Spider-Man : Homecoming, la critique

Spider-Man Homecoming Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Héros parmi les plus populaires de la Maison des Idées, Spider-Man est aussi l’un de ceux qui a eu les fortunes les plus diverses en matière cinématographique. Les deux premiers opus de ses aventures par Sam Raimi, avec Tobey Maguire dans le rôle titre, ont eu en leur temps un succès incontestable, mais semblent aujourd’hui pâtir du poids des années aux yeux de certains. Le troisième volet est considéré comme celui de trop. Le premier reboot, où Andrew Garfield a repris le rôle titre, n’a pas rencontré le même succès, malgré une suite qui a tenté tant bien que mal de rectifier certains errements. Et nous voilà avec un second reboot, sous l’égide bienveillante mais vigilante de l’usine à succès Marvel Studios. On avait eu un aperçu du potentiel de Tom Holland en tisseur de toile dans Captain America : Civil War. L’heure est venue pour lui de transformer l’essai avec ce Spider-Man : Homecoming.

Un grand pouvoir…

Premier point essentiel : Marvel nous épargne une troisième redite des origines désormais bien connues du personnage. Point de voleur ni d’oncle Ben ici, tout est pris pour acquis. En revanche le film pense à ceux qui auraient loupé Civil War et nous remémore l’intervention de Peter dans la bataille assez habilement par le biais d’un vlog souvenir en guise d’introduction. Ça ne vaut pas le fait d’avoir vu le film, mais ça plante efficacement le décor et l’ambiance de cet Homecoming. L’un des thèmes majeurs du film est en effet le retour au quotidien d’un Peter qui a eu un aperçu de la cours des grands et s’en trouve tout grisé. La ficelle marche bien et permet de faire ressentir au spectateur qu’il assiste au premier film d’un héros qui a encore tout à prouver sans pour autant repasser par la case origines.

Une prémisse opportune et bien exécutée, qui donne le ton pour le reste de ce très bin film. Le scénario a en effet l’intelligence de ne pas en faire trop, de ne pas chercher l’épique à tout pris, et met plutôt un point d’honneur à se concentrer sur la petite échelle des aventures de son héros néophyte. Les enjeux n’en sont pas moins réels et prenants, comprenez juste par là qu’on va laisser de côté les menaces cosmiques et même mondiales, au profit d’une super-délinquance de proximité incarnée par le Vautour (Michale Keaton) et son gang. Cette échelle réduite permet aussi de faire la part belle aux soucis quotidiens de Peter Parker, ressort dramatique essentiel de toute bonne histoire de Spider-Man. La recette fonctionne là encore, et on se prend autant aux galères scolaires et sentimentales de Peter qu’aux acrobaties super-héroïques du tisseur. Le final repose certes sur un « twist » très classique, mais il est amené avec une certaine ruse. Et surtout il est tellement authentiquement « spider-mannien » qu’on ne saurait réellement en tenir rigueur au film. Ce serait comme reprocher à une tragédie classique de mal finir.

Mais encore plus que son scénario efficace, c’est le traitement des personnages et de l’univers qui fait que ce Spider-Man est si réussi. Le film prend ainsi nombre de libertés, piochant parmi toutes les itérations du tisseur (classique, Ultimate, et même Miles Morales), tout en créant aussi son propre univers (Flash revisité, la sarcastique mais sympathique Michelle incarnée par Zendaya…). Un melting pot parfaitement maîtrisé qui aboutit à une version réellement inédite du tisseur pourtant on ne peut plus fidèle à l’essence du personnage. Et chercher les hommages au gré de l’histoire (nom de personnages en clin d’œil, scènes…) est un régal pour les fans.

Spider-Man Homecoming Comic Talk

… implique de grandes responsabilités

A tout seigneur tout honneur, Tom Holland est parfait en Peter Parker. Moins geignard que Tobey Maguire, moins beau gosse cool qu’Andrew Garfield, il est un loser « normal », timide et geek, mais incontestablement sympathique. Le genre de garçon dont on comprend qu’il ne soit pas la star du collège, mais dont on saisit tout aussi aisément l’attachement qu’il suscite chez ceux (et celles…) qui le portent en leur cœur. Un portrait moderne extrêmement juste de ce que doit être Peter Parker. Sans oublier sa gouaille lorsqu’il revêt son masque, qui est bien là pour cacher ses doutes. Doute justifiés pour un héros qui galère aussi en costume au moins autant à cause de son inexpérience que de l’adversité qu’il rencontre. Enfin ce Peter a du cœur, et si ses transports sont souvent maladroits, ils n’en vont que mieux transparaître sa valeur.

La galerie de seconds rôles, Ned en tête (copie carbone de Ganke, le meilleur ami de Miles Morales dans les comics) est impeccable de justesse. Tous sont attachants, et remis au goût du jour de la même façon que Peter : l’essence est respectée (Flash est toujours un petit c**) mais l’interprétation on en peut plus contemporaine. Mention spéciale à la belle Liz, qui a du Gwen Stacy en elle : beauté d’apparence inaccessible, mais qui nous épargne le cliché de la reine de promo super peste. Enfin comment ne pas souligner la performance du plus glorieux second rôle : Robert Downey Jr. Toujours aussi parfait en Tony Stark, il sait s’effacer et ne pas voler le film a sa star tout en restant un mentor vigilant.

Mais la performance la plus remarquable est peut-être celle de Michael Keaton en Vautour. Criminel « breaking-badien », il a une réelle présence à l’écran et surtout sa psychologie s’avère assez travaillée pour en faire plus qu’un énième méchant kleenex, aussitôt apparu aussitôt jeté. Il n’est pas un vilain qui sera la Némésis du héros ou qu’on retrouvera à chaque épisode comme un Loki ou un Magneto, ou ce que devrait être un Norman Osborn, mais il est un vrai personnage, pour lequel on ressent une réelle empathie, et il n’a pas besoin d’être plus.

Allez, pour pinailler disons qu’il manque peut-être à Spider-Man : Homecoming un moment iconique, qui fige le spectateur dans son siège et lui décroche la mâchoire. Aucun plan, aucune scène, ne produit cet effet (la bataille finale manque même un poil de spectacle, sans que ce soit rédhibitoire non plus, entendons-nous bien). Mais c’est peut-être la contrepartie du parti pris terre à terre de cet opus, et si c’est là le prix à payer pour avoir un film d’une qualité si constante, c’est volontiers qu’on passe à la caisse.

Spider-Man Homecoming Comic Talk

Spider-Man : Homecoming est une réussite de bout en bout, l’un de ces rares films auxquels il n’y a aucun réel reproche à faire. Scénario qui fait le job, acteurs impeccables, traitement intelligent des personnages, tout y est. Il n’a pas l’étincelle en plus qui fait les véritables classiques, mais il est le meilleur film Spider-Man qu’on ait jamais vu, et c’est déjà pas si mal.

Poster un commentaire