Justice League, la critique

Justice League Comic Talk Critique

Jeffzewanderer Par

CRITIQUE GARANTIE 99% SANS SPOILERS

(bon si vous avez vu la BA ou les affiches, vous savez…)

Réparer les erreurs. Voilà le maître mot du film Justice League réalisé par Zack Snyder (et fini par Joss Whedon, bien qu’il n’ait pas son nom au générique). C’est à la fois le thème des arcs scénaristique des personnages, de Batman à Wonder Woman en passant par Flash ou même Aquaman d’un certain point de vu. Mais c’est surtout l’objet même du film. Réparer les erreurs commises au fil de Man Of Steel, Batman vs Superman et Suicide Squad, voire Wonder Woman ? Et tout commence avec le sourire de Superman.

Is it true it means hope ?

Un sourire face camera, dans une vidéo filmée par deux enfants, un visage qui se décrispe enfin, et le sentiment que peut-être, peut-être qu’ils ont enfin compris. Compris que les héros du DC Universe ne pouvaient pas être que graves, sentencieux et torturés. Que Superman, lui encore plus que les autres devaient être un symbole d’espoir, un rayon de lumière parmi les ténèbres.

Mais Superman est mort, et les ténèbres sont plus que jamais présentes. Parce que s’il semble admis le ton trop grave des films précédents été une erreur, le thème d’un monde qui sombre faute de héros est, lui, revendiqué. Et admirablement exploité, beaucoup plus simplement et sobrement que dans Batman vs Superman, le temps d’une chanson de Leonard Cohen (everybody knows) reprise par Sigrid. Ce thème est donc exploité pour mieux mettre en avant le retour de la lumière face au péril imminent incarné par le terrible Steppenwolf, super conquérant revenu détruire la Terre où il avait subi sa seule défaite des millénaires auparavant.

L’histoire de Justice League est donc très simple, directe. Le méchant arrive, les héros (Batman et Wonder Woman, les plus mis en avant) vont rassembler leur équipe, et la joyeuse bande, après d’inévitables déboires, va aller coller une dérouillée au méchant susmentionné. Bref, rien de révolutionnaire, mais le parti pris assumé d’une histoire moins ambitieuse mais plus divertissante. Une histoire portée par ses personnages plus que par son intrigue. Intrigue entrecoupée régulièrement de scènes d’action histoire d’éviter que l’ennui ne s’installe comme ça avait pu être le cas par le passé (hello Batman vs Superman et ses quasi 2h de mise en place…). Tout n’est pas parfait (on listera les défauts bien réels du film plus loin), mais globalement les pires écueils sont évités.

Justice League Comic Talk Critique

Avec Justice League, DC/Warner/Snyder trouve(nt) surtout le ton juste, qu’on touchait parfois du doigt dans Wonder Woman. On n’est pas dans la grosse rigolade devenue la marque de fabrique quasi omniprésente de Marvel StudiosCaptain America près dirons-nous pour simplifier). Le ton est sérieux, très premier degré. Mais ça n’empêche pas que les dialogues soient émaillés de quelques one-liners savoureux (« - What’s your superpower ? – I’m rich ») voire d’une ou deux séquences comiques. Des touches discrètes et de ce fait bienvenues, qui ne changent pas le ton du film, mais accentuent son côté divertissant. Car c’est le mot juste : Justice League est divertissant plutôt que drôle, fun plutôt que funny.

Pour en revenir aux personnages donc, chacun a son rôle et le joue parfaitement : Flash (Ezra Miller) est le jeune un peu largué qui sert de comique, Batman (Ben Affleck) le leader de l’ombre, Wonder Woman (Gal Gadot) la guerrière qui inspirent ceux qui l’entourent, Aquaman (Jason Momoa) le bad ass, Cyborg (Ray Fisher) le mal dans sa peau. Un traitement là encore simple mais juste et efficace qui n’est pas sans rappeler le premier arc de Geoff Johns et Jim Lee sur Justice League lors du rebaunch des New 52. Les diverses interactions entre eux sonnent juste, malgré quelques bémols (là encore on y reviendra) et on retiendra de très bonnes scènes notamment entre Batman et Wonder Woman. Plus globalement, le thème des erreurs à réparer est récurrent et intéressant : Batman se sent coupable de ce qui est arrivé à Superman, Wonder Woman s’est trop longtemps cachée, et ainsi de suite pour tous les protagonistes.

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Darkness is not the absence of light…

Attention, ce Justice League n’est cependant pas parfait. On pourra lui reprocher son calibrage, son côté très conventionnel, qui évite les errements des longs métrages précédents, mais aseptise aussi le présent film et lui donne un côté convenu. C’est le revers de la médaille de la simplicité et de l’efficacité de l’histoire. Dans le même ordre d’idée, si la réalisation est propre, elle perd la « patte Snyder » (sauf pour ce qui est de l’amour des ralentis, merci Flash) qui caractérisait Man Of Steel et Batman vs Superman. Un mal pour un bien diront les détracteurs des films précédents, mais le fait est que le côté artistique de l’œuvre y perd.

Le méchant « kleenex » est aussi digne d’une production Marvel Studios : Steppenwolf est vilain et puissant, et veut détruire le monde parce qu’il est vilain et puissant. Malgré les efforts du scénario pour y remédier, la mise en place et l’introduction des nouveaux héros (Cyborg, Aquaman, Flash) donne aussi lieu à quelques longueurs, que les scènes d’action un brin gratuites du début (bien que fort plaisantes) ne parviennent pas à camoufler totalement. En même temps, vu que DC a voulu griller les étapes en introduisant son équipe au bout de seulement trois films, il y avait gros à parier qu’on ne couperait pas à ce passage (les vidéos aperçues dans Batman vs Superman étant à ranger dans la catégories « erreurs à rattraper »). C’est cependant d’autant plus dommage que l’introduction de Steppenwolf est, elle, franchement réussie, donnant un background intéressant et épique à ce vilain (qui en sera hélas indigne, comme dit à l’instant).

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On pourra aussi regretter un retour un brin forcé, dont on sent là encore qu’il était une figure imposée, et que les scénaristes n’ont pas réussi à intégrer de manière parfaitement naturelle à l’histoire, sans doute plus occupés à fournir une explication qu’à soigner la dimension émotionnelle. Enfin le final manque peut-être un brin de folie épique. L’action est bien là, et de qualité. Mais il manque ce petit je ne sais quoi qui donne le frisson (alors par exemple que je l’ai ressenti justement pendant le générique avec la reprise de Leonard Cohen au début).

Si tous les acteurs sont au moins convaincants (pas d’erreur de casting à la Jesse Eisenberg en Luthor jokeresque), voire très inspirés (Batfleck tient vraiment quelque chose et réussit bien la transition entre son Batman aigri et rongé par la haine du film précédent vers un héros plus positif) Jason Momoa en fait peut-être parfois un chouia trop dans le registre du super dur à cuir trop cool. Il donne ainsi un côté plus Conan le Barbare que royal à son Aquaman. Pour aller encore plus dans le pinaillage, le fan de comic pourra regretter le peu de ressemblance physique avec les versions papiers d’Aquaman et Flash (mais bon, ça faisait longtemps qu’on le savait…).

Enfin, le lien très fort qui unit Batman, Wonder Woman et Superman sort un peu de nulle part quand on sait que les interactions des deux premiers avec le troisième doivent se limiter à 45 minutes en cumulé, dont 20 à essayer de s’entretuer pour les deux fils de Martha(s). Mais d’un autre côté, pour mettre un bémol au bémol, si ce lien sort de nulle part, il n’en demeure pas moins très bien rendu, et on a véritablement le sentiment de retrouver les versions papier du trio.

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Bref, vous l’aurez compris, si le film n’est pas parfait, ses défauts sont soit mineurs, soit d’autant plus excusables qu’ils étaient inéluctables et finalement pas si mal négociés. Et ils ne doivent pas faire oublier les nombreuses qualités de Justice League, dont la principale est d’avoir appris des erreurs du passé sans pour autant renier son intention originale.  On devait passer des ténèbres à la lumière et on y est arrivé, comme le sourire tant attendu sur le visage du dernier fils de Krypton. La seule véritable erreur de DC/Warner aura donc été, non pas de nous plonger dans les ténèbres, mais de nous faire croire que nous n’en sortirions jamais, alors que l’espoir était bien là. Il s’est désormais concrétisé, et laisse augurer du meilleur pour le futur cinématographique du DC Universe (ne loupez pas les DEUX scènes post génériques à ce titre, la dernière continuant de réparer les erreurs passées, tout en teasant un avenir alléchant…).

One Response to Justice League, la critique

  1. dailypop dit :

    Surement la critique la plus juste que j’ai lu à propos du film. On ne tombe ni dans le fanboyisme ni dans le bashing gratuit.
    Le film souffre de (très) nombreux défauts et j’en suis conscient, mais je suis bien rentré dedans et j’ai passé un très bon moment. Comme le résume bien la critique, c’est fun et divertissant, et c’est déjà bien.