sheriff Clara Bronson se poursuit dans ce space western, et on en apprend un peu plus sur le passé de son assistant Boo. Ce sont ces petits character moments qui confèrent son intérêt à ce numéro, où l’intrigue n’avance pas énormément, à une révélation près (mais qu’on connaissait déjà depuis le numéro précédent, à savoir le lien du mystérieux « Artie » Ishmael avec le crime sur lequel Clara enquête). Mais justement malgré ce côté numéro de transition, on ne s’ennuie pas une seconde, Faerber sachant faire vivre et développer ses personnages. Et les dessins de Scott Godlewski sont quant à eux d’une efficacité imparable, sa maîtrise du story-telling contribuant énormément au plaisir de lecture.

Reviews Express Comic Talk

One Response to Jeffzewanderer’s Reviews Express #24

  1. Matt (membre peu assidu de l'amicale du geek ^^) dit :

    ah mince j’avais été tenté par le Perez, il le vendait bien dans l’interview sur comic box

Poster un commentaire