Jeffzewanderer’s Reviews Express #34

Reviews Express Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Allez, on continue dans les bonnes intentions avec le retour des Reviews Express en mode un peu fouillis. Peu de rimes, on espère un peu de raison, et surtout quelques coups de cœur pour ces quelques titres sortis au cours des deux dernières semaines. Et à défaut de vraiment présenter les choses de manière ordonnée, on va quand même garder une bonne habitude en commençant avec le…

TOP OF THE PILE

TOKYO GHOST #1 (Image)

par Rick Remender et Sean Murphy

Rick Remender fait partie de ces auteurs qui semblent avoir une idée toutes les cinq minutes. Productiviste à l’extrême, il jongle entre séries mainstream chez Marvel (Uncanny Avengers, Captain America) et travail creator owned chez Image (Deadly Class, Low, Black Science…). Une œuvre éclectique où on retrouve quand même quelques éléments récurrents. Et Tokyo Ghost #1 n’échappe pas à la règle. Soulignons en premier lieu que ce numéro s’apparente au pilote d’une série TV : il constitue presque une histoire en lui-même, tout en se terminant par la mise en place du statu quo qui sera celui de la série. On y suit Led Dent et Debbie Decay dans un Los Angeles cyberpunk où le divertissement numérique est l’opium du peuple et tout le monde est accro au dernier degré, connecté 24 heures sur 24. Led est lui-même accro, et Debbie est elle la dernière personne de la ville déconnectée. Ils traquent le sociopathe Davey Trauma, meurtrier de masse aussi caricatural qu’oubliable. Mais pas de soucis, il n’est qu’un dernier job à accomplir, un prétexte pour justifier la fuite de nos héros vers Tokyo (dernière ville non connectée, leurs futures péripéties là-bas étant à priori le fameux « vrai » statu quo de la série).

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Du coup ce premier numéro est une gigantesque scène d’action Mad Maxienne. Le parallèle avec le récent film apparaît comme une évidence (et est sans doute une coïncidence, vu les délais de production) : course poursuite frénétique, univers barré et un brin trash, violence… Mais comme souvent chez Remender tout ceci n’est qu’un artifice, de l’habillage pour une histoire éminemment personnelle, touchante même. Car Tokyo Ghost est avant tout l’histoire d’amour de Debbie et Led, la première essayant envers et contre tout de sauver le second qui se perd dans les mirages numériques. Niveau émotion et finesse d’écriture en la matière on est heureusement plus près d’un Deadly Class ou Black Science que d’un Low. Et il en va de même pour la réflexion sur la place du numérique dans nos sociétés. Ce n’est pas un essai d’une subtilité effarante, mais on échappe quand même au préchi-précha bas du front.

Niveau dessin Sean Murphy est dans ses normes, son trait sketchy et anguleux ne perdant pas en dynamisme. Et ses designs donnent parfaitement corps à l’univers du titre, lui confèrent une vie qui fait beaucoup pour l’immersion. On se prend quelques claques visuelles qui sont pour beaucoup dans le succès de ce numéro finalement sans réel enjeu scénaristique (la série commençant vraiment au #2).

Barré, violent, frénétique, mais cachant une histoire faisant la part belle aux émotions, et aux obsessions personnelles de son scénariste, Tokyo Ghost #1 est un pur produit signé Rick Remender. Et Sean Murphy lui donne vie avec brio, achevant de mettre un bel emballage autour. Un premier numéro réussi donc, pour une série qui gagne le droit de revenir en deuxième semaine pour vraiment se dévoiler.

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RED SONJA #18 (Dynamite)

par Gail Simone et Walter Geovani

Clap de fin pour Gail Simone et Walter Geovani, qui viennent sans doute d’offrir à Red Sonja le run le plus atypique de son histoire. Car au-delà de l’aventure, bien présente, ces 18 numéros ont surtout constitué une déconstruction et une réinvention de la diablesse à l’épée. Déconstruction parce que la scénariste s’est amusée de toutes les conventions jusque-là admises pour l’héroïne, à commencer par sa sexualité. Jusque là présentée comme chaste en raison d’un vœux aux relents parfois malsains (ne se donner qu’à l’homme qui la vaincra en combat loyal), Red Sonja devient bien plus délurée sous la plume de Simone. Sa sexualité existe non seulement, mais est en plus fort développée et ne se limite pas au sexe opposé, comme le précédent numéro nous l’avait confirmé (après un teasing insistant).

Mais la déconstruction/réinvention du personnage ne se limite pas à cet aspect. La scénariste n’a eu de cesse de nous faire entrer dans la tête de son personnage, d’explorer ses motivations, pour mieux développer sa personnalité et surtout en faire un vrai personnage. C’est encore le cas ici, l’inculture de Sonja et son peu de goût pour l’instruction étant au cœur de cette aventure. Une occasion de plus de la découvrir autrement que comme une barbare basse du front, et d’envisager ses péripéties sous un nouvel angle alors qu’elle doit protéger une librairie que ses gardiennes veulent sauver fut-ce qu prix de leurs vies. Ça manque parfois un brin de subtilité (le vieux truc du conte qui donne la clé de la victoire notamment) mais ça reste une histoire pleine de cœur qui confirme le brio de Gail Simone.

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Brio dont Walter Geovani ne manque pas non plus. Artiste sous côté à l’extrême (à moins que Dynamite ne lui ait tressé un pont d’or, qu’attendent donc Marvel et DC pour le débaucher ?), il confirme encore une fois son talent avec un dessin toujours aussi fin, détaillé, et un story-telling impeccable. Lui aussi s’est d’ailleurs bien amusé avec Sonja, remplaçant souvent son bikini aussi iconique qu’improbable pour des tenues plus réalistes. Comment ne pas voir là l’écho visuel de l’écriture de Simone, contribuant à faire de l’héroïne un être de chair et de sang plus qu’une icône ? Et on appréciera même le dernier petit plaisir qu’il s’offre en terme de relooking.

Red Sonja #18 est donc à l’image de ce que fut la série : une aventure fun, et une étude de personnage aussi originale que réussie pour donner de la profondeur à un personnage qui ne connaissait guère que la premier degré (malgré la qualité des séries précédentes, à ne pas nier).

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SECRET IDENTITIES #7 (Image)

par Brian Joines & Jay Faerber et Ilias Kyriasis

Autre clap de fin, cette fois anticipé, pour une série qui n’a pas rencontré le succès qu’elle aurait mérité. On a donc droit à un numéro surdimensionné où les auteurs se livrent à un vrai numéro d’équilibristes pour boucler avant l’heure leur histoire. Et le plus beau c’est qu’à part à la toute fin où la partie « ce qu’ils sont devenus » fait un peu forcée, on aurait pu croire que c’était là le terme naturel de l’intrigue (bon ça et le deus ex machina pour battre les vilains aliens…). Les auteurs continuent de mêler parfaitement les révélations sur les secrets plus ou moins inavouables des divers héros composant la super équipe The Frontline, et l’action d’un titre de super-héros classique (avec une invasion alien donc, que ne dédaigneraient pas les Avengers ou la Justice League).

Cet équilibre fut la force de Secret Identities le titre étant plus qu’une série de super-héros classique, mais ne se réduisant pas non plus à son twist sur le genre. Ça et la richesse des personnages. Tous les secrets ne furent pas très originaux, loin de là, mais tous ces héros ont du cœur. En fait c’est peut-être ce manque d’originalité des secrets (l’ancien criminel, le monstre, la famille embarrassante, la double vie en civil…) qui permet de ne pas en faire des gimmicks, des outils dans la recherche du choc, et de se concentrer plutôt sur l’humanité des personnages qui les cachent. Du coup il est dommage de ne pas avoir pu assister au déroulement normal de la série, de ne jamais découvrir ce que les auteurs auraient fait de tous ces squelettes cachés dans divers placards. Paradoxalement, autant on est bien content de voir notre curiosité satisfaite par le biais des ultimes vignettes (les « que sont-ils devenus), autant ça contribue à faire ressortir le fait qu’en l’occurrence c’était vraiment le voyage qui importait plus que la destination. C’est un peu comme si George R. R. Martin balançait la fin de Game Of Thrones dans une interview plutôt que de l’écrire.

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Mais que ce regret ne fasse pas croire que Secret Identities ne vaut pas le coup. Ce final précipité est tout de même de grande qualité. Il nous réserve, outre un dénouement plus que satisfaisant de l’intrigue en cours, une bonne dose d’action spectaculaire et intense. Ilias Kyriasis n’a pas forcément le trait le plus sexy du monde. Il est au contraire très sage et je ne peux, au passage, m’empêcher de penser qu’il y a quelque chose d’européen dans son graphisme. Mais il s’y connaît pour ce qui est de mettre en scène du grand spectacle comme en témoigne l’affrontement contre les aliens géants. Et lui aussi réussit tout au long de ces sept numéros à trouver le juste équilibre entre grand spectacle et mise en scène des moments plus posés.

Secret Identities fut donc une excellente série, que cet ultime numéro empêche de justesse de rejoindre la catégorie des chefs-d’œuvre inachevés. Le potentiel fantasmé y perd, mais le plaisir d’une fin digne de ce nom vaut bien ça. Et ça fait une petite perle à découvrir bientôt en tpb.

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INVISIBLE REPUBLIC #6 (Image)

par Corinna Bechko et Gabriel Hardman

Cette série là par contre a bien su conquérir le public, à juste titre. Le thriller politique sur fond de SF du couple Bechko/Hardman voit ici son deuxième acte commencer. Et si on pouvait jusque là se demander ce que les auteurs avaient en tête, ce numéro nous apporte la réponse. L’histoire tournait autour de la découverte du  journal de Maia Reveron, mystérieuse cousine du dictateur Arthur McBride dont le régime vient de s’effondrer. Et si l’alternance entre l’ascension de McBride vue par Maia dans le passé et la quête pour s’emparer de ce journal dans le présent était plaisante, on savait que ça ne durerait qu’un temps. Ce temps est donc arrivé à son terme et c’est dans le présent que les choses passent à la vitesse supérieure.

Difficile d’en dire plus sans déflorer une intrigue qui repose beaucoup sur la révélation de l’histoire cachée de Maidstone/ Avalon (la planète où se déroule les évènements). On peut par contre souligner le fait que les auteurs tiennent leurs promesses de la postface du premier numéro. On nous promettait une réflexion sur le pouvoir et la manière dont l’histoire retenait certains évènements, elle est bien là. Ce n’est pas non plus un essai de science politique, donc ne vous attendez pas à des propos dignes de quelque universitaire aux titres ronflants, mais le thème n’est pas oublié. Ni le fait de raconter une histoire, avec son lot de suspens et de personnages attachants, à commencer par celle au cœur de tout : Maia Reveron. Croger Babb, journaliste déchu aussi acariâtre que talentueux et moteur de l’intrigue dans le présent, n’est pas mal non plus. Et l’action n’est pas en reste non plus, surtout dans ce numéro.

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Enfin soulignons que le trait de Gabriel Hardman est de plus en plus beau. Ce numéro est particulièrement réussi, avec un graphisme à la fois sobre et très fin, à l’instar de ce que put réaliser un Michael Lark. L’alternance entre dessin classique et lavis est fort  réussie et bienvenue, comme la différence visuelle entre les passages dans le passé et dans le présent (sachant que le coloriste Jordan Boyd mérite la majeure partie des félicitations pour ce dernier point).

Invisible Republic #6 lance donc de fort belle manière le nouvel acte de la série. Seul bémol, mineur, le titre n’est pas de ceux qui se prennent en marche, même en début d’arc, et je vous conseille donc de vous procurer le tpb du premier arc (ou les singles si vous les trouvez) avant de vous lancer. Mais si vous le faites, vous ne devriez pas être déçu(e).

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Et à part ça…

Version un peu spéciale des « à part ça », à l’image de ce numéro de reprise, puisqu’on va en profiter pour prendre la suite du dossier sur les séries Star Wars par Marvel et s’intéresser aux derniers numéros de celles-ci.

Star Wars #8 par Jason Aaron et Stuart Immonen voit Luke Skywalker tomber de Charybde en Scylla dans sa quête pour en apprendre plus sur l’héritage des Jedi. Toujours pas mal d’action pour un numéro sympathique continuant de poser les bases du nouvel univers « étendu » version Marvel (qui reprend au passage quelques poncifs de la version Dark Horse, à commencer par le coup de la planète tenue par des gangsters Hutts).

Kanan The Last Padawan #6 par Greg Weisman et Jacopo Camagni se déroule cette fois dans le présent de Kanan et sa bande de rebelles, les allusions à la jeunesse du Jedi en exil ne se faisant plus que par touches. Elles restent néanmoins bien présentes puisque le héros revient sur la planète où lui et son maître combattaient lorsque l’ordre 66 fut donné. Ça donne à ce nouvel arc un côté « partie 2 » du précédent, et ne le rend pas très accessible à qui ne lit pas déjà la série. Mais l’intrigue est plaisante, reprenant l’atmosphère de la série en l’assombrissant quand même un peu. Au dessin Camagni fait le métier mais on regrette quand même un peu Pepe Larraz, donc le trait était paradoxalement moins exagéré mais plus dynamique.

Enfin Lando #5 par Charles Soule et Alex Maleev voit la fin de la série se rapprocher et il est peut-être temps. Lando est toujours aussi attachant, mais l’intrigue de ce qui est devenu un huis clos dans le vaisseau volé par le héros tire un peu à la ligne. L’ajout de Sith dans la bagarre fait un peu forcée hélas (on a l’impression qu’il fallait à tout prix caser des sabres rouges dans le récit), et je crains qu’on ne voie venir le dénouement de loin, surtout à en juger par le twist vers la fin du numéro (impliquant le chasseur de prime âme damnée de Palpatine). Verdict dans un mois, et ça n’empêchera sans doute pas cette mini de rester sympathique, mais elle ne devrait pas être inoubliable non plus.

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2 Responses to Jeffzewanderer’s Reviews Express #34

  1. Milo dit :

    Merci pour toutes ces reviews express, la catégorie commençait à me manquer.
    Et c’est toujours un plaisir à lire. Continue comme ça !

  2. jb dit :

    Merci beaucoup pour cette rubrique. Excellent guide de lecture.

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