Les différences entre Marvel et DC partie 4/5 : fausse réputation et vrai progrès

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Jeffzewanderer Par

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La réputation

Autre différence supposée entre DC et Marvel, qui n’est pas sans lien encore une fois avec le traitement des personnages en tant qu’icônes ou qu’humains, la perception de chaque éditeur par le public, sa réputation. Il est pour le coup assez difficile de faire la part des choses par rapport aux avis des fans des camps respectifs. En effet les fans Marvel vont dire que leur camp est le meilleur tout en se moquant de DC et vice-versa. Joe Quesada et Dan Didio (gros bonnets respectifs de Marvel et DC pour faire court) se sont eux-mêmes joyeusement adonnés à cet exercice. Et étant moi-même plutôt fan de Marvel au fond de moi, j’avoue avoir du mal à me défaire de mes préjugés.

Grossièrement on oppose souvent le côté plus moderne et audacieux de Marvel au conservatisme supposé de DC. D’où l’idée d’un lien avec le traitement des personnages. Les icônes DC sont immaculées, solennelles, puissantes (et pas seulement en puissance physique brute, plutôt en terme d’impact sur le lecteur) et pour leurs détracteurs, ennuyeuses. Alors que les personnages Marvel seraient plus « vrais » du fait de leur côté plus humain et faillible. D’où cette perception.

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Les super-héros DC : ringards pour les détracteurs, solennels pour les fans

On peut avancer quelques autres hypothèses pour expliquer cela. Marvel a en effet connu son essor dans les années 60 en bousculant les codes en vigueur jusque là pour les comics de super-héros (héros parfaits et bon camarades, adolescents confinés dans des rôles de sidekick…). Des codes que DC avait notamment largement contribué à établir. D’où l’idée que Marvel serait le petit nouveau qui ose et DC « l’establishment » auquel on s’oppose. Une image qui a perduré jusqu’à aujourd’hui notamment grâce à d’autres faits comme l’abandon du poussiéreux Comic Code (un code d’auto-censure mis en place dans les années 50 par les éditeurs pour devancer une censure étatique, dont le respect était assuré par la Comic Code Authority qui apposait son sceau sur les comics). C’est Marvel, sous l’égide de Joe Quesada, qui a en premier envoyé définitivement paître cette institution surannée à laquelle tout le monde s’était pourtant habitué. Bref qui a encore bousculé les codes.

Cette victoire de Marvel en termes d’image se ressent jusque dans le surnom donné aux deux maisons d’éditions. Marvel c’est « la Maison des Idées » (« House Of Ideas »). DC c’est la « Distinguée Concurrence » (« Distinguished Competition »). Ainsi Marvel est défini en termes flatteurs, comme un innovateur, avec un surnom choisi eux-mêmes. DC est défini par rapport à Marvel (avec même un surnom made in Marvel). Et DC n’a jamais réussi à imposer son propre surnom. A la toute fin des années 90 DC a bien tenté une campagne de pub axée sur leur ancienneté qui leur donnerait une aura de sages expérimentés en se présentant comme « The Original Universe ». Sous entendu les vétérans chevronnés face aux arrivistes inexpérimentés d’en face. Mais le slogan ne dura pas. Peut-être notamment parce que ça revenait à revendiquer d’être les comics à papa.

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Le sceau de la Comic Code Authority, abandonné en premier par Marvel

Et la vérité

Mais voir en Marvel les jeunes qui osent en en DC les vieux ringards serait une erreur. Déjà en termes d’histoires révolutionnaires pour les mœurs les deux éditeurs se valent. Tous deux ont ainsi abordé des sujets de société comme la drogue, le racisme (et les discriminations en général), l’homosexualité, en termes très progressistes et modernes. Harry Osborn (ami de Peter Parker et second Green Goblin) fut accro au LSD chez Marvel, Speedy (sidekick de Green Arrow) à l’héroïne chez DC. Marvel a marié son personnage homosexuel Northstar dans Astonishing X-Men, DC publie Batwoman, une série dont l’héroïne est lesbienne. Alors oui, Marvel a parfois frappé en premier de manière notable (Black Panther premier super-héros noir, Luke Cage premier super-héros afro-américain à avoir sa série éponyme…) mais il serait assez artificiel de compter tous les progrès faits par chacun au cas par cas et de hiérarchiser. Ce qui compte c’est que DC n’est en rien un éditeur réactionnaire.

De plus, comme pour Apple, pour citer un exemple connu de tous, quand une grosse entreprise projette une image jeune et cool, ça ne veut pas dire qu’elle l’est vraiment. Les deux éditeurs sont des entreprises classiques. Et Joe Quesada avait bon compte de se moquer de DC, propriété de Time-Warner en les appelant « AOL comics », mais Marvel a bien fini par intégrer l’empire Disney. Et dans les deux cas ce sont toujours les auteurs qui racontent les histoires, pas les PDG. Marvel comme DC eut aussi son lot de déboires avec les auteurs (scénaristes comme artistes) que ce soit au niveau des questions de propriété intellectuelle, des rémunérations, des changements d’équipe ou de liberté créative trop restreinte à cause d’éditeurs trop omniprésents. Et là encore il serait assez artificiel de faire un décompte des offenses pour désigner un gentil et un méchant.

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Black Panther, le premier super-héros noir (Marvel)

Enfin DC sait aussi faire preuve d’audace et de créativité en matière éditoriale. Ce sont eux qui ont lancé la ligne Vertigo, avec l’idée révolutionnaire à l’époque (pour un gros éditeur) de produire des comics visant spécifiquement un public plus adulte, et d’en faire une ligne. Ce qui donna des chefs d’œuvres tels que Sandman, Preacher, 100 Bullets Marvel a d’ailleurs essayé de copier l’idée avec sa ligne Marvel Max. Et plus récemment les New 52, consistant à rebooter tout l’univers DC furent un sacré beau coup commercial et éditorial, très osé. Et un excellent moyen de rendre sa production plus accessible au jeune public notamment.

Bon le fan de Marvel en moi me susurre perfidement que DC a parfois fait du jeunisme forcé, cherchant à provoquer pour se forcer à être cool et rebelle (Bruce Wayne qui tire un doigt d’honneur dans Zero Year, Catwoman qui couche avec Batman sur un toit, les nouveaux look et attitude hyper sexy bad girl d’Harley Quinn…). Mais au pire ce ne sont que des détails, et ça n’enlève rien au succès incontestable que fut ce reboot. Ce qui nous amène au dernier point.

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Quelques personnages de la ligne Vertigo, une des plus belles initiatives de DC

One Response to Les différences entre Marvel et DC partie 4/5 : fausse réputation et vrai progrès

  1. Eddyvanleffe dit :

    En France, la parcours très chaotique de l’univers DC, à travers les deux cents publications Arédits arrêtés en 1986, les perfusions « Comics Usa », la reprise sporadique par Semic a fait que cet univers a eu du mal à s’installer aussi dans le coeur des fans. Je crois q’en bon petit français, j’ai le coeur qui tape naturellement du coté de Marvel biberonné à Strange etc… MAIS paradoxalement tout ce que je connaissais de DC c’était Year One, Dark Knight, Watchmen, Batman: The cult, Arkham Asylum; bref que des trucs hors normes que Marvel n’a jamais proposé. J’étais donc persuadé que DC était un éditeur beaucoup plus adulte que Marvel.
    j’ai eu tendance par la suite à faire la part des choses, en ayant une tendresse envers les persos Marvel tout en préférant de beaucoup un certains nombre de titres DC assez uniquent leurs genre comme Birds Of Prey, où Chuck Dixon et plus tard Gail Simone ont vraiment fait un excellent taf’, ou des crossosver très sympas comme Batman Murderer/Fugitive
    L’univers DC me parassait plus « régulier », plus consant et moisn tape à l’oeil. Je remarque d’ailleurs que Marvel a tendance à occuper l’acutalité à grand coup d’Events et d’artistes superstars pour des séries qui ont du mal sur la longueur. Le jour où DC a annoncé les New 52, ils ont à mon sens repris la recette Marvel et occupé le terrain médiatique pour le succés que l’on sait. J’ai donc du mal aujourd’hui chez les deux éditeurs, et je me dois de faire un peu de « spéléo » pour trouver des séries à mon goût. Moins de Buzz, plus de contenu…

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