Des New 52 à Secret Wars, le parallèle Marvel/DC

Marvel DC Secret Wars New 52 Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Il y a quatre ans DC avait pris l’industrie du comic par surprise en rebootant tout son univers par le biais des New 52. Cinquante-deux numéros un, une continuité réécrite (parfois de manière floue, ce qui nourrit bien des débats parmi les fans), et un succès commercial et critique indéniable. Aujourd’hui c’est Marvel qui applique cette recette avec son Secret Wars et surtout les séries All-New Marvel qui vont apparaître dès la fin de l’event. Car ne nous leurrons  pas, malgré les diverses itérations de l’initiative Marvel Now!, c’est bien aujourd’hui que la Maison des Idée répond véritablement à sa Distinguée Concurrence. Le parallèle en est même troublant. Et ce n’est pas la première fois qu’on peut constater ce genre de similitudes entre les deux éditeurs.

The Secret New 52 Wars

Les similitudes entre Secret Wars / All-New Marvel et les New 52 sont en effet très nombreuses. La première concerne la manière dont les deux événements sont orchestrés. Dans les deux cas on est face à une mini-série de prestige, faisant office d’event estival : Flashpoint pour DC (par Geoff Johns et Andy Kubert), Secret Wars pour Marvel (par Jonathan Hickman et Esad Ribic). Ces mini-séries présentent toutes deux les principaux héros de l’éditeur dans une réalité alternative. Et en plus de ces versions « alternatives » des personnages, propres à la réalité de la mini-série, on a un ou plusieurs héros en version « classique » coincés là-dedans. Ce fut Flash dans Flashpoint, ce sont Miles Morales et quelques autres héros et vilains (Reed Richards, Thanos…) dans Secret Wars. Et leur but sera de se sortir de cette réalité alternative, mettant fin à la mini et créant le nouvel univers dans lequel aura lieu le reboot : New 52 et All-New Marvel.

Il est à ce stade trop tôt pour affirmer que la version « All-New » de l’univers Marvel fonctionnera sur le même principe que les New 52 (à savoir un nouvel univers où l’ancienne continuité n’a plus cours sauf quelques éléments très ponctuels hyper marquants du style mort de Jason Todd ou paralysie de Batgirl par le Joker). Les quelques indices dont on dispose laissent même à penser que ce sera différent. La continuité Marvel serait globalement préservée pour les personnages issus des univers classiques (616) et Ultimate, qu’on connaît déjà donc. Mais des personnages issus de réalité alternatives, donc « de facto » sans continuité puisque la plupart auront bien un passé mais qu’on ne connaîtra pas, (à de rares exceptions près comme Old Man Logan) seraient ajoutés à l’ensemble. Peut-être même remplaceraient-ils les versions « originales », Spider-Man étant le seul à cohabiter avec son alter ego d’une autre réalité. Et cela s’explique sûrement par le fait que ce n’est pas le même homme qui se cache sous le masque dans les deux réalités. Mais sinon on aurait a priori un seul Tony Stark/Iron Man, un seul Steve Rogers, Une seul Captain America (Sam Wilson), une seule Ms Marvel (Kamalah Kahn) etc… Pas plusieurs versions chacune issue d’un univers.

Il n’en reste pas moins que dans les deux cas on est face au même schéma : event sous forme de mini-série dont la résolution débouche sur la création d’un nouvel univers.

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Deux éditeurs, une même ligne éditoriale

Et si on considère les choses d’un point de vue éditorial, on retrouve encore des similitudes évidentes, pour ne pas dire un effet miroir. On a déjà évoqué la mini de prestige, mais celle-ci est dans les deux cas accompagnée de tie-ins se déroulant dans la réalité alternative créée pour l’occasion, et parfois écrits par des auteurs de prestige : Flashpoint Batman par Brian Azzarello et Eduardo Risso, Secret Wars Old Man Logan par Brian Bendis et Andrea Sorrentino… Autant de mini-séries ayant vocation à durer ce que dure l’event. La différence étant que chez Marvel certaines serviront sans doute de base à l’introduction des nouvelles versions des personnages (Old Man Logan notamment…). Chez DC l’univers Flashpoint a disparu sans laisser de trace. Mais surtout dans les deux cas, le résultat est de relancer toutes les séries de l’éditeur au numéro un, le même mois, en sortie d’event.

On peut même aller plus loin, et constater que la réponse immédiate du concurrent à l’event et au reboot qui s’ensuit est similaire. Pris de court par le pari  très osé de DC pour séduire un nouveau lectorat, Marvel avait répliqué avec « Marvel Now ! ». C’est à dire avec une pléthore de relaunches, étalés sur plusieurs mois, si possible avec des nouveaux statu quo mais sans toucher à la continuité. L’éditeur avait même fait cela à la suite de son event estival (Avengers vs X-Men) qui servait de tremplin pour un ou deux titres (Uncanny Avengers, All-New X-Men…).

Actuellement chez DC on a eu l’event estival (Convergence, et même The Multiversity) et en sortie, mais sans lien de causalité, on a droit à un nouveau statu quo pour les gros héros (Batman en armure, Superman en jean/t-shirt et les histoires qui vont avec…) et une kyrielle de numéros un (Starfire, Black Canary, Justice League of America, Cyborg…). Il y a même le nom/slogan qui va bien pour compléter : DCYou.

Il y a même le cas de ce qu’on pourrait appeler « l’event oublié », grosse histoire qui finit par passer au second plan au milieu des bouleversements éditoriaux pour appâter le nouveau lecteur. Chez Marvel ce fut Age Of Ultron, censé être un passage majeur du run de Brian Bendis sur les Avengers qui finit par être balancé comme ça, presque par-dessus la jambe, au milieu des titres Marvel Now auxquels il ne correspondait pas (Spidey classique au lieu du Superior Spidey, mauvaise armure pour Iron Man…). On avait l’impression que Marvel le publiait histoire de, parce que de toute façon ils avaient payé les planches donc autant essayer d’en faire quelque chose.

Actuellement chez DC c’est Darkseid War qui prend ce chemin. Ignorant superbement les nouveaux statu quo du Big Three (surtout de Superman et Batman), s’inscrivant clairement dans le run de Geoff Johns sur Justice League, et ayant tout d’un bon gros blockbuster niveau enjeu et intensité, il apparaît comme le Age Of Ultron de DC. Et il est à peu près aussi peu mis en avant.

On peut même voir un parallèle dans le parallèle, en faisant remarquer que Convergence et ses histoires de réalités alternatives rappelle thématiquement Secret Wars. Comme Age Of Ultron et son univers alternatif rappelait Flashpoint, tie-ins à l’appui dans les deux cas. Mais là c’est peut-être chercher un peu loin.

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Captain Bat-America Man

En revanche il ne serait sans doute pas exagéré de souligner que ce n’est pas la première fois qu’on peut établir un tel parallèle entre deux histoires et surtout deux lignes éditoriales chez Marvel et DC. Car entre 2005 et 2011 Batman et Captain America ont connu des destinées très similaires, entre mort, remplacement par leur sidekick historique ressuscité et enfin résurrection finale.

Tout commença entre Février et Mai 2005 quand Jason Todd, ex-Robin tué par le Joker et membre de la short-list de ces personnages qu’on croyait enterrés pour de bon (avec Bucky, Gwen Stacy et Oncle Ben), revint à la vie sous le masque du Red Hood. C’était dans l’arc Under The Hood (Batman #635-638) sous la plume de Judd Winick. A noter que Jeph Loeb avait aiguillonné les lecteurs avec un premier faux retour dans le cadre des multiples rebondissements de son brillant arc Hush.

Mais Jason Todd ne fut pas le seul « inressuscitable » ramené à la vie : dès Septembre 2005 Bucky, jeune coéquipier de Captain America tué pendant la Seconde Guerre Mondiale, revint à son tour à la vie sous l’identité du Winter Soldier, mystérieux assassin soviétique. Ça se passe dans Captain America #8 à 14 sous la plume d’Ed Brubaker.

Ce retour fait partie intégrante du grand plan du scénariste pour le héros à la bannière étoilée, dont l’étape suivante sera la mort de Steve Rogers/Captain America en épilogue à Civil War. Captain America #25 (Avril 2007). L’événement a même droit aux honneurs de la presse New-yorkaise. Mais ça ne s’arrête pas là puisque dès Mars 2008, le revenant Bucky, qui traquait l’assassin de son mentor et ami, se retrouve obligé de lui succéder et devient le nouveau Captain America (Captain America #34).

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Et pendant ce temps là que se passait-il chez DC vous demandez-vous sans doute. Et bien Batman, l’autre « homme ultime » (au sens de « super-héros sans pouvoir mais représentant le summum en termes de capacités athlétiques ») des comics mordit à son tour la poussière entre Juin et Décembre 2008 dans l’arc Batman RIP sous la plume barrée de Grant Morrison. Il eut même droit à sa vraie mort dans le cadre d’un event : Final Crisis #6 (Janvier 2009) toujours écrit par Morrison.

La succession fut est assurée aussi cette fois puisque dès Aout 2009 c’est un autre sidekick qui reprend le costume de son mentor : Dick Grayson prend donc la suite de Bruce Wayne sous le masque de Batman dans Batman & Robin #1, toujours de Grant Morrison. Le tout après une petite gué-guerre de succession narrée dans la mini-série Battle For The Cowl de Tony Daniel.

Mais si dans les comics aucune mort n’est définitive (comme les retours successifs de Jason Todd et Bucky ont achevé de le prouver), il y a aussi une grande tendance au retour au statu quo ante. C’est ainsi qu’entre Septembre 2009 et Mars 2010 on a appris que Steve Rogers n’était pas vraiment mort et qu’il errait dans les méandres du temps. Une errance qui prit fin dans la mini-série Captain Americe Reborn toujours écrite par Ed Brubaker. Comeback parachevé par une réapparition dans l’event Siege. Quant à Batman on découvrit qu’il avait subi un sort similaire, et lui aussi traversa les époques pour ressusciter dans la mini-série Batman : The Return Of Bruce Wayne (Juillet 2010 à Janvier 2011, aussi parfois appelée Batman : Bruce Wayne The Road Home). Dans les deux cas le « successeur » ne perdit pas le titre qu’il avait endossé. Dick Grayson resta Batman dans le cadre du grand projet Batman Inc lancé par Bruce Wayne (qui renfila quand même la cape). Bucky resta aussi Captain America, tandis que Steve Rogers prenait la place de Big Boss des activités super-héroïques jusque-là occupée par Tony Stark puis Norman Osborn. Et si on veut pousser le parallèle encore plus loin dans les deux cas, entre la mort et la résurrection on a eu droit à un arc où le « successeur » suivait une piste semblant indiquer que son défunt mentor était peut-être encore vivant. Piste qui s’avérait infructueuse et renforçait l’idée que le héros original était bien tombé.

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La théorie des fast-food

On pourrait sans doute établir bien d’autres parallèles scénaristiques et éditoriaux de ce type au fil des années. Comme par exemple en soulignant la proximité chronologique entre Identity Crisis (Septembre 2004 à Janvier 2005) et House Of M (Août à Décembre 2005) qui marquèrent tous deux le retour formel des mega events annuels chez leurs éditeurs respectifs. Mais peut-être serait-il temps de passer du constat à la tentative d’explication. Marvel et DC ne feraient-ils donc que se plagier à tour de rôle ? Un peu, mais pas vraiment.

En fait il serait sans doute exagéré de parler de plagiat car malgré les similitudes mises en lumière plus tôt, les histoires restent fondamentalement différentes en pratique. On ne risque pas de confondre les tribulations de Flash dans Flashpoint avec celles des héros Marvel face à un Dr Doom devenu Dieu tout-puissant. Et encore moins l’exploration des secrets des supers-héros sur fond de whodunit que fut Identity Crisis avec le blockbuster version réalité alternative que fut House Of M.

Mais ces histoires, ainsi que les sagas croisées de Batman, Captain America et leurs héritiers, obéissent toutes à la même logique commerciale. Pouah, le vilain mot est lâché. Mais ne nous leurrons pas : les auteurs font parfois, voire souvent, de l’art, les éditeurs font toujours du business. Et pour faire du business on ne balance pas une histoire comme ça au pif en espérant que ça marche. On essaie de saisir le zeitgeist, l’air du temps. Et comme il n’y a pas cinquante méthodes pour le faire, on en arrive souvent aux mêmes conclusions. D’où la similitude des histoires et lignes éditoriales. C’est comme quand on a une mode comme les histoires de zombie : on en fait parce que les indicateurs disent que c’est ce que le public veut à un instant donné.

Ces indicateurs portent parfois le nom d’études de marché, ces magnifiques instruments qui font que trois fast-food vont apparaître au même carrefour, ou cinq magasins de jeux-vidéo vont ouvrir dans un rayon de cinquante mètres carrés. Parce que chaque fast-food/magasin aura mené une étude dont la conclusion fut que l’emplacement était viable. Parce qu’il l’est, pour un. Et chacun veut être celui-là. Transposé aux comics ça donne deux héros iconiques qui meurent et passent la main à leur sidekick.

Et il y a aussi sûrement une part non négligeable de « plagiat » au sens où chacun se dit que ce que le voisin a fait a bien marché, et veut aussi se cuisiner le même gâteau. Ça donne deux reboots/relaunches post event à quatre ans d’écart.

Enfin il ne faut sans doute pas non plus sous-estimer le fait que les auteurs ne sont pas des espions soumis au secret, que l’industrie des comics constitue une petite communauté et que donc tout ce petit monde parle. Les idées circulent donc, et il ne faut dès lors pas s’étonner qu’un Ed Brubaker et un Grant Morrison puissent avoir à peu près au même moment l’idée de tuer leur personnage principal et d’introniser son successeur.

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La taille nettement inférieure et donc les ambitions commerciales très différentes des éditeurs tiers, Image comme les autres, explique sans doute qu’ils échappent à ce schéma de « plagiat/histoires parallèles » propre au Big Two Marvel/DC. Ces deux éditeurs représentent une catégorie à part entière. Et on pourrait sans doute dégager des parallèles entre les stratégies de plusieurs des dits éditeurs tiers (l’éloignement des titres super-héroïques, ou alors avec un twist, l’exploitation de licences…). Mais peut-être serait-il à propos d’en débattre dans les commentaires, ainsi que des multiples autres cas de parallèles chez le Big Two

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4 Responses to Des New 52 à Secret Wars, le parallèle Marvel/DC

  1. Noisybear dit :

    Il y a un problème avec l’argumentation du début d’article… A la fin de Secret Wars, ça ne sera pas un nouvel univers qui sera créé mais on retrouvera celui d’avant (avec quelques modifications). Nous sommes plutôt dans le cas d’Age of Apocalypse en fait.

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Pour le parallèle avec Age of Apocalypse je vois ce que tu veux dire, et ce n’est pas faux mais tu as pris un peu trop au pied de la lettre l’expression de « nouvel univers ». Je veux dire par là que c’est un univers différent par son contenu (nouveaux personnages dedans comme Old Man Logan à la place du bon vieux Wolvie ou le Colossus de Battle Of The Atom a priori…) même s’il reste « le même » stricto sensu (continuité préservée). Ce n’est en effet pas un « nouvel univers » comme celui des New 52 (continuité réécrite). C’est d’ailleurs ce que tu dis dans ton comm’, et ces « quelques modifications » suffisent à mes yeux pour justifier l’emploi du terme de « nouvel univers », et il me semble que nous sommes plus face à un détail sémantique qu’un vrai « problème d’argumentation » :-)

      • Noisybear dit :

        Ah ok… Ca aurait mérité plus d’explication :P A mon sens, l’arrivée d’un nouveau personnage ne fait pas d’un univers un nouvel univers. Ça l’est aux yeux du personnage (là en l’occurrence, des personnages). Mais je comprends mieux ce que tu voulais dire ;)

  2. Zinzolin dit :

    J’avais entendu dans un podcast que la résurrection de Jason Todd et de Bucky Barnes était en fait dû à un pari entre des têtes pensantes de Marvel et de DC Comics. J’ignore si c’est vrai, mais selon certaines personnes ces deux éditeurs s’apprécient plutôt bien par moment et ne sont pas uniquement dans une logique de compétition.

    Mais, je trouve que les deux manquent vraiment de courage pour ne remettre à zéro définitivement et réellement leurs univers.

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