Jeffzewanderer’s Reviews Express #27

Comic Talk Reviews Express

Jeffzewanderer Par

Allez cette fois on va s’y tenir et enchaîner une seconde édition de la nouvelle version des Reviews Express. Deux semaines de sorties concernées (comme ce sera normalement le cas à l’avenir), et une sélection des titres les plus intéressants, décortiqués en quelques lignes. Si la livraison du 28 janvier a été assez pauvres (du moins en ce qui concerne ma pull list), celle du 4 février a largement compensé. Et le « Top Of The Pile » (award totalement subjectif) est là pour récompenser le titre qui m’aura le plus marqué. C’est d’ailleurs par là qu’on commence, avec un choix qui ne surprendra pas les habitués des Reviews Express.

TOP OF THE PILE : VELVET #9 (Image)

par Ed Brubaker et Steve Epting

Ce paragraphe pourrait être une énième occasion de vanter les mérites du génial thriller qu’est Velvet. Parfait mélange entre espionnage tendance réaliste et action aventure spectaculaire à la James Bond, la série est de plus magnifiquement illustrée par Steve Epting. Son style réaliste et détaillé fait merveille, ses compositions sont à la fois sobre et d’un dynamisme exemplaire, et les couleurs d’Elizabeth Breitweiser achèvent de sublimer l’ensemble. Mais plutôt que de vous parler de es caractéristiques générales, c’est vraiment sur ce numéro en particulier que je préfère m’attarder. Brubaker arrive en effet au moment délicat où il lui faut commencer à révéler les secrets de son intrigue, tout en préservant les enjeux dramatiques pour la suite, la fin de l’aventure étant encore loin. Difficile donc de ne pas déflorer toute l’intrigue tout en en donnant assez à un lecteur avide de réponses. Et pourtant le scénariste y parvient avec une aisance déconcertante, ajoutant tout un niveau à son intrigue en dévoilant un seul secret, et surprenant le lecteur par une seconde révélation de dernière minute. En un numéro c’est quasiment toute une nouvelle intrigue qui est lancée, tout en restant le prolongement naturel de celle qu’on suivait jusque là. Et toutes les qualités mentionnées plus tôt sont évidemment toujours de la partie, ainsi que des dialogues particulièrement justes.

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SEMAINE DU 28/01

BATMAN #38 (DC) par Scott Snyder et Greg Capullo

Si j’étais enclin à la paranoïa (et à la mégalomanie), je dirais que Scott Snyder écrit Batman uniquement dans l’optique de me rendre chèvre. Le mois dernier son traitement du Joker comme un banal psychopathe malsain modèle « série TV produite à la chaîne » m’agaçait et me faisait presque regretter d’avoir recommencer à lire sa série. Et boum, ce mois-ci le clown prince du crime retrouve de sa splendeur, sans même apparaître dans le numéro. Mais si ce n’était que ça, ce serait encore trop simple. Dans son arc, Snyder s’amuse à revisiter les origines du personnage. Je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler, mais je peux par contre affirmer qu’il joue selon moi à un jeu dangereux. Car si tout cela s’avère être une manipulation du Joker, alors cet arc confinera pour moi au génie. Ce sera un des plus beaux plans du méchant le plus génial de la meilleure galerie de vilains au monde. Mais si tout est vrai, alors le scénariste aura salopé le personnage. Alors je sais que dans les comics même les révélations les plus fracassantes ne durent que tant qu’on veut bien s’en souvenir, et qu’au quotidien ça ne changera pas forcément grand-chose. Mais ça revient quand même à remettre en cause l’essence même du Joker. Alors autant quand Snyder s’assoit gaiement  sur Year One, ça m’agace mais sans plus parce que si je ne suis pas content je peux toujours aller me relire le classique de Miller et Mazzuchelli. Autant s’il me dénature mon Joker pour l’avenir, je vais plus l’avoir en travers. Oui, ça fait beaucoup de possessifs, mais ça montre bien à quel point les histoires de Snyder peuvent toucher le lecteur que je suis. Même le cliffhanger, génial, m’oblige à reconsidérer un arc passé qui m’avait déçu… Chèvre qu’il va me rendre je vous dis !

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BITCH PLANET #2 (Image) par Kelly Sue DeConnick et Valentine De Landro

Deuxième numéro du « Oz » version SF et féminisme subversif de la brillante et déjantée Kelly Sue DeConnick. La scénariste continue de poser tranquillement le décor de sa série, ayant clairement opté pour une exposition décompressée. Cette fois moins de satire exagérée (même si elle est toujours présente) mais plus une volonté classique d’exposer les enjeux du titre. On découvre donc qu’on sera face à une histoire de prisonnières obligée de participer à un équivalent des jeux du cirque romains pour distraire un public soumis à une élite cynique et prête à tout pour conserver son statut et ses privilèges. Et nos (anti)héroïnes vont bien sûr essayer de tirer leur épingle du jeu, feignant de se plier à ce système pervers pour mieux essayer de le détruire de l’intérieur. L’originalité en prend un coup pour le fond, mais l’univers de la série et surtout la qualité formelle de l’écriture compensent largement cela. Et le dessin de Valentine De Landro, percutant par sa sobriété, est la cerise sur le gâteau. Une série à suivre, clairement.

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SEMAINE DU 04/02

STAR WARS #2 (Marvel) par Jason Aaron et John Cassaday

C’est officiel, avec ce deuxième numéro, Jason Aaron n’essaie même plus de faire du Star Wars. Mis à mal à l’occasion du premier numéro les codes narratifs de la saga sont cette fois passés par-dessus bord pour de bond. Darth Vader Avec deux sabres et retenant une patte d’AT-AT grâce à la force, Luke rongé par le doute une seconde avant de sauter sur une Speeder Bike et de dégommer les stormtroopers à la chaîne… Même les dialogues n’ont plus ce côté un peu hiératique associé à la saga, et ressemblent plus à du pur Jason Aaron (tendance mainstream hein, pour le premier « fuck » on devrais encore attendre quelques numéros). Mais, à l’instar de son prédécesseur, ce deuxième numéro est toujours aussi fun à lire. Et ce serait même mentir que de dire qu’on ne ressent pas un petit frisson d’excitation en découvrant nos héros si familiers interprétés de manière si différente. On passera même sur le détail de Vader qui affronte Luke mais ne le reconnaît pas comme son fils (alors que dans l’Empire… bon bref si vous êtes assez fan pour tiquer là-dessus vous n’avez pas besoin de mes explications, et sinon il n’y pas de raison que cette séquence vous fasse tiquer). Et les dessins de Cassaday sont toujours très bon, malgré une tendance à coller un gros nez à Han Solo sur une ou deux cases.

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SUPERMAN #38 (DC) par Geoff Johns et John Romita Jr

Ce numéro résume à lui seul toutes les contradictions du court run de Johns. D’un côté il continue de ne pas exploiter des éléments narratifs qui auraient pu donner une profondeur bienvenue au récit. Il avait déjà mal utilisé l’ambiguïté morale intéressante d’Ulysses en lui faisant endosser le rôle du vilain vu que sa méthode pour atteindre l’utopie consiste à détruire la Terre. Et cette fois c’est la destruction du monde adoptif d’Ulysses (dans le numéro du mois dernier) qui passe à la trappe. Certes Ulysses est furieux et en veut à Superman. Mais le fait que la destruction de ce monde représente un échec tragique pour le kryptonien est passé sous silence. Pas une fois Supes ne se sent coupable (alors qu’on aurait justement pu explorer les sentiments du héros, se demander dans quelle mesure il est responsable ou pas de ce qui s’est passé…). Mais d’un autre côté l’apparition du nouveau pouvoir de Superman est bien amenée (il faudra voir comment l’intrigue se développera sous la plume du nouveau scénariste). Et surtout le numéro se termine sur un twist inspiré, qui introduit une évolution intéressante pour les relations version New 52 entre Superman et un membre de son supporting cast. Au dessin aussi Romita Jr alterne le très bon (le passage sur l’apparition du nouveau pouvoir, véritable déferlement de puissance), et le très mauvais sur certaines cases (corps aux proportions ratées…).

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THE UNITED STATES OF MURDER INC. #6 (Icon)

par Brian Michael Bendis et Michael Avon Oeming

Fin du premier acte de la nouvelle série des deux créateurs de Powers. Dans une uchronie où la mafia est un authentique Etat dans l’Etat aux USA, on suit les péripéties du tout jeune « made man » Valentine Gallo et de la « torpedo » Jagger Rose. Accusés de la tentative de meurtre ratée, et surtout non autorisée par les chefs des familles mafieuses, d’un sénateur, il s se retrouvent traqués à la fois par leurs pairs et les fédéraux. Ça c’est pour le pitch. Ce numéro vient terminer en beauté la cavale des deux partenaires de circonstances. Niveau scénario rien à redire, Bendis met parfaitement les points sur les « i » et les barres sur les « t », donnant toutes les explications attendues, n’oubliant pas de saupoudrer le tout d’une scène d’action très réussie, et surtout préparant le prochain arc en exploitant une des révélations de mi-parcours. Oeming continue de surprendre, son trait étant hyper stylisé et cartoony mais servant quand même parfaitement ce récit aux accents de polar noir. C’est dynamique, percutant, stylé, élégant, un vrai régal page après page. Bref c’est une nouvelle collaboration gagnante pour le duo, et une série dont il faudra surveiller de près le deuxième acte prévu pour l’été.

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WYTCHES #4 (Image) par Scott Snyder et Jock

Scott Snyder et moi, volume 2. Le scénariste continue de donner la pleine mesure de son talent dans cette série d’horreur. Celle-ci poursuit son évolution, l’horreur en question se faisant de plus en plus littérale. Finit les intrusions énigmatiques du surnaturel dans le monde ordinaire, cette fois le fantastique est avéré, et on commence à en apprendre un peu plus sur les mystérieuses créatures que sont les « wytches », ou encore sur le sens du terme de « pledged ». La réinterprétation de la figure familière de la sorcière est absolument brillante, très inventive, et parfaitement terrifiante sans jamais tomber dans la facilité du malsain pour le malsain (preuve de toute la finesse d’écriture dont Snyder est capable). Et on en apprend aussi plus sur la famille de Sailor, la victime des wytches. Encore une fois pas de cliché facile, même si le ressort scénaristique est connu, mais des passages qui humanisent les personnages. Et ils paraissent encore plus pertinents lorsqu’on les met en parallèle avec le texte autobiographique de Snyder qui clôt le numéro, soulignant la nature éminemment personnelle de l’œuvre. Pour le dessin rien de plus à ajouter sur le trait délicieusement torturé de Jock, tout simplement parfait, ni sur les couleurs, déconcertantes, mais qui achèvent de donner son cachet à la série.

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DJANGO/ZORRO #3 (Dynamite)

par Quentin Tarantino & Matt Wagner et Esteve Polls

L’aventure du duo aussi improbable qu’inspiré continue sur un rythme Tarantinesque. C’est lent, mais les dialogues sont impeccables, comme la mise en scène et on se prend au jeu, oubliant ladite lenteur. Don Diego est à l’honneur, confronté aux businessmen peu scrupuleux dont il entend bien contrecarrer les plans. On retrouve une ambiance vraiment similaire à celle du film Django Unchained (comment ne pas penser à la scène dans la demeure du vilain incarné par Leonardo DiCaprio ?), avec cette pointe d’humour qui caractérisait le long-métrage. Et on retrouve aussi ce côté cathartique quand une des « vilains » reçoit la leçon qu’il mérite. L’alchimie entre les deux héros fonctionne parfaitement, et c’est sans doute à mettre au crédit de Matt Wagner. Il ne faut pas non plus oublier de mentionner le talent d’Esteve Polls, dont le trait est aussi classique qu’efficace. Pas forcément un artiste qu’on remarque, mais un de ces artisans solide des comics dont on oublie trop souvent de souligner le mérite.

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WOLF MOON #3 (Vertigo) par Cullen Bunn et Jeremy Haun

La traque du loup-garou continue, cette fois dans un strip club miteux dans un trou de l’Illinois. Et doucement le récit de Cullen Bunn trouve son rythme. La dimension novatrice de son interprétation de la malédiction du loup-garou (qui passe d’un porteur à l’autre, mais plus comme un démon qui possèderait des hôtes successifs) est bien exploitée. Elle donne lieu à une chasse dans la chasse qui ajoute de la tension dramatique. Le récit tient donc plutôt de l’action que de l’horreur pure (on serait plus proche d’un Resident Evil que d’un Silent Hill si vous me permettez cette comparaison vidéo ludique). Quelques petites touches viennent aussi humaniser le héros, appliquant des recettes connues mais efficaces. Et les dessins de Jeremy Haun, déjà bons, ont même tendance à s’améliorer, notamment avec un loup aux poses moins rigides. La série en est désormais à mi-parcours, et malgré son départ un peu décevant elle a désormais assez d’atouts pour qu’on ait envie d’en connaître le dénouement.

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