Marvel Generations, Marvel legacy, les reviews sans spoiler

Mavel Generations Legacy Comic Talk

Jeffzewanderer Par

La série de dix one-shots Marvel Generations et le gigantesque numéro spécial Marvel Legacy ont nourri les rumeurs depuis plusieurs mois maintenant. Event ou pas, articulation avec la continuité, réalité des conséquences… Autant d’interrogations auxquelles on a désormais les réponses.

Des réponses qu’on va essayer d’analyser ici, en deux temps. D’abord en analysant ce que ces onze comics valent en tant qu’objets littéraires. Parce que changer l’univers Marvel, révolutionner l’industrie et tutti quanti c’est bien joli mais l’essentiel reste quand même de publier des comics agréables à lire. La première partie de cet article sera donc consacré à une critique rapide des one-shots Generations et de Legacy, garantie sans spoiler. Ensuite, on essaiera d’analyser les apports et révélations de ces numéros (en spoilant évidemment).

My G… G… G… G… Generation…

A l’instar de la chanson des Who, les one-shots Generations ont une certaine tendance à bégayer. Tous fonctionnent sur le même principe : une version actuelle d’un héros rencontre son prédécesseur. On a donc droit à (grande inspiration) : Totally Awesome Hulk (Amadeus Cho) et Incredible Hulk (Bruce Banner) par Greg Pak et Matteo Buffagni ; Jean Grey (ado) et Phoenix (Jean Grey Adulte) par Cullen Bunn et R. B. Silva ; All-New Wolverine (X-23) et Wolverine par Tom Taylor et Ramon Rosanas ; Iron Man (Tony Stark) et Ironheart (Riri Williams) par Brian Bendis et Marco Rudy (plus d’autres pour aider) ; The Mighty Thor (Jane Foster) et Thor (Odinson, mais encore Worthy) par Jason Aaron et Mahmud Asrar, Hawkeye (Kate Bishop) et Hawkeye (Clint Barton) par Kelly Thompson et Stefano Raffaele ; Captain Marvel (Carol Danvers) et Captain Mar-Vell (Mar-Vell, l’original, Kree) par Margaret Stohl et Brent Schoonover ; Ms. Marvel (Kamalah Khan) et Ms. Marvel (Carol Danvers, plus jeune donc) par G. Willow Wilson et Paolo Villanelli, Spider-Man (Miles Morales) et Spider-Man (Peter Parker) par Brian Bendis et Ramon Perez ; et enfin Captain America (Sam Wilson) et Captain America (Steve Rogers) par Nick Spencer et Paul Renaud. Ouf…

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Neuf de ces dix rencontres se déroulent dans le passé, une dans le futur, chacune est un pur stand-alone qui commence par l’arrivée inopinée et inexpliquée du héros « actuel » et se termine par un retour tout aussi inexpliqué après qu’il ait atteint une forme d’illumination personnelle suite à sa rencontre avec son prédécesseur. Et c’est peut-être dans ce postulat de départ que se trouve la principale faiblesse du concept. Tout d’abord parce que si on lit les dix numéros, la sensation de redite vient assez vite. Mais on pourrait répondre que chaque one-shot est justement un one-shot, et qu’analyser l’ensemble est malhonnête.

Mais même si on admet cela, le concept reste bancal. Parce que faire parvenir un personnage à une illumination profonde qui va réellement le bouleverser en seulement vingt-deux pages est une gageure, et aucun des auteurs ne parvient réellement à relever le défi. Le dénouement/révélation est plus ou moins juste ou inspiré selon les numéros (Hulk ou Captain America seraient sans doute les meilleurs, Hawkeye ou Jean Grey les moins bons). Mais dans tous les cas il fait artificiel, il arrive trop vite pour que le lecteur le ressente comme le héros est censé le faire.

Surtout, le propos de la plupart de ces one-shots semble inutile. On ne voit pas en quoi l’illumination de Jean Grey, Thor (Jane Foster), Wolverine (Laura « X-23 » Kinney), Hawkeye (Kate Bishop), Ms. Marvel (Kamalah Khan) ou Captain Marvel (Carol Danvers) va changer quoi que ce soit chez elles. A chaque fois c’est uniquement pour en arriver à la conclusion qu’il faut continuer à essayer d’être à la hauteur, affronter l’avenir etc… Bref tenir le coup. Même Ironheart (Riri Williams), qui en revient toute inspirée, va en fait continuer à inventer, comme elle l’aurait de toute façon fait. Petite mention pour Hulk (Amadeus Cho), Captain America (Sam Wilson) comme on l’a dit, et Spider-Man (Miles Morales), qui insistent sur la prise de conscience personnelle du héros, la nécessité d’être lui-même et pas l’incarnation d’un rôle. Le bémol est  que ce thème est déjà exploré dans les séries solos respectives de chaque personnage (parfois de manière plus habile, notamment pour Spidey), le one-shot fait donc, là encore, redite. Le point positif est qu’au moins c’est cohérent. Pour Jean Grey, le scénariste essaie de faire la même chose, mais finalement ça se solde justement par l’inaction de la jeune Jean.

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Reste dix histoires qui sont globalement agréables à lire. Wolverine fait plaisir aux nostalgiques du Logan original, surtout vu le vilain choisi. Hawkeye est fun, à l’image des aventures normales de Kate (même si le vilain est ici décevant et la « révélation » inexistante). Iron Man/Ironheart gagne des points par son dessin et ses concepts (malgré un certain manque de rythme. Hulk vise juste pour la relation Cho/Banner. Thor montre le jeune Thor, bourrin et impulsif que Jason Aaron écrit toujours aussi bien, et c’est comme à chaque fois très fun. Spider-Man rend hommage à une histoire classique du tisseur (même si cet hommage paraît un peu maladroit). Captain America souffre de la lourdeur de Nick Spencer dès qu’il parle de politique, mais le propos est si bienveillant qu’il attire une certaine sympathie (et voir un Steve Rogers bon et noble fait aussi plaisir). Jean Grey vaut surtout pour le Phoenix et son clin d’œil à Legacy, mais propose quand même un combat épique. Captain Marvel/Mar-Vell n’a pas grand-chose à dire, et les interactions entre Carol et Mar-Vell n’ont pas le côté « personnel » des liens entre les autres duos. Sans doute parce que leur relation n’est plus mise en valeur depuis des années, et le rapprochement paraît donc artificiel malgré la réalité du lien entre les deux héros au regard de la continuité établie. Enfin Ms. Marvel est le moins bon, la faute à l’idée kitch de vouloir montrer Carol Danvers durant sa période rédac’ chef d’un magazine féminin qu’elle veut rendre féministe. Et Kamalah de se retrouver stagiaire. La lourdeur du propos militant (là encore bienveillant) rendrait Spencer fier (chose étonnant de la part d’une G. Willow Wilson en général plus fine dans ses écrits), et le dénouement a tout du cliché. Et même l’action nous rappelle que Carol n’a pas vraiment de poids lourds en termes de Némésis historique.

La qualité des dessins varie grandement, allant de la confirmation pour les talents connus (Renaud, Rudy, Asrar) au banal ni mauvais ni remarquable pour les autres artistes. Tous font le job, mais je doute qu’un nom reste en mémoire. Petite déception pour Ramon Perez, qui essaie d’adopter un style encore plus old-school que son trait naturel, et paraît au final se brider lui-même.

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Legacy, legacy, legacy…

Cette longue première partie d’article ne saurait cependant nous faire oublier que les dix one-shots de Generation n’étaient qu’autant d’amuse gueule avant d’arriver au plat de résistance : le colossal Legacy et ses cinquante pages écrites par Jason Aaron et dessinées par Esad Ribic (plus quelques invités). Un dernier one-shot qui sonne comme une réponse de Marvel au Rebirth de sa Distinguée Concurrence, autre colosse littéraire qui a défrayé la chronique et surtout affolé les compteurs de ventes. Bref on se dit que la Maison des Idées a surtout eu celle de copier sur son voisin.

Et si ce n’est pas totalement faux, en fait Marvel s’inspire surtout de ce qu’il a fait précédemment avec ses énormes numéros Point One. Comprenez que Legacy est aussi une gigantesque preview de ce qui va se passer dans les futures séries de la maison des idées. Du teasing à raison d’une petite page par ci par là, par un artiste invité qui annonce les arcs des mois à venir pour Iron Man, Captain America, Thor, Spider-Man Hulk, Black Panther ou encore Deadpool. Pour amusants que soient ces aperçus fugaces, ils sont paradoxalement la partie la plus faible du numéro. Parce qu’une page pour aguicher c’est bien mignon, mais ça ne va pas bien loin et c’est plus ce qu’on attendrait dans le magazine Previews que dans un numéro spécial qui doit « tout changer ».

Sur ce dernier point, autant dire que c’est (sans surprise) raté. Legacy est une gigantesque mise en place des histoires à venir, que ce soit dans les séries individuelles ou de ce qui sera sans doute le futur event une fois la pause d’un an promise en la matière achevée, mais il ne bouleverse rien. Contrairement à DC, Marvel rejette toujours le concept d’un gestion holiste de son univers (Secret Wars serait la seule petite exception, avec l’intégration de quelques personnages de l’univers Ultimate, sachant que Miles Morales est le seul à avoir eu droit au retcon qui va avec « à la DC »…).

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Du coup, Legacy n’est-il qu’une collection de previews qui tombe à plat comme les Point One avant lui ? Heureusement non. Parce que l’éditeur a eu la bonne idée de demander à Jason Aaron de quand même écrire une vraie histoire (c’est là qu’on sent l’influence du one-shot Rebirth de DC). Ou plutôt un vrai prologue d’une histoire. On a donc deux trames scénaristiques qui s’entrecroisent avant de se rejoindre, nous offrant quelques bonnes doses d’action tout en posant les jalons sus évoqués. Le tout à travers les âges, en commençant avec les fameux Avengers d’un million d’années avant JC (Odin, le Phoenix, un Black Panther, un Starbrand, un Ghost Rider, un Sorcier Suprême et un Iron Fist). Aaron reprend au passage certains concepts cher au cosmique Jonathan Hickman par le biais de son Starbrand. Dans les présent (qui occupe la majeure partie de ce numéro) on a affaire à Ghost Rider (le nouveau, Robbie Reyes), encore Starbrand, et les Avengers (version legacy : Sam Wilson, Riri Williams et Jane Foster) avec Loki qui joue les vilains. Cette mise en place est certes convenue mais on ne peut plus efficace, et laisse espérer une histoire épique à venir. Elle est à ce titre bien plus alléchante que les previews éparses (trop brèves on l’a dit, mais elle livreront aussi leur secrets plus tôt). Les dessins sublimes d’Esad Ribic aident sans surprise à apprécier ce numéro spécial.

Mais la cerise sur le gâteau, ce moment culte parfaitement amené et exécuté par une paire Aaron-Ribic au sommet de leur art et qui justifierait à elle seule l’achat de ce numéro c’est… ce dont on va parler dans la seconde partie de ce diptyque d’article à réserver à ceux qui ne craignent pas les spoilers.

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