Superman vs Batman, la critique

Superman Batman Comic Talk

Jeffzewanderer Par

CRITIQUE GARANTIE 100% SANS SPOILER

(même pas le nom du troisième personnage majeur du film)

Superman contre Batman. Les deux super-héros les plus connus du monde, réunis dans un même long métrage pour un affrontement dantesque. Quand les rumeurs autour d’un tel projet sont apparues, il y a plus de quinze ans, on n’osait y croire. Et pourtant elles sont aujourd’hui devenues réalité, sous la houlette de Zach Snyder, avec Henry Cavill et Ben Affleck dans les rôles des deux têtes d’affiche. Le résultat est tout ce qu’on attendait, en bien comme en mal, mais réserva aussi quelques belles surprises.

Tell me, do you bleed ?

Cette phrase déjà culte avait marqué les esprits à la sortie du premier teaser du film. Mais les bandes annonces successives avaient ensuite fait un peu retomber la sauce, entre montages peu inspirés et intrigue dont on pensait qu’elle serait trop déflorée. Hélas, sur ce dernier point, c’est le cas. Qui a vu tous les trailers a découvert pour ainsi dire toute l’intrigue du film : le prélude au combat, les raisons de l’affrontement, le rebondissement amorçant la dernière partie du film, les invités surprise… Seule une surprise, à la toute fin du film, a été préservée. Heureusement d’ailleurs, car elle est de taille. Pour le reste, finalement, c’est un défaut imputable aux trailers, pas au film.

Qui plus est, si l’intrigue de Superman vs Batman n’est pas révolutionnaire, elle n’en est pas moins remarquablement écrite. Le film se divise en trois parties, dont la première est à la fois la plus longue et la plus intéressante, malgré une absence quasi-totale de scènes d’action. Les auteurs prennent en effet le temps de revenir sur la dévastation de Metropolis à la fin de Man Of Steel, et proposent une réflexion sur ce que serait la réaction du monde à l’apparition d’êtres tels que Superman, Zod, et les autres Kryptoniens. L’idée est admirablement développée, le long métrage s’avérant d’une profondeur insoupçonné. Il évite en effet le piège du manichéisme ou de la caricature simplette, et offre au spectateur une vraie opportunité de se forger son avis.

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The red capes are coming.

La réalisation sert particulièrement bien le propos en nous plaçant, par l’intermédiaire de Bruce Wayne, du point de vue de l’Homme ordinaire face à ces Dieux chus des cieux. La sénatrice June Finch est aussi un personnage assez intéressant, malgré son statut de « ficelle scénaristique ». Les Kryptoniens acquièrent quant à eux un aspect réellement surhumain, voire inhumain (sans nécessairement de connotation péjorative) sous la caméra de Snyder. La contrepartie de ce parti pris est que Superman est paradoxalement en retrait dans ce film qui était pourtant le sien à la base. On continue de voir le personnage grandir, notamment à travers les doutes de Clark Kent, mais il est surtout traité comme un symbole, auquel le monde réagit.

Batman, ou plutôt Bruce Wayne, est à l’inverse très développé, entre prudence légitime et paranoïa, détermination héroïque et fureur aveugle. Ben Affleck, victime de tous les quolibets lors de son casting, livre une performance admirable. Il est peut-être la meilleure incarnation du Dark Knight sur grand écran : intense, charismatique, faillible… Lex Luthor divisera plus. Jesse Eisenberg le campe comme une sorte de diablotin, quasi « joker-esque ». Il le fait très bien, mais est-ce une interprétation pertinente du personnage ? Affaire de goût pour la tradition ou l’innovation dirons-nous. Il reste quand même un vilain machiavélique à la hauteur des enjeux. Mais surtout, il est le contrepoids parfait de Bruce Wayne pour montrer les réactions de l’humanité à Superman, sombrant là où le milliardaire est plus prométhéen. Lois Lane est aussi intéressante, et trouve étonnamment bien sa place dans le film, à l’instar d’un Alfred discret mais convaincant.

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Devils don’t come from Hell beneath us…

Pour en revenir à la réalisation, elle s’avère très réussie. La photographie est sublime, comme souvent chez Zach Snyder. Il y a peut-être un peu d’abus des plans très proches et flous lors des scènes d’action, mais ça reste marginal et surtout très percutant. Le combat entre les deux héros éponyme est non seulement un vrai combat, avec un vrai dénouement, mais en plus il tient toutes ses promesses en terme d’intensité.

Le film n’est cependant pas exempt de tout défaut. Le plus gros problème, comme on pouvait le craindre, vient de son côté « prologue à Justice League ». En effet, tous les éléments préparant la construction de l’univers partagé cinématographique DC sont totalement dispensables et ont même tendance à arriver comme des cheveux sur la soupe. Une séquence en particulier, aperçue dans les trailers, sème plus la confusion qu’autre chose. Mais peut-être est-ce là le premier jalon d’une intrigue plus vaste, comme la destruction de Metropolis le fut… Le reproche vaut aussi pour la troisième représentante de la Trinité DC campée par Gal Gadot. Si l’actrice s’avère convaincante malgré son physique élancé, son personnage fait vraiment « pièce rapportée ».

On pourra aussi reprocher au film son attitude un peu cavalière par rapport au credo voulant que les héros ne tuent pas. C’était déjà le cas dans Man Of Steel, c’est pire ici et surtout c’est traité de manière assez incohérente. D’un côté on s’inquiète d’un Superman meurtrier, d’un autre Batman accumule un nombre de victimes assez impressionnant sans même que le film ne semble l’assumer. Le ton très sombre est par contre moins gênant, l’intrigue s’y prêtant plus.

Enfin on pourra noter que les personnages changent peut-être un peu vite d’avis, et qu’il y a quelques facilités, mais dans les deux cas l’intrigue a le mérite de poser les jalons nécessaires au préalable, parfois de manière assez fine.

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LE BILAN : Superman vs Batman est tout ce qu’on attend de lui parce que son intrigue correspond en tous points à ce que les trailers avaient dévoilé. Mais aussi parce qu’il est un film épique, proposant un affrontement superbe entre ses deux héros. Il est enfin une belle surprise non seulement par son dénouement, mais surtout par la finesse et l’intelligence de son propos sur la réaction de l’humanité à l’apparition des super-héros. Alors peu importe que le côté « prologue » soit raté, voire en trop, Superman vs Batman n’oublie pas d’être avant tout un film qui se suffit à lui-même, et c’est là l’esssentiel.

6 Responses to Superman vs Batman, la critique

  1. DoctorVin's dit :

    Merci pour la critique intéréssante et nuancé tout de même.
    c’est assez amusant de constater que les points faibles pout beaucoup sont des points forts ici.
    Je ne pourrais pas voir le film avant quelques mois malheureusement… Mais c’est dingue car même après la sortie du film je ne sais pas si je dois être ou non rassuré.

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      C’est vrai que je pense avoir adhéré à pas mal de partis pris qui sont critiqués ailleurs (le traitement iconique des personnages très prononcé notamment). Goûts et couleurs :-) Je reste quand même surpris par le déluge de critiques uniformément négatives. Il me semble que même Man Of Steel, pourtant loin d’avoir été plébiscité, n’avait pas été descendu avec autant d’énergie (ça reste un ressenti, je me trompe peut-être).

  2. PurpleTax dit :

    Je vais aller voir ce film pour me faire une idée… Mais c’est la première critique réellement rassurante que je lis. Pas la première bonne critique, attention ! Des fans qui ont adoré le film, il y en a plein la toile. Leurs arguments ne me convainquent absolument pas, c’est tout.

    En laissant de côté les énervés, les spectateurs les plus mitigés pointent souvent les mêmes problèmes, repris ici : en résumé, les forceps (pour l’accouchement du DC Universe) et la tronçonneuse (pour le montage).
    Mais si Jeff apprécie l’écriture du film, il y a peut-être un espoir ! ^_^

    Je me demande quand même si je vais partager la vision de Snyder… Je n’ai pas détesté Man of Steel, sauvé par sa réalisation éblouissante. Sa fin ne m’a pas vraiment gêné, elle était la conclusion logique de cet affrontement épique et épouvantablement destructeur. Par contre, de nombreux points m’ont consterné : la stupidité des kryptoniens (à force d’utiliser leurs vaisseaux pour déporter des prisonniers ou de les oublier sur d’obscurs avants-postes scientifiques comme la Terre, y’en a plus pour évacuer la planète, c’est ballot), les boursouflures du scénario (cette histoire de code génétique implanté dans Kal-El pour qu’il n’en fasse rien) et surtout la psychologie aberrante des personnages (vu la philosophie du père Kent et les tocards croisés par Clark au cours de son errance, j’avais davantage l’impression de voir les origines d’un super-vilain plutôt que celles de Superman).

    En fait, peu m’importe que le film soit noir, iconique ou excessif, s’il est cohérent avec lui-même. J’aime autant un Ant-Man ou un Deadpool, qui assument leur côté potache, qu’un Incassable, à la fois réaliste et iconique, ou que le 2ème Batman de Tim Burton, gothique. Je préfère le 2ème Batman de Nolan (décidément le chiffre 2 porte bonheur, merci Double-face), le Joker intelligemment géré faisant exploser la linéarité et la rationalité du récit, à son 3ème, dont les incohérences m’ont sauté aux yeux dès la 1ère scène.

    Je ne prétends pas être sain d’esprit ! ^_^

    • PurpleTax dit :

      Oui, se répondre à soit-même, c’est narcissique, mais tant pis. ^_^

      Profitant du week-end pascal, j’ai enfin vu le film. Et… J’ai plutôt aimé. J’en suis même surpris. J’ai plutôt l’habitude d’être le rabat-joie, vomissant le dernier Batman de Nolan alors que la majorité des critiques l’encensaient…

      Parmi les points forts, la réalisation, un parti-pris visuel étonnant et très iconique effectivement (certains le trouveront sans doute limite pompier, mais j’aime), un Bruce Wayne enfin convaincant (genre qui ne passe pas 8 ans à déprimer en robe de chambre après la mort de sa même pas petit amie, Nolan je te hais), une Lois Lane pas godiche qui fait office de conscience morale à Superman, un propos lisible et cohérent avec lui-même (hélas, les rebondissements de l’intrigue le sont un peu moins, cohérents, faute peut-être au montage), et un vrai souffle épique.

      Parmi les moins… La malédiction de la lettre K.

      Les Kryptoniens confirment l’idée que je m’en faisais : les extra-terrestres les plus grotesques de l’histoire du cinéma, ou pas loin. [spoiler] Non mais, sans blague, c’est ça leurs systèmes de sécurité ? Juste une serrure à empreintes digitales, et après, n’importe qui peut avoir accès à… ben, tout, et plus encore. En 5 minutes. Et bricoler facilement ce qui est censé être à la fois un tabou absolu et un exploit scientifique. Beurk.
      D’ailleurs, Doomsday n’est pas très réussi. J’aurais préféré que Métallo soit l’adversaire final. Quand Lex offre un fauteuil roulant à un certain handicapé… c’était presque fait ! Dommage. Enfin, vu la fin du film, vous me direz, on ne pouvait pas y couper. [fin du spoiler]

      Les parents Kent… Ha la la, les parents Kent ! Ils se sont trompés de film. C’est Superman, là, pas le Plutonien d’Irrécupérable. Heureusement que Lois Lane rattrape le coup, en incarnant la conscience morale de Superman. Sinon, comment croire qu’un surhomme puisse devenir un héros avec des parents pareils ? Bon, j’exagère un peu, c’était pire dans Man of Steel, Cela dit, les quelques dialogues des Kents sur le thème « le monde ne te mérite pas » ou « surtout ne fait rien, sinon y’a des chevaux qui vont être noyés hein » paraissent bien plus incongrus que la violence de Man of Steel ou la brutalité de Batman en mode « Frank Miller’s Dark knight ».

      Et le Khaos. Je m’explique. Il est regrettable que les seuls super-vilains réussis à l’écran soient de pure incarnations du chaos : le Joker et Loki. Et, aujourd’hui, un Lex Luthor comme phagocyté par le Joker. Certes, la folie, la démesure, l’orgueil et ce qu’incarne leur personnage (le chaos, donc) font passer nombre d’incohérences manifestes à l’écran (un vilain parfois génial, voire doté de prémonition, et parfois stupide, des plans alambiqués à l’extrême, etc etc). Cet archétype exprime également le contraire absolu de l’ordre incarné par les super-héros. Et ça vaut toujours mieux qu’un Bane tristement rationnel, le ridicule de son plan sautant alors littéralement aux yeux (je vais à Gotham faire péter une bombe atomique dans Gotham et je reviens te tuer… hein ? ben ouais, je serai radioactif, pourquoi ?). Ok, ok. Mais ça reste un peu prévisible. J’aurais préféré un Lex Luthor plus froid, plus adulte, représentant un ordre vicié et pervers plutôt qu’un nouvel histrion chaotique.

      Mais ces quelques défauts ne m’ont pas fait « sortir » du film, rien de très grave donc.

  3. Sanosuke dit :

    Totalement en accord avec votre critique. Le film possède plusieurs défauts (Batman tueur, caméos mal gérés, Luthor bien trop éloigné du matériau d’origine) mais cela ne m’a pas empêché de prendre mon pied devant le film et d’apprécier la profondeur de l’histoire, qui reste simple, mais non simpliste (contrairement à ce que beaucoup de critiques veulent nous faire croire).

  4. David anti Bron-Bron dit :

    Pour une fois on est d’accord sur la qualité du film j’ai également vu la version longue qui est encore meilleure que la version cinéma.

    Moi qui te pensais anti-dc.

    J’ai été particulièrement fan de Luthor car son traitement proche du Luthor de Smallville plutôt que des précédentes versions (plus criminel que capitaine d’industrie). Il est plus fidèle au comics et c’est bien

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