Les vilains, superstars de Marvel et DC

Vilains Marvel DC Comic Talk

Jeffzewanderer Par

On a coutume de dire qu’un héros ne vaut que par ses vilains. Et le fait est que les plus grands monuments des comics se sont en effet retrouvés opposés à des adversaires aussi mémorables qu’eux. Que serait Batman sans le Joker, Superman sans Lex Luthor, Spider-Man sans le Green Goblin ou les X-Men sans Magneto ? Ces ennemis jurés sont des personnages si fascinants qu’il leur arrive même de plus captiver les lecteurs que les héros qu’ils affrontent. Il n’est dès lors pas étonnant que les éditeurs, à commencer par le big two Marvel/DC, se soient efforcés d’exploiter cette manne.

Les séries mettant en avant des vilains ne sont en effet pas une idée neuve. Venom et Magneto ont eu plusieurs mini-séries, et même séries régulières, dès les années 90 par exemple. Et bien avant son « villain month » de l’an dernier, DC nous avait déjà offert toute une série de numéros mettant en avant leur bad guys sous la bannière « Faces Of Evil ». Et on pourrait multiplier les exemples (les groupes de vilains plus ou moins repentis comme le Suicide Squad de DC ou les Thunderbolts de Marvel, la période Dark Reign encore chez Marvel…). Néanmoins ces deux dernières années (grosso modo) ont encore particulièrement montré que cette tendance avait de beaux jours devant elle.

Forever Evil

On a en effet vu récemment paraître plusieurs séries portant le nom d’un vilain : Sinestro, Harley Quinn, Magneto, Loki Agent Of Asgard… Et à la sortie de son méga event au diesel Forever Evil, DC s’est empressé de nous présenter un roster modifié de la Justice League incluant Lex Luthor et Captain Cold. Mais finalement, si on réfléchit un peu ça n’a pas grand-chose de surprenant.

Le vilain a toujours eu quelque chose de fascinant parce qu’il représente l’interdit, ce dont on sait tout au fond de nous qu’on devrait le condamner, qui ne doit pas triompher. Et en bons petits curieux on ne peut s’empêcher de vouloir savoir ce qui se passerait si finalement il triomphait quand même. Ne serait-ce que pour l’originalité que cela représente par rapport au schéma narratif auquel on est systématiquement confronté où le héros finit toujours par l’emporter.

Sachant cependant qu’en tous cas chez Marvel et DC, on n’a jamais vraiment droit à voir ce triomphe du mal. Si le vilain gagne un moment, il finira par être vaincu à long terme. Même le Dark Reign de Norman Osborn triomphant et intronisé maître du Marvel-verse n’a duré qu’une grosse année. Parce qu’on sait que le mal ne doit pas gagner. Ce n’est pas une conception viable du monde, on le sait au plus profond de nous. Le mal porte en lui les germes de sa propre destruction et doit finir par faillir. Il s’agit d’une perception du monde qui dépasse les comics, d’un élément de l’inconscient collectif.

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« They won », mais pas pour longtemps…

Et de manière plus pragmatique, d’un point de vue narratif, si le mal gagne, il n’y a plus d’histoire, parce que le mal détruit tout. Il essaie sans relâche de triompher du héros, mais s’il y parvenait il détruirait le héros, le bien. Alors que le héros justement ne fait que neutraliser le vilain pour ne pas se rabaisser à son niveau. Et la tension dramatique vient du fait que le héros ne peut jamais vraiment gagner contre le mal, alors que ce dernier risque de triompher de manière définitive si le héros faillit.

A noter que l’excellente mini-série Empire de Mark Waid et Barry Kitson pourrait me faire en partie mentir, puisqu’elle raconte ce qui se passe après le triomphe d’un super-vilain volontairement archétypal. Mais à noter aussi que la mini tournait aussi autour de l’idée que c’est une fois que le vilain a gagné en apparence que les ennuis commencent vraiment pour lui. On en revient donc aussi à l’idée du mal portant en lui les germes de sa destruction. La superbe mini-série Loki d’Esad Ribic et Robert Rodi fonctionnait sur la même idée, nous contant la tragédie d’un Loki qui avait pourtant enfin réussit à s’asseoir sur le trône d’Asgard.

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La victoire du vilain, le début de la fin.

So good to be bad

Pour en revenir aux vilains propulsés personnages principaux d’une série, ils n’échappent pas à ce schéma. Ils se retrouvent en effet immanquablement transformés en anti-héros plus qu’en vilain. Ils gardent une grosse part d’ambiguïté morale, parce que supprimer cet élément reviendrait à annihiler l’intérêt de leur donner leur série. Mais leurs agissements sont souvent défendables. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce sont ces personnages ont été choisis. Parce qu’ils sont au fond plus des anges déchus que de vrais démons.

Magneto est un extrémiste, mais il veut quand même protéger son peuple, qui est effectivement injustement persécuté. Ses méthodes sont moralement critiquables, mais il est facile de créer un lien d’empathie avec le lecteur quand les victimes de la colère de Magneto sont des monstres. Sinestro est à la base un agent de l’ordre, ce qui est bien souvent la définition de base d’un héros. Là encore c’est plus la méthode (l’ordre par la peur et la tyrannie) que le but poursuivi (l’ordre justement) qui est sujette à caution. Loki est moins maléfique que trompeur, « trickster », alors qu’il joue ses tours à pire que lui et on rira volontiers avec lui. Et ce raisonnement colle aussi pour Harley Quinn, série dont l’humour fait passer bien des choses (et dont l’héroïne était au début pourchassée par des tueurs à gage, on en revient ainsi aussi à l’idée de trouver pire que le vilain-star en face).

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Facile d’être dans le camp de Magneto quand ses ennemis perpètrent ce genre d’horreurs…

Lex Luthor est un personnage prométhéen au fond de lui même qui ne supporte pas de voir le « Dieu » Superman confisquer le feu à l’humanité et ne rêve que de lui reprendre. C’est une perception biaisée et inexacte, mais ça ne change pas le fait que le but ultime de Luthor (la réalisation de l’humanité par elle-même) est profondément humaniste, malgré les failles de Lex (voir l’excellente mini Luthor de Brian Azzarello et Lee Bermejo à ce sujet notamment, que ce soit pour l’aspect prométhéen comme pour lesdites failles rédhibitoires). Et c’est ce qui rend sa présence actuelle au sein de la Justice League intéressante, et surtout crédible.

Captain Cold, surtout dans la version New 52, est quant à lui l’archétype du personnage qui n’est pas fondamentalement mauvais mais qui s’est tourné vers le crime comme un moyen de subsistance. A noter par contre que pré-New 52 Cold avait tout de même été dépeint par Geoff Johns comme un criminel endurci, pas non plus diabolique, mais qui avait quand même totalement embrassé son statut de marginal. Et ses alliances ponctuelles avec Flash confirmaient cela : il ne s’agissait que de convergence temporaire d’intérêt ou de ce à quoi la nécessité contraint, jamais de vraie communion idéologique. A noter que le ressort narratif de présenter des vilains comme de sympathique losers auxquels on peut s’attacher (et qui ne commettent jamais d’actes assez ignobles pour que ce lien d’empathie se rompe) a aussi été exploité par le sleeper hit Superior Foes Of Spider-Man, série qui vient récemment de s’achever.

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Lex Luthor, héros prométhéen ? Lui le pense en tous cas…

Tous les vilains ne peuvent donc a priori pas avoir droit à leur série. Il leur faut cette dose d’ambiguïté morale qui permet de rendre leurs actes défendables, surtout à travers le prisme de la fiction. On accepte en effet bien plus de choses d’un personnage fictif. Sinon les machines à tuer que sont le Punisher ou Wolverine ne seraient jamais aussi populaires. Et ce serait encore plus vrai pour Magneto et consorts (je vous renvoie à cet ancien article sur le traitement de l’ambiguïté morale du héros chez Brian Bendis pour des développements supplémentaires à propos de cette dernière idée). Pour en revenir aux vilains, même Apocalypse, apôtre de la survie du plus fort, a dû être présenté comme une victime dans a mini-série pour qu’on s’attache à lui. Il existe cependant quelques contre-exemples, l’un des plus notables étant le Joker dans le graphic novel du même nom de Brian Azzarello et Lee Bermejo encore. Le vilain était présenté dans toute sa splendeur maléfique durant tout le volume. Mais outre le fait que le charisme du Joker puisse expliquer le succès de cette formule on peut aussi penser que cela tient avant tout au format et à la formule utilisée. On peut déroger à la règle pour UNE histoire. Et utiliser un personnage « victime » du Joker comme porte d’entrée pour le lecteur permettait aussi de créer le fameux lien d’empathie tout en mettant en valeur le Joker en le « préservant ».

Les vilains semblent donc avoir encore de beaux jours devant eux dans les pages des comics, surtout si on peut les présenter sous un jour qui transforme le fait de suivre leurs aventures en plaisir coupable plus qu’en compromission morale.

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Le Joker. Irrécupérable, mais c’est comme ça qu’on l’aime.

2 Responses to Les vilains, superstars de Marvel et DC

  1. Eddyvanleffe dit :

    Avant le méchant était méchant, mais ça c’était avant…
    On a d’abord brisé le manichéisme inhérent aux anciennes gloires de papier, on a corrompu les héros (L’effet Phénix ) humanisé les salauds ( Killing joke). Qui est vraiment le pourri aujourd’hui Xavier ou Magneto ? . Les valeurs elles-même ont glissées avec le temps et un super villain comme le Punisher est devenu un héros avec plusieurs films à son nom. Le public adhère aujourd’hui plus qu’hier sur le fait de se servir de ses pouvoirs pour tout détruire (V pour Vendetta). L’idée de l’échec des héros, devenus des gardiens du Statu Quo entérine le fait qu’il faut quelque chose de plus méchant, plus pervers à l’image de tous ces blacks ops qui ont fleuri sur les étals. De toute façon, on nous avertit sur les dangers de l’utopie, quand les héros réussissent, c’est qu’ils se sont salis les mains (Injustice) ou qu’ils sont devenus dangereux. Ils sont donc voués à colorer le monde sans vraiment l’influer.

  2. [...] ce mélange de faiblesse et de force qui la rend intéressante. Dr Doom / Fatalis Skeletor Dracula. Les vilains, superstars de Marvel et DC | Comic Talk. Par Jeffzewanderer On a coutume de dire qu’un héros ne vaut que par ses vilains. Et le fait est [...]

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