Northampton, la review (TMNT #29 à #32)

Northampton Ross Campbell

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L’univers Teenage Mutant Ninja Turtles a été chamboulé ces derniers mois avec le premier gros event City Fall. Réussir à embrayer après un tel chef d’œuvre de 7 numéros (hors tie-ins) était un exercice compliqué. L’équipe créative était d’ailleurs changée puisque Ross Campbell remplaçait Mateus Santolouco qui s’accorde une petite pause au dessin pour mieux revenir après cet arc remplit de nostalgie, de poésie, mais également de tant de choses en plus : Northampton.

Depuis le début du relaunch par IDWKevin EastmanTom Waltz et Bobby Curnow s’appuient sur toutes les itérations des Teenage Mutant Ninja Turtles existantes pour construire leur univers. Sur cet arc, ils ont décidé de revenir dans un des lieux les plus emblématiques des Tortues, Northampton. Cette bourgade du Massachussets était le fief Kevin Eastman et Peter Laird quand ils ont créé Mirage Studio. La ville a ensuite été utilisée dans le premier volume des TMNT comme deuxième théâtre de leurs aventures après New YorkCasey Jones y ayant un pied à terre. Ils y reviendront régulièrement par la suite, autant dans les comics que la série animée de 2003, mais également dans le premier film de 1990 même si le nom de Northampton n’est à aucun moment utilisé. Après City Fall qui rappelait City at War, nous retrouvons donc les tortues pour quatre numéros à Northampton, lieu habituel de renaissance et de repos pour les Tortues Ninja.

Northampton Ross Campbell

A la fin du dernier arc, la fratrie était divisée, et devait panser ses blessures. Après son lavage de cerveau opéré par le Foot ClanLeonardo ne fait plus confiance à personne, et a des doutes sur qui il est vraiment. Il rejette sa famille qui tente tout pour qu’il se sente bien, mais tous sont autant démunis que leur ancien leader face à la situation. Splinter est gravement blessé à la jambe. Le moral du groupe n‘est pas au beau fixe et ils sont conscients qu’ils ont livré leur plus rude bataille jusqu’à présent, et leur seule satisfaction est d’être réunis, malgré les apparences. Se retrouver loin de New York tous ensemble était donc primordiale, et les voilà donc à Northampton dans une grange chez la famille d’April O’Neil.

Avant toute chose et une fois n’est pas coutume, attardons-nous sur le dessin en premier lieu. Ross Campbell avait déjà officié dans Tales of TMNT chez Mirage, mais avait également été brillant chez IDW sur des couvertures variantes ainsi que des Micro Séries : Leonardo et Alopex. Son art a été plus que plébiscité et les attentes d’un retour sur les tortues étaient grandes. Ce fût lors de la San Diego Comic Con que Northampton a été officialisé avec son arrivée en remplacement temporaire de Mateus Santolouco. Les premiers designs et couvertures tranchaient avec le style de Santolouco dégageant immédiatement une impression de calme et de sérénité. Les tortues gagnent en simplicité  par rapport à celles du brésilien pour coller à l’ambiance de Northampton. Non seulement il arrive à dépeindre la mélancolie ambiante, la solitude qui pèse sur Leonardo, mais en plus il magnifie les souvenirs que peuvent avoir le chef de la fratrie et Splinter avec la regrettée Tang Shen, nous faisant encore plus voyager sur les quelques pages concernées. Quand Waltz laisse des silences, Campbell les comble à merveille. Parfois, les mots ne sont pas nécessaires mais le dessin doit faire ressentir la situation au lecteur. Cela marche parfaitement quand la détresse de Leonardo est mise en avant, lors du barbecue improvisé, et encore plus dans une planche du dernier numéro, petite leçon de storytelling, simple, mais maitrisée du bout des doigts. De plus, l’artiste excelle plus particulièrement dans les expressions faciales permettant d’immédiatement saisir l’ambiance et l’humeur des personnages. Après un premier numéro « d’échauffement », il monte en puissance pour nous éblouir page après page, apportant ses idées, faisant évoluer les looks des tortues, et présentant même des nouveaux ennemis : Koya et les Foot Assassins.

Si le dessin de Ross Campbell est un quasi sans faute, il s’appuie avant tout sur une histoire solide, tout simplement dans la droite continuité des numéros passés. Ainsi, le premier numéro (TMNT #29) sert vraiment d’introduction à ce petit arc, autant que d’épilogue à City Fall. Les blessures sont présentes, et la fracture entre Leonardo et le reste du clan est béante. Il aurait été bien trop facile de résoudre le lavage de cerveau opéré par le Foot Clan en un voyage en combi VW. On sait bien évidemment que le statu-quo sera de retour avant la fin de Northampton, mais la résolution doit être progressive et bien amenée. Ce premier quart est le plus calme après le rush effréné d’action auquel on a eu le droit pendant les derniers événements. La rédemption et la guérison de Leonardo passeront par deux événements : les conversations qu’il peut avoir avec sa mère Tang Shen (jusque ici limitée à Splinter), et l’attaque du camp par Toya et ses Foot Assassins.

Northampton Raphael Leonardo

L’aspect de la réincarnation avait été un peu mis de côté ces derniers temps. Régulièrement, lors de ses méditations, Splinter dialoguait avec sa défunte épouse, quand il cherchait des réponses. Aujourd’hui, c’est Leonardo qui est perdu. Pour la première fois, il manque de respect à son maître, véritable symbole du mal être de l’aîné de la fratrie. Chacun essaiera de le ramener à la raison, de manière plutôt brusque. La rivalité avec Raphael est d’ailleurs à son paroxysme lorsque Leonardo défend Alopex, à la recherche de nouveaux alliées, s’opposant ainsi également à ses frères. Tout est réellement à reconstruire, et même si un barbecue improvisé par Michelangelo commence à resserrer les liens, c’est bien grâce à Tang Shen que Leonardo commencera à retrouver la raison. Après s’être opposé à son père, le voilà donc qui tisse un lien encore plus fort avec lui. Vient alors le second élément qui confirmera que Leo est de retour : l’attaque de la grange. Il était évident que Shredder n’allait pas rester sans rien faire après la perte de son nouveau disciple. Il envoie donc une nouvelle mutante, Toya, et des Foot Assassins pour éradiquer tout ce petit monde. Il n’en fallait pas moins pour réveiller le leadership de Leonardo endormit et le faire reprendre sa place, pour revenir à un statu quo annoncé.

Si Leonardo était au cœur de toutes les préoccupations, les autres personnages n’ont pas été oubliés. Alopex ayant suivi les Tortues après s’être retourné contre Shredder suite aux évènements durant la mini-série qui lui était dédiée, elle est maintenant à la recherche d’un foyer, d’une famille. Dans son « entourage », ce qui se rapproche le plus de cette image est les Tortues. Elle espère trouver refuge et profiter de Leonardo se rangeant à ses côtés, malgré les réticences de Raphael. Ce dernier sera d’ailleurs celui qui gardera le plus de craintes mais dont la relation avec la mutante sera la plus intéressante. Il n’hésitera d’ailleurs pas à mettre en danger sa famille pour aller au bout de ses idées, quitte à perdre ce qu’il pouvait construire.

Northampton Ross Campbell

La relation April/Casey passe à la vitesse supérieure puisque Northampton se trouve être la résidence actuelle des parents de la jeune fille. Pendant que les tortues se réfugient dans la grande, Casey accompagne April dans la maison familiale. Depuis leur première rencontre, la construction de la love-story entre les deux s’est faite naturellement et pas uniquement parce que c’était leur destin de personnages humains principaux. Alors que l’on pouvait avoir peur de suivre seulement l’intégration de Casey par la belle famille, l’histoire prend un tournant plus qu’intéressant puisqu’on apprend que le père d’April travaillait chez Stockgen avant un accident qui l’a cloué dans un fauteuil roulant. C’est lui qui a fait rentrer sa fille en stage la bas. Un de ses sujets d’études était d’ailleurs le mystérieux « ooze« … Un des éléments très décriés du futur film de la Paramount est donc également exploré dans l’univers d’IDW sans que cela fasse débat. Tant que cela est bien amené, pourquoi se braquer sur du changement ? Fin de l’aparté. Détentrice d’une dose de ooze, aux propriétés régénératrices, April va devoir faire un choix dans son utilisation qui pourra être lourd de conséquence pour la suite…

Contrairement à City Fall, le laps de temps qui s’est coulé est bien plus court, et sur moins de numéro.  L’action est bien plus condensé, peut être trop, et cela se ressent. Un premier numéro servant tout autant d’épilogue à City Fall, un second pour lancer l’arc ainsi que les tenants et aboutissants de City Fall (même si on peut se douter déjà qu’il y aura un retour au statu quo pour de nombreux éléments), un troisième pour lancer l’action, et un quatrième pour tout résoudre. Un ou deux numéros pour baisser un peu le rythme n’auraient pas été de trop et auraient peut être permis d’éviter cette impression d’arc rushé pour tenir en quatre numéros.

Northampton Leonardo Ross Campbell

Le titre annonçait la couleur et était plein de promesse. Le contenu répondait à ces attentes. C’est encore une fois quelques numéros remplit de nostalgie, et de références aux différentes itérations des Tortues Ninja que nous livrent Tom Waltz, Kevin Eastman, et Bobby Curnow. Comme depuis plus de deux ans, ces hommages s’intègrent parfaitement dans le récit et ne paraissent pas seulement être posés pour faire du fan-service, tant et si bien que les novices ne trouveront pas des scènes décousues ne parlant qu’aux plus grands connaisseurs. Et toujours, comme depuis deux ans, l’introduction d’éléments nouveaux se fait naturellement et en douceur.

Northampton répond aux attentes en servant d’épilogue à City Fall pour revenir à un statu quo évident, tout en introduisant des éléments pour la suite de l’ongoing. Ross Campbell réussit parfaitement son intermède sur le titre avant le retour de Santolouco pour le numéro #33. Il arrive parfaitement à saisir les moments contemplatifs inhérents à cet arc tout en donnant du dynamisme pour l’action. Les dialogues offrent encore des grands moments autant nostalgiques que poignants. L’équipe créative maitrise son bébé depuis deux ans et demi, et on sent qu’ils prennent autant de plaisir à écrire sur les Teenage Mutant Ninja Turtles que nous de les lire.  A part un rythme un peu trop rapide, Northampton est un quasi sans faute et totalement dans la continuité de City Fall.

LA NOTE : 4/5

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