Marvel, le ciné et les comics (partie 2) : Comics Forever !

Marvel Cinema Comics Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Partie 1 Marvel, le ciné et les comics : trop de ciné dans mes comics ?

 

L’influence du cinéma tiré des comics sur lesdits comics est une réalité. Elle est plus ancienne qu’on le croît (oublions Marvel un instant : saviez vous que suite à  la sortie du Batman de Tim Burton Gotham a subi une grande « rénovation » dans les comics par le biais d’un story arc traitant de son histoire afin qu’elle devienne similaire à la métropole que le grand public venait de découvrir à l’écran ?). Plus pernicieuse parfois. Et pas forcément illégitime. Mais ce qu’elle n’est surtout pas c’est absolue. Parce qu’il ne faut pas oublier que si le crossmedia c’est bien beau, Marvel est et reste avant tout un éditeur de comics.

L’originalité sur papier

En effet, On est souvent si occupé à guetter les rapprochements écran/papier, à traquer les moindres incursions du premier chez le second, qu’ils en deviennent l’arbre qui cache la forêt. Car même si on regarde les titres mainstream, force est de constater que les divers comics sont loin de copier ce qui se fait dans les salles obscures. Quelques preuves ? Thor est une femme. Steve Rogers est vieux et Sam Wilson (a.k.a. Falcon) est le nouveau Captain America. Tony Stark construit la ville du futur avec son frère. Les Avengers voyagent dans les temps et se muent en tyrans. Les Illuminati assistent impuissants à la fin de l’univers. The Orb a révélé les secrets de l’univers Marvel après la mort du Watcher. Le Red Skull sème la dévastation grâce aux pouvoirs du défunt professeur Xavier qu’il s’est appropriés. Et Spider-Man s’allie avec des versions de lui issues d’autres univers pour combattre ceux qui veulent la mort de tous les spider-héros.

Voilà un petit résumé des évènements majeurs récents dans les comics Marvel. Si vous me trouvez un seul lien avec un film Marvel récent ou à venir, faites-moi signe. Preuve s’il en est que le papier conserve son indépendance. Ni les story arcs majeurs, ni les events ni même les grosses séries de la Maison Des Idées ne vivent sur un rythme dicté par les sorties cinéma. La maîtrise créative de l’éditeur sur ses publications reste absolue, et il n’éprouve pas le besoin de tout calquer sur le fameux Marvel Cinematic Universe. Il essaie de capitaliser sur celui-ci, c’est sûr (voir les incursions évoquées dans la partie précédente de ce dossier) mais ce n’est au final que ponctuel.

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Cap, Thor et Iron Man sont bien différents de leurs alter-ego du grand écran

La vraie Maison des Idées

Et il ne faut pas oublier qu’en plus, à côté de ces grosses séries, il existe tout un pan des publications Marvel que le cinéma ignore superbement et qui vivent leur vie dans leur coin. Et cela trop souvent dans l’indifférence générale des lecteurs. Hawkeye de Matt Fraction et David Aja est le symbole le plus éclatant et le plus connu de cette mouvance, de ces « petites séries », à l’atmosphère souvent un peu indy ou arty, qui permettent à leur auteurs de se lâcher créativement. Voyez aussi Iron Fist The Living Weapon de Kaare Andrews, Ms. Marvel de G. Willow Wilson et Adrian Alphona, Elektra d’Haden Blackman et Mike Del Mundo, She-Hulk de Charles Soule et Javier Pulido… Si on veut basculer un peu plus vers le classique comment ne pas citer le génial Daredevil de Mark Waid et Chris Samnee, ou la récente et prometteuse Storm de Greg Pak et Victor Ibañez. Ou les je ne sais combien de titres Deadpool.

Il arrive parfois que le cinéma ne soit pas sans rapport avec ces titres, mais dans ces cas-là il serait difficile de s’en offusquer. En effet, comment considérer autrement que positivement le fait que la perspective d’un film Captain Marvel sauve (temporairement) la série du même nom de Kelly Sue DeConnick et David Lopez mettant en scène Carol Danvers ? Et si la série Rocket Raccoon doit son existence au film, faut-il le lui reprocher quand on découvre le petit bijou cartonny et complètement déjanté (à des années lumière du film) que nous concocte Skottie Young ?

Je  ne suis pas le dernier à critiquer les grosses séries Marvel, je l’avoue, malgré mon goût pour celles-ci. Mais force est de constater que l’éditeur a su en parallèle se créer tout un catalogue de titres très originaux et de qualité (je n’ai même pas cité Moon Knight, Silver Surfer, Black Widow, Punisher…) qui font sa richesse et sur lesquels le cinéma n’a pas de prise.

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Iron Fist, Elektra, Storm, trois des nombreuses petites séries de qualité, hâvres de créativité chez Marvel

Emprise négative et théorie du complot

Un autre symbole de la portée supposée de l’emprise du cinéma sur les comics Marvel est que même quand les comics n’emboîtent pas le pas au cinéma, on dit que c’est à cause du cinéma. La controverse autour des derniers films de la Fox utilisant des licences Marvel en est symptomatique. Le studio possède en effet les droits pour faire des films X-Men et Fantastic Four. Et ses rapports avec Marvel, qui voudrait sans doute récupérer les droits de ces personnages, ne semblent pas au beau fixe. En témoigne la récente dispute de cour de récré autour du personnage de Quicksilver, qui devait apparaître à la fois dans Avengers 2 Age Of Ultron et X-Men Days Of Future Past. Aucun accord n’a pu être trouvé entre Marvel et la Fox et du coup on se retrouve avec deux versions différentes du personnage sur grand écran.

Il n’en fallait pas plus pour qu’on remarque que Marvel n’a rien mis en place au niveau des comics au moment de la sortie du fameux X-Men : Days Of Future Past, que les X-Men et les FF se faisaient rares sur les affiches promotionnelles de l’éditeur… Cerise sur le gâteau, on nous promet l’arrêt prochain de la série Fantastic Four alors que le film va sortir. Ajoutez un teaser « No More Mutants » avec Quicksilver et Scarlet Witch et la rumeur d’un arrêt total des série X-Men surgit, comme ça, juste pour embêter la Fox.

Et comme pour apporter de l’eau à ce moulin conspirationniste, on nous brandit Spider-Man en contre-exemple : Sony et Marvel auraient de bons rapports, Spidey pourrait même apparaître dans Avengers (mais oui…) et la preuve en est que pour le lancement du film Amazing Spider-Man 2, on a eu droit au retour de Peter Parker et à un nouveau numéro un pour le comic du même nom.

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Un teaser et on parle d’arrêter toutes les séries X juste pour embêter la Fox…

La vérité est ailleurs ?

Sauf qu’il faut peut-être se dire que si les X-Men n’ont pas bénéficié du même rouleau compresseur médiatique que les Guardians Of The Galaxy, ce n’est peut-être pas juste parce que Marvel voulait balancer un caillou dans le jardin de la Fox. Déjà parce que ce serait un suicide commercial, et se saborder pour embêter le voisin ce n’est pas très crédible. Mais surtout il n’y a pas besoin de trop se creuser la tête pour trouver des raisons plus vraisemblables.

En effet ça fait un moment que l’éditeur a un problème avec ses séries X-Men, loin de leur popularité des années 90. Il a tenté beaucoup de choses pour les relancer, changé radicalement leur direction, essayé des équipes créatives diverses (Ed Brubaker, Matt Fraction, Kieron Gillen, Mike Carey, Victor Girschler…), lancé des numéros un à ne plus savoir quoi en faire (Uncanny, X-Men tout court) ou de nouvelles séries pour un oui ou pour un non (Wolverine & The X-Men, Amazing X-Men…). Mais rien n’y a fait, la machine ne fonctionne plus.

Alors quoi de mieux qu’un bon marketing lié à un film à succès me direz-vous ? Je vous répondrai que déjà ça ne marche pas toujours. Voyez Wolverine. En parallèle à la sortie de son second film solo, l’arc Killable était publié, où Logan perdait son pouvoir guérisseur. Tiens, comme dans le film… Sauf que les ventes n’ont pas décollé pour la série de Paul Cornell, même avec un nouveau numéro un.

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Coller au film n’a pas aidé Wolverine, alors pourquoi systématiser le procédé ?

En plus établir un lien thématique avec Days Of Future Past aurait été compliqué pour les séries X-Men principales (All New X-Men et Uncanny X-Men) puisqu’elles parlent déjà de voyage dans le temps. Le « lien » était déjà là, mais l’angle choisi par Brian Bendis pour en parler (l’arrivée des jeunes X-Men à notre époque) collait mal avec l’idée d’un voyage vers ou depuis un futur apocalyptique. En plus tout ça était déjà en place à la sortie du film, depuis à la fois trop de temps pour faire croire aux nouveaux venus que c’était le bon moment pour commencer, et pas assez pour faire déjà table rase.

Quant au cas des Fantastic Four, c’est encore plus simple. La série a structurellement des ventes faibles depuis des années. Et la dernière version, par James Robinson, n’a rien arrangé. Du coup annoncer la fin de l’équipe à grands coups de teasers et avec un arc spécifique c’est bien plus la dernière carte à jouer pour espérer relancer la machine qu’une sanction. Arrêter la série c’est justement lui donner le coup de projecteur dont elle a besoin, en profitant en plus de l’éventuelle notoriété que le film peut lui apporter, pour mieux préparer un relaunch. Donc pour le coup les FF bénéficieraient plutôt d’un bon traitement de la part de Marvel, surtout pour une série qui se vend si mal.

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Pas toujours possible de coller au cinéma, même si on le veut. Exemple : les X-Men et les voyages dans le temps (et encore il y a des sentinelles).

Perspective inversée

Ainsi, il semble possible d’affirmer que le cinéma n’est pas responsable des déboires des FF et des X-Men. S’il y a a priori bien un lien pour ce qui est des FF, on revient au cas de figure évoqué dans la partie un du dossier, de tentative de capitalisation. Et en ce qui concerne les X-Men c’est ailleurs qu’il faut chercher les explications. Quant à l’omniprésence des Avengers et de Spidey dans la promo, il n’y a pas besoin de chercher bien loin non plus : ce sont les personnages en vogue, au ciné comme sur papier, donc ce sont eux qu’on met en avant. Ce sont eux qui servent à vendre du Marvel, pas l’inverse. Sans compter que les autres représentants du Marvel Universe ne sont pas non plus systématiquement snobés (voir la couverture de la nouvelle édition de la Marvel Encyclopedia juste en bas par exemple).

Plus globalement, il ne faut pas oublier que c’est le cinéma qui peut éventuellement servir à faire vendre un peu plus de comics, pas les comics qui vont ramener les gens dans les salles. Ils servent au mieux d’outil marketing pour générer un minimum d’engouement avant la sortie d’un long métrage, donner des points de référence, mais ils remplissent en ce sens la même fonction qu’une campagne virale ou des trailers.

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Une X-Woman, deux des FF, trois Avengers et Spidey : équilibre préservé.

Les comics ne sont réellement précieux pour le cinéma qu’en tant que source de matériau de base à adapter. Et en ce sens leur influence a cru ces derniers temps. En effet il était très rare de voir des arcs spécifiques adaptés, car ces arcs s’inscrivaient souvent dans une continuité établie au fil des années qu’on ne pouvait pas transposer et installer en un ni même deux ou trois films, surtout vu le travail d’exposition à faire pour un grand public qui n’a pas les repères du lecteur de comic moyen (celui à qui on peut parler sans ambages de réalité alternatives et autres résurrections).

Mais en 2014 ce sont deux arcs bien spécifiques, Days Of Future Past et The Winter Soldier, qu’on a vu adaptés au ciné. Certes avec beaucoup de liberté, mais en en préservant l’essence (bien plus que pour X-Men 2 par rapport à God Loves Man Kills par exemple). Et le prochain Captain America s’appellera Civil War. Ce n’est pas un hasard. Mieux, Hollywood revendique même la proximité avec le papier, même quand elle n’est pas justifiée (voir le second solo Wolverine, sans rapport avec la mini de Claremont et Miller mais quand même présenté comme son adaptation).

Il semble donc bien que non seulement le cinéma soit loin d’avoir la mainmise sur les comics papier, mais même que l’influence du papier sur l’écran se fasse doucement plus prégnante.

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Coming soon to a theater near you !

One Response to Marvel, le ciné et les comics (partie 2) : Comics Forever !

  1. Eddyvanleffe dit :

    Je me suis parfois posé la question à propos de ces petites séries, si la liberté dont elles bénéficient se sont pas divers test de poppularité afin de pouvoir savoir quel angle d’attaque donnerait un film viable. Chaque personnage secondaire donant lieu à une pléïade de mini séries ou de ongoing stoppée au 12. Cela donne lieu à autant de brouilllon de films comme Doctor Strange The oath, STRANGE (JMS/Peterson), Iron fist par Fraction/Aja ou celui de kaare Andrews, Ghost Rider de Ennis, celui en bagnole. Ce sont des bouteilles à la mer qui donnent par ailleurs une certaine richesse thématique au All New Marvel (d’ailleurs ce sont les séries les plus interessantes. La nouvelle captain Marvel semble tirer son épingle du jeu avec sa nouvelle fonction, son nouvel uniforme et le fait d’être une femme sans doute la met soudainement en avant, Nova, Miss marvel et Miss Hulk attendant probablement dans les starting blocks. Je pense que marvel prend bien soin de ne fermer aucune porte.

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