Les différences entre Marvel et DC partie 5/5, gestion holiste ou individualiste

Marvel DC Différences Comic Talk

Jeffzewanderer Par

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La gestion de l’univers partagé

DC comme Marvel fonctionne selon le système désormais bien connu du grand public de l’univers partagé. C’est-à-dire que tous les personnages existent en permanence au sein du même univers, et peuvent se croiser et interagir à tout moment. Je vous renvoie à l’article publié sur le sujet pour plus de détails.

Au quotidien les deux éditeurs gèrent  leurs univers de la même façon. Les titres sont regroupés en lignes (on parle aussi de « familles » mais j’évite ce terme pour qu’il n’y ait pas de confusion avec les « familles super-héroïques » dont je parlais plus tôt). DC a ainsi les titres Batman (les diverses séries du personnage comme Batman, Detective Comics… et aussi les titres de personnages liés à celui-ci : Nightwing, Batgirl…), les titres Superman, etc. Et Marvel a les titres X-Men, les titres Avengers… Pour plus de détail ouvrez le catalogue Previews, et vous verrez comment les titres sont classés. Et en gros les interactions, quand il y en a, se font surtout à cette échelle. Et de temps en temps, Marvel comme DC nous concocte un mega event qui mêle tous leurs héros. Original Sin et Forever Evil respectivement furent les derniers en date.

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Original Sin, dernier mega-event en date pour Marvel

De ce côté-là pas de différence donc. Mais là où il y en a une majeure c’est dans la gestion globale de ces univers. DC a une approche que je qualifierais de holiste, et celle de Marvel serait plutôt individualiste. Je fais par là référence à la tradition DC de régulièrement remanier tout l’ensemble de son univers d’un coup d’un seul. Il y eu Crisis On Infinite Earth, pour restructurer tout l’univers DC, jusque-là divisé en une multitudes des Terres alternatives (dont les principales étaient les Terres 1 et 2, sur l’une vivaient les version du Golden Age des héros, sur l’autre celles du Silver Age). Crisis a fait fusionner tout ça. Il y eut aussi Infinite Crisis, qui pour le coup ressuscita ce Multiverse  en créant 52 Terres. Et le dernier exemple en date, encore plus spectaculaire que Crisis On Infinite Earth fut Flashpoint, qui aboutit aux New 52 et donc au reboot de tout l’univers DC.

Marvel n’a jamais, et ne fera sans doute jamais ce genre de chose. Parce que chez Marvel l’univers se gère à l’échelle des séries, au cas par cas. Oui, il peut y avoir des statu quo touchant tout l’univers (Dark Reign et la mainmise de Norman Osborn sur le pouvoir par exemple) mais les répercussions se sont faites au cas par cas sur chaque série. Pas sur l’univers en lui-même. D’où l’idée d’une approche individualiste par opposition à une approche holiste.

Dernier constat en date justifiant cette idée, et peut-être le plus évocateur : la différence de tactique entre les New 52 évoqués plus tôt et Marvel Now. Au moment de faire un grand chambardement éditorial pour attirer les nouveaux lecteurs, DC a donc opté pour un reboot général (52 numéros un, nouvel univers). Pour répliquer, avec Marvel Now et All-New Marvel Now ensuite, Marvel s’est contenté de relaunches (la continuité ancienne est préservée donc) et surtout les a étalés dans le temps, procédant série par série. Et ce malgré le succès commercial spectaculaire des New 52. Il semble donc bien y avoir systématiquement deux approches, deux cultures éditoriales en la matière.

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Crisis on Infinite Earths, le premier exemple de gestion holiste par DC

La raison

On peut avancer plusieurs hypothèses pour expliquer cette différence de culture. La première est que DC a eu à se poser la question en premier, son univers étant plus ancien que celui de Marvel. Il remonte rappelons-le, aux années 30-40, alors que l’écrasante majorité des héros Marvel datent des années 60. Et pendant ce temps supplémentaire, il a fallu déjà réinventer les héros pour qu’ils soient moins datés (les originaux avaient fait la Seconde Guerre Mondiale). Voir Flash, Green Lantern, qui existaient au Golden Age (Jay Garrick, Alan Scott…) et qui furent réinventés au Silver Age (Barry Allen, Hal Jordan). Mais les anciennes versions ne furent pas effacées. D’où une coexistence qui aboutit à une telle pagaille de réalités alternatives que le grand coup de balai Crisis On Infinite Earths était la seule solution.

Au cas par cas ça aurait été ingérable. A noter qu’il y a aussi eu un peu de cas par cas parfois, comme le Man Of Steel de John Byrne, pour rebooter Superman. Mais on n’aurait pas pu faire ça pour tout le monde. Et une fois que la technique de la gestion globale était lancée, et comme elle a marché, pourquoi changer ? C’est sûrement aussi de là que vient la réputation de DC d’avoir un univers plus cohérent. En pratique ce n’est pas vrai (c’est le même bazar que chez Marvel). Mais périodiquement il y a ces grands coups de balai pour remettre les pendules à l’heure.

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Man Of Steel par Johns Byrne, le reboot ponctuel par DC

Marvel n’a eu à gérer ce problème de héros datés que bien plus tard, et eux n’avaient pas en plus de réalités alternatives canoniques à intégrer. Et puis la technique des Crisis était cataloguée DC, faire de même aurait sans doute trop ressemblé à du plagiat, voire à une reconnaissance de la supériorité du concurrent.

Mais surtout je pense que la tradition Marvel de mettre la dimension humaine de ces personnages en avant empêche d’envisager une approche holiste de la gestion de leur univers. Tout se fait à échelle humaine, et quand on doit moderniser, on le fait au cas par cas. Même les efforts concertés (les graphic novels Season One re-racontant les origines modernisées des personnages notamment) se font personnage par personnage successivement. De même le reboot n’est pas dans la tradition Marvel. Même le Brand New Day de Spider-Man n’en était pas un vrai, étant plus un retcon (on modifie UN élément de la continuité, le mariage, et on en tire les conséquences, mais le reste de la continuité passée n’est pas affecté). Retcon ensuite intégré à l’histoire via One Moment In Time (donc ce n’est même plus une simple décision éditoriale au-delà du quatrième mur).

En fait on peut, je pense, dire que comme ses personnages sont des icônes, DC gère celle-ci, comme on gère une licence. C’est plus impersonnel. Les personnages Marvel sont des humains, et une vie humaine, ça ne se redémarre pas à zéro comme ça. Au mieux ça se met à jour, ça se toilette un peu, mais pas plus. D’où cette ultime différence dans la gestion des univers partagés.

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Brand New Day : retcon mais pas reboot.

7 Responses to Les différences entre Marvel et DC partie 5/5, gestion holiste ou individualiste

  1. Eddyvanleffe dit :

    Marvel possède un parti pris relativement réaliste (vraies villes par opposition aux villes fictives) et du coup, on a eu moins de délires du genre: « la formidable team-up avec mon double du peuple singe » ou « je rencontre mon aïeul qui se battait déjà contre des fantômes de la galaxie inversée ». Quand il faut faire un tri, c’est plus facile, faut juste changer les dates mais les récits sont encore pertinents. Chez Marvel le temps avance. Je me souviens du superbe numéro « Sergio Aragonnés Massacres Marvel » qui situait la WWII en 1973 (et cette allusion à cet article 17B du reglement de la Marvelitude: Deux héros qui se rencontrent fortuitement, doivent se foutre sur la gueule sans la moindre raison apparente).
    En conclusion: Un boulot super pédagogique qui peut servir a tout ceux qui devrait expliquer simplement les différences entre Marvel Et DC et ainsi éviter les questions: Mais pourquoi on a pas Batman dans les
    Avengers ? Félicitations, super boulot (Encore, ça devient redondant…)

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Merci pour le compliment :-) Et merci pour tes commentaires toujours intéressants et pertinents (celui-ci m’a d’ailleurs donné l’idée d’un petit article bonus sur le sujet Marvel/DC qui pourrait arriver dans quelques semaines ;-) )

  2. PurpleTax dit :

    Pointu et pertinent – malgré une légère préférence pour Marvel, qui se laisse deviner parfois.

    L’une des forces de DC, c’est la facilité d’adaptation de ses icônes, notamment Batman – champion toute catégorie si on additionne BDs, dessins animés, films etc. Il est plus facile de jouer avec un archétype déconnecté de l’actualité – comme le fait remarquer Eddyvanleffe – qu’avec une individualité complexe. D’ailleurs, la plupart des adaptations récentes de Marvel lorgnent vers les personnages de l’univers Utimate, plutôt que de l’univers « classique » : soit des versions plus modernes mais aussi plus simples, parfois un peu moins riches.

    J’ai moi aussi une petite préférence pour Marvel, grâce aux failles chères à Stan Lee. Cela étant, je me demande parfois si une certaine « iconisation » des personnages ne pose pas des problèmes à l’éditeur. En particulier, Spider-man paraît tourner en rond et retourner régulièrement au statut-quo « funambule astucieux mais malchanceux jonglant avec les super-vilains aussi bien qu’avec les problèmes financiers et sentimentaux ». Une sorte d’archétype, de « Trickster » positif, certes plus subtil que le Dieu solaire (Superman) ou le Chevalier noir (Batman) mais tout aussi rigide, finalement… Mes arcs préférés du personnage restent d’ailleurs le run Straczynski / Romita jr et le Spiderman supérieur : deux variations assumées et intelligentes de l’archétype, que devient-il si avec une origine plus mystique assumant justement ce côté iconique, ou avec une toute autre personnalité ?

  3. Del Poyo dit :

    Je viens de finir les 5 pages sur les différences Marvel/DC. Bravo, bel ensemble d’articles ! :)
    Je regrette un peu le partie prix pour Marvel que tu essayes de cacher, mais à la lecture on sent où va ta préférence ;) Penchant plutôt du côté de DC, justement pour son aspect iconique, il ne faut surtout pas oublier le plus gros point commun entre Marvel et DC : l’éditeur (et le business) avant tout, l’artiste en fin de liste. C’est cette politique qui pousse le lecteur à être attentif et à soigneusement choisir ses séries. Et notamment à rester prudent envers les events qui souvent sont de qualité plus que médiocre (Marvel autant que DC). Je pense qu’on est tous d’accord là-dessus, c’est un vrai bordel les univers partagés ! :p La gestion de ces univers par Marvel et DC est vraiment mauvaise.
    Image Comics (et autres éditeurs indépendants) reste pour moi le vrai moteur créatif des comics actuellement. Et respecte l’oeuvre en laissant les droits à ses créateurs. Le petit univers partagé qui existe chez Image ne se limitent qu’à des rencontres occasionnelles, et c’est très bien (Savage Dragon, Invincible, Spawn…). Image a fait une tentative avec Image United, et on a vu le résultat… une histoire inachevée qui traîne dans un tiroir depuis des années.
    En tout cas, super article !!! :D

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Merci pour les compliments :-) J’ai essayé autant que possible de faire abstraction de ma préférence pour Marvel (surtout que je n’ai vraiment rien contre DC bien au contraire).

      J’apporterai cependant une petite nuance à ta remarque sur l’aspect « business » essentiel. Elle est vraie évidemment, mais je pense que Marvel comme DC ont aussi compris, notamment sous les ères Quesada (le début essentiellement) et Didio que l’artistique était essentiel et surtout était la clé d’un bon business. En gros ils ont réalisé que le mieux à faire c’était d’engager de bons artistes (scénaristes et dessinateurs) et DE LES LAISSER FAIRE CE POURQUOI ON LES AVAIT ENGAGER. Une bien belle évolution par rapport aux 90s notamment et à la suprématie des éditeurs.

      Et quant à l’aspect « bordel » des univers partagés je suis évidemment d’accord avec toi là encore, cependant je ne dirais pas non plus que Marvel comme DC s’en tirent « mal ». Je trouve au contraire, vu l’ampleur de la tâche qu’ils s’en tirent bien, et qu’en fait c’est nous lecteurs qui attendons l’impossible en réclamant une mécanique parfaitement huilée. Mécanique dont je ne suis d’ailleurs pas sûre qu’elle soit une chose désirable (imagine si TOUTES les répercussions de TOUTES les actions étaient envisagées et prises en comptes, lire seulement une ou deux sries seraient impossible, on n’y pigerait rien. Et la liberté des auteurs serait dramatiquement bridée).

      En tous cas encore merci pour ton com’ :-)

  4. Tilly dit :

    Je viens tout juste de lire tes 5 pages, je ne connaissais pas du tout la différence de ces deux mondes, mais maintenant j’en apprends beaucoup plus!
    Merci pour ces infos, merci pour le boulot réalisé!

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