Random Comic Thoughts #4

Random Comic Thoughts Comic Talk

Jeffzewanderer Par

S’il y a bien une page qui illustre l’impact que l’encreur peut avoir sur le travail du dessinateur (du « crayonneur » ? Penciller quoi…), c’est celle de Denys Cowan (crayonnés) et Bill Sienkiewicz en bonus de The Question The Deaths Of Vic Sage #2. Sachant que le cas Sienkiewicz est très particulier, vu qu’il s’agit à la base d’un artiste au style très très personnel.  A se demander si ça a encore un sens de dire qu’il est « seulement » encreur tant il s’approprie le dessin.

Random Comic Thoughts Comic Talk

Quelques éléments de contexte : le vrai nom de Wolverine n’est pas Logan mais James Howlett. Logan est uniquement un pseudonyme qu’il utilise (dont l’origine, pour intéressante qu’elle soit, n’est pas le propos ici). Cette information a été révélée pour la première fois dans la mini-série Origin, de 2001, qui comptait la véritable origine de Wolverine. Mais notre cher griffu canadien, qui a lui-même longtemps tout ignoré de son passé, y compris son véritable nom, semble toutefois avoir eu quelques réminiscences éparses. En effet, dans X-Men (vol. 2) #74, publié en 1998 (donc 3 ans avant Origin), on le voit exhiber une fausse carte de police où le nom indiqué est JIM LOGAN (Jim étant le diminutif de James). On avait donc eu la primeur du vrai prénom du héros. Il s’agit à n’en pas douter d’un hasard. Le scénariste d’Origins, Paul Jenkins, avait lui-même avoué avoir décidé au dernier moment que James Howlett, petit garçon fragile, serait Wolverine, plutôt que le gamin élevé à la dure connu uniquement sous le sobriquet de Dog. L’idée que ce prénom ait été tiré des cartons de Marvel où il aurait été oublié paraît donc peu crédible. Mais la coïncidence reste amusante.

Random Comic Thoughts Comic Talk

Et c’est la Nassau dans l’Etat de NY, pas au Bahamas.

En parlant de coïncidence nominale, le petit gamin héros éponyme du film de Taika Waititi, Jojo Rabbit, a aussi eu un homonyme quelques années avant : Jojo le lapin râleur de la mini-série The Dare Detectives, de Ben Caldwell.

Random Comic Thoughts Comic Talk

Will the real Jojo please stand up ?

Et la palme du titre le plus mensonger revient à… Giant Size X-Men : Nightcrawler (Hickman/Davis), parce que si ce cher Kurt Wagner est bien sur la couverture et apparaît tout au long du numéro, ça n’en reste pas moins une histoire totalement centrée sur Douglock, qui réutilise une vieille création oubliée de la période Claremont/Byrne (sans lien particulier avec Nightcrawler non plus d’ailleur). Kurt est juste là pour distribuer deux trois mandales. Mais il faut bien vendre…

Random Comic Thoughts Comic Talk

Ben oui Kurt, tu t’es fait piquer ton Giant-Size.

Mary Jane ou Mary Sue ? C’est un peu la question qu’on pourrait se poser à la fin du premier arc de The Amazing Mary Jane (#1 à 5) de Leah Williams et Carlos Gomez. Le pitch : MJ va jouer le 1er rôle féminin dans un biopic à la gloire de Mysterio, réalisé en secret par… Mysterio lui-même. MJ le découvre très vite, mais décide quand même de participer au projet pour aider le vilain en quête de rédemption. C’est une série plutôt fun, mais dont la lecture en une traite fait apparaître un défaut un peu agaçant : MJ ne rencontre jamais aucune difficulté. Elle fait face à des problèmes, oui, mais chaque péripétie est résolue en deux coups de cuillère à pot par l’héroïne, qui ne semble pas connaître le sens du mot échec. Elle a toujours réponse à tout, toujours un tour dans son sac… Bref elle est la définition même de la Mary Sue, ce cliché du personnage qui incarne le fantasme de l’auteur et triomphe de tout sans encombre. Il est vrai que l’exercice était périlleux : de nos jours confiner un personnage féminin secondaire majeur dans un rôle de demoiselle en détresse (ou variation du style épouse dévoué) a de plus en plus de mal à passer. Mais s’il est assez facile de donner un premier rôle à une Lois Lane, journaliste extraordinaire, Marvel a peut-être joué la difficulté en tentant le coup avec Gwen Stacy (je n’ai pas lu la série pour voir ce que ça donnait) et MJ. Celles-ci n’ont en effet jamais vraiment été définies autrement qu’à travers leur relation avec Peter Parker alias Spider-Man et ne sont pas connues pour posséder de talents justifiant un premier rôle. Mais comme je l’ai dit, le résultat est honorable pour MJ, tirant partie de sa dimension la plus glamour : sa carrière d’actrice. Il reste toutefois dommage que, semblant à tout prix vouloir nous démontrer à chaque page à quel point son héroïne est extraordinaire, Leah Williams semble oublier qu’un élément majeur du développement d’un personnage est sa capacité à surmonter l’échec. A permettre à MJ de vaincre sans péril, elle la prive finalement de la gloire dont elle semblait tant vouloir l’auréoler. Ou plus exactement, à trop vouloir la protéger, comme si un échec devait être un affront au personnage, elle l’empêche de réellement devenir incroyable. Le titre va jusqu’à nous offrir une scène de combat entre l’héroïne (sans pouvoirs évidemment, ni même super préparation Batmanesque) et tout une bande de super-vilains qui auraient donné du fil à retordre à Spidey lui-même malgré ses pouvoirs.

Random Comic Thoughts Comic Talk

Avec un croche patte ? Sérieusement ?

Avec un gros soupçon de mauvais esprit, on pourrait même y voir la trace d’un féminisme quelque peu maladroit, se bornant à exalter exagérément le personnage féminin, et finissant paradoxalement par le desservir malgré la louable intention de départ. J’évoque le thème non pas par esprit rétrograde ou réactionnaire (pitié ne me taxez pas de pro-comicgatisme, trumpisme ou tout autre décrépitude avancée de la pensée) mais à cause d’un ressenti subjectif (et donc par essence peu fiable j’en ai conscience). Il m’a en effet semblé que récemment, ce travers scénaristique semblait toucher de manière assez récurrente (pas systématique, attention) les personnages féminins. Je pense plus précisément à Captain Marvel dans son film notamment, où elle est tellement puissante qu’elle ne rencontre finalement aucun adversaire sérieux. En revanche Nadia Van Dyne (la nouvelle Wasp), dans sa récente série solo, paraissait elle aussi intouchable. Tout comme America Chavez dans sa propre série. Si on veut élargir le spectre hors Marvel, les cas de Rey dans les nouveaux films Star Wars ou dans une certaine mesure d’Harley Quinn (mais c’est à visée comique souvent) ou  Catwoman chez Tom King (certes il cantonne ça à la baston, mais elle semble y être devenue l’égale de Batman, voire meilleure) pourraient être évoqués. Bref, une tendance scénaristique consistant à exalter exagérément les qualités des personnages féminins, pour compenser une représentation trop faible ou peu flatteuse par le passé, semble se dessiner. Or, le défaut de ce procédé, c’est justement que montrer un personnage trop parfait reste de la mauvaise écriture, peut importe l’intention que cela sert. On ne compense pas un tort passé par une maladresse présente.

Les contre-exemples existent toutefois, et sont même globalement plus nombreux : Ms Marvel (Kamalah Kahn), l’éternelle Jessica Jones (notamment dans sa dernière série Blind Spot écrite par Kelly Thompson) ou encore Spider-Woman si on en juge par le premier numéro de sa nouvelle ongoing.  Là aussi, on peu gaiement élargir le spectre à Forever, l’héroïne de Lazarus (Rucka/Lark), ou Glory de Death Or Glory (Remender/Bengal) et même Wonder Woman, dont la série présente son lot de défauts mais pas celui-là. On attendra donc avant de hurler au complot féministe qui gâche les comics (n’est-ce pas chers comicgaters ?). Ces héroïnes finissent elles aussi par triompher, issue logique pour tout protagoniste principal de comics super-héroïque, homme ou femme, mais uniquement après divers revers. Et, si leur talent ou puissance sont reconnus et mis en valeur, elles conservent suffisamment de limites pour ne pas donner l’impression que ne pas rendre l’héroïne parfaite devient une posture misogyne.

C’est en revanche à ce genre de maladresse que The Amazing Mary Jane succombe,  ne limitant jamais son héroïne. Alors simple maladresse dont il se trouve qu’elle concerne un personnage féminin ? Ou manifestation d’une tendance reflétant une visée idéologique sous-jacente ? Difficile de trancher : la seule autre œuvre que je connais de la scénariste est la mini-série Gwenpool Strikes Back, au demeurant excellente et qui, pour le coup, est à l’opposée même de ce travers, l’héroïne s’en prenant plein la tronche page après page et gaffe après gaffe. Le titre est en outre dépourvu de propos idéologique explicite. Tout ça plaiderait donc plutôt pour la bourde ponctuelle en l’occurrence.

Random Comic Thoughts Comic Talk

Easy-peasy lemon squeezie !

NdJeff : Jouons cartes sur table : j’ai longuement hésité à simplement couper les paragraphes précédents, de crainte de me voir taxer de misogynie, ou d’être un vieux con réac’, et même de peur de l’avoir été sans m’en rendre compte. Mais au final, outre le fait que l’objet de cette rubrique est JUSTEMENT d’asséner tout ce qui me passe par la tête à un monde qui n’en demande pas tant,  j’ai aussi essayé de nuancer mon propos, de l’exposer le plus clairement et honnêtement possible, et je crois sincèrement que le respect pour une idéologie quelle qu’elle soit n’exclue pas la critique (sans non plus vouloir tomber dans le cliché justement si propre aux connards fachos réac’ de tous poils consistant à hurler qu’on ne peut plus rien dire quand on leur reproche de déverser leur tombereau d’immondices idéologiques). Bref, j’ai quand même décider de me lancer, quitte à me soumettre à la vindicte d’hypothétiques lecteurs, ou plutôt je l’espère, à engager un débat dont je ne suis pas sûr de ressortir vainqueur, mais dont je me dit que je pourrais à défaut ressortir convaincu en autant de mots que vous le voudrez.

Allez, on finit avec une petite pensée philosophique pour se détendre, tirée d’Avengers/Defenders : Tarot #4 d’Alan Davis et Paul Renaud (qui fait les intérieurs ! Rien que ça c’est une raison de se jeter dessus !) :

Hulk : Hulk not want to remember. Remember is about yesterday. Today is not yesterday tomorrow. Today is now.

Iron Man : I must be more wasted than I thought. That made sense to me.

Random Comic Thoughts Comic Talk

Dr B. Banner
Major : Physics.
Minor : Philosophy

Poster un commentaire