Superior Foes of Spider-Man : Vilains et Losers professionnels

couv superior

Steeve Par

Au-delà de ses relaunchs maladifs, au milieu de sa multitude de séries X-Men et autres titres Avengers, le catalogue Marvel contient quelques perles. Ainsi va, bien entendu, du déjà culte Hawkeye – qui accuse tout de même une baisse de régime ces derniers temps. Mais aussi du bien trop silencieux Superior Foes of Spider-Man de Nick Spencer et Steve Lieber. Analyse d’une série unique sur le marché.

 

The worst there is at what they do

 

Derrière son titre à visée on ne peut plus commerciale, Superior Foes met à mal toute comparaison avec ce qui se fait et s’est déjà fait dans la même veine. La série aurait pu s’appeler « Sinister Six ». Deux problèmes. 1) c’est moins vendeur qu’un titre auquel on a apposé le nom de Spider-Man. 2) cette mouture des Sinister Six n’a absolument rien à voir avec les différentes itérations précédentes de l’équipe de vilains. Et elle n’a clairement rien à leur envier.

Outre les blagues récurrentes autour du fait que l’équipe n’est composée que de cinq membres au lieu de six, le gang que nous suivons dans les pages de la série n’a aucun rêve de grandeur. Pas dans les proportions auxquelles les super-vilains de chez Marvel nous y ont habitué du moins. Ici pas de plans de conquête du monde, aucune envie de mettre un terme à la vie de l’Araignée. Seulement une bande de losers qui cherche à se la couler douce. Et pour se la couler douce, il faut du fric.

On est donc ici dans le heist comic. Un genre plutôt bien représenté par le Thief of Thieves de Kirkman – que l’auteur parvient à ne même pas prendre la peine d’écrire, un casse d’un bout à l’autre. Sauf qu’au lieu du roi des voleurs, on a ici le droit à ce qui se fait de pire en terme de vilains (d’êtres humains ?) chez Marvel. De leurs pouvoirs à leurs compétences de voleurs en passant par leurs personnalités, ces ratés n’ont absolument rien pour eux. Un type dont le pouvoir est de pimper à volonté les véhicules qu’il croise, un Flash pétochard, une femme qui plane… Le Shocker est l’élément le plus crédible de la team. Ca en dit long. La retraite au soleil est encore loin pour notre belle équipe de bras cassés.

superior losers
« I don’t want to die with a boomerang on my forehead »

Une équipe aussi dysfonctionnelle que leur leader est un raté. Boomerang. Quelle équipe digne de ce nom pourrait suivre les ordres d’un homme de main de seconde zone qui se bat à coups de boomerangs ? Plus que le chef de fil de cette équipe improbable, Fred Myers est le narrateur de l’histoire. Quand on ne le voit pas lamentablement se vautrer et s’enfoncer chaque jour un peu plus dans sa vie de criminel, on le suit dans le civil à la manière de Clint Barton dans les pages de Hawkeye.

Fred est ce qui se fait de pire humainement. Même pas foutu de respecter l’honneur entre voleurs, le type ment à TOUT LE MONDE. De ses collaborateurs, à ses commanditaires en passant par nous, les lecteurs. On ne peut absolument rien croire de ce que le gus raconte. Le pire dans tout ça reste qu’à chaque nouveau mensonge Fred s’enlise un peu plus dans un enchevêtrement d’ennuis dont on sait qu’il ne pourra se sortir intact. Si vous vous délectez des déconvenues du Hawkeye de Fraction et aimez sourire du malheur des autres, vous serez ici plus que servi. Fred Myers a le potentiel de tomber très bas et surtout d’entraîner un bon paquet de monde dans sa dégringolade.

losy leader
Urban Losers

La tradition des street-heroes a permis à Marvel de produire de très belles choses à travers son histoire. Des différents runs de légende dont est composée l’histoire de Daredevil, au génial Alias de Bendis en passant par les Heroes for Hire actuellement transformés en Mighty Avengers par le très inspiré Al Ewing, les héros urbains de la Maison des Idées sont très souvent gage de qualité. C’est pourquoi il n’est pas rare de voir des titres leur étant consacré. On ne peut pas en dire autant de leurs pendants vilains. The Hood a eu son heure de gloire sous les plumes de Brian K. Vaughan et Brian M. Bendis. A part lui, aucune autre référence dans le genre ne me vient à l’esprit.

Cette itération des Sinister Six est donc belle et bien une équipe de vilains urbains. Avec des problèmes peut-être plus compliqués à gérer qu’une invasion alien. Pas de Thanos ou autres Dr Doom dans les pages de Superior Foes. Ici on a affaire à la mafia. Aux parrains les plus hardcore et bad-ass que l’univers Marvel ait à offrir. Du Caméléon au Owl, on sent l’emprise de ces vilains sur la criminalité ordinaire, loin de la super-communauté. La violence de la rue est différente de celle à laquelle les super-héros sont habituellement confrontés. Et tremper dans des affaires louches avec ces gens est bien entendu la pire idée que nos losers aient jamais eu.

Mais cette série ne serait clairement pas la même sans le génie de Steve Lieber aux dessins. Son style simple (simpliste ?) apporte une nouvelle dimension à l’humour déjà omniprésent dans les pages de Superior Foes. Sous son trait les costumes des Sinister Six font vraiment déguisements d’Halloween bas de gamme. L’artiste parvient à glisser régulièrement des gags visuels qui font mouche instantanément. Grâce à Lieber, la série passe de très bonne à parfaite.

sinister five

Etoile montante du côté de la Maison des Idées, Nick Spencer livre avec Superior Foes of Spider-Man son meilleur travail à ce jour pour Marvel. Une histoire de casse imbibée d’humour interprétée par des losers finis dans des costumes ridicules narrée par le plus grand escroc que l’on puisse imaginé. Le mélange des genres est implacable. Avec de la chance Superior Foes atteindra peut-être la vingtaine d’épisodes (la trentaine ?). Dans le climat actuel chez Marvel, rien n’est moins sûr. La série a tout de même pour elle d’avoir fait le top 100 des ventes comics en octobre (99ème place…). Quelle que soit son espérance de vie, jetez vous donc sur ce titre pour pouvoir plus tard dire que quand ça s’est fait, vous y étiez.

Superior Foes of Spider-Man

2 Responses to Superior Foes of Spider-Man : Vilains et Losers professionnels

  1. Arnaud dit :

    Intrigué par cet article, j’ai lu un numéro, puis deux, puis six. Parce que c’est excellent. Dans cette période caractérisée par des events à outrance et où la continuité règne en maître, il est bon d’avoir des histoires de ce genre, se suffisant à elles-mêmes et laissant une totale liberté à leurs auteurs.

    On y trouve effectivement un petit côté Hawkeye, de par sa représentation très terre-à-terre du héros (vilain) en collants. Ces Sinister Six sont pathétiques, Boomerang l’est encore plus, et c’est sans doute pour ça qu’on accroche à l’histoire : c’est comme si M. tout le monde se découvrait du jour au lendemain des super-pouvoirs et décidait de jouer dans la cour des grands, bien qu’il n’ait pas les épaules pour. Et même pas besoin de faire appel au Superior Spider-Man pour nous démontrer à quel point ces vilains sont pathétiques.

    Je ne suis pas un fan de Nick Spencer, en particulier depuis son passage sur Secret Avengers (passer après Ed Brubaker, faut dire que c’est dur), mais force est de constater que son travail de narration et de caractérisation est tout bonnement énorme, parce que bon, il y a peu d’auteurs qui parviendraient à rendre captivante une histoire ayant pour personnage principal Boomerang. Les dessins de Steve Lieber ne sont pas les plus réussis, techniquement parlants, de l’industrie, mais regorgent de petits détails qui servent très bien le récit, et font parfois office de ressorts comiques. En bref : j’adore, je me prendrai sûrement le TP à sa sortie.

  2. Steeve Steeve dit :

    Si une personne a découvert la qualité de cette série grâce à cet article, j’ai atteint mon but !

Poster un commentaire