Star Wars by Marvel, le premier bilan

Star Wars Marvel Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Le Force Fiday est passé, et moins de 100 jours nous séparent désormais de la sortie du saint Graal cinématographique qu’est Star Wars Episode VII The Force Awakens (oui je m’enflamme, et alors ?! C’est Star Wars VII !!!! Ok je me calme sur la ponctuation…). Mais si Star Wars est un monument du cinéma, c’est aussi une saga qui a une longue et belle histoire en matière de comics. Histoire dont le chapitre le plus récent a été le retour de la licence dans le giron de Marvel Comics (Disney possédant désormais à la fois le jouet préféré de Georges Lucas et la Maison des Idées, rappelons-le pour les trois dans le fond qui auraient échappé à ces infos). Marvel a donc décidé de faire comme si les années de comics Dark Horse (et les années de comics Marvel, l’éditeur ayant déjà eu la licence par le passé) n’avaient jamais existé et a lancé toute un kyrielle de nouvelles séries se déroulant dans il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine…

Les ongoings : entre popcorn comics, expérimentation et classicisme

STAR WARS par Jason Aaron, John Cassaday, Simone Bianchi et Stuart Immonen

Sans surprise Marvel a commencé par annoncer une série régulière sobrement intitulée Star Wars. Comme la précédente chez Dark Horse, elle se déroule entre Un Nouvel Espoir et L’Empire Contre-Attaque, seule période de la saga de George Lucas permettant d’utiliser tous les personnages iconiques (entre l’Empire et Le Retour du Jedi il manque Han Solo, pris dans la carbonite, et après le Jedi il n’y a plus ni Palpatine ni surtout Darth Vader).

Ce qui fut plus surprenant en revanche ce fut le nom du scénariste : Jason Aaron. Expert en polar très noirs (Scalped, Southern Bastards) et en super-héros bad-ass (Wolverine, Thor…) on ne voyait pas trop ce qu’il venait faire sur du Star Wars, surtout mettant en scène les héros classiques. Et disons-le franchement, dès le premier numéro de son run il a cassé les conventions. Adieu l’écriture hiératique souvent associé à La Guerre des Etoiles, bonjour les one-liners de film d’action et surtout de l’action à très grand spectacle. Et si l’irrévérence de l’auteur s’est atténuée au fil des mois (à moins qu’on ne s’y habitue, étant donné qu’il résiste aussi à la tentation de la trop grande facilité), ce côté blockbuster du mois a lui bien perduré.

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On est même parfois à la limite du fan service. On a ainsi eu déjà eu droit à un duel Luke Skywalker/Darth Vader (entorse à la continuité que les auteurs adorent, voir déjà la vieille mini Splinter In The Mind’s Eye), Darth Vader démolissant un AT-AT grâce à la Force, un combat Boba Fett/Luke Skywalker ou encore une aventure d’Obi-Wan Kenobi pendant sa période « hermite » sur Tatooine. Autant de moments fantasmés par le fan moyen, et de manière faciles de nous offrir un petit frisson. Faciles mais diablement efficaces.

Parce que si on n’est pas face à un comic révolutionnaire, on a quand même affaire à un très bon divertissement, bien écrit dans son genre. C’est comme un bon film d’action (juste « bon », pas un classique) : pas forcément renversant mais on passe toujours un bon moment. Le talent des dessinateurs successifs y est aussi pour beaucoup. Et entre ces moments de fans service Aaron n’oublie pas de raconter une histoire. Il ne révolutionne pas les personnages, malgré l’irrévérence mentionnée plus tôt, mais il les accompagne naturellement au cours de leur évolution au lendemain de la destruction de l’Etoile de la Mort.

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Critiqué pour ses récentes prestations, dont son Uncanny Avengers, John Cassaday a ici livré un très bon travail pour le début de la série. Il n’a pas tout à fait retrouvé la patte géniale qu’il avait sur Planetary, mais ça n’en demeure pas moins excellent. Et son trait réaliste fait merveille. Il fait incontestablement partie de ces artistes naturellement prédisposés à travailler sur ce genre d’œuvres, et le résultat ne déçoit pas. Invité le temps du fill-in sur Obi-Wan, Simone Bianchi confirme qu’il a enfin compris qu’un comic doit être lisible avant d’être « beau ». Son trait parait moins travaillé, mais en compensation il propose des mises en page bien plus digestes, d’où un plaisir de lecture accru. Et depuis le mois dernier le plus sobre mais pas moins brillant Stuart Immonen est aux commandes. Moins « accrocheur » de prime abord que ses deux prédécesseurs, il n’en est pas moins un artiste très talentueux au trait détaillé et surtout un story-teller brillant.

Star Wars est donc un produit grand public, fait pour satisfaire ledit grand public en lui donnant ce qu’il veut. Mais il est fabriqué avec suffisamment de talent (et une petite touche personnelle de l’auteur) pour qu’on ne s’en lasse pas et surtout pour n’ait pas l’impression d’être juste face à un produit commercial.

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DARTH VADER par Kieron Gillen et Salvador Larroca

Deuxième ongoing de cette ère moderne de comics Star Wars Marvel, Darth Vader apparaît comme la série évidente à créer. Qui ne voudrait pas lire les aventures du vilain le plus charismatique de la saga ? En plus il est un héros déchu, ce qui est une matière superbe pour un auteur. Sauf que justement Kieron Gillen semble un peu gêné aux entournures par son personnage. Déjà il ne peut pas trop le changer, Vader n’ayant pas été radicalement transformé entre les épisodes IV et V. Il y a néanmoins une tentative intéressante, en nous montrant la réaction du personnage en découvrant le nom du jeune pilote qui a détruit l’Etoile de la Mort. Les films ne pouvaient pas nous montrer ce moment, le comic s’en charge et le fait bien. Seul hic, c’est sans doute le meilleur moment de la série jusque là.

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Sinon on a l’impression que Gillen trouve que son protagoniste est trop puissant au sein de l’Empire, mais la manière dont il le rabaisse dans la hiérarchie fait un peu artificiel (il est « puni » pour ne pas avoir su protéger l’Etoile de la Mort. De même me scénariste ne semble pas trop savoir dans quel mesure il peut mettre en scène les émotions du sombre seigneur Sith. En montrer trop c’est porter atteinte à cette image de monolithe terrifiant qui fait tant pour le charisme de Darth Vader. Et même si c’est cohérent, c’est aussi nous renvoyer au sale gamin capricieux qu’était Anakin Skywalker dans la Prélogie, une incarnation du personnage qui a hérissé les poils de bien des fans. Mais ne rien montrer est difficile, le personnage principal d’une histoire n’ayant pas vocation à la traverser sans s’impliquer émotionnellement.

Kieron Gillen semble donc jongler entre ces deux options. Et quand il opte pour la seconde, il utilise le procédé classique consistant à créer un personnage « porte d’entrée du lecteur » et reléguer le protagoniste monolithique au rang de présence menaçante en arrière plan. La porte d’entrée c’est le Docteur Aphra, savant fou féminin adorant les armes et la destruction, accompagnée de Triple Zero et Beetee, versions gaiement homicidaires de C3-PO et R2-D2. Ces ajouts détonnent un peu dans la galaxie Star Wars par leur côté absurde. Le scénariste utilise en effet souvent ce trio pour jouer la carte de l’humour noir, avec un flegme tout britannique. Le résultat est assez déconcertant. Pas forcément déplaisant, mais un peu perturbant. Surtout pour un comic intitulé Darth Vader. Dans le même genre la clique d’assassins bricolés par un autre docteur Mengele impérial a un côté « pur comic » limite influence années 90 qui détonne eux aussi.

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Sal Larroca, en bon artisan des comics livre lui un travail dans la droite ligne de ses prestations depuis des années. On retrouve donc un bon niveau de détail, un story-telling impeccable, du réalisme légèrement stylisé, mais aussi une finition un peu froide qui trahit l’utilisation peut-être abusive de l’ordinateur. Mais dans un univers SF comme celui de Star Wars on s’y fait bien.

Finalement ce qu’on retiendra de Darth Vader c’est que c’est une série qui se cherche. Le scénariste semble encombré autant que fasciné par son personnage principal. Alors il peine globalement à trouver quelle histoire raconter et comment la raconter. D’où des expérimentations parfois heureuses, parfois décevantes et surtout toujours déconcertantes.

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KANAAN THE LAST PADAWAN par Greg Weisman et Pepe Larraz

Troisième ongoing estampillée Star Wars, celle-ci est liée à la série animée Star Wars Rebels (à voir sur France 4 si ce n’est déjà fait). Héritière dans l’esprit de Clone Wars, même si elle fait moins l’unanimité que sa grande sœur, Rebels conte les mésaventures d’un groupe d’opposants de la première heure à l’Empire. Et Kanaan The Last Padawan vient elle nous dévoiler les origines de Kanaan Jarus, leader de ce petit groupe de rebelles et surtout jedi en exil. On aurait pu croire que ce ne serait qu’une mini, le premier arc narrant comment le jeune Caleb Dume (véritable nom de Kanaan) a échappé de justesse à l’ordre 66 qui coûta la vie à son maître. Mais voila, apparemment un autre arc va suivre et ainsi de suite, pour sans doute nous rapprocher à chaque fois un peu plus du Kanaan adulte qu’on connaît sur petit écran.

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L’exercice de l’origine secrète est en soi assez éculé, mais bien exécuté ici par Greg Weisman. Le bémol étant qu’on peine parfois à ressentir le lien entre le jeune Caleb Dume et le Kanaan qu’on connaît. Les fans de la série seront donc peut-être un peu déçus, même si le contrat principal (dévoiler le passé du héros) est incontestablement rempli. Ceux plus réfractaires à ladite série pourraient par contre plus y trouver leur compte. A noter aussi un ton assez neutre, par hyper sombre bien sûr, mais pas non plus spécifiquement « à destination des enfants » comme on aurait le supposer (le craindre même) pour un tie-in à une série animée. On retrouve en ce sens la marque des sériés animées Star Wars, qui échappe à une partie du formatage des cartoons du samedi matin aux USA. On serait même tenté de dire que le comic s’adresse à la tranche la plus âgée du public de Rebels. Les dessins de Pepe Laraz sont quant à eux la révélation du titre. Leur dynamisme est exceptionnel et le trait est percutant.

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Finalement Kanaan The Last Padawan est peut-être la série qui se rapproche le plus des productions Dark Horse dans la forme comme dans l’esprit. On y retrouve un ton assez classique de l’écriture, portée avant tout sur l’aventure. Ainsi surtout qu’une certaine révérence pour le matériau source, qu’il s’agisse de la cohérence factuelle ou, soulignons le encore, de l’atmosphère générale. Sûrement pas le titre le plus sexy, ni celui qui aligne les noms de créateurs les plus ronflants mais peut-être le plus agréable à suivre pour les fans de l’ère Dark Horse. Par contre ceux qui auront accroché aux partis pris plus iconoclastes (et aussi plus personnels) de Jason Aaron ou Kieron Gillen risqueront de le trouver un peu terne.

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Les minis-séries, le catalogue de prestige

LEIA par Mark Waid et Terry Dodson et LANDO par Charles Soule et Alex Maleev

Aux trois ongoings s’ajoutent donc régulièrement des mini-séries dont le principal point commun est qu’elles sont réalisées par des grands noms des comics : Mark Waid, Terry Dodson et Alex Maleev… Seul Charles Soule a un CV moins prestigieux, mais on pourrait arguer qu’il est une valeur montante.

Un autre point commun est qu’on est face à des aventures assez légères, qu’on pourrait qualifier de dispensable avec un brin de mauvais esprit. Ces titres remplissent leur office au sens où leurs intrigues se déroulent nettement en marge des ongoings. On peut donc les suivre, avoir sa petite histoire, et repartir lire autre chose après. Autant pour Lando, qui n’apparaît pas dans les séries « principales » c’est parfait. Autant pour Leia cela venait peut-être marcher un  peu sur les pieds de l’ongoing Star Wars. Mais ce bémol est marginal.

Et chacune a bien sûr ses propres forces et faiblesses. Leia bénéficiait d’un pitch intéressant, l’héroïne éponyme cherchant à retrouver et protéger les Alderaaniens éparpillés à travers la galaxie. Ce fut un bon prétexte pour faire découvrir la culture de cette planète et surtout présenter Leia dans son rôle de monarque, chose assez rare jusque là. Par contre le titre a aussi pâti du travail d’un Terry Dodson visiblement pressé par le temps. Le dessin n’était pas mauvais, l’artiste ayant trop de talent pour ça, mais tenait plus de l’esquisse que de l’œuvre achevée.

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Sur Lando Alex Maleev est par contre en pleine forme, et on retrouve avec grand plaisir l’artiste qui a fait les grandes heures de Daredevil et s’était plus récemment distingué sur Hellboy & the BPRD 1952. Son style est toujours aussi personnel et il est intéressant de le voir s’exprimer dans l’univers de Star Wars. Petit bémol : le vilain principal a un look qui fait un peu Boba Fett du pauvre. Niveau scénario c’est du classique : une histoire de braquage et d’arnaque. Pas très original, mais diablement efficace. Lando est très bien traité par Soule qui sait le rendre attachant et charismatique, dans un registre de voyou incontestablement doué mais peut-être pas autant qu’il voudrait le croire. Exactement le genre de gars à perdre le Millenium Falcon dans une partie de carte.

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LE BILAN : Il serait injuste de comparer moins d’un an de publications Marvel avec les années Dark Horse. L’éditeur au cheval noir a pu se livrer à bien plus d’expériences (Star Wars Tales…), et nous offrir quelques classiques (Dark Empire…). Mais s’il fallait tout de même établir un premier parallèle, on pourrait dire que Marvel opte pour une orientation plus grand public. C’est du comic facile d’accès, fédérateur, qui donne au public ce qu’il demande, le Star Wars de Jason Aaron en tête. Et c’est la plupart du temps bien fait, avec suffisamment de talent et d’âme pour faire revenir volontiers mois après pois. Mais parfois les auteurs ont du mal à remplir ce contrat, comme Kieron Gillen avec Darth Vader, et le scénariste n’ose pas non plus vraiment imposer sa patte si particulière.

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