Suicide Squad, la critique

Suicide Squad Comic Talk

Jeffzewanderer Par

S’il fallait résumer Suicide Squad en une phrase, on pourrait dire que c’est un film qui essaye trop là où il ne devrait pas, et pas assez là où il aurait dû. Troisième pièce de la construction de l’univers cinématographique partagé d’une Distinguée Concurrence qui entend bien refaire son (conséquent) retard en la matière, le film de David Ayer est aussi le premier à ne pas reposer sur l’un des membres de la trinité Superman/Batman/Wonder Woman. Occasion de développer des personnages mineurs mais parfois cultes, de corriger les errements de ses deux prédécesseurs (Man Of Steel, Batman vs Superman) et plus globalement de vraiment jeter les bases d’un univers partagé, Suicide Squad avait intérêt à avoir les épaules solides. Et malheureusement il n’est pas l’Atlas que DC espérait.

I’m just gonna hurt you really, really bad…

Là où Suicide Squad essaye trop, c’est en voulant être un film cool, fun et irrévérencieux. Bref en voulant être le pendant de Deadpool ou Guardians Of The Galaxy. Alors oui, on a des montages cool avec des chansons pop  bien accrocheuses, des petites annotations à l’écran sur un ton humoristique avec des logo et graphisme bien pétards. Mais tout ça fait rajouté. Remonté après coup pour changer artificiellement le ton du film. Bref ça donne envie de prêter du crédit aux rumeurs d’un studio  paniqué par mes mauvaises critiques de Batman vs Superman, notamment relatives à la noirceur déprimantes du film, et qui ont essayé en catastrophe de corriger le tir. Parce qu’en enlevant la musique pop et les annotations, et avec un montage juste un poil différent, les séquences sus évoquées de Suicide Squad pourrait prendre une toute autre tournure et devenir de monuments de noirceur dérangeante.

Ce côté bricolé ne se voit d’ailleurs pas qu’à travers cela. Plus globalement, la mise en place de l’équipe se fait de manière tout sauf naturelle. Comprenez que si chaque vignette est amusante, ne serait-ce que grâce aux cameos de quelques têtes connues du DCU, elles ne forment pas un tout cohérent. Ainsi on a le sentiment que chaque personnage est dans l’équipe parce qu’on a décidé qu’il y serait, et pas du tout parce que cela servirait le scénario. Un sentiment qui perdure tout au long du film. On ne sent en effet aucune dynamique de groupe, et quand les divers protagonistes finissent enfin par travailler de concert, on ne ressent à aucun moment qu’un déclic se serait produit pour le justifier. Idem pour les embryons de relations que certains semblent nouer, qui paraissent tout aussi artificiels.

Enfin le scénario est vraiment mal ficelé. Outre cette construction d’équipe mécanique, le gros problème est que le film semble tout d’abord vouloir éviter le schéma du « groupe contre le gros vilain » et se dispenser d’un antagoniste principal. Le Joker n’est en effet pas du tout le grand vilain du long métrage, contrairement à ce que teasers et affiches pourraient laisser croire. La manipulatrice sans scrupule Amanda Waller paraît d’ailleurs être une meilleure candidate. Sauf qu’à mi-chemin le film semble se raviser et nous bricole un grand méchant bien surpuissant et surtout bien creux. Sachant qu’en plus la manière dont il est vaincu laisse un peu à désirer niveau spectacle.

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Et pourtant…

Malgré ses très nombreux défauts, Suicide Squad n’est pas non plus le navet immonde que la critique a semblé dépeindre. C’est un mauvais film, parce que rien ne peut rattraper tous les défauts énumérés précédemment. Mais il a aussi quelques qualités rédemptrices qui peuvent justifier un visionnage. La principale c’est que, pris individuellement, les personnages sont plutôt réussis. Margot Robbie campe par exemple une Harley Quinn vraiment impeccable. Un peu plus sexy que la version des origines (comprenez celle du dessin animé Batman), à l’image de son incarnation actuelle dans les comics ou le jeux vidéo, elle garde son côté petite fée joyeusement homicidaire, charmante et déjantée. Captain Boomerang est aussi assez attachant, dans le rôle du joyeux loser. El Diablo est très réservé mais a droit à des jolies séquences d’un point de vue purement plastique, et réserve même l’une des seules (voire la seule) surprises du fil sur la fin. Katana ou Killer Croc sont aussi plutôt réussis, même si discrets. Et Amanda Waller est elle aussi on ne peut plus fidèle à la version papier, acariâtre, autoritaire, prête à tout et dénuée du moindre remord.

Cependant, même là, tout n’est pas parfait, loin de là. On passera pudiquement sur un Rick Flag qui est vraiment le cliché du « bon soldat pas si irréprochable que ça mais dévoué quand même ». Pas ridicule, mais unidimensionnel. Deadshot, campé par la star Will Smith, est plutôt cool, mais sa réécriture hip hop/street/jeune black cool (registre de prédilection, pour ne pas dire unique, de l’ex Prince de Bel Air) pourra faire tiquer ses fans. On touche là au dilemme quand on change la couleur de peau d’un personnage : soit c’est un gadget (voir l’asgardien Heimdall campé par Idris Elba dans Thor), soit ça trahit un peu l’original (imaginez le même Heimdall qui saluerait Thor d’un « Whuddup homie ! What’s poppin’ ? »). Pour Deadshot c’est le second cas, en bien moins ridicule bien sûr, le background du personnage créant quand même un décalage moindre.

Mais la plus grosse déception reste quand même le Joker. Teasé comme le grand vilain, il est finalement trop présent pour n’être qu’un alléchant cameo, et pas assez pour avoir un véritable rôle dans l’intrigue, faisant plutôt de lui une pièce maladroitement rapportée. Et surtout l’interprétation de Jared Leto, séduisante dans les teasers, qu’on essayait de nous vendre comme bouleversante, a tout du soufflet qui retombe. Elle se limite en effet à une repompe peu inspirée de celle d’Heath Ledger, jusqu’aux tics de diction (le petit souffle dans la voix) à laquelle se greffent les grimaces de Jack Nicholson. De plus l’écriture du personnage même laisse à désirer, le personnage, étant plus sexuel que ce qu’il est dans les comics, ce qui n’est pas la trouvaille du siècle. Mais le pire est la relation avec Harley, dont il est vraiment amoureux, ce qui leur donne un petit côté Bonnie & Clyde, alors que normalement ce qui fait le sel de ladite relation est le déséquilibre entre une Harley vraiment dépendante et un Joker qui ne l’aime que comme on aime un jouet.

Suicide Squad Comic Talk

LE BILAN : Suicide Squad est un raté, sans doute bien plus que Batman vs Superman et Man Of Steel. Parce qu’il se chercher un ton, quitte à se le bricoler. Parce qu’il est mal construit. Parce que son scénario tient sur un demi ticket de métro. C’est Deadpool sans la patte et l’irrévérence qui faisaient passer sur les imperfections techniques de l’objet cinématographique. Restent pas mal de personnages sympas et bien campés, Harley Quinn en tête, et des séquences éparses mais plaisantes si on les prend comme des vignettes. Même là tout n’est pas parfait (le Joker en tête), mais c’est assez bon pour ne pas totalement condamner le film.

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2 Responses to Suicide Squad, la critique

  1. Mister O dit :

    Excellente critique même si je suis en désaccord sur certains points.;)

  2. Matthieu dit :

    Totalement d’accords avec toi Jeff, comme disait aussi James de l’Amicale, le film n’est pas honnête, promettant une équipe dysfonctionnelle de salopards et nous fourguant un blockbuster bancal et remonté à mort. L’alchimie ne fonctionne jamais dans cette équipe où ils ne sont pas si méchants que cela finalement. Y a plus qu’à attendre l’annonce du Director’s Cut en BR et prier pour que Warner ne sabote pas Wonder Woman qui a l’air plutôt réussi au vu de la BA

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