Ninja Turtles, la critique

Ninja Turtles Tortues Ninja Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Ça aurait pu être un désastre. Les tortues mutantes étaient parties pour devenir des aliens, les premiers designs évoquaient plus des vikings que des ninja… En plus Michael Bay (producteur) et Megan Fox (April O’neil) étaient attachés au projet. Pas vraiment des assurances qualités indiscutables. Puis vint le premier trailer. On s’est divisé sur le look des tortues mais grosso modo le consensus était quand même que le massacre annoncé avait été évité. Et maintenant que le film est enfin sorti sous nos latitudes, ça se confirme : Ninja Turtles (ou Teenage Mutant Ninja Turtles en VO) n’est pas un film honteux. Mais c’est quand même un bon gros nanar avec quatre tortues super cool.

Like shadows in the night…

Autant commencer par la douloureuse et se pencher sur ce qui ne va pas dans le film. Déjà le scénario est d’un simplisme affligeant. Même pour les standards d’un blockbuster d’action c’est bas du front. On voit venir le traître environ une demi seconde après sa première apparition à l’écran. Et les motivations des vilains (le clan des Foot, emmené par l’inévitable Shredder) pourraient se résumer à « on veut tuer plein de gens parce qu’on est super vilains ». Et ça c’est vers la fin du film quand toute leur machination est en place. Parce qu’avant on en est limite à se demander si ils ont une motivation tant le pourquoi de leurs agissements reste flou. Et il faudra dire à Jonathan Liebesman (le réalisateur) d’arrêter d’abuser du procédé consistant à annoncer par le biais d’une scène apparemment anodine un élément essentiel ultérieurement. Ou au moins de le faire avec un brin plus de subtilité (parce que là à part s’il collait un gros écriteau du style « ATTENTION DETAIL ESSENTIEL » en plein milieu de l’écran, je ne vois pas comment il pourrait être plus bourrin).

Le film souffre aussi d’un problème de rythme. On attend bien trop longtemps avant de voir débarquer les tortues, même en tenant compte du parti pris consistant à faire monter la pression avant de les découvrir (le premier adoptait la même technique, mais le faisait beaucoup mieux par exemple). Et paradoxalement les scènes d’action sont trop rares. Ou plutôt les vraies belles scènes d’action où on voit les tortues dans leurs œuvres. Parce que les voir glisser sur leurs carapaces ou faire du parkour c’est marrant mais ça lasse vite. On nous prive d’ailleurs de ce qui aurait dû être une super bagarre à la fin pour passer directement au duel avec Shredder. Frustrant.

Précisons tout de même que New York est plutôt bien filmée, ce qui est toujours agréable, surtout vu l’importance de la ville dans l’univers des tortues. Et les décors (le repère des héros notamment) sont assez réussis eux aussi. Sinon globalement la réalisation ne se distingue ni en bien ni en mal.

Ninja Turtles Tortues Ninja Comic Talk

Shellshocked

Megan Fox confirme aussi son statut de bimbo au talent d’actrice se limitant à « sois belle et tais-toi ». Son April O’neil n’est pas ridicule, d’accord, mais elle sonne creux. C’est d’autant plus dommage que le film lui accorde une (trop) grande place, au détriment des tortues justement. On passera sur la prestation de Whoopi Golberg, parce que soyons juste il n’y a rien à en dire (en bien comme en mal) tant son rôle est mineur. Et pour finir le tour des acteurs côtés gentils, on soulignera que Will Arnett ne s’en sort pas si mal en campant Vern, le cameraman et amoureux transi d’April (on notera au passage le clin d’œil au vieux dessin animé qu’il représente). Le personnage aurait vite pu devenir saoulant, mais réussit à en rester au stade de sympathique relou que finalement on aime bien.

Niveau méchants on passera sur le fameux traître évident, qui ne joue pas si mal son rôle, mais le porte sur son visage (sachant que l’écriture n’aide pas). Shredder est plutôt intéressant. Tohoru Masamune en impose vraiment et si l’armure du vilain est très, voire trop, chargée, elle rend quand même plutôt bien une fois en mouvement. Bon, les lames magnétiques auraient avantageusement pu être remplacées par un vrai katana, mais ma foi on s’y fait. Seul GROS problème, peut-être inhérent à la VF (je n’ai pas eu accès à la VO) : l’accent « asiatique générique » à couper au couteau du personnage dès qu’il parle français. C’est juste complètement ridicule, et ça nuit au plaisir. Par contre quand il parle japonais sa voix passe très bien.

On déplorera aussi que les Foots soit devenus des mercenaires génériques maniant les fusils d’assaut plutôt que des ninjas. Leur costume (un masque) est peu inspiré, ça rend les scènes d’action moins sympa (pas de vrais duels, ils prennent juste des mandales), ça donne lieu au cliché des mecs armés jusqu’aux dents qui courent vers leurs adversaires au lieu de leur tirer dessus, et surtout ça dénote par rapport au délire « armure de samouraï » de leur boss.

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Cowabunga

Et là, arrivé à ce niveau de l’article, vous devez commencer à vous demander ce qui a permis à ce film de trouver grâce à mes yeux et de ne pas finir aux côtés de la trilogie de l’apocalypse Elektra/Catwoman/Batman & Robin. La réponse tient en quatre noms : Leonardo, Raphael, Michelangelo, Donatello. Les quatre tortues sauvent à elle seule le film du naufrage total. Déjà parce que leur look rend super bien sur grand écran. J’ai eu mes doutes en voyant les trailers, mais une fois au ciné je les ai trouvées splendides. Leur grande taille (1m80 mon œil, elles en paraissent 2 à l’aise) n’est au finale pas gênante. Et leurs « costumes » composés d’une kyrielle d’accessoires leur donne du cacher. Et surtout, que les effets spéciaux les concernant sont réussis. On dépasse largement le cadre du « vu le budget et la technologie encore heureux que ce ne soit pas dégueu ». Le boulot est sublime et c’est un vrai plaisir de vois les quatre héros à carapace se mouvoir.

Plus globalement, les quatre frangins sont cool. Ils sont drôles, ont du charisme, débordent de classe au combat… Plein de petits détails viennent renforcer ce sentiment : leur façon de parler, leurs one-liners et références pop-culture, les petits « character moments » ici et là… Leurs personnalités ressortent bien, même si c’est un peu caricatural (ça ne devient pas non plus ridicule en général). Seul Leo est moins bien traité, comme si les auteurs l’avaient juste vu comme un peu trop sérieux, chiant quoi. Mais bon, rien de tragique. Splinter est aussi plutôt réussi, digne patriarche de cette petite famille. Il bénéficie d’une écriture un peu plus moderne qui lui réussit assez. Finalement chaque séquence avec les tortues est un vrai moment de plaisir, très fun, et le principal défaut du film (avec son scénario moisi) est qu’on ne voit pas assez ses héros pourtant si réussis.

Comme je le disais les scènes d’action les montrant à l’œuvre sont trop rares et c’est dommage parce qu’il y a pourtant quelques belles choses en la matière. Le combat final offre notamment quelques jolis plans. On pardonnera donc aisément quelques blagues ratées, car sur l’ensemble ça passe. De même l’idée de rendre les tortues super fortes et à l’épreuve des balles n’est pas géniale (ça diminue la portée de leurs actions du coup) mais on finit par s’y faire car ce n’est pas trop exagéré non plus (ils prennent la peine de parer les coups et d’esquiver les balles quoi).

Ninja Turtles Tortues Ninja Comic Talk

LE BILAN : Ninja Turtles est un mauvais film : scénario foireux, actrice principale qui n’est qu’une potiche, vilains peu marquants en général (et le plus classe plombé par le doublage), réalisation au mieux honnête et au pire maladroite… Pas grand-chose ne vient le sauver. Sauf ses quatre héros. Les Tortues Ninja sont si intrinsèquement cool, et disons-le, bien traitées dans le film, qu’elles font passer bien des choses. Du coup finalement je suis sorti de la salle en ayant conscience d’avoir vu un nanar, mais en étant quand même bien content d’avoir vu les quatre chevaliers d’écaille en action.

4 Responses to Ninja Turtles, la critique

  1. Comic Book Avignon dit :

    Une seule phrase résume le film à mes yeux, celle de mon fils:
    moi: t’as aimé le film ?
    mon fils: m’ouaip ( un oui à moitié convaincu )
    moi: tu le reverrais plus tard ?
    mon fils: non

    tout est dit ^^
    et pourtant c’est un film qui lui est destiné à la base

  2. Eddyvanleffe dit :

    Malgré le trou béant dans le scénar, le film reste agréable et marrant (on a évité les blagues scato qu’on voit souvent dans les trucs à base de nostalgie). Les tortues sont vraiment topissimes. Quelque part, c’est suffisant.
    Par contre l’animé de Nickolodéon est je trouve d’une grande qualité. Les scènes d’action sont vraiment bien foutues et les intrigues contiennent un parfum de second degré très « british » je trouve. Les références sont légion (les feuilletons de Leonardo, les comics d’horreur de Mickey, le vocabulaire surréaliste des Krangs etc..)

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Je partage totalement ton enthousiasme pour la dernière série animée. D’ailleurs on en parle un peu dans un futur article consacré aux TMNT :-)

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