Southern Bastards #1, la review

Southern Bastards Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Southern Bastards de Jason Aaron et Jason Latour pourrait être le nouveau Scalped ! Voilà, c’est dit. Nouvelle série réalisée par un des piliers de Marvel parti se créer son petit oasis créatif chez Image en parallèle à son travail pour la maison des idées, Southern Bastards #1 se révèle être une vraie œuvre d’Auteur, au sens le plus noble du terme.

Because I love the South with all I got.

Une fois n’est pas coutume, cette citation n’est pas tirée des dialogues de Southern Bastards #1 mais de la postface de Jason Latour où il revient (comme Jason Aaron dans la sienne) sur ses origines sudistes et sur sa relation d’amour/haine avec cette région si particulière des Etats-Unis. Et c’est là la clé de ce qui donne toute sa personnalité, son identité, à cette série.

Car dans ce premier numéro, le héros, c’est ce dirty south, terre de football, de rednecks, de trafics divers, et de souvenirs. C’est une ballade dans ce sud crasseux sur fond de country tendance « outlaw ». Le trait sale, irrégulier, et tellement plein de caractère de Jason Latour fait merveille pour nous plonger dans cette ambiance qui n’a rien à envier à celle de Scalped. Les personnages ont tous des gueules à faire peur, cabossées. Les couleurs sont poussiéreuses, changeant judicieusement quand on passe du présent au passé rouge sang. Tout ça n’a rien de glorieux ni de beau, et c’est ce qui rend l’ensemble si envoûtant.

Les mises en page sont admirables, tantôt contemplatives pour mieux nous laisser apprécier le calme trompeur de ce Sud qu’on dit paisible, et tantôt heurtées, saccadées, brutales, quand sa violence ressort inéluctablement. Le « gaufrier » de douze cases à l’avant-dernière page représente un cas d’école en matière d’utilisation judicieuse de cette technique.

Southern Bastards Comic Talk

Because I fucking hate those bastards with every part of me.

Et l’autre volet de Southern Bastards, qui donne son nom à la série, c’est la faune qui peuple cette terre désolée. L’intrigue se dévoile finalement assez peu dans ce numéro. On y suit Earl Tubb, homme mur à la carrure imposante et à la moustache grisonnante. Il revient à Craw County, Alabama, pour vider la maison de son défunt sheriff de père. Et le passé l’attend au détour du chemin.

Il y a cet arbre qui a poussé sur la tombe du cher disparu. Il y a Dusty avec sa gueule de toxico et ses embrouilles, rencontré au hasard d’un repas au diner (des ribs, bien sûr). Embrouilles auxquelles Earl va sûrement se retrouver mêlé, on le devine, tout ça parce que lui n’a pas voulu être un « southern bastard ». « No good deed goes unpunished » disent les américains. A chaque bonne action son châtiment.

Ce mystère autour de l’intrigue, loin d’être une faiblesse, contribue au contraire à donner une véritable âme à ce premier numéro. C’est l’univers du titre qu’on nous dévoile, qui nous donne envie de rester. Et l’ébauche d’intrigue que nous servent les auteurs nous donne un prétexte pour le faire. On pourrait aussi parler des dialogues, brefs, crus mais jamais gratuitement vulgaires. Ou de toutes ces petites touches, comme cette mystique autour du bâton du défunt sheriff.

Southern Bastards Comic TalkLE BILAN : Southern Bastards #1 c’est ce chien pouilleux qui chie au bord de la route en guise de séquence d’ouverture avant d’aboyer rageusement après la première voiture qui passe. C’est un coup de friteuse sur la gueule. C’est un arbre qui pousse sur une tombe. C’est entre Scalped et la série TV Justified. C’est du Noir version dirty south. C’est un polar qui prend aux tripes. C’est le règlement de compte de Jason Aaron et Jason Latour avec leur région. Avec leur passé. Et c’est un diamant brut.

LA NOTE : 5/5

Southern Bastards Comic Talk

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